Manuel Martins
CENÁCULO E A SUA RELAÇÃO COM OS LIVROS
3.1. Cenáculo autor
3.1.1. A obra impressa de Frei Manuel do Cenáculo.
1. L’Abrégé d’histoire romaine de Florus
De l’auteur de l’Abrégé d’histoire romaine, on ignore jusqu’au nom exact qui varrie selon les manuscrits de « Lucius Annaeus/Aneus/Anneus Florus » à « Iulius Florus ». Il seraita priori contemporain de Trajan et l’importance qu’il accorde à l’Espagne dans son œuvre et l’éloge qu’il en fait poussent à supposer qu’il est espagnol1. SonAbrégé d’histoire romaine, dont le titre exact n’est pas connu non plus, couvre l’histoire du peuple romain « a rege Romulo in Caesarem Augustum »2. Il se concentre en particulier sur le récit des guerres romaines, extérieures et civiles3. Quant à ses sources, il s’agit pour l’essentiel de Tite-Live, Caton l’Ancien, Salluste, César, Virgile, Sénèque, Lucain et Tacite4.
Jordanès copie si littéralement le texte de Florus que Jal s’en est servi pour le reconsti-tuer : « Jordanès […] dans une partie duDe summma temporum uel origine actibusque gentis Romanorum, recopie pratiquement le texte de Florus, au point que les pages en question sont assimilables à un manuscrit »5. L’éditeur distingue ainsi une famille de manuscrits constituée du texte de Jordanès et duBambergensis E III 22, un manuscrit du début du IXe
siècle, la classe A6. Ce manuscrit apparaît dans notre apparat critique sous l’abréviation
Flor(B)et permet de faire la distinction entre les modifications du texte de Florus qui sont du fait de Jordanès et celles qui remontent à son antigraphe.
2. Une copie littérale avec quelques remaniements
Jordanès ne se contente pas de faire des emprunts à l’Abrégé d’histoire romaine, il le copie littéralement de son début jusqu’au trois-quart de son deuxième et dernier livre [II,21 (IV,11)]. Le peu d’abréviations qu’il se permet de faire de l’œuvre de Florus sont des coupes et quelques modifications ponctuelles, dont une partie semble même involontaire.
a. Quelques variantes textuelles
Il arrive parfois à Jordanès de remplacer un mot du texte de Florus par un autre. Certains de ces changements sont volontaires et n’ont que peu d’incidence sur le sens du texte, comme le remplacement de l’adjectif « geminum » [Flor. I,1 (I,2)], qui venait qualifier Janus, par « bifrontem » [Rom.95.]
1. Jaled.Flor. 1967, p. CXI-III.
2. Flor.Préface.1 : « du roi Romulus à César Auguste »(traduction Jal). 3. Jaled.Flor. 1967, p. IX.
4. Ibid.p. XXIX-XXX. 5. Ibid.p. XXXII.
D’autres variantes viennent modifier le sens du texte. Ainsi àRom.92, Jordanès remplace « tandem furentibus interuenere raptae »1 par « tandem funeribus interuenere raptae »2. Mais dans un cas comme celui-ci, il est difficile de dire s’il s’agit d’une modification volon-taire ou d’une simple erreur de copie. Le fait que de telles erreurs de copie soient possibles est attesté par la présence de variantes de ce genre dans la tradition de Florus. Ainsi un certain nombre des différences entre l’Abrégéet lesRomanane sont pas du fait de Jordanès, mais remontent à la copie de Florus qu’il avait sous les yeux puisque leBambergensis E III 22, qui partage un antécédent avec Jordanès a les mêmes. C’est le cas par exemple de la variante « Atinius » pour le nom du plébéien qui fait monter les Vestales dans son char-riot lors de la fuite de Rome, qui s’appelle Albinius dans les autres manuscrits [Flor. I,7 (I,13,12)].
Quelques modifications plus conséquentes sont présentes mais restent rares. Par exemple, àRom.142, Jordanès reformule le commentaire sur les apports de la victoire sur les Sabins de Florus : « uictoria tantum hominum, tantum agrorum redactum in potestatem, ut in ul-tro plus esset nec ipse posset aestimare qui uicerat »3devient « tantumque Romano populo addit opes, ut nec ipse possit estimare qui uicerat »4.
b. Une prise de distance vis-à-vis d’un auteur romain païen
Certaines des modifications du texte de Florus ne peuvent pas être accidentelles : le changement presque systématique des premières personnes du pluriel en tournures plus neutres et la suppression ou l’aménagement des éléments païens du récit.
Alors que Florus s’incluait parmi les Romains en employant la première personne du pluriel pour en décrire les actions, Jordanès se met en retrait et transforme ces premières personnes de deux façons :
— en remplaçant simplement la première personne par « Romani », comme àRom.124 où « triumphauimus »5devient « triumphauere Romani » ou àRom.179 où « de nos-trorum militum »6devient « de Romano milite » ;
— en tournant la phrase de sorte à ce que le général romain qui dirigeait l’action
de-1. Flor. I, 1, 13 : « enfin, comme les combats faisaient rage, les femmes enlevées se précipitèrent entre eux »(traduction Jal).
2. Iord.Rom.92 : « enfin, les femmes enlevées s’interposèrent au milieu des cadavres ».
3. Flor. I,10 (I,15,3) : « cette victoire fit tomber en notre pouvoir tant d’hommes, tant de territoires, que le vainqueur lui-même ne put juger ce qui, des deux, avait le plus d’importance »(traduction Jal).
4. Rom. 142 : « <Ce peuple> ajouta tant de ressources au peuple romain, que celui-là même qui avait vaincu n’était pas capable de les évaluer ».
5. Flor. I,5 (I,11,6) : « nous en triomphâmes »(traduction Jal). 6. Flor. I,20 (II,4,4) : « à nos soldats »(traduction Jal).
vienne sujet du verbe, par exemple « a uiro militiae peritissimo uincimur »1, comme les Romains sont alors commandés par Régulus, devient « Regulus uictus est » [Rom.
171].
Jordanès n’est cependant pas systématique dans son effacement de la première personne du pluriel. Nous notons ainsi quelques oublis, comme àRom.166, où Jordanès a conservé le « euasimus »2de Florus.
Jordanès modifie également le texte de Florus pour en neutraliser les éléments païens. Il lui arrive ainsi de faire des coupes afin de passer sous silence un épisode païen ou un commentaire de sa source sur les desseins des dieux. Il laisse de côté par exemple la tran-sition que Florus faisait entre la guerre contre les Étrusques et la guerre contre les Gaulois, et dans laquelle il se demandait si les dieux avaient tenté d’éprouver les Romains par ces conflits [Flor. I,7 (I,13, 1-3)]. Chez Jordanès, c’est alors un simple « autem » qui fait office de transition [Rom.130].
À d’autres endroits, Jordanès conserve le récit de Florus, mais le met à distance. Ainsi à
Rom.87, il rapporte le récit merveilleux des origines de Rome et insère dans le texte copié sur Florus la précision « ut ipsorum uerbis loquamur »3.
c. Coupes dans le texte de Florus
Les passages païens ne sont pas les seuls à faire l’objet de coupes. Certaines coupes sont simplement réalisées pour abréger le texte de Florus. Par exemple, alors que Florus faisait trois récits de la bravoure des Romains et des Romaines [Flor. I,4 (I,11)] avec les épisodes de Mucius Scaevola, de Clélie et d’Horatius Coclès, Jordanès s’épargne la copie de ce dernier [Rom.121-122], estimant sans doute les exemples suffisants avec un personnage de chaque genre.
En revanche, certaines coupes peuvent être soupçonnées d’avoir un but politique et de permettre à Jordanès de réarranger l’histoire de Rome comme il le souhaite. Ainsi, entre les paragraphes 161 et 162, Jordanès laisse de côté une partie non négligeable du texte de Florus [I,17 (I,22-26)] qui rapportaient des dissensions internes au peuple romain (soulèvement de l’armée, de la Plèbe, etc.). Il est possible que Jordanès ait alors souhaité transmettre l’image d’un peuple romain uni.
1. Flor. I,18 (II,2,23) : « ce chef, d’une très grande expérience dans l’art militaire, nous bat »(traduction Jal).
2. Flor. I,18 (II,2,13) : « nous nous échappâmes »(traduction Jal). 3. Iord.Rom.87 : « pour le dire avec leurs mots ».
d. De rares ajouts
Jordanès ajoute au texte de Florus quelques incises qui lui permettent de maintenir la cohérence de son œuvre. ÀRom.115, il copie ainsi le passage de Florus qui décrit le système consulaire et en expose les motivations. Or, ce n’est pas la première fois que notre auteur justifie le système consulaire. Il l’a déjà fait àRom.111, dans un emprunt à une autre source que Florus. Il insère alors dans sa copie de l’Abrégé d’histoire romaine une mention pour aider le lecteur à se situer dans le texte, « ut diximus ».
Jordanès ajoute également, mais rarement, des précisions au texte de Florus, comme à
Rom.131, où il qualifie Clusium de « Tusciae urbem » ou àRom.180, où il précise à propos des Illyriens « id est Veneti »1.
e. Un remaniement qui peut entraîner une perte de sens
Les modifications que fait Jordanès dans le texte de Florus passent généralement in-aperçues. Il arrive cependant que le texte desRomanaen devienne difficile à comprendre. Par exemple, le paragraphe 92, qui s’achève sur l’intégration des anciens ennemis de Rome à celle-ci, un épisode positif donc, est qualifié par Jordanès de « res misera dictu »2, une variante bien moins cohérente que le texte d’origine, « res mira dictu »3.
Une méconnaissance des lieux évoqués par Florus a également conduit notre auteur à mal les orthographier. LesRomanaplacent ainsi certains événements dans des lieux inexis-tants comme le « lacum Vadi montis » [Rom.140] qui est en fait le lac de Vadimon, « lacum Vadimonis » chez Florus [I,8 (I,13,3)].
Enfin, certaines coupes privent le lecteur ou la lectrice d’éléments importants pour la compréhension du récit. Ainsi àRom.164-165, parce que les passages concernant les débuts de la première guerre punique n’ont pas été copiés, nous suivons les préparatifs d’une ba-taille navale et son déroulement sans jamais connaître le nom de l’ennemi qu’affrontent les Romains. L’identité de cet ennemi ne pourra qu’être déduit de la mention de l’enlèvement d’Asina Cornélius, qualifié de « perfidiae Punicae documentum »4.
Pour conclure sur l’usage que Jordanès fait de Florus, malgré ces quelques modifications parfois maladroites, c’est bien la copie littérale qui domine largement dans les paragraphes qui s’appuient sur l’Abrégé d’histoire romaine. Il en va tout autrement pour l’autre source
1. Iord.Rom.131 : « un ville d’Étrurie » ; 180 : « c’est à dire les Vénètes ».
2. Iord.Rom.92 : afin que cette remarque ne soit pas totalement incohérente, nous avons choisi de la traduire par « poignante à dire ».
3. Flor. I, 1, 14 : « chose extraordinaire »(traduction Jal). 4. Iord.Rom.165 : « un exemple de la perfidie punique ».
que Jordanès semble mobiliser dans cette partie. Du texte de Festus, comme nous allons le voir, notre auteur ne reprend en effet que le plan et les données, qu’il reformule amplement.
B. Une paraphrase de l’Abrégé de Festus
1. L’Abrégé des hauts faits du peuple romain de Festus
Rédigé en 370 ap. J.-C., l’Abrégé des hauts faits du peuple romain est une commande de l’empereur Valens1. Comme celui-ci demande un bref résumé de l’histoire romaine (« breuem fieri clementia tua praecepit »2), l’Abrégé est une œuvre assez sèche, dans la-quelle la liste des acquisitions et pertes de territoires de Rome depuis sa naissance jusqu’à l’empereur Jovien est à peine accompagnée de récits plus détaillés.
Aucune des tentatives d’identification de l’auteur de l’Abrégén’est actuellement totale-ment convaincante, d’autant plus que lecognomen« Festus » est particulièrement courant. L’identification avec le proconsul Festus de Tridentum est celle qui revient le plus souvent parce qu’il a étémagister memoriae, mais elle est très incertaine. En effet seul un manuscrit rapporte le fait que Festus ait étémagister memoriaeet celui-ci se présente comme « aeuo grauiorem »3 au moment de la rédaction de l’Abrégé, ce qui le place en aîné de l’empe-reur. Or Festus de Tridentum était proche de l’âge de Valens. Marie-Pierre Arnaud-Lindet résume ainsi les éléments dont nous disposons sur cet auteur : « il s’appelait Festus, ou Ruf(i)us Festus ; c’était un érudit âgé qui vivait certainement dans l’entourage de l’empe-reur ; la vaissemblance pousse à en faire un haut fonctionnaire »4.
Si Jordanès a recours à cette œuvre dans son récit de la république romaine, il n’en fait pas le même usage que du texte de Florus. En effet, si notre auteur suit le plan de l’Abrégé
de Festus, il n’en reprend pas les mots et l’enrichit régulièrement de détails issus d’autres sources.
1. Tous les éléments de cette notice sur Festus et son œuvre sont empruntés à l’introduction de Marie-Pierre Arnaud-Lindet à son édition de l’Abrégé: Festus,Abrégé des hauts faits du peuple romain, édition et traduction de Marie-Pierre Arnaud-Lindet, Paris : Les Belles Lettres, 2002, XLII-81 p.
2. Ruf. 1,1 : « ta Clémence m’a prescrit de faire court »(traduction Arnaud-Lindet). 3. Ruf. 30,1 : « alourdi par l’âge »(traduction Arnaud-Lindet).
2. L’Abrégé de Festus, ligne directrice des paragraphes 210-240
Jordanès semble avoir déjà fait une petite incursion par le texte de Festus aux para-graphes 112-113 au milieu de sa partie copiée sur Florus. Il fait alors brièvement appel à l’Abrégé des hauts faits du peuple romain, sans doute parce que celui-ci lui offre les infor-mations nécessaires (nombre de consuls, durée de la république) pour rédiger sa transition entre les rois de Rome et la période républicaine sur le même modèle que ses transitions précédentes entre les empires.
Mais àRom.210, on observe une inversion : c’est alors l’Abrégé de Festus qui devient la source principale et Florus passe au rang de source secondaire à laquelle Jordanès ne fait plus appel que ponctuellement, ce qui se voit à trois éléments.
Pour commencer, lesRomanasuivaient jusqu’alors un plan chronologique avec Florus. Or dans l’Abrégé de Festus, les événements sont présentés à la fois selon un axe géogra-phique et un axe chronologique, que Jordanès adopte, comme on peut le voir à l’utilisation de formules telles que « Hactenus ad partes occiduas : nunc que in Eoa plaga acta sunt percurramus »1, une paraphrase du « nunc Eoas partes totumque Orientem ac positas sub uicino sole prouincias, qui auctores sceptris tuis parauerint, explicabo »2de Festus.
La composante géographique du plan de Festus explique également que des événements appartenant à la période impériale se retrouvent dans la partie consacrée à la république. Par exemple, alors que Jordanès évoque les événements liés à la Cappadoce àRom.225, il commence bien par la guerre contre les Cappadociens qui a lieu dans les derniers temps de la république, mais il poursuit également avec l’alliance de Rome avec la Cappadoce sous Auguste puis sur son intégration comme province romaine sous Claude, ce qui correspond parfaitement au déroulé du récit de Festus [11,3-4].
Enfin si Jordanès change de source principale, il ne cesse pas pour autant de faire appel à Florus, mais cette fois, ce sont des épisodes de Festus qui semblent déclencher le recours à Florus, qui en livre une version plus développée. Par exemple, àRom.224-225, Jordanès rapporte les événements liés à la Galatie dans le même ordre que Festus : invasion de la Galatie et victoire des Romains sur les Galates, puis établissement du roi Déiotaros à leur tête et enfin transformation de la Galatie en province. Mais pour raconter la guerre contre les Galates, notre auteur fait un détour par Florus dont il recopie le récit, bien plus vivant que celui de Festus avec son exemple de la sauvagerie des Galates ( « cum catenas morsibus
1. Iord.Rom.222 : « En voilà assez pour les parties occidentales : parcourons maintenant ce qui s’est passé dans la région orientale ».
2. Ruf. 10,1 : « Je vais maintenant développer quels furent ceux qui, par leurs initiatives, acquirent à ton sceptre les régions de l’aube, l’Orient tout entier, ainsi que les provinces placées au voisinage du soleil »
et ore temptassent, cum offocandas inuicem fauces praebuissent »1) et son récit de la ven-geance de la femme d’Orgiagon. La transition d’une source à l’autre est d’ailleurs assurée par une phrase qui mêle les deux textes, « Gallogreciam autem, id est Galatiam, Syriaci belli ruina conuoluit »2: la précision « Gallograeciam, hoc est Galatiam […] inuasimus »3) vient de Festus et (« Gallograeciam quoque Syriaci belli ruina conuoluit »4) de Florus.
3. Une abondance de modification et d’éléments complémen-taires
Les passages inspirés de Festus se caractèrisent par des ajouts réguliers de détails et par des changements d’ampleur différente :
— des corrections, comme àRom.113, où Jordanès mentionne les deux véritables pre-miers consuls, Brutus et Collatinus, alors que Festus commet une erreur en parlant de Brutus et Publicola [Ruf. 2,3] ;
— des changements de nom, encore àRom.113 où notre auteur remplace le consul Hir-tius [Ruf. 2,3] par un certain Sergius ;
— des précisions géographiques, comme à Rom. 217 la distinction entre la « Daciam mediterraneam » et la « Daciam […] ripensem », là où Festus se contentait d’évoquer deux Dacies [Ruf. 8,2] ;
— des arguments supplémentaires, comme àRom.111, sur les raisons pour lesquelles les mandats des consuls sont annuels ;
— la modification de récits entiers comme àRom.228 sur la conquête de Chypre.
1. Flor. I,27 (II,11,6) : « ils essayaient de rompre leurs chaînes avec leurs dents et s’offraient les uns aux autres pour qu’on les étranglât »(traduction Jal).
2. Iord.Rom.224 : « d’autre part, le désastre de la guerre de Syrie s’étendit à la Gallo-Grèce, c’est-à-dire la Galatie ».
3. Ruf. 11,3 : « Nous avons envahi la Gallogrèce, c’est-à-dire la Galatie »(traduction Arnaud-Lindet). 4. Flor. I,27 (II,11,1) : « La Gallo-Grèce fut enveloppée elle aussi dans l’écroulement causé par la guerre de Syrie »(traduction Jal).
Remaniement du texte de Festus Les paragraphesRom.2121etRuf.52, qui racontent les relations de Rome avec les Hispanies, sont un bon exemple de la façon dont le texte de Festus est utilisé dans lesRomana: il y est à la fois paraphrasé, coupé et augmenté.
Ruf. 5,1-2.Hispanis primum auxilium aduer-Iord. Rom. 212. Spanias quamuis, ut su-sum Afros per Scipionem tulimus. Rebellantes perius diximus, Saguntina cladis ab amici-Lusitanos in Hispania per Decimum Brutum tiis Romanorum segregasset, Scipio tamen obtinuimus et usque Gadis ad Oceanum mare eos tam gratia quam uirtute rursus Romanis
5 peruenimus. Postea, ad Hispanos tumultuantesconiunxi rursusque resistentibus Sylla consul 5
Sylla missus eos uicit. Celtiberi in Hispania sedauit. Celtiberes similiter cum Numanti-saepe rebellare, sed misso iuniore Scipione nis aduersus Romanos insurgentes Scipio iu-cum excidio Numantiae subacti sunt. nior sedauit, conpescuit atque pene
subuer-tit.
La fin deRom.212 est clairement une paraphrase deRuf.5, 1-2, dont il reprend les élé-ments : une révolte des Espagnols écrasée par Sulla et la rébellion des habitants de Numance et des Celtibères reprimée par Scipion.
Jordanès reprend d’ailleurs le plan de Festus en évoquant avant ces événements les ac-tions de Scipion en Espagne. C’est cependant là que se trouve la plus grande intervention. LesRomanapassent en effet sous silence un épisode intermédiaire entre l’arrivée de Scipion en Hispanie et la révolte arrêtée par Sulla : la victoire de Décimus Brutus sur les Lusitaniens. Le texte de Jordanès présente également une version sensiblement modifiée du rôle de Sci-pion en Espagne : alors que Festus reste très factuel en se contentant de mentionner l’aide apportée aux Espagnols par les Romains sous la conduite de Scipion, notre auteur fait de ce dernier un personnage remarquable, dont les qualités seules semblent suffire à réconcilier Espagnols et Romains.
1. Iord.Rom.212 : « Bien que le désastre de Sagonte, comme nous l’avons dit plus haut, avait écarté les Hispanies de l’amitié des Romains, Scipion les réconcilia cependant avec eux tant par son charme que par son courage. Et le consul Sulla les ramena au calme alors qu’ils résistaient de nouveau. Les Celtibères, ainsi que les habitants de Numance, Scipion le Jeune les ramena au calme, les réprima et fut sur le point de les anéantir ». 2. Ruf. 5,1-2 : « Nous avons d’abord porté secours aux Espagnols contre les Africains par l’entremise de Scipion. Grâce à Decimus Brutus, nous l’avons emporté sur les Lusitaniens qui reprenaient les hostilités en Espagne, et nous sommes parvenus jusqu’à Gadès, au bord de la mer Océane. Ensuite, Sulla, envoyé contre les Espagnols en rébellion, les vainquit. Les Celtibères reprirent souvent les hostilités en Espagne mais, après l’envoi de Scipion le Jeune, la destruction de Numance amena leur soumission »(traduction Arnaud-Lindet).