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5. DISCUSSÃO

5.4. Alterações de espessura dos tecidos peri-implantares

5.7.3. Alterações de espessura e volume em função das classes de BPD T0

4.1. Caractérisation de la lignée de cellules OK (opossum

kidnev)

La lignée de cellules OK a été établie au départ de tissu rénal d’un opossum

adulte d’Amérique {Didelphys virginiana). Cette lignée prolifère rapidement et est

stable du point de vue morphologique et de son caryotype [Koyama H. et al., 1978].

Les cellules OK s’organisent en monocouches de cellules épithéliales polarisées et

partagent de nombreuses propriétés morphologiques et fonctionnelles avec les

cellules tubulaires proximales [Malstrom K. et al., 1987].

Propriétés de transport

La membrane apicale des cellules OK comporte les systèmes de transport

couplés au Na* pour les acides aminés, le glucose, les protons et le phosphate

inorganique ainsi qu’une sensibilité hormonale à la PTH et à la calcitonine

[Malmstrom K. et al., 1986; Malstrom K. et al., 1987] (Tableau 6). La lignée rénale de

cellules OK est la seule lignée cellulaire établie avec des caractéristiques proximales

ayant la capacité de réguler le co-transport Na*dépendant/phosphate en réponse,

soit à un agent rapide comme la PTH [Hruska K.A. et al., 1987; Teitelbaum A.P. et

al., 1984; Teitelbaum A.P. et al., 1986], soit un stimulus prolongé comme une

déprivation chronique en phosphate organique ou l’exposition à de l’hormone

thyroïdienne [Quamme G. et al., 1989; Yonemura K. et al., 1990]. En effet, les

récepteurs de haute affinité pour la PTH, présents dans les cellules OK, sont couplés

à l’activation de l’adénylate cyclase et l’inhibition du co-transport NaVphosphate

[Caverzasio J. et al., 1986; Cole J.A. et al., 1987; Malmstrom K. et al., 1986;

Teitelbaum A.P. étal., 1986].

Tableau 6 : Caractéristiques des transports tubulaires au niveau de l’épithélium proximal des cellules OK

Transporteur Sodium Localisation Substrat Activateur Inhibiteur Régulateur Références

NaVacides aminés

dépendant apicale

Acides aminés acides : L-

glutamate

Acides aminés neutres :

L-proline, L-alanine, L-

phénylalanine

[Malstrom K. et al.,

1987; Schwegler J.S. et

al., 1989b]

indépendant basolatérale

Acides aminés neutres :

L-alanine

Acides aminés

dibasiques : L-arginine

Na^/hexoses

NaVglucose

dépendant apicale a-méthyl-D-glucoside

D-glucose Phlorizine

[Malstrom K. et al.,

1987; Van den B.L et

al., 1989]

indépendant basolatérale D-glucose Cytochalasine B

Na^/phosphate dépendant PTH PTH

[Caverzasio J. et al.,

1986; Malmstrom K. et

al., 1986; Teitelbaum

A.P. étal., 1984]

Na"^/phosphate

inorganique

NaPi type lia

dépendant apicale Hormonale,

PTH

[Cole J.A. et al., 1987;

Malstrom K. et al., 1987]

NaVsulfate

inorganique indépendant

[Malstrom K. et al.,

1987]

Échangeur Na*/H*

NHE3 apicale Insuline PTH amiloride

[Gekie M. et al., 1999;

Helmle-Kolb C. et al.,

1990; Klisic J. et al.,

2002; Malstrom K. et al.,

1987; Pollock A.S. et al.,

1986]

Echangeur

HVcations

organiques

Echangeur cations

organiques/cations

organiques

apicale T etraéthylammonium

Cations organiques

(1mM): N^-

méthylnicotine amide,

amiloride, cimetidine,

verapamil,

procainamide,

quinidine

[McKinney T.D. et al.,

1990; Yuan G. et al.,

1991]

Echangeur

PAH/anions

organiques

Echangeur PAH

(anions

organiques)/dicarb

oxylates

apicale Para-aminohippurate

(PAH)

Probénécide,

furosémide, diéthyl

pyrocarbonate

(inhibiteur du transport

d’anions organiques

sensibles au potentiel),

dicarboxylates

PTH (par la

voie de la

protéine

kinase C)

[Habu Y. et al., 2002;

Nagai J. et al., 1997;

Takano M. et al., 1994]

Echangeur PAH

(anions

organiques)/dicarb

oxyiates

dépendant basolatérale PAH

Dicarboxylates

(a-kétoglutarate),

probénécide,

furosémide,

antibitiques P-lactames

(benzylpénicilline,

céfazoline)

EGF

[Hori R. et al., 1993;

Nagai J. et al., 1995;

Sauvant C. et al., 2001;

Takano M. et al., 1994]

Les cellules OK contiennent également des transports spécifiques des anions

et des cations organiques [Hori R. et al., 1993; Yuan G. et al., 1991].

Dans les cellules OK, la distribution des transporteurs d’hexoses dépendant et

indépendant du sodium ainsi que l’existence à la membrane apicale de systèmes de

transport couplé au sodium pour le glutamate (dépendant du interne), la L-proline

et la L-alanine, le phosphate inorganique et l’échangeur NaYH"" sont en accord avec

les données caractérisant le transport tubulaire proximal [Malstrom K. et al., 1987].

Réponse hormonale

La PTH inhibe l’activité du co-transporteur Na/Pi de type Ha (NaPi-4), exprimé

à la surface apicale des cellules OK [Sorribas V. et al., 1994]; la diminution associée

à l’expression de la protéine du co-transporteur Na/Pj de type Ha à la membrane

apicale entraîne une accumulation subapicale transitoire du transporteur et sa

dégradation lysosomale [Keusch I. et al., 1998; Malmstrom K. et al., 1987; Pfister

M.F. et al., 1997; Pfister M.F. et al., 1998]. La première étape de la régulation par la

PTH est l’internalisation de la protéine du co-transporteur Na/Pj de type Ha au départ

de la membrane apicale conduisant à sa dégradation lysosomale [Jankowski M. et

al., 1999].

L’insuline stimule l’activité de l’échangeur NaVH^ NHE3. Dans les cellules OK,

l’insuline augmente l’activité de l’échange NaYH* de manière dépendante du temps

et de la concentration ; cet effet est dû à l’activation de NHE3. L’insuline semble

stimuler l’activité de NHE3 tubulaire rénal par un mécanisme biphasique impliquant

des facteurs post-transcriptionnels et une augmentation de l’expression du gène de

NHE3 ; ces effets sont amplifiés sous l’action de l’hydrocortisone [Klisic J. et al.,

2002].

Les cellules OK sont également sensibles à d’autres hormones : le facteur

atrial natriurétique [Nakai M. et al., 1988], la calcitonine [Malmstrom K. et al., 1986],

la dexaméthasone [Rizzoli R. et al., 1987], la dopamine [Cheng L. et al., 1990],

l’épinéphrine [Murphy T.J. et al., 1988], le facteur de croissance 1 analogue à

l’insuline (IGF1) [Caverzasio J. et al., 1989], la prostaglandine E2 [Malmstrom K. et

al., 1986], la sérotonine [Murphy T.J. et al., 1989], l’hormone thyroïdienne [Yonemura

K. et al., 1990] et la vitamine D [Binswanger U. et al., 1993; Wald H. et al., 1998].

Propriétés électriques

Le potentiel de membrane des cellules OK est principalement (70%)

déterminé par la conductance des ions qui est bloquée par le baryum. La

dépolarisation des cellules OK est rapide en réponse à l’acidité intracellulaire,

complètement réversible et peut être protégée par l’amiloride. La perméabilité au K*

est donc régulée par le pH intracellulaire. La présence de l’échangeur NaYH^ permet

de compenser la charge acide intracellulaire induisant une repolarisation de la

membrane cellulaire par modification de la conductance K"". La pompe

électrogénique NaYK'^-ATPase contribue également à la conductance totale de la

membrane cellulaire (mais à 30%) [Schwegler J.S. et al., 1989a].

La résistance transépithéliale est extrêmement faible dans les monocouches

de cellules OK. Les cellules OK forment un grand nombre de dômes reflétant un

transport de soluté du côté apical vers le côté basolatéral. La réponse très rapide aux

changements de concentration ionique suggère que la conductance K"^ est localisée

à la membrane apicale des cellules. Les monocouches de cellules OK sont

électriquement faibles [Schwegler J.S. et al., 1989a].

Propriétés biochimiques

La croissance des cellules OK n’étant que légèrement diminuée dans un

milieu défini sans sérum par rapport à un milieu contenant du sérum, les

observations suivantes ont été réalisées pour des cellules OK en milieu sans sérum.

L’activité de la glutathion-S-transférase, un marqueur enzymatique spécifique du

cytosol des tubules proximaux est faible et le contenu total en glutathion diminue au

cours du temps. L’activité spécifique des enzymes marqueurs de la bordure en

brosse comme l’alanine aminopeptidase et la phosphatase alcaline est très faible ;

l’activité de la y-glutamyl transpeptidase est absente. En effet, les cellules OK

présentent une très faible quantité de microvillosités. L’activité de l’enzyme

lysosomale NAG est bien présente dans les cellules OK. L’activité de la succinate

déshydrogénase, une enzyme associée aux mitochondries, est constante. L’activité

de la NaVK^-ATPase est stable. L’activité de la lactate déshydrogénase et de

l’hexokinase, enzyme de la glycolyse, restent stables. Les cellules OK expriment une

très faible activité phosphoénoipyruvate carboxykinase [Courjault F. et al., 1991].

4.2. Endocytose médiée par récepteur

Les cellules OK ont la capacité de réabsorber les protéines par un mécanisme

d’endocytose bien distinct de l’endocytose en phase fluide [Schwegler J.S. et al.,

1991]. En effet, les monocouches de cellules OK réabsorbent l’albumine marquée à

la fluorescéine isothiocyanate (FITC) selon une cinétique de saturation dépendante

du temps et de la concentration, contrairement à l’inuline-FITC qui entre dans les

cellules par un processus non-saturable (Fig. 18). Le système de transport de

l’albumine dans les cellules OK possède une affinité apparente de 24 mg/l (20-30

mg/l), laquelle correspond à la concentration physiologique estimée dans la lumière

tubulaire (30mg/l [Eisenbach G.M. et al., 1975]). L’endocytose d’albumine-FITC

atteint son maximum à un pH extracellulaire de 7,4 mais est réduite en milieu acide

ou alcalin. Par contre, la concentration extracellulaire de sodium, de chlore ou de

calcium n’influence pas l’absorption d’albumine-FITC. Les cellules OK représentent

un modèle bien adapté pour étudier la réabsorption tubulaire proximale des

protéines.

L’albumine-FITC est un marqueur fiable pour suivre l’endocytose médiée par

récepteur : seulement environ 2 % de son endocytose est attribuée à l’endocytose en

phase fluide. L’albumine capturée par les cellules OK est dégradée en fonction du

pH vésiculaire. L’acidification des endosomes est particulièrement importante dans

l’endocytose médiée par récepteur de l’albumine. Par contre, la formation de

vésicules d’endocytose en phase fluide n’est pas influencée par l’alcalinisation des

endosomes ni par l’acidification du cytoplasme. Les cellules OK constituent

également un bon modèle pour étudier le pH endosomal [Gekie M. et al., 1995a]

La cinétique de l’endocytose d’albumine-FITC par les cellules OK est

influencée par le Ca^* et l’AMP cyclique mais pas au niveau de la formation des

vésicules d’endocytose, contrairement à l’endocytose en phase fluide du

FITC-dextran qui n’est pas modifiée. Le Ca^* est nécessaire à l’endocytose médiée par

récepteur mais n’intervient probablement pas dans sa régulation. Par contre, l’AMP

cyclique peut influencer l’endocytose médiée par récepteur dans des conditions

physiologiques [Gekie M. étal., 1995b].

lime (min)

Figure 18. Cinétiques de l’absorption d’albumine-FITC et d’inuline-FITC. A. Evolution au

cours du temps de la fluorescence intracellulaire après incubation avec 0,5 g/1 d’albumine à

37°C en milieu bicarbonate (cercle) et sur glace en solution Ringer (triangle). FITC-inuline ;

0,5g/l, 37°C en milieu bicarbonate (cercle noir). B. Taux d’absorption initial (15 min)

d’albumine-FITC (cercle) et d’inuline-FITC (cercle noir) à différentes concentrations du

substrat (37°C, milieu bicarbonate), n = 4-6. [Schwegler J.S. et al., 1991].

Les cellules OK expriment un site de liaison de haute affinité pour l’albumine à

la membrane apicale ; ce site de liaison est sensible au pH et lie l’albumine en

quantité physiologique [Gekie M. et al., 1996].

L’endocytose d’albumine par les cellules OK se déroule par la voie

dépendante de la clathrine et dépend essentiellement de l’intégrité du cytosquelette

d’actine. Les microtubules facilitent l’absorption par endocytose. La voie

d’endocytose médiée par les cavéoles, vésicules recouvertes d’un manteau de

cavéoline, n’est pas impliquée dans l’endocytose de l’albumine dans les cellules OK

[Gekie M. et al., 1997].

Enfin, l’endocytose d’albumine par les cellules OK implique les deux

récepteurs mégaline et cubiline intervenant dans l’endocytose médiée par récepteur.

Ces deux glycoprotéines sont co-exprimées et principalement co-localisées à la

I

surface des cellules (Fig. 19A). Des observations en microscopie électronique

montrent que la mégaline et la cubiline sont co-localisées à la surface des

microvillosités, dans les puits recouverts d’un manteau de clathrine et dans les

compartiments endocytaires (Fig. 19B). Seules les cellules exprimant la mégaline et

la cubiline sont capables d’absorber l’albumine, indiquant une association entre ces

deux récepteurs et l’endocytose d’albumine [Zhai X.Y. et al., 2000].

Figure 19. A. & B: Colocalisation (en jaune) par immunofluorescence de la mégaline (FITC,

en vert) et de la cubiline (TRIC, en rouge) dans les cellules OK (A x1100, B x1800).

C & D; Colocalisation (en jaune) par immunofluorescence d’albumine-FITC (en vert) et de la

cubiline (C) ou la mégaline (D) marquée au TRIC (en rouge). Grossissement x1400.

E. Double marquage immunocytochimique pour la mégaline et la cubiline observé en

microscopie électronique. La mégaline (particules d’or 5 nm) et la cubiline (particules d’or 10

nm) sont distribuées ensemble à la membrane apicale (flèche) et dans les vacuoles

d’endocytoses (tête de flèche) dans les cellules OK. MV: microvillosités. Grossissement

X86000. [Zhai X.Y. et al., 2000].

5. Toxicité tubuiaire des acides aristolochiques

Acides aristolochiques

Les acides aristolochiques (AA) sont extraits de plantes de la famille des

Aristolochia (par exemple Aristolochia clematitis, Aristolochia fangchi et Aristolochia

Manshurensis) et consistent en un mélange de composés structurellement dérivés

des acides carboxyliques nitrophénantrénes, principalement l’acide aristolochique I

(AAI) et l’acide aristolochique II (AAH) (Figure 20) [Mix D.B. et al., 1982].

Figure 20. Structure chimique de l’acide aristolochique I (AAI), acide 8-méthoxy-6-nitro-

phénantro-(3,4,d)-1,3-dioxolo-5-carboxylique et de l’acide aristolochique II (AAII), acide 6-

nitro-phénantro-(3,4,d)-1,3-dioxolo-5-carboxylique [Artt V.M. et al., 2002].

Métabolisme

Les études du métabolisme des AA dans différentes espèces dont l’être

humain montrent que les aristolactames produits par nitroréduction sont les

principaux métabolites retrouvés dans les urines et les fèces [Krumbiegel G. et al.,

1987]. L’aristolactame la, le principal métabolite d’AAl, est produit par deux voies

métaboliques, l’une par l’aristolactame I et l’autre par AAla (Fig. 21).

Formation d’adduits d’ADN

La transformation des aristolactames en agents aux propriétés mutagènes

résulte de l’activation métabolique des AA ; cette activation comporte une étape

cruciale, la nitroréduction [Schmeiser H.H. et al., 1984]. En effet, un ion N-

acylnitrenium cyclique porteur d’une charge positive délocalisée est produit ; il se lie

.COOH COOH .COOH

aristoHc acid I species: rat, mouse,

guinea pig, rabbit

species: rat, mouse, guinea pig, rabbit, dog, man

3,4-meth)'lencdioxy>8>hydroxy< 3,4>methyleDedioxy>l 'phen- l>phenanthrenecarboxy)ic acid anthrenecarboxylic acid

species: rat, mouse, guinea pig species: rat, mouse, guinea pig, rabbit

species: rat, mouse, guinea pig, rabbit

species: rat, mouse, guinea pig, rabbit, dog, man

Figure 21. Métabolisme de l’acide aristolochique I et de l’acide aristolochique II chez

différentes espèces de mammifère, y compris l’homme [Krumbiegel G. et al., 1987].

préférentiellement aux groupes amino exocycliques des nucléotides des bases

puriques de l’ADN, formant les adduits d’ADN, ou est hydrolysé en 7-

hydroxyaristolactame correspondant (Fig. 22) [Arlt V.M. et al., 2002]. Les structures

des principaux adduits d’ADN ont été déterminées par spectroscopie : 7-

(déoxyadénosine-N®-yl)aristolactame 1 (dA-AAl), 7-(déoxguanosine-N^-

yl)aristolactame 1 (dG-AAl),

7

-(déoxyadénosine-N®-yl)aristolactame il (dA-AAll) [Pfau

W. et al., 1990; Pfau W. et al., 1991]. La méthode la plus couramment utilisée pour

détecter les adduits d’ADN est le dosage très sensible du post-marquage au ^^P.

Cette méthode appliquée tant in vitro qu'in vivo est quasi spécifique [Stiborova M. et

al., 1998].

.COOH

pnximaie carclnogen

V y

A'-hydroxyarlttolactam

7-bydroxyaristolactam 1, (II)

arbtolochic acid i (AAI): R-OCH, arbtolochlc acid II (AAII): R-H

V y

artslolBCtam-iiltiiuniloD

aiistolactam I, II

dA-AAI, dA-AAll

Figure 22. Activation métabolique et formation des adduits d’ADN aux acides aristolochiques

I (AAI, R = OCH3) et II (AAH, R = H); 7-(déoxyadénosine-N®-yl)aristolactame I ou II (dA-AAl

ou dA-AAll), 7-(déoxyguanosine-N^-yl)aristolactame I ou II (dG-AAl ou dG-AAll) [Arit V.M. et

al., 2002].

5.1. Néphropathie aux plantes chinoises : aperçu clinique

La néphropathie dite aux plantes chinoises (CHN, Chinese-herb nephropathy)

a été observée pour la première fois au début des années 1990 en Belgique. Elle

consiste en une atteinte rénale, qui progresse rapidement jusqu’au stade terminal, et

a été initialement rapportée chez un nombre de femmes qui ont toutes ingéré des

gélules amaigrissantes contenant des plantes chinoises [Vanherweghem J.L. et al.,

1993]. Dans le courant de l’année 1990, la prescription magistrale du cabinet

bruxellois a été modifiée en introduisant des extraits de poudre de plantes chinoises,

à savoir Stephania tetrandra et Magnolia officinalis. Les analyses phytochimiques

des échantillons de soi-disant Stephania tetrandra ont montré la présence d’AA

extraits d’Aristolochia fangchi en lieu et place de la tétandrine attendue [Vanhaelen

M. et al., 1994],

Des cas similaires d’insuffisance rénale, ayant un rapport ou non avec le

contexte de régime amaigrissant, ont été décrits de par le monde chez des patients

exposés aux espèces d’Aristolochia contenant des AA : en France [Fourrât J. et al.,

1994; Stengel B. et al., 1998], en Espagne [Pena J.M. et al., 1996], au Royaume-Uni

[Cronin A.J. et al., 2002; Lord G.M. et al., 1999], en Allemagne [Krumme B. et al.,

2001] , à Taiwan [Chang C.H. et al., 2001; Yang C.S. et al., 2000; Yang S.S. et al.,

2002] , au Japon [Tanaka A. et al., 2000a; Tanaka A. et al., 2000b], en Chine [Chen

W. étal., 2001; Gillerot G. et al., 2001; Lee S. et al., 2004; Li X. et al., 2001; Yang L.

et al., 2003; Yu Y. et al., 2003] et aux Etats-Unis [Meyer M.M. et al., 2000].

Aperçu clinique

Dans la plupart des cas, l’insuffisance rénale a été détectée par une analyse

sanguine de routine. Cette néphropathie ne s’accompagne ni d’albuminurie ni

d’anomalies du sédiment urinaire. Excepté quelques observations de syndrome de

Fanconi [Krumme B. et al., 2001; Tanaka A. et al., 2000a; Tanaka A. et al., 2001;

Yang S.S. et al., 2002], la majorité des cas sont caractérisés par une insuffisance

rénale chronique, évoluant vers une insuffisance rénale terminale nécessitant

l’instauration d’un traitement de suppléance (dialyse, transplantation rénale).

L’examen anatomo-pathologique des reins des patientes CHN révèle une

fibrose interstitielle pauci-cellulaire étendue accompagnée d’une atrophie tubulaire

sévère accompagnée d’une perte des tubules. Ces lésions progressent du cortex

superficiel vers le cortex profond. Les glomérules sont relativement épargnés ;

cependant un collapsus des capillaires, une fragmentation de la membrane basale et

un épaississement fibreux de la capsule de Bowman sont observés [Cosyns J.P. et

al., 1994a; Depierreux M. et al., 1994]. Un gonflement endothélial et un

épaississement fibreux de la paroi des artérioles interlobulaires et efférentes ont

également été observés [Depierreux M. et al., 1994].

L’atteinte structurelle de l’épithélium tubulaire proximal chez les patientes CHN

a été confirmée par différentes études cliniques, indiquant que la cellule tubulaire

proximale est la cible principale de la néphropathie induite par les AA. En effet, une

excrétion accrue des protéines de faible poids moléculaire filtrées comme la protéine

des cellules de Clara, la protéine de liaison au rétinol, la Pa-microglobuline, l’ar

microglobuline et la cystatine C a été observée, témoignant d’un dysfonctionnement

de la réabsorption tubulaire proximale [Kabanda A. et al., 1995; Mortier J.L. et al.,

1997]. En parallèle, l’excrétion urinaire de l’endopeptidase neutre (NEP) est

progressivement réduite chez les patientes atteintes de la néphropathie aux plantes

chinoises, reflétant une perte de la bordure en brosse. Une excrétion urinaire

anormale de l’enzyme lysosomale NAG, un autre marqueur de l’atteinte tubulaire est

également observée [Mortier J.L. et al., 1997]. Finalement, le profil de l’aminoacidurie

enregistré chez des patientes CHM présentant un syndrome de Fanconi (excrétion

augmentée de proline, d’hydroxyproline et citrulline avec une excrétion quasi

normale de glycine) suggère que les AA affecteraient de manière prédominante le

système de transport de faible affinité de la proline à la membrane de la bordure en

brosse du tubule proximal [Tanaka A. et al., 2000b].

Une association entre la CHM et les tumeurs des voies urinaires excrétrices a

été rapportée. Tout d’abord, des atypies modérées et une hyperplasie atypique de

l’urothélium ont été décrites sur les pièces de néphrectomie réalisées lors de la

transplantation rénale de patientes CHM [Cosyns J.P. et al., 1994a]. Ensuite, des

cancers des voies urinaires ont été observés : urothéliomes localisés à la vessie

[Cosyns J.P. et al., 1994b], au bassinet [Vanhen/veghem J.L. et al., 1995] et à

l’uretère [Lord G.M. et al., 2001]. L’analyse systématique des reins et uretères

propres des patientes CHM atteintes d’une insuffisance rénale au stade terminal a

montré la présence de carcinomes urothéliaux du bassinet et/ou de l’uretère [Cosyns

J.P. et al., 1999; Mortier J.L. et al., 2000].

L’exposition aux AA est confirmée par la détection des adduits d’ADM

spécifiques aux fiJK (dA-/\AI, dG-/VAI, dA-AAl) dans des échantillons de tissus rénaux

des patientes atteintes de néphropathie aux plantes chinoises [Nortier J.L. et al.,

2000; Schmeiser H.H. et al., 1996].

5.2. Données expérimentales chez l’animal

5.2.1. Toxicité aiguë

Les effets de la toxicité aiguë des AA ont été testés chez des rats Wistar et

des souris NMRI des deux sexes. L’administration d’une seule dose d’AA par gavage

(120-300 mg/kg) ou par injection intraveineuse (38-110 mg/kg) induit en quelques

jours une nécrose tubulaire aiguë sévére. L’exposition à des doses élevées produit

une insuffisance rénale aiguë causant la mort des animaux endéans 15 jours.

[Mengs U., 1987]. Des lésions cancéreuses locales de la partie antérieure de

l’estomac sont également observées lors de l’administration par gavage

(10

mg

kg/jour) [Mengs U., 1983]. Suite à l’administration par gavage d’une dose d’AA (10-

100 mg/kg) à des rats Wistar femelles, des lésions rénales se développent en 3

jours, l’effet étant dépendant de la dose. D’un point de vue histologique, une nécrose

de l’épithélium tubulaire rénal est observée et principalement localisée dans la pars

recta du tubule proximal. D’un point de vue fonctionnel, une augmentation de la

créatinine plasmatique ainsi que de l’excrétion urinaire de protéines, de glucose, de

NAG, de gamma-glutamyl transférase et de malate déshydrogénase est observée

[Mengs U. et al., 1993].

5.2.2. Toxicité chronique

Les effets de la toxicité chronique ont été étudiés chez des rats Wistar mâles

et femelles traités par gavage : des tumeurs se développent en fonction de la dose et

de la durée du traitement. Après 3 mois d’exposition aux AA (1-10 mg/kg), des

lésions cancéreuses apparaissent dans la partie antérieure de l’estomac. Après 3 à

6

l’estomac ; des adénomes et occasionnellement des carcinomes apparaissent dans

le cortex rénal tandis qu’une hyperplasie évoluant vers un papillome ou un carcinome

est présente dans le bassinet ou la vessie [Mengs U. et al., 1982]. L’effet

carcinogène des AA est similaire chez la souris femelle de souche NMRI après un

traitement aux AA (5 mg/kg) pendant 3 semaines [Mengs U., 1988]. L’administration

par voie orale d’AA (25 mg/kg) à des rats Wistar mâles pendant 4 semaines induit

des lésions dégénératives dans les reins, la partie antérieure de l’estomac, la vessie

et les testicules. L’atteinte la plus sévère est localisée dans les tubules corticaux

rénaux sous forme de nécrose tubulaire. Une protéinurie et une glycosurie sont

également observées [Mengs U. et al., 1992]. L’administration orale d’AA (10 mg/kg)

à des rats Wistar mâles et femelles pendant 3 mois (5 jours/semaine) entraîne le

développement de tumeurs mais pas de fibrose au niveau de l’interstitium rénal

après 3 et 11 mois [Cosyns J.P. et al., 1998]. Par contre, lorsque des lapins blancs

New Zealand femelles reçoivent une injection intra-péritonéale d’AA (0,1 mg/kg)

pendant 17 et 21 mois (5 jours/semaine), la fibrose interstitielle rénale se développe

en association avec l’altération de l’épithélium tubulaire proximal. Les premières

lésions s’observent au niveau de la partie droite (S3) des tubules proximaux et

s’étendent aux parties contournées (SI et S2) des tubules proximaux pour les