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Figure 1.1 –EPs - classification de Sag et al. (2002) La classification des EPs selon Sag

et al. (2002)

pour les différentes catégories morphosyntaxiques d’EPs. À noter cependant qu’il s’agit de

carac-téristiques typiques mais non définitoires. L’approche du projet PARSEME est en cela différente :

les différentes catégories d’EPs verbales y sont définies de manière opératoire, et l’approche est

validée pour les 20 langues couvertes par le projet.

Nous résumons infra d’abord la typologie précise des EPs verbales du projet PARSEME, puis

donnons des exemples d’EPs pour les différentes autres catégories morphosyntaxiques.

1.3.1 Les EPs verbales dans les données PARSEME

Dans ce projet, une EP verbale est une EP dont la forme canonique a pour tête syntaxique

un verbe, et dont la distribution est celle d’un verbe, d’un syntagme verbal ou d’une phrase

(Candito et al., 2017). Une typologie des EPs verbales a été définie (légèrement modifiée entre

les campagnes PARSEME 1.0 et PARSEME 1.1), et les différents types retenus sont associés à

des arbres de décision précis fondés sur des tests linguistiques. Par exemple, une construction

doit être annotée comme idiome verbal si (1) le verbe de la construction n’a pas un et un seul

dépendant syntaxique lexicalisé, comme en prendre le taureau par les cornes ou (2) le verbe de

l’expression a un et un seul dépendant syntaxique lexicalisé, mais ne satisfait pas les critères des

constructions de verbe à support.

Nous détaillons maintenant cette typologie d’EPs verbales, dans sa version la plus à jour (i.e.

celle de la campagne PARSEME 1.1)7.

Constructions avec verbe à particule (CVP) Les Constructions avec Verbe à Particule

(CVPs) consistent en un verbe et une ou plusieurs particules, telles que break down (lit. casser

bas ; tomber en panne)8. Une condition suffisante est si la même éventualité ne peut pas être

7. La majorité des exemples de cette section sont issus du guide d’annotations de PARSEME 1.1. Les

infor-mations détaillées sur ces jeux de données sont fournies sections 2.3.1, 2.3.2.

1.3. Typologies et catégories d’EPs

évoquée avec le verbe sans la particule (par exemple to do somebody in (lit. faire quelqu’un

dedans ; tuer quelqu’un) n’implique pas to do somebody (lit.faire quelqu’un). À l’inverse, les cas

où la particule a un sens spatial ou directionnel n’entrent pas dans cette catégorie, alors qu’en

font partie les cas où le même type de particule perd son sens spatial ou directionnel : Sag et al.

(2002) mentionnent l’exemple de eat up (lit. manger vers-le-haut, manger entièrement), où la

particuleup a un sens d’achèvement.

Les CVPs sont omniprésentes dans les langues germaniques telles que l’anglais, l’allemand, le

suédois, bien qu’elles ne soient pas limitées à cette famille de langues, mais sont peu fréquentes en

langues romanes et slaves ou en farsi et grec, par exemple. Pour certaines langues germaniques et

également pour le hongrois, les CVPs peuvent selon leur contexte syntaxique être orthographiées

en deux tokens ou bien un seul token sans séparateur typographique, auquel cas le token est tout

de même annoté comme EP (cas que nous appelons TP (Token polylexical), cf. section 2.3.1.0).

Les CVPs transitives peuvent accepter un groupe nominal placé soit entre le verbe et la

particule pull yourself up (s’arrêter) ou bien après la particuleI’ll take down the Web site (Je

vais noter le site). Les adverbes peuvent souvent être insérés entre le verbe et la particule he

was staring stubbornly up (Il matait obstinément) en particulier dans le cas intransitif. Deux

cas de CVP sont considérés dans la typologie PARSEME 1.1, selon que l’ajout de la particule

provoque un changement de sens « allant significativement au-delà de l’ajout de la particule »9

(CVP.full), ou bien au contraire, l’ajout de la particule donne une expression dont le sens est

partiellement prédictible (CVP.semi). À noter que les cas de particules à sens spatial conservé

ne sont pas considérés comme CVP.

Constructions à verbe support (CVS) Dans le guide d’annotation PARSEME, les

construc-tions à verbe support (CVS) sont des expressions formées d’un verbevet d’un nomn(lui-même

simple ou composé), qui est un dépendant syntaxique (direct ou indirect) du verbe (dans la forme

canonique de l’expression)10. Le nom doit évoquer une éventualité (au sens évènement (décision,

visite) ou état (peur, courage)), et doit être prédicatif, au sens d’avoir au moins un argument

sémantique. Une CVS peut être réduite en un syntagme nominal sans le verbe, dans lequel un

argument syntaxique du verbe v (en général le sujet) devient un dépendant de n (Luc prend

une décision difficile → la décision difficile de Luc).

Deux cas de CVSs sont considérés dans la typologie PARSEME 1.1 :

— CVS.full : le verbe est « léger », en ce sens où sa contribution sémantique à l’expression

correspond uniquement à porter les marques flexionnelles habituelles pour les verbes

(per-sonne, nombre, temps, mode et aspect). En particulier le sujet du verbe est un argument

sémantique du nom n. À noter que cela peut provenir du fait que le verbe n’a pas son sens

habituel (par exemple dans rendre visite, rendre n’a pas son sens habituel, ou bien que le

verbe a intrinsèquement un sens très général, qui se trouve redondant par rapport au sens du

n(comme par exemplecommettre un crime). Ces CVSs sont idiosyncrasiques en cela qu’il

peut être difficile de prédire quel verbe support se combine à un nom donné (Abeille, 1988).

— CVS.cause : le verbe a un sens causatif : le sujet du v est la cause ou la source de

l’éventualité exprimée parn, les compléments duvautres que le nomnsont des arguments

sémantiques dun (comme par exemple dansX donner envie à Y de Z).

expressions françaises et du dictionnaire anglais-français de Cambridge pour les expressions anglaises.

9. Cf. le guide PARSEME 1.1 https://parsemefr.lis-lab.fr/parseme-st-guidelines/1.1/?page=050_

Cross-lingual_tests/050_Verb-particle_constructions__LB_VPC_RB_.

Les CVSs, qui se manifestent dans la plupart des langues, sont sujettes à une variabilité

syn-taxique complète, comme la passivisation la décision a été prise, l’extraction Quelles décisions

avez-vous prises ?) et la modification interneelle a pris une bonne décision).

Verbes intrinsèquement réfléchis (VIRs) Les verbes réflexifs sont formés d’un verbe

asso-cié à un clitique ou pronom réfléchi (c’est-à-dire un clitique ou pronom qui peut être utilisé avec

un sens réflexif : se référer au sujet du verbe, comme me dans Je me regarde, ou herself dans

She talks to herself. L’important, cela dit, est que justement dans le cas des VIRs, le réfléchi n’a

pas un sens réflexif. Plus précisément, sont annotés comme VIRs dans les données PARSEME,

les cas de combinaisonv+réfléchi (dans l’ordre pertinent pour la langue en question) où (a) lev

ne peut pas être employé sans le réfléchi (s’efforcer), ou (b) les versions avec ou sans réfléchi ont

des sens et/ou des cadres de sous-catégorisation clairement différents (par exemple X agir (sur

Y) versusil s’agir de Y).

Constructions à plusieurs verbes (CPVs) Les Constructions à Plusieurs Verbes (CPVs)

sont composées d’une séquence de deux verbes adjacents (dans un ordre dépendant de la langue),

un verbe dominant et un verbe dépendant, comme laisser tomber. Le comportement de ces

ex-pressions est très hétérogène d’une langue à l’autre. Cependant, les deux verbes de l’expression

partagent le même sujet et ne peuvent porter qu’un seul temps, aspect et polarité.

Verbes intrinsèquement adpositionnels (VIAs) Les Verbes Intrinsèquement Adpositionnels

(VIAs) (terme plus général que les verbes prépositionnels) se composent d’un verbe ou d’une EP

verbale et d’une adposition, caractérisés par le fait que(i)l’objet de la préposition n’est pas

lexi-calisé, (ii) l’absence de l’adposition est impossible (par exemple en anglais rely doit forcément

être accompagné de on), ou (iii) elle modifie de manière significative le sens du verbe.

Idiomes verbaux (ID) Enfin la catégorie des Idiomes Verbaux (IDs) regroupe les autres cas

d’EP verbale. Il peut s’agir d’EP formé d’un verbe et plus d’un dépendant plein, que le tout forme

une phrase (Rome ne s’est pas faite en un jour) ou pas (prendre le taureau par les cornes), de

cas à structure syntaxique irrégulière (court-circuiter), d’expressions dont la structure n’est pas

couverte par les autres catégories (par exemplelire en diagonale) ou enfin d’expressions formées

d’un verbe et un dépendant lexicalisé mais qui ne satisfont pas les critères des constructions à

verbe support (CVS). Par exemple X porter atteinte à Y est classé ID et pas CVS, car on ne

peut pas former un syntagme nominal de têteatteinte comportant les arguments X et Y.

Les tests pour identifier un ID (versus une expression compositionnelle) sont centrés sur la

no-tion d’invariabilité inattendue, qu’il s’agisse d’invariabilité lexicale, morphologique ou syntaxique.

Il est à noter que ces tests n’abordent pas de manière frontale la question de la

compositionna-lité sémantique, mais sont dans la mesure du possible des tests formels plutôt que sémantiques,

tels qu’une invariabilité morphologique ou syntaxique inattendue. Il en résulte que les EPs dans

PARSEME peuvent avoir différents degrés d’opacité sémantique. Les CVSs ne peuvent par

défi-nition pas être totalement opaques (cf. le nom doit avoir un de ses sens habituels). Un ID comme

cacher son jeu a, quant à lui, un sens lié au sens de cacher, alors que ne pas payer de mine est

en synchronie totalement opaque.

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