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6. RESULTADOS E DISCUSSÃO

7.1 Aspectos gerais e específicos

Si une partie de nos enquêtés ont été recrutés à la sortie de Pôle emploi, tous connaissent cette institution centrale dans la vie de ces salariés à l’emploi discontinu.

5.2.1 Les relations avec les conseillers Pôle emploi

Nous avons systématiquement interrogé les enquêtés pour savoir s’ils étaient ou pas inscrits à Pôle emploi et sur leur jugement sur l’accompagnement reçu. La nature de leurs attentes est très variable. La partie la plus qualifiée des enquêtés est souvent jugée « autonome » dans la recherche d’emploi et donc soit considère que Pôle emploi ne peut rien pour eux, soit admet ne pas être prioritaire. Leur niveau d’attente est variable.

Mathias (80_015), 32 ans, BAC+5, intérimaire dans la logistique, a été jugé autonome par sa conseillère donc il n’a que très peu de contact avec l’institution. Il n’avait pas d’attente particulière mais souligne que les engagements pris ne sont pas tenus.

« I : Non, je ne les vois jamais [Pôle emploi]. Je l’ai vu… J’ai vu ma conseillère Pôle Emploi il y a un an et demi, à peu près, donc janvier de l’année dernière, parce que ça faisait six mois que j’étais au chômage qu’elle voulait… elle venait d’avoir « son nouveau portefeuille », entre guillemets. Elle m’a dit : « Écoutez, je ne peux rien faire pour vous. Vous

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avez un parcours universitaire. Vous êtes plus ou moins intégré dans l’Education nationale, vous avez l’air autonome, je vous envoie des annonces. » Je n’ai jamais…plus jamais eu aucune nouvelle d’elle. Et là récemment, la seule nouvelle de Pôle Emploi que j’ai eue, c’est que j’ai changé de conseiller Pôle Emploi au mois de janvier. Voilà, c’est tout. Et ils m’ont jamais recontacté pour quoi que ce soit.»

Laure (80_014), 43 ans, en CDDU dans la formation pour adultes, ne voit que très rarement de conseiller Pôle emploi mais elle s’en satisfait. Elle se l’explique par le fait que travaillant un peu, elle n’est pas « prioritaire » : « moi, personnellement, j’ai rarement vu les conseillers, ça change souvent... je n’ai pas vu depuis que j’ai commencé mon DU, alors ça remonte à plus d’un an. Le fait, effectivement, que j’actualise ma situation tous les mois, donc j’indique le nombre d’heures, et aussi, voilà, mon salaire, je pense qu’effectivement, le conseiller n’a pas intérêt à vous rencontrer, parce qu’il y a d’autres personnes qui sont prioritaires. Parce que voilà, je pense, on se dit, ’fin… il se dit certainement que voilà, y a des personnes qui n’ont vraiment pas de travail, et que ben voilà, peut-être qu’on va cibler ces personnes-là. Mais moi, non, ça fait longtemps que j’ai vu personne, quoi. De toute façon, si j’ai besoin, je suis... ’fin, je me déplace, quoi. ’Fin, je sais plus, je pense qu’on peut appeler pour un rendez-vous, je n’en sais trop rien, mais… mais voilà, puis tout dépend sur qui vous tombez, quoi. »

5.2.2 Se faire financer une formation

Pour beaucoup de nos enquêtés, accéder à la formation est à la fois le moyen de satisfaire leurs aspirations à la stabilité et à l’occupation d’un emploi qui les intéresse davantage.

Patrice (80_016), 32 ans, M2 en sciences sociales, n’avait pas particulièrement d’attente en matière d’accompagnement, par contre, lorsqu’il entreprend une reconversion, il espérait pouvoir se faire financer au moins une partie de sa formation par Pôle emploi mais cette attente n’a pas été satisfaite.

« Et je crois que j’avais commencé à avoir l’idée du projet d’une reconversion. Il devait y avoir au moins... il y a peut-être deux ans et demi de ça. Et donc j’en avais parlé au moment où j’avais un rendez-vous

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annuel avec un conseiller. C’était drôle, c’est que le conseiller, je lui parle de ça, et il me fait : « Je sais pas si ça recrute dans l’informatique. » (…) Mais voilà du coup lui, je lui avais demandé si il y avait possibilité que je me fasse financer une formation. Et il avait dit : « Bon, eh bien, vu de votre profil, ce serait bien que vous travailliez au moins un an en intérim ou quelque chose comme ça et qu’après vous reveniez faire une demande. » Alors une demande dans un ton miséreux en disant : « Voilà, j’ai travaillé un an d’un intérim. Ça ne me convient pas ». (…) Il me proposait de faire ça pour avoir plus de crédit auprès de ceux qui...

E : D’accord. Et tu l’as fait ? I : Non, je l’ai pas fait. »

Plus tard, alors qu’il poursuit son projet de formation et a déménagé et donc changé de conseiller, Patrice réitère sa demande de financement de formation à Pôle emploi.

« Moi ma conseillère a joué aucun rôle là-dedans. Je lui ai envoyé un message pour lui parler de la formation, elle n’a jamais répondu et puis elle m’a répondu après une fois que j’étais en formation quoi. J’ai fait : « Vous m’avez pas répondu. » Elle a fait : « Oui, c’est trop tard. Vous avez financé tout seul. (…) I : Et bon voilà, j’avais fait une demande pour avoir justement un peu plus parce que je suis en formation professionnelle, mais vu que j’ai financé ma partie de la formation, Pôle Emploi me dit : « Eh bien non, ce n’est pas possible. »

Patrice subit une « double peine » dans la mesure où parce que Pôle emploi n’a pas accepté de participer au financement de sa formation, il n’est pas éligible à la Rémunération des Formations de Pôle Emploi (RFPE).

Huguette (06_008), 63 ans, animatrice commerciale, était assistante de formation en CDI. Elle a démissionné suite à une mobilité de son conjoint alors qu’elle avait plus de 50 ans et n’est pas parvenue à retrouver un emploi au cours de ses trois ans d’indemnisation. Pendant cette période Pôle emploi a refusé de lui financer la formation qu’elle demandait.

« E : Et là, ça se passait bien avec les services de Pôle Emploi ? I : Oui. Oui. Ils m’ont contactée au début, et puis pendant trois ans ils m’ont foutu la paix. (…) La seule fois où j’ai sollicité Pôle Emploi, ils m’ont dit qu’ils avaient pas les sous pour me payer la formation. (…) Je

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voulais apprendre le langage des signes pour les sourds et muets. Ils ont dit non. » Suite à ce refus, elle a donc abandonné ce projet.

Astrid (95_021), 27 ans, célibataire, a interrompu ses études du fait d’une grossesse et enchaîne les missions d’intérim dans l’immobilier d’entreprise. Elle a également financé elle-même une formation. Elle n’a pas cherché à la faire financer par Pôle emploi.

I : Alors, je me suis inscrite à Pôle Emploi, j’ai attendu mon rendez- vous Pôle Emploi, j’ai attendu. Au bout d’un moment, j’en avais marre d’attendre. Je me suis même inscrite à une formation entre-temps de fleuriste (…) Financée par mes soins. (…) Oui. Financée, grâce à Pôle Emploi aussi.

E : C’était un co-financement entre vous et Pôle Emploi ?

I : Oui. Enfin, on va dire, ça comme ça, c’était un financement non déclaré par… que je n’ai pas déclaré à Pôle Emploi, surtout. Grâce à l’indemnisation de Pôle Emploi, j’ai financé ma formation.

E : D’accord. Non, je pensais que Pôle Emploi avait payé une partie de votre formation, parce que Pôle Emploi peut financer des…

I : Non, j’ai rien demandé à personne, j’ai pris les sous de Pôle Emploi… (…). Ça m’a coûté 3 500 €, je crois. 3 000 ou 3 500, ouais, c’était ça. »

Dans la mesure où elle finance sa formation grâce à son indemnisation, elle présente cette formation comme étant co-financée par Pôle emploi. Cette formation lui reviendra finalement particulièrement cher car elle sera radiée pour l’avoir suivie pour avoir mal renseigné le questionnaire lors d’une actualisation.

Elle s’est faite radiée car elle a déclaré être en formation (pour une formation non financée par PE mais par elle-même) ne sachant pas que ça supprimerait ses indemnités.

« Oui, vous ne connaissiez pas bien cette règle ? I : Non.

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I : J’ai attendu deux mois, pendant deux mois, on n’a pas d’indemnisation, il n’y a rien, il y a tout qui s’arrête, on attend. On attend et puis, même si j’ai fait un courrier pour expliquer, le courrier n’a rien donné et puis, tant pis, on se dit qu’on a fait une erreur, c’est de notre faute et voilà, et on se tait. C’est le système Pôle Emploi. Et après, on me demande tous les justificatifs de formation. Donc là, c’est la panique, je donne tous les justificatifs, après, je sais plus, ils m’ont demandé autre chose, je dis : « Mais ça colle pas, la formation, c’est moi qui la paie, vous ne payez pas, enfin, comment ça se passe ? » Et au bout d’un moment, j’en ai eu marre, j’avais dit : « Écoutez, radiez-moi », ils m’ont radiée. Moi je dis : « Laisse tomber et tant pis ». »

5.2.3 Les difficultés de la reconversion

Les demandes de formation s’inscrivent parfois dans des projets plus larges de reconversion. Une de leur motivation peut être d’aller vers des activités dans lesquelles ils espèrent trouver davantage d’emplois. C’est le cas de Patrice (80_016) qui après deux Master 2 en sciences sociales suit une formation de développeur web. Patrice n’a pas réussi à se faire financer sa formation par Pôle emploi (cf. supra). Une seconde motivation réside dans la recherche d’une autre activité plus intéressante quand l’emploi exercé devient particulièrement pesant. Dans ces situations-là, plusieurs enquêtés disent ne pas se sentir accompagnés par les conseillers Pôle emploi, ils ont parfois même l’impression qu’on leur met des bâtons dans les roues.

Caroline (80_001), 42 ans, souhaite devenir assistante de direction après avoir travaillé dans « l’import-export ». Elle n’est pas satisfaite par la qualité de l’accompagnement reçu à Pôle emploi. Un des éléments qu’elle déplore, c’est que certains conseillers Pôle emploi refusaient d’inscrire que son projet était de travailler dans le secteur du stylisme au motif qu’elle n’avait pas de diplôme. Ils la cantonnaient au secteur de l’import / export dans lequel elle ne voulait plus travailler.

Julia (95_025), 28 ans, a des expériences dans la vente mais elle souhaite travailler dans le « secteur technique ». Elle reproche à sa conseillère Pôle emploi de l’enfermer dans la vente.

« Oui, j’ai déjà été inscrite à Pôle Emploi. Pareil, j’ai eu une conseillère, tout s’est bien passé, elle m’a expliqué, elle m’a dit : « Écoutez, vu votre CV, je vous propose ces postes-là ». Pareil, c’est de la vente, alors que je lui ai bien expliqué que je voulais reprendre mes études.

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Elle m’a dit : « Mais pourquoi reprendre les études alors que vous avez déjà plein de diplômes ? » Enfin, ce n’est pas dans le sens d’avoir des diplômes en plus, c’est dans le sens où je dois me remettre dans la théorie technique. Il y a beaucoup beaucoup de choses que je ne sais plus, ou qui sont devenues obsolètes par rapport à l’année où j’ai eu mon diplôme technique. Et j’ai l’impression qu’ils ont du mal à comprendre ça.

E : Parce que la vente, ça ne vous plait pas, en fait ? I : Ça me plait plus. J’ai perdu goût à la vente »

Catherine (95_051), 54 ans, BEP secrétariat, en reconversion « d’accompagnante éducative et sociale » parle d’un « parcours du combattant » pour arriver à se faire financer une formation et plus largement pour réaliser sa reconversion.

Alors qu’elle a 52 ans et un CDI de secrétaire, elle doit démissionner pour suivre son conjoint qui après un licenciement n’a pas réussi à trouver un autre emploi dans l’Allier et part en Ile de France. Elle décide de se reconvertir car elle n’aime pas son activité professionnelle et pense qu’elle aura des difficultés à trouver un poste équivalent car elle juge qu’elle n’a pas les compétences, n’ayant pas été formée en cours de carrière. Elle choisit de suivre une formation d’Accompagnatrice éducative et sociale. Elle passe trois concours d’entrée dans des écoles qu’elle réussit « haut la main ». Ces concours lui coûtent 150 € chacun, sans aucune prise en charge. Alors qu’elle devait entrer en formation en septembre 2018 son entrée a été différée.

« J’étais inscrite, je devais rentrer l’année dernière au mois de septembre dans une école, et au dernier moment, ils n’ont pas eu le financement de la Région. Donc, c’est tombé à l’eau, parce que moi, je ne pouvais pas avancer 6 300 € de formation ». Elle a cherché un contrat pro, « parce que je me dis : « Si j’ai un contrat pro, je ne serai pas embêtée. » (…) En contrat pro, donc vous trouvez un employeur qui finance la formation et vous laisse libre d’aller suivre les cours pendant les périodes de cours qui sont à peu près d’une à deux semaines par mois. Mais autant dans ma région le contrat pro, ça se faisait, et ici, j’ai perdu beaucoup de temps, parce qu’en fait, ici, en région parisienne, ça ne se fait pas. Alors, allez savoir pourquoi, je ne sais pas. (…) alors, je suis reçue dans cette école, dans les trois écoles, et 15 jours avant la rentrée, j’apprends qu’il y en n’a aucune des trois qui a le financement.(… [C’est la Région qui attribue le financement]

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I : Voilà. Et la Région le donne au dernier moment aux personnes, enfin, pas aux personnes, aux établissements. Les établissements sont au courant très tard et les personnes sont prévenues très tard. 48 heures avant la rentrée, je reçois une lettre de l’école, comme quoi, finalement la formation n’est pas financée, et qu’il y en aura peut-être une autre en février, donc six mois après. (…) ».

Catherine obtient finalement le financement de sa formation pour septembre 2019. Alors qu’elle devait suivre la formation à Montrouge, elle doit la suivre sur un autre site de l’école à Neuilly sur Marne ce qui entraine pour elle des difficultés et des frais supplémentaires puisqu’elle doit faire 80 km par jour et 4 heures de trajet alors que ses frais de déplacement ne sont pas pris en charge.

En raison du temps perdu à obtenir le financement, elle approche de la fin de ses droits qui doit intervenir d’ici 1 mois et demi. Elle espère avoir une allocation parce qu’elle est en formation mais ne le sait pas au moment de l’entretien. Elle est amère d’avoir des difficultés financières encore accrues en raison de ce délai.