P O L Y G L O B U L I E A V E C STASE PAP1LLAIRE
K N U U W I N T H E R
Dans la polyglobulie (maladie de Vaquez) il y a souvent des
symptô-mes légers du système nerveux central — céphalée, vertige, scotome
scin-tillant, parestésies, etc. — et plus rarement des troubles focaux —
hémi-parésie, hémianopsie, etc. — provenant de lesions vasculaires
cérébra-les
1 1•
1 3 , 8*
5 > 1 4 , 1 9 , 2 1. Récemment Videbaek
1 9a pu constatei-, dans 76 cas
de polyglobulie létale, que 2 5 % d'entre eux ont presente des hémorragies
( 3 9 , 5 % ) ou des thromboses ( 6 , 5 % ) cérébrales.
Quelques auteurs ont aborde le diagnostic différentiel avec les tumeurs
cérébrales (Christian
5, Naville et Brütsch
1 4, K. W i n t h e r
2 1) , mais la
ques-tion n'a pas été discute plus largement, les troubles du fond d'ceil ayant
été rares et peu apparents. Aschner
1a décrit le "fundus polycythaemicus":
cyanose de la rétine, dilatation et tortuosité des veines, léger oedème
papil-laire. Christian cite, dans deux de ses 10 cas de polyglobulie l'existence
d'un cedème papillaire discret, donnant lieu, dans l'un d'eux, au soupçon
d'une tumeur cérébrale et à la pratique d'une trepanation decompressive.
Cohen
6a constate une thrombose de la veine centrale de la retine. Parkes
W e b e r
1 7et K e s c h n e r
1 2ciient I'occurrence de la stase papillaire.
Brock-bank
2et Giinther
1 0ont relate deux cas douteux au point de vue
ophtalmo-logique. Duke E l d e r
7, dans son traité d'ophtalmologie, cite quelques-uns
des auteurs déjà nommés sans apporter des observations personnelles.
II serait done justifié de presenter un cas intéressant au point de vue
diagnostique et d'y ajouter quelques remarques sur la pathogénie de la
stase papillaire et de l'hypertension intracranniene.
O B S . 1 — L . G . J., homme âgé de 5 5 ans, a d m i s à T H ô p i t a l D é p a r t e m e n t a l de C o p e n h a g u e ( K . A . S . ) , section ophtalmologique, le 9-5-1949, à cause d'une í t a s e papillaire. L e m a l a d e a été antérieurement bien p o r t a n t ; p e n d a n t les deux d e r -nières années il s'est plaint de céphalées; récemment, abaissement de la vue
Examen ophtalmologique — V i s i o n : Ü . D . 6 / 1 2 , O . G . 6 / 1 8 ; c a t a r a c t e légère
Ponction s t e r n a l e : erythropoièse normoblastique, h y p e r p l a s i q u e ; n o m b r e des m e g a -caryocytes relativement élevé. Reaction de W a s s e r m a n n negative. R a d i o g r a p h i c s d u crâne normales. Ponction l o m b a i r e : 5 cms liquide clair, avec tension ( e n p o sition couchée) de 3 7 0 / 2 7 0 m m d'eau; 0,3 cellules p a r m m 3 ; albumines 10 ( m é -t h o d e de B i s g a a r d ) ; reac-tion de P a n d y n e g a -t i v e ; reac-tion de W a s s e r m a n n ne-g a t i v e .
S o u s le diagnostic d'une affection cérébrale à la suite d'une polyglobulie, le m a l a d e füt transfere à l'lnstitut de Finsen ( 2 3 - 5 - 1 9 4 9 ) p o u r être traité p a r des isotopes. P e n d a n t son s é j o u r dans cet I n s t i t u t la tension artérielle t o m b a j u s -q u' a 1 0 5 / 6 0 m m H g ; l'electrocardiographie m o n t r a p r e p o n d e r a n c e g a u c h e ; le m é -tabolisme basal était normal. L a stase papillaire a a u g m e n t é j u s q u' a , respecti-vement, 4 et 7 dioptries, et on constata u n élargissement de la tache aveugle. L a vision étant menacée, le m a l a d e ffit t r a n s f e r e ( 4 - 6 - 1 9 4 9 ) au service nei:ro-« h i r u r g i c a l de 1'Hôpital de 1'État oil on lui a f a i t une v e n t r i c u l o g r a p h i e : tension d e 260 m m d'eau, ventricules três légèrement dilates mais p a s d é p l a c é s ; liquide normal. O n a d i a g n o s t i q u e : thrombose cérébrale à la suite d'une polyglobulie
L a stase papillaire s'elevant encore ( 6 et 8 d . ) , on p r a t i q u a , le 8 - 6 - 1 9 4 9 , une trepanation decompressive a. m. Penfield ( B u s c h ) ; on a t r o u v é une légère a u g m e n t a t i o n de la tension. A p r è s l'intervention la proeminence papillaire di-m i n u a ( 4 et 3 d . ) , di-m a i s au di-mois d'aout il a p p a r ü t une hédi-mianopsie en q u a d r a n t supérieur droit. L a artériographie n'a rien m o n t r é d'anormal. L a ventriculogra-phie a m o n t r é dilatation diffuse des d e u x ventricules latéraux.
L e m a l a d e f u t remis à l'lnstitut de Finsen ( 2 6 8 1 9 4 9 ) . L ' e x a m e n o p h t a l m o logique, p r a t i q u e le 1101949, a m o n t r é : vision O . D . 6 / 6 , O . G . 6 / 3 6 ; stase p a p i l -laire de 6 et de 4 d i o p t r i e s ; du côté gauche, atrophie légère.
D a n s ce cas il s'est installé, au cours d'une polyglobulie t y p i q u e , une stase papillaire
severe
( m o n t a n t j u s q u' a respectivement 6 et 8 d i o p t r i e s ) sans thrombose 4 e la veine centrale de la rétine et une hypertension intracranienne. II n'y avait p a s des signes cliniques hyperíensifs r e m a r q u a b l e s ; au d é b u t faisaient d é f a u t aussi des signes focaux. L e diagnostic d'une t u m e u r cérébrale s'imposait, m a i s , considerant la possibilite d'une p s e u d o t u m e u r cérébrale p o l y c y t é m i q u e , on était p l u t ô t incline à attribuer la stase papillaire à la polyglobulie. U n e trepanation a été faite rien que p o u r sauver la vision. C e n'est que plus t a r d que s'installerent des signes f o c a u x sous la f o r m e d'hemianopsie.Les troubles vasculaires cérébraux, observes dans la polyglobulie,
con-sistent généralement, comme nous avons déjà meutionné, en hémorragies
et thromboses; à part ces lésions massives, on a constate aussi des
ramol-lissements étendus ou minimes, sans thromboses visibles. Pour expliquer
celles-ci, on a appellé pour les angiospasmes ( B r o u w e i
3) , les troubles
vas-culaires ( C h r i s t i a n
5) et l'ataxie vasomotrice ( T h a y s e n
1 7En revenant à notre cas, il me semble vraisemblable que la lesion
au niveau du lobe occipital, causant 1'hémianopsie, était constituée par un
ramollissement. Pour expliquer la stase papillaire et l'hypertension
intra-cranienne, il convient d'incriminer des ramollissements minimes, étendus et
multiples, et probablement cedème cerebral ( W i l s o n
2 1) , mais on doit
ad-mettre aussi l'existence d'une hypersecretion du liquide céphalo-rachidien
provoquée par des lesions vasculaires aux plexus choroides. L'absence de
signes cliniques hypertensifs pourrait indiquer une cause locale pour
ex-pliquer la stase papillaire, peut-être une thrombose de la veine centrale
de la rétine ( C o h e n
6) , mais une telle thrombose n'existait pas, et
d'ail-leurs l'hypertension intracranienne était nette.
Complétant ce cas, j e ferai mention d'un cas de polyglobulie du type
de Gaisbock:
O B S . 2 — H . H . , h o m m e â g é de 5 6 ans, admis en 1941 au K . A . S . . I I s'est plaint p e n d a n t un an de céphalées, d'astenie et d'amnesie; réceminent, des t r o u -bles visuels.
O n constata une polyglobulie: t a u x d'hemoglobine 1 8 4 % , globules rouges 8.340.000 p a r m m s , globules blancs 10.320 p a r m m3
. Tension artérielle 2 0 0 . R e a c -tion de W a s s e r m a n n negative. A u x urines, albuminurie légère. Examen ophlal-mologique: V i s i o n Ü . D . 6 / 6 , Ü . G . 6 / 1 2 ; oedème papillaire de 2 d. ( Ü . D . ) et d e 3 d. ( O . G . ) ; veines tortueuses et dilatées; hémianopsie gauche. Examen neuro-logique: Confusion l é g è r e ; signe de Iiabinski du côté g a u c h e ; à p a r t cela rien d'anormal. Ponction lombaire: 2 - 3 cms de liquide clair sous tension de 4 2 0 / 2 0 0 m m d'eau; p a r le manoeuvre de Q u e c k e n s t e d t la tension ne montait p a s ; 3.3 cel-lules p a r n:m3, albumines 15 ( m é t h o d e de B i s g a a r d ) ; reaction de W a s s e r m a n n negative.
P e n d a n t l'observation, l'acuite visuelle s'abaissa g r a v e m e n t , mais le traitement p a r des rayons X et phénylhydrazine entraina une amelioration des alterations du sang et de la stase papillaire. T o u t e f o i s , le m a l a d e f ü t transfere au service neuro-chirurgical de l ' H o p i t a l de l'Ktat oü des exames executes ne fournirent pas d'appui au diagnostic — peu vraisemblable, il est vrai — d'une t u m e u r c é -rébrale. U n an plus t a r d , le m a l a d e rentra au K . A . S . , en état c o m a t e u x et décéda au cours d'une heure. D a n s cette occasion, ont a fait les examens sui-v a n t s : hémoglobine 1 6 0 % ; globules rouges 8.180.000 p a r m m 3 ; globules blancs 36.200 p a r m n i 3 ; tension artérielle 2 6 5 / 1 4 0 m m H g .
L ' a u t o p s i e m o n t r a : splénornégalie, hémorragie cércbrale recente dans 1'hémis-phère droit r o m p a n t dans les ventricules et dans le tronc cerebral, ramollisse-ments anciens a u x lobes occipitaux, ulcères au pylore et au duodenum.
Selon T a r t a r i n i
1 6les ulcères dépendraient d'une lésion hypothalamique.
Une explication plus vraisemblable est que les ulcères sont dues à des
thromboses dans la paroi intestinale ( V i d e b a e k ) .
Ces observations mettent en evidence quelques aspects neurologiques
qui peuvent se presenter dans la p o l y g l o b u l i e : stase papillaire et de
l'hy-pertension intracranienne, associées à des symptômes focaux cérébraux. La
cause de ceux-ci doit être cherchée dans des thromboses massives avec ou
sans hémorragie ( o b s . 2 ) , mais aussi dans des ramollissements petits et
multiples. Quant à l'hypertension intracranienne, il faut incriminer
1'cedè-me cerebral et, probable1'cedè-ment, des thromboses dans les plexus choro'ides,
entrainant une hypersecretion du liquide céphalo-rachidien.
La pathogénie commune des divers troubles cérébraux au cours de la
polyglobulie doit être expliquée par la composition du sang et par les
circonstances circulatoires caractéristiques de la polyglobulie.
Chose curieuse: dans mes deux cas, comme dans plusieurs observations
rapportées dans la littérature, c'est notamment aux lobes occipitaux que
siègent les ramollissements.
II serait interessant d'aborder la question de la polyglobulie provoquée
par des affections infundibulo-tubériennes, notamment tumeurs cérébrales
(Castex
4, Guillain, Lechelle et Garcin
9, Giinther
1 0, Lhermitte
1 3) . Ces
po-lyglobulies "symptomatiques", cependant, sont modérées, souvent latentes
et, généralement, elles ne sont pas accompagnées de splénomegalie; elles
indiquent, aussi bien que les résultats expérimentaux, l'existence d'un
cen-tre régulateur de 1'équilibre hématopoietique. Dans mes observations il
s'agit, tout au contraire, d'une polyglobulie vraie, à forme pseudo-tumorale.
RESUMÉ
Dans un cas de polyglobulie vraie on constate une stase papillaire
massive et de l'hypertension intracranienne, imposant une trepanation; plus
tard s'installent des troubles cérébraux focaux. Dans un autre cas de
poly-globulie avec hypertension artérielle on constate aussi une stase papillaire
et, en même temps, des troubles cérébraux focaux.
La nature des lésions cérébrales est discutée; parmi les accidents
cé-rébraux au cours de la polyglobulie, il faut faire place à un syndrôme
pseudo-tumoral.
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V. Voldgade 7-91