Discours sur la sociologie à contre poil

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Discours sur la sociologie à contre-poil. Les

hermenéutiques du sujet dans la post-modernité.

Fábio Fonseca de Castro

Doutor de Sociologia,

Professor da Faculdade de Comunicação da UFPA

Resumo: La création des objets théoriques devient, en notre temps, de plus en plus attaché à la

potentialisation des sujets sociaux, ainsi que, dans une mesure parallèle, la connaissance des sujets sociaux devient de plus en plus herméneutique. Quelle relation dans ce double mouvement ? Une crise – et dans certains cas une mutation - du modèle sociologique est exigée. La réflexion post-moderne pousse la sociologie vers un tourbillon anti-objectiviste et lui demande de nouvelles réponses et de nouvelles postures. L’image d’une sociologie à contre-poil cherche à constituer une représentation pour les solutions post-modernes à la crise paradigmatique qu’aujourd’hui saisit les sciences. Cet exposé cherche à commenter le profil épistémologique de la sociologie mis en route au Ceaq. En fait, ce travail constitue une lecture libre de tout ce que j’ai trouvé dans le Ceaq pendant trois ans de doctorat. Je voudrais résumer quelques réflexions sur le tourbillon d’idées qu’y est présent. En tout cas, un éloge de la compréhension, de l’herméneutique et de l’anti-objectivisme.

Palavras-chave: Sociologie, hermenpétique, sujet.

L’image d’une sociologie à contre-poil, présente dans le titre de cet exposé, cherche à constituer une représentation pour les solutions post-modernes à la crise paradigmatique qu’aujourd’hui saisit les sciences. Le terme s’inspire librement de la proposition de Walter Benjamin d’écrire une « histoire à contre-poil », présente dans son sixième thèse sur l’histoire1. La sociologie à contre-poil serait une représentation pour la réflexion post-moderne, laquelle, à notre avis, pousse la sociologie vers un tourbillon anti-objectiviste et lui demande de nouvelles réponses et de nouvelles postures face aux models scientifiques instituées e solidifiés par une pensée, disons, moderne.

Eclairons, à principe, cette dichotomie: La pensée moderne étant marquée par une force de progrès promettant de libérer l’homme de l’ignorance et de l’irrationalité caractéristiques de ce que l’on nommait la tradition moyenâgeuse2, la pensée post-moderne serait la constatation acide de la faillite de ce projet et surtout la constatation de son arrogance. « Nous n’avons jamais été modernes », écrit Bruno Latour3, en résumant une réflexion qui est présente partout dans la pensée contemporaine.

1

BENJAMIN, Walter. Sobre o Conceito de História. Trad. S.P. Rouanet. In. Magia e Técnica, Arte e Política

(Obras Escolhidas, vol. I). São Paulo, Brasiliense, 1985.

2

COVA, Bernard. Au-delà du marché : Quand le lien importe plus que le bien. Paris, l’Harmattan, 1995, p. 10.

3

LATOUR, Bruno. Nous n’avons jamais été modernes : essai d’anthropologie comparée. Paris, La Découverte, 1991.

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Dans ce paradoxe, on voit bien ce qui nous cherchons à définir comme crise paradigmatique qu’aujourd’hui saisit les sciences. Et à partir de ce paradoxe nous voudrions poser la question référent au rôle de cette crise dans la sociologie. En allant un peu plus loin, nous voudrions interroger sur les réponses posées par le Ceaq à ce tourbillon de changements paradigmatiques.

L’image d’une sociologie à contre-poil cherche à évoquer ce paradoxe. Etant la sociologie le produit par excellence de la pensée moderne, puisque la sociologie surgît justement comme un raisonnement des forces sociales cherchant à rationaliser la société – ou, au moins, l’effort social un vue d’une société plus productive ou plus raisonnable, conformément à l’indole idéologique de chaque système sociologique - on pourrait demander sur quel futur, quels chemins pour la sociologie, dans un temps où les paradigmes se reformulent, justement, contre tout ce qu’a fait la sociologie et que lui confère son raison d’être.

Serai-t-il possible faire une sociologie vraiment post-moderne si la sociologie provient, dans son essence, dans son paradigme, de la modernité ? Pour faire de la sociologie dans notre temps, fallait peut-être déconstruire la sociologie. Fallait peut-être tuer la sociologie. Faire, peut-être, de la sociolofagie. Opération ingrate, certainement, pour tout ceux qui aiment la sociologie – par exemple, nous tous ici présents. Opération difficile, certainement, et peut-être même impossible – pour tout ceux qui sont nés, tel quel la sociologie, d’un paradigme moderne, logocentrique et parfois excessivement objectiviste - par exemple, nous tous ici présents.

Mais, en fait, il faut vous révéler, je voudrais parler du Ceaq, et non pas exactement de la sociologie. Je voudrais vous parler sur mon expérience au Ceaq. Sur mon expérience de faire de la sociologie dans le Ceaq. Mais étant le Ceaq indissociable de la sociologie, est convenable partir de la sociologie – et des ses crises contemporaines - pour arriver à comprendre le Ceaq.

Pour mieux lancer notre réflexion, cherchons à attribuer des valeurs, disons, sociolofagues, au Ceaq. J’ai dit valeurs, bien entendu. On pourrait définir le Ceaq comme un discours résolu contre la sociologie positiviste et objectiviste. Ayant ses racines théoriques dans la sociologie allemande compréhensive, nous pourrions dire que le Ceaq fait partie de cette tradition réflexive marqué par la constatation que les hommes agissent dans des mondes intersubjectifs socialement constitués.

C'est-à-dire, la constatation que les expériences subjectives sont grandement médiatisées par la langage, par la participation sociale, par les silences et les lacunes présentes dans tous les textes sociaux, dans l’imaginaire, dans la mémoire.

Nous pourrions synthétiser cette tradition réflexive comme un effort pour combiner des cibles scientifiques d’objectivité avec la reconnaissance que, par le fait des hommes réfléchirent ce qu’il font et agirent en accord avec ces réflexions, il devient difficile des les traiter comme des objets4.

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FISCHER, Michael M. J. Da antropologia interpretativa à antropologia critica. In Anuario antropologico. Rio de janeiro / Fortelaeza, Tempo Brasileiro / UFC, 1985, pp. 55-72.

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La sociolofagie, c'est-à-dire, la sociologie à contre-poil, est la condition même de ce paradigme. Si la post-modernité serait la constatation acide de la faillite du projet moderne et, surtout, de son arrogance, il fallait réinventer la sociologie, produit cher de l’ambition moderne.

En fait, la création des objets théoriques devient, en notre temps, de plus en plus attaché à la potentialisation des sujets sociaux, ainsi que, dans une mesure parallèle, la connaissance des sujets sociaux devient de plus en plus herméneutique. Quelle relation dans ce double mouvement ?

Une crise – et dans certains cas une mutation - du modèle sociologique est exigée. La réflexion post-moderne pousse la sociologie vers un tourbillon anti-objectiviste et lui demande de nouvelles réponses et de nouvelles postures. L’image d’une sociologie à contre-poil cherche à constituer une représentation pour les solutions post-modernes à la crise paradigmatique qu’aujourd’hui saisit les sciences.

Michel Maffesoli démontre comme la sociologie est une pratique située entre d’autres pratiques sociales. En lisant son oeuvre et en accompagnant les réflexions du Ceaq, nous pourrions penser dans une sorte de Dasein Social: l'intime ignoré que nous porte à nous, chercheurs, à une sensation d'être dans la recherche que nous développons ou de nous sentir concernés à la recherche fait par autrui. C’est ainsi que la procédure méthodologique adoptée par le Ceaq se rend herméneutique dans la mesure où elle stimule la compréhension de l'objet par moyen d’une haute compréhension de ce que cet objet est dans le sujet. Dans cette stratégie se réalise le cercle herméneutique proposé par Gadamer et selon lequel l’historicité du sujet se permute avec l’historicité de l'objet enquêté par lui5.

Là se place la différence entre un abordage épistémologique et un abordage herméneutique de l'objet scientifique. Tant que l'abordage épistémologique se donne dans une direction sujet-objet (moi chercheur – la chose), proposant que la recherche est une figuration du monde, l'abordage herméneutique se donne dans une direction sujet-sujet (moi-toi), avec laquelle nous aurions la recherche comme une transfiguration du monde, c’est à dire, comme une interprétation du monde.

La procédure épistémologique établit la connaissance du monde dans des catégorisations absolues et aprioristiques, construisant un mécanisme qui se prétend universel. Sont des exemples les notions d'ens cogitans de Decartes, de réflexion transcendantal dans l’œuvre de Kant, d'esprit absolu en Hegel, de lutte de classes en Marx, de fait social en Durkheim, de conscience pure et de leur intuition d'essentialité en Husserl et de pratique sociale en Bourdieu.

La procédure herméneutique, nonobstant appartenir à une réflexion archaïque présente dans la culture occidentale, est modernisée à la fin du XIXème siècle. La question générale proposée par cette réflexion – posée par Edmund Husserl à la philosophie, Max Weber à la sociologie, Wilhelm Dilthey à la philosophie des sciences sociales et Wihelm Wundt à la psychologie, pourrait être posée de la manière suivante: comment capter les éléments intellectuels et culturels qui influencent l'action sociale ? La réponse pour cette question, organisée autour de différentes méthodes, se synthétise dans la constatation

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fondatrice que les hommes agissent dans des mondes intersubjectifs socialement constitués. C'est-à-dire, de que les expériences subjectives sont suffisamment négociées par la langue, par la participation sociale, par les silences et les vides présents dans tout texte social ou individuel, par l'imaginaire, par la mémoire créative.

Si je pourrais résumer ce que j’ai vu au Ceaq, dans trois ans de travail commun, j’utiliserais, volontiers, la notion d’une « sociologie à contre-poil », tout en disant, ensuite, que cette « sociologie à contre-poil » serait basée dans une herméneutique « diatopique ».

Eclairons cette position encore une fois, en cherchent les fils lancés dans cet exposé. « Sociologie à contre-poil » basée sur une herméneutique « diatopique », je disais. Les topoi, d’où provient le terme « diatopique », sont les lieus communs rhétoriques les plus larges d’une certaine culture. Ils conforment les prémisses de l’argumentation à cause du fait qu’ils ne sont pas mis en cause, tout en rendant possible la production et l’échange des arguments.

Ainsi, la modernité constituerait, elle-même, un « topoi » de la culture occidentale. Un « topoi » mis en cause, bien entendu, à la mesure que nous parlions tout à l’heure, sur un phénomène contemporain de constatation acide de la faillite du projet moderne et surtout de constatation de son arrogance. Bref, la modernité, un raisonnement des forces sociales cherchant à rationaliser la société, serait déposée, dans la contemporaineté, de ses traditionnelles prémisses d’argumentation et passée de la condition de « topoi » à celle des simples arguments.

La herméneutique « diatopique » consiste dans une opération de clivage anticipative, de fissure, de crevasse des « topoi ». Elle est basée, cette herméneutique « diatopique », dans l’idée que les « topoi » d’une culture, pour fort qu’ils soient, sont si incomplets que la culture elle-même dont ils font partie. La proposition d’une herméneutique « diatopique » serait celui d’amplifier la conscience de l’incomplétude.

Qu’elle serait donc la proposition d’une sociologie à « contre-poil » ? Justement la mis en œuvre d’une herméneutique « diatopique ». Si la sociologie moderne était basée dans la révélation des liaisons dichotomiques entre individu et société, une sociologie post-moderne serait basée dans la trouvaille des vulnérabilités présentes dans une perception trop étroite de cette dichotomie.

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Referência bibliográficas

BENJAMIN, Walter. Sobre o Conceito de História. Trad. S.P. Rouanet. In. Magia e Técnica, Arte e Política (Obras Escolhidas, vol. I). São Paulo, Brasiliense, 1985.

COVA, Bernard. Au-delà du marché: Quand le lien importe plus que le bien. Paris, l’Harmattan, 1995.

FISCHER, Michael M. J. Da antropologia interpretativa à antropologia critica. In Anuario antropologico. Rio de janeiro / Fortelaeza, Tempo Brasileiro / UFC, 1985, pp. 55-72. GADAMER, Hans Georg. Vérité et Methode, Paris, Éditions du Seuil, 1976.

LATOUR, Bruno. Nous n’avons jamais été modernes : essai d’anthropologie comparée. Paris, La Découverte, 1991.

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