L'INSOUTENABLE lEGERETE DE ltTRE (MILAN KUNDERA) GERTROSCAM
"L'INSOUTENABLE LgGrJRETIJ DE L'ETRE" DE MILAN KUNDERA: UN ROMAN PLEIN DE QUESTIONS SANS R~PONSES.
"ee sont precisement les que~
tions auxquelles il n'est pas
ne considere pas comme une CO£
fession pe r s orme.lje de l 'auteur
ecrit Kundera dans "L'insoute frontieres de notre existence"
po s sIbitLt e s de reponse qui marquent limites des
humaines et qui tracent les
les
mais comme "une exploration de ce qu'est La vic humaine dans Le piege quvest devenu lemonie~' Point de depart de cette expl£
ration sont quatre personnages, nahle legerete de I'etre" car deux couples Tomas et Teresa , pour lui Ie vrai travail de Sabina et Fran~. Kundera racon Tomancier est de poser des te leur histoire et en meme temps y donne ses commentaires.
Les tr~s brefs chapitres sont questions. Dans son livre il
nous devoile encore plu6 sur
sa conception du roman, qu'il autant de brillants petits
rkagmento¢) ~. DLLE/UFSC. Fio4lanopoliJ, N9 1, 288-294, Jan.jJun. 1986
essais
dans
lesquels l'auteur titian biena
lui avec quelques nous livre avec cynisme,mali- mots cl es , nes bien souvent de ce et humour ses reflex ionssur des tas de sujets comme
cilier Ie roman avec la philo- taphysique du fils de Staline
cile il est de· s'accorder sur hasards, qui sont repris et de- veloppes jusqu'a devenir categ£
Ties existentielles autour des-
la partition de quelqu'un d'au- tre. Nous en avons une belle
i!
lustration dans les chapitres ou Kundera donne Ie "petit lex.!, que de mots incompris" entre quelies s'orchestre notre vie.
Plus age on devient, plus diffi
Ie la trahison. la compassion , Ie lien entre 1'amour et l'e- Totisme, la beaute du hasard, l'ethique et l'esthetique d'un acte, 1a maternite,la mort
me-
etc. • 5i POUT Kundera
"plus grand pari" est "de eon-
sophie, avec l'intelligence "
il Yreussit
a
la perfection dans ce roman. C'est bienFranz et Sabina.
Kundera parle de ses peE sonnages
a
La maniere d'un amiest bien comprehensible lorsqu' on apprend qu'il conside re ses dans Ie melange ingenieux
desinvolte de fecit et de flexion que reside un
et
~
re- des
qui se fait des soucis .Cela
grands attraits de ce livre.
Kundera part de quelques idees fondamentales, i1 les develop-
personnages camme ses "propre s possibilites qui ne se sont pas realisees"•
variations d'ailleurs bien de- 1ibere puisque Kundera concoit
humaine, comme une partition musicale. Chaque etre a sa par pe, les laisse tomber et puis les reprend pour les presenter
sous une autre lumiere.Jeu de L'histoire se situe Le livre du declin de I'Europe
Prague dans les annees soixan- te, septante aux alentours des evenements de 1968, cette"~tra!!
ge fite de la haine". lundera avoue considerer Prague un peu vie
Ie roman, tout comme 1a
F!Ulgmento~; It.. VLLE/UFSC, FtOJU.a.110pOW, /Jq I, 288.294. ](m./lwt . 1986 290
comrne Ie ce n t r e de l'Eur op e puisqu e "I e drame qui s'y
d e
roule est celui de rout e s le s vil l.e s europe enne s". Et un des aspe cts de ce dr a me est
"la dest r uc t i on de l'intimi te huma ine". Ku ndera est tres sens ib le au confli t entre Ie pouvoir d'Eta t et la vi e in tl me. Seio n lui ce tte derni e re est autant mena ce e
a
l'Que st qU'a l'Est,seul ement de fae on plus di s s imul ee.La leg er ete et 1a pe sant eu r Un des gr ands theme s du li vr e est celu i de l' oppo - siti on lege r e t e-pe s an t eu r. El- Ie vien t de Parmenide qui dans sa di vision de I' un i ver s en coupl e s de con t rai res avai t conside r e 1a1ege ret e commep~
sitive et neg ative la pes an- teur."Avait-il rai son ?" se demande Kundera. Beethoven, lui, cons i de r a i t 1a pe santeur comme quelque chose de posi- t if :"la pesanteur, la nece s s!
te et la valeur son t trois no ti ons intimement 1iees ; n'est
grav e que ce qui est nec e s sal re, n'a de va l eur que ce qui
p~se". De Ii que Ie dernier mouvement du dernier quatuor de Beetho ve n se compose su r l e moti f "Es muss se i n" (il Le {aut). Ce "Es muss sein" obse- de Tomas et devient l'impera- ti f de taus se s actes, de son amour pour Te r e s a et encore plus de son travail de chirur- gien. Pourtant i l refusera de signer 1a retractation d'un aT ticle qu'il avait ecrit sur la cw1pabil ite des commu n i s t e s tcheques. Suite
a
ce refus il de vi endra un in t e l l e c t ue l de- cla ss e , la veur de vitres. C'est sa maniere de se revolter con- tre Ie liEs muss sein" de son tra va i l de ch i r u r gi en , contre sa necessite interieure. C'est sa mani~re de cha nge r Ie lourd dans sa vie en leger. II avait voulu voi r "ee qui reste de la vie quand l'homme s'est debar- rase de tout ce qu'il a tenu jusque la comme sa mission".Pourquoi d'ailleurs pe!
F~gmento6; n. VLLE/UFSC, Fto~opoti6, NQI, 288-294,Jan. /Ju n. 1986
sister
a
faire prevaloir 1a p~santeur puisque la vie n'est quand merne qu'une "esquis se sa ns tableaux" : "la vie humai- ne n'a lieu qu'une seule £ois et nous ne pourrons jama i s ve- rifier quelle etait Ia bonne et quelle etait la mauvaise decision". Et i l en va merne pour l'histoire. Dans un monde ou "l'eternel retour", cetLe idee de Niet2che, n'existe pas,
"tout est d'avance pardonne et tout y est done cyniquement perrois". Dans cette perspecti- ve , quelle attitude fai ia i t -i l adopter dans Ie Prague de 1968? Tomas ne Ie sait pas et il est bien
gene
vis-a-vis de ce journaliste qui lui demande de si gne r une petition contrel.e mauvais traitement despri- sonniers politiques et qui pour Tomas vit dans une autre histoire "une historie qui n'£
tait pas ou n'avait pas consc!
ence d'etre une esquisse".
La recherche de la leg~
rete de l~tre c'est peut-etre
aus s i Ie but qui se cache der riere Ie desir de trahir Sa- bina, ancienne maitresse de Tomas et peintre de talent.
Depuis sa jeunesse elle etait obligee de marcher dans les cort e ges , de partieiper aux eamps du paTti, de chanter des chan s ons. A l'ecole des Beaux-Arts elle devait prati- quer Ie realisme socialiste.
BIle a voulu radicalement ro~
pre avec tout eela, mais el1e se demande ou la menera ce che mi n de trahison.
Lorsque Teresa cherche
a
avair une aventure amOUTa5e ee n'est pas pour se venger des nombreuses maitresses de Tomas mais pour apprendre et comprendre la f11egerete, la joyeuse fu t i l i t e de l'a- mOUT physique". Le probleme de Teresa c'est "l'inconcilia ble dualite du corps et de l'ame". Tant Tomas qui conti- nuea
courir les femmes que sa mere avec sa tendancea
l'exhibition releguent Teresa
F~agm~nto~; ~. OLLE/UFSC, Fio~nopo~, N9 I, 288~294, Jan./Jun. 1986
i un univers "o ~ taus le N co rps sonr egaux ". E'll e en souffre et se contemple dan s Ie miroir "pour voir l'a me remonter
a
11.1 surf ac e du corps". Les reve s de Teresa son t Ie reflet poignant de sa jalousie, de son sen t imen t inconfortable dans la vie.Dans I'un d'eux elle doit
a :
filer nue en chantant avec d'autres femmes aut our d'un bassin de piscine. Toma s d' en haut le s abat avec un coup de revolver des que l' une d'elles fait u~faux pas.
Le Kitsch:
Ce re ve de Te re s a de- vient pour Kundera Ie symbo- Ie de ce qu'il appelle "Ie monde du kitsch commun i ste", ce monde de "souriants cre- tins". Partant d'un "theodi- ce e de la merde" Kundera ar - rive
a
la definition du Kitsch: "C'est 11.1 nigation abs ol ue de la merde au sens litteral comme au sens figu- re; Ie kitsch exclue de sonchamp de vis io n tour ce que 1'exis te nce huma i ne a d'essen tiell ement inacce p t ab le " . Le kitsc h est 1 'ideal esthetique d'un mande qui a comme cro ya~
ce fonda me n ta l e 1'a cc ord cat~
gori que avec l'etre. Ce qui repugne Sabina n'e st pa s la laideur du monde commun i s t e re e l dans Iequel il serait e~
co r e possible de vivre, mais Ie masque de beaute dont ii se couvre pour dissimuler cet te 1aideur. Les femmes dans Ie reve de Teresa expriment Ie joyeu x consentement
a
la contormite, el le s sont heureu ses "d'avoi r reje t a Ie far- de a u de l' ame, ce t t e illusion de 1a diffe r en c e !'II y a toutes sortes de kit sch, Ie kitsch totali - taire qui bann it "toute mani- festation d'individualisme "
mais aussi Ie kitsch politi - que auqueI n'echappent ni ho~
me de droite ni homme de gau- che:"Ies mouvements politiquE'5 ne reposent pas sur des atti-
Fk4gmento~; A. VLLE/UFSC, Fio~napolih. NQ I, 288- 294, Jan. /Jun. 1986
tudes mais sur des repre seg
l'ensemble constitue tel au tel kitsch politique. L'idBe de la Grande Marche c'est 'I e kitsch politique qui
unit le s gens de gauc he de tous temps et de toute s les tendan ce s . La Gr ande Narche, c' e s t ce supe r be cheminement en avant, vel'S la fraterni- te, l'egalite'la justice,Ie bon heu r" . D' ai l l eu rs Ie ki t sch fait partie de la cond i ti on humaine et perso~
ne n'y echappe.L e Kits ch ~e
Sab ina sont deux fene tres .§.
cl a i r e e s derriere lesquel - les vit une famille heur eu- se " . Devant ce t t e cons ta t a - tion de fai l l i te de tou- te ide ol og i e Kunder a gar de quand meme une note de ten- dresse pour Fra nz , cet hom- me de la Grande Marche. Par ticipant
a
une mar ch e pourIe Cambodge il se rend com2 te du rid icule et de l'inu- tat ions de s images,
mots, des arc he t ype s
des
dont
tilite de ce quIll fait mais il
cont i nue parce qufil comprend,
tout comme Ie journali ste et ~
petition, qutil Y a "des situa- tions o~ l'homme est condamne
a
donner un spe c t a c l e " . Trois va l eu r s
On peut se demander ce qui reste debout da ns 1a vision de Kundera sur Ie monde et sur l'h isto ire. Kundera dit qu'il laisse subsister trois valeurs dans son livre. La premiere est cel Ie de l'amour.Meme si l'amour est par fois ne d' une metaphore et peu t disparai tre avec eIle,il est aus s i pour Tomas"notre libel'
te,il est au - de l a de l'e s muss sein" . La deuxijime c' es t la be aut e meme si, eile ntexiste que "par er- reur " et que pour la trouver i l fau t "cre ver 13 toile du decor"
comme dans le s peinture s de Sa- bina. La troisieme c'e st 1a ca- pa cit e de reflex ion. Pour Kunde ra l'homme qui sait reflechir n'est pas enc ore vaincu meme
5'i1 est vaineu : "Ie veritable adversaire du Kitsch tota1itai-
F~gmento6 ; ~. VLLEjUFSC, Fto~opo~, NQI, Z88.294, Jan./Jun. 1986 294
re, c'est l'homme qui inter rage".
Sur Kundera
Interdit de publier dans son pays natal, Kundera quitte 1a Tchecoslovaquie en 1975 pour venir en France. En 1981 i1 Y obtient 1a nationa- lite francaise. Ses romans La vie est ailleurs La valse aux adieux, Le livre du rire et de l'oubli lui ont valu les dernieres annees de hautes distinctions litteraires tant en France qu'en Italie et anx Etats-Unis. Son dernier ro- man L'insoutenable legerete de 1'etre a etc pendant de longs mois Ie numero un des livres les plus Ius. II vient de recevoir Ie Prix Litterai- re national du "Los Angeles Times".
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