3.2 Imagem gráfica
3.2.1 Conceito e processo criativo
Le titre mérite évidemment son point d’exclamation, tant il est vrai que la liberté a un contenu
politique et social fort et a pu servir de mot d’ordre révolutionnaire. La liberté est une valeur
qui mobilise. Cette évidence apparente connaît pourtant des limites historiques et culturelles :
la liberté politique n’est une revendication fondamentale que depuis la Renaissance et la
Réforme en Europe. Avant cela, la liberté, bien que valorisée, était étroitement associée à la
possibilité de réaliser un ordre divin. A ce titre, elle ne se concevait pas indépendamment
d’une communauté de référence qui était dépositaire de cette liberté. Ce n’est guère qu’au
19®™ siècle que la conception actuelle des droits de la persomie comme fondement de la
liberté politique se forme (Krieger 1962). Sa signification en Extrême-Orient est influencée
par une conception de l’individu et du libre arbitre qui ne ressemble pas aux conceptions
occidentales (Jullien 1992), à cause de l’importance qui y est accordée à la tradition (dans
l’enseignement confucéen) ou à un ordre naturel et cosmique au sein duquel l’action juste
n’est pas accessible à la « raison » au sens européen (dans l’enseignement taoïste).
-La-liberté-est-en-effet-profondément-liée-à-la-eoneeptiGn-de-la-persoiine-humaine-dans-la
société, voire dans l’ordre naturel. La reconnaissance d’une liberté individuelle ou collective
peut porter sur différentes dimensions. Ceci a donné lieu à une multiplication des définitions
de la liberté au cours des périodes historiques et selon la situation étudiée. Dans leur
définition actuelle, on peut notamment retenir les concepts suivants ;
- Les libertés individuelles, et notamment : libre arbitre, liberté de conscience, libre
disposition de sa personne, libre disposition de ses possessions (droits de
propriété) ;
- Les libertés sociales, notamment la liberté d’association et la liberté du commerce
(« laissez faire, laissez passer ») ;
- Les libertés politiques, matérialisées par le côté input du fonctionnement
démocratique (Scharpf 1997), c’est à dire la participation au contrôle sur les
conditions collectives de sa propre existence ;
- La « liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes », selon la formule de Wilson, et
plus généralement les libertés dans le chef de collectivités ou d’institutions. On
peut y retrouver, mutatis mutandis, au niveau agrégé les trois premières
catégories.
Toutes les dimensions de la liberté ne nous intéressent pas au même titre. Ce sont plutôt les
libertés placées dans le chef d’agents collectifs qui retiendront notre attention. Les libertés
individuelles ne nous retiendraient pas plus avant, si elles n’avaient pas servi de fondement à
certaines théories complètes de la justice, que l’on désigne par l’adjectif « libertariennes ».
Leur attitude particulière par rapport à la redistribution et à l’égalité, ainsi que leurs liens
potentiels avec l’individualisme, méritent que l’on s’y attarde.
Les théories de la justice basées sur la liberté : le libertarisme
L’ambition des théories libertariennes est de démontrer la vacuité éthique de toute
redistribution. Au lieu d’une interrogation sur la juste distribution sociale de diverses
ressources, ou sur les caractéristiques d’une communauté juste (comme dans le socialisme
utopique ou le communautarisme), les théories libertariennes raisonnent uniquement en
termes de droits individuels, d’une part par l’extension maximale des libertés négatives au
sens de Berlin (1958), c’est à dire l’absence d’intrusion de la société dans la situation et
l’action des personnes, et d’autre part en fondant la justice sur le respect absolu du droit de
propriété. Ce dernier est vu comme particulièrement important étant donné que toute liberté
substantielle de la personne, et tout règlement des relations avec autrui, s’exerce
nécessairement par l’entremise des possessions matérielles. L’importance particulière
accordée à la propriété peut être rapprochée de la conception de Locke, qui incluait dans la
propriété un certain nombre de dimensions personnelles (talents, force de travail...), gommant
les limites que nous traçons actuellement entre la personne et ses possessions.
Deux approches peuvent être distinguées parmi les libertariens : d’une part une défense
instrumentale de la supériorité d’une société fondée sur le respect des droits individuels et de
la propriété privée, et d’autre part une défense fondamentale de celle-ci.
La défense instrumentale rapproche les libertariens (ou plutôt certains d’entre eux, Rothbard
et David Friedman notamment) de l’idéologie libérale au sens européen du terme'. Elle
consiste à vouloir établir la supériorité d’une société fondée sur les libertés au nom des
conséquences préférables pour d’autres valeurs - notamment l’efficacité économique. Dans ce
cas, les libertariens se rapprochent en fait plutôt d’une conception utilitariste de la justice, et
' Sur les incohérences de l’idéologie libérale et ses incompatibilités avec les théories libertariennes de la justice,
voir Van Parijs 1991.
—leur-argumentation-n-a-de-pertinence-qu'indirectementrBien~que“les'prémisses"de"ces“auteurs
soit axiologiques (« la liberté est première »), l’argumentation est téléologique (« ...parce que
les conséquences... »). Comme le dit Fleurbaey (1996), la supériorité d’une société fondée sur
la liberté maximale se ramène alors, finalement, à une question empirique.
La défense fondamentale est bien plus cohérente, et a été avancée surtout par Nozick (1974).
Nozick propose une conception essentiellement axiologique (ou déontologique) de la justice.
Il la distingue d’ailleurs expressément d’autres conceptions qu’il identifie comme finalistes
(« end resuit ») ou configurationnelles (« patterned »). Les conceptions finalistes définissent
la justice sociale en termes d’état idéal que celle-ci devrait viser. Le « maximum d’utilité pour
le plus grand nombre » de l’utilitarisme classique ou l’optimum de Pareto de l’utilitarisme
ordinal sont des exemples de ces conceptions finalistes que Nozick rejette. Les conceptions
configurationnelles cherchent à identifier une société juste par les caractéristiques d’un
rapport entre les individus et la distribution. Ce sont les conceptions présentes notamment
chez Marx : « à chacun selon son travail » puis « de chacun selon ses capacités à chacun selon
ses besoins». Selon Nozick, ces définitions finalistes ou configurationnelles seront
nécessairement prises en défaut dans le cours de l’histoire, du fait de l’action volontaire des
personnes ; or l’interventionnisme à l’égard de situations résultant d’actions libres est
injustifiable.
La justice sociale selon Nozick repose sur un raisonnement tout à fait déontologique (ou, dans
ses termes, « historique »). La justice y est conçue uniquement sur base de la non-violation de
la propriété des talents personnels et des fruits du travail personnel. Un bien appartient à une
personne de manière juste s’il a été initialement approprié de manière juste, et si dans
l’histoire de ce bien, toutes les transactions dont il a été l’objet se sont ensuite déroulées de
manière volontaire. Un problème se manifeste cependant à l’égard de certains biens
initialement non-appropriés, c’est à dire notamment les ressources naturelles rares. En effet,
dans ce cas, la règle simple de l’appropriation originelle par usage et ajout de valeur mène à
des résultats inacceptables du point de vue des droits des autres candidats potentiels à
l’appropriation. Ainsi, le découvreur d’une source dans le désert est en situation de spolier ou
de nuire aux autres usagers potentiels de celle-ci. Dans ces cas, Nozick admet la nécessité de
restreindre les droits de propriété, d’instaurer des compensations (« clause lockéenne », Locke
ayant été le premier à traiter ces questions des conditions justes de la propriété privée). En
reconnaissant la nécessité d’introduire d’autres critères de justice, il défend une position
libertarienne relativement modérée (nous ne discutons pas ici une autre restriction importante
introduite par Nozick, le problème de la rectification en cas d’appropriation abusive). Il
maintient néanmoins que ce sont des cas particuliers qui ne remettent pas en cause les
principes fondamentaux de la justice que sont la propriété et la transmission libre des biens.
Mais le problème de l’appropriation originelle ne se pose pas seulement dans le cas des
ressources naturelles rares. Toute production de biens non-exclusifs, toute ressource
commune (notamment un budget public !) pose ce problème d’appropriation originelle due à
l’indétermination des droits de propriété. Toutes les politiques publiques qui gèrent des
problèmes d’action collective (Oison 1965) sont confrontées à cette difficulté de
l’appropriation originelle. Dans les politiques teclinologiques la complexité de l’organisation
de la propriété intellectuelle en témoigne.
Ceci n’est pas simplement dû à leur élaboration sur des conceptions de la justice
incompatibles avec le libertarianisme. La fourniture des biens collectifs pose toujours le
même problème d’attribution des droits de propriété, même si l’on les justifie par des
décisions qui préservent initialement la liberté individuelle (unanimité). Il en va de même
pour la redistribution ; même si une décision de principe pour aider les pauvres est unanime,
-(c’est-ce-que-Kolm-l-985“appelle~le'«xontrat“sociaHibéral“»-)“On"ne"peu1rpiusrdans''ce"cas7
parler de théories purement libertariennes ; on se rapproche des théories du contrat.
La conclusion que nous tirons de l’examen de la théorie libertarienne de la justice est que
celle-ci est incomplète. Dans certaines situations, la norme déontologique de propriété
légitime ne suffit pas à trancher les conflits de Justice. Nous pouvons donc entendre le rappel
insistant de l’importance de la liberté que font les libertariens, mais leur conception ne suffit
pas à notre objet.
La liberté et la société : les doctrines contractualistes
En dehors des théories libertariennes de la justice, la liberté joue également un rôle important
dans d’autres théories de la justice, généralement désignées comme « théories libérales » à
cause justement de ce rôle important des libertés individuelles et de la primauté accordée à
l’autonomie de la personne dans la constitution d’une société juste. Par contre, la préservation
de cette autonomie n’est pas le seul critère de la société juste. Contrairement à l’anarchisme
des libertariens, les théories libérales ont presque par définition une démarche contractualiste
dans leur approche de l’Etat :
"Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et
les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-
même, et reste aussi libre qu'auparavant." Tel est le problème fondamental dont le Contrat social
donne la solution. (Rousseau 1762, chap. 1.6)
Par rapport aux approches libertariennes de la justice, les théories contractualistes ont pour
nous deux avantages : d’une part, elles mettent en avant un élément de consentement dans la
construction d’un ensemble social, ce qui correspond bien au type d’institutions auxquelles
nous nous intéressons. D’autre part, chez Kant et Rawls, et déjà dans une certaine mesure
chez Hobbes et Rousseau, la doctrine du contrat a servi à fonder une théorie de la justice.
Chez Rawls, celle-ci inclut des normes distributives. C’est ce qui nous vaudra d’y revenir un
peu plus bas.
Définition de la liberté dans le cadre de ce travail
Par notre objet, nous sommes plus proches des théories contractualistes que des théories
libertariennes, à cause justement de la dimension contractuelle de la construction européenne,
comme de toute institution internationale initialement intergouvemementale. Du fait de cet
élément contractuel, la liberté est une dimension importante de la définition de la justice dans
les politiques communautaires. Cette caractéristique se vérifie aussi pour les relations entre les
acteurs de la politique technologique autres que les Etats-membres et les institutions
communautaires : industriels, laboratoires... ont à chaque fois des liens contractuels. Il n’y a
pas d’élément d’ordre public ou de contrainte dans ces politiques basées sur des instruments
incitatifs. Cela les place dans une situation particulièrement favorable du point de vue de la
liberté. Il y a cependant une restriction notable à cette liberté contractuelle : dans le cadre de
l’Union, une fois le traité d’adhésion signé (et sous réserve de l’application d’une compétence
dans le domaine concerné), la liberté est perdue pour l’Etat-membre. La participation au
budget de l’Union est obligatoire. La situation est différente pour les Etats associés (qui
contribuent sur une base sectorielle, politique par politique), ou dans d’autres institutions
internationales, comme par exemple l’Agence Spatiale Européenne ou Eurêka. La liberté
d’appartenance connaît donc des variations importantes selon l’environnement institutionnel
et le niveau de décision envisagé.
Par rapport aux définitions de la liberté énumérées plus haut, nous en adoptons donc ici une
bien plus étroite : celle de participer ou de ne pas participer à une institution quelconque.
Gette4ibei1é-de-participatiori-peut-s-exercer-à-l-égard-dHnstitutions-plus-ou-moins-routinisées7
du simple projet ponctuel à l’organisation intégrée entraînant des obligations permanentes.
La participation entraîne des contributions (symboliques et matérielles) et des bénéfices
(également symboliques ou matériels). Parmi les éléments symboliques, les éléments
identitaires, d’intégration, d’appartenance, et de délibération, ont une valeur propre '. Bien
que dans le cadre des politiques technologiques les bénéfices et coûts matériels semblent
primer sur les éléments plus symboliques, le fait de faire partie du club reste une motivation.
La participation au programme ESPRIT a pendant un temps été une sorte de « must » pour les
laboratoires de recherche et les firmes ; l’appartenance au réseau Eurêka ou la conclusion
d’accords de coopération bilatéraux avec TUE est un «prix de eonsolation » politique pour
les pays (d’Europe centrale et orientale ou du pourtour méditerranéen) recherchant le
rapprochement avec l’Europe occidentale.
Dans le eas de l’Union, l’appartenance renvoie à la liberté des Etats-membres dans la
construction européenne. Les possibilités de géométrie variable (« opting out ») ont été
précisées depuis le traité d’Amsterdam via un mécanisme assez élaboré (Quermonne 1998).
Mais le degré de liberté de participation varie également à des niveaux moins agrégés, selon
le type d’instrument réglementaire choisi et le design de la politique. On peut ainsi estimer
qu’une directive laisse plus de liberté qu’un règlement, mais du point de vue de la liberté de
participation, la marge est étroite.
L’articulation entre notre conception de la liberté-comme-participation institutionnelle et les
conceptions personnalistes de la philosophie morale passe soit par la souveraineté nationale
(quand il s’agit pour un Etat-membre de préserver sa liberté de décision politique), soit par
d’autres mécanismes de représentation et de transformation des préférences individuelles en
comportements d’institutions collectives : mécanismes contractuels et hiérarchiques pour les
entreprises, appartenance volontaire pour les groupes d’intérêts, etc. L’articulation entre la
liberté au niveau le plus agrégé et celle au niveau le moins agrégé dépend donc des
mécanismes de gouvernance en vigueur dans les institutions participantes.
La liberté comme appartenance est donc pour nous une valeur positive en soi, un eritère de
performance. Nous n’adoptons pas à l’égard de la liberté une attitude axiologique neutre
(contrairement aux définitions de Oppenheim 1962, Somerville 1962). Certes, la valeur de
l’appartenance pourra être positive ou négative, notamment en fonction de l’évaluation des
coûts et des bénéfices de l’appartenance (qui peut être valorisée ou non, cf note 1). Mais la
liberté d’appartenance, comme liberté formelle et comme liberté réelle (capacité), est toujours
positive. La liberté d’appartenance est une valeur en soi, mais elle n’est pas une valeur
absolue parce que la liberté donne lieu à des arbitrages avec d’autres valeurs. Même si elle est
valorisée en tant que telle par les «justiciables» (les parties en présence), leur jugement
portera sur une description plus complexe de la situation que leur seule liberté.
No documento
“INSOMNIA”: design no âmbito do streetwear
(páginas 51-57)