4. CASO DE ESTUDO
4.1. Descrição do objeto de pesquisa
4.1.3. Contexto político e económico da cidade do Porto
émerge à l’horizon. En effet, ces deux romances sont avant tout des histoires stagnantes et
n’aboutissent jamais véritablement à la constitution d’une famille. Car c’est bien là l’objectif
de cette accumulation de romances qui, bien que souvent parallèles aux véritables enjeux du
récit en terme de genre, doivent permettre à l’enfant traumatisé de vaincre ses vieux démons,
de cicatriser les plaies causées par le drame de Crime Alley. Au-delà de l’ouverture éditoriale
à de nouveaux publics, la romance est un accessoire de construction narrative afin d’amener à
la constitution de la famille qui, selon Gérard Salem, est l’une des pierres angulaires des fictions
contemporaines :
La célèbre citation de Balzac, « La famille sera toujours la base des sociétés », semble aujourd'hui d'une curieuse pertinence. Non seulement les gouvernements, mais nombre d'institutions, de spécialistes, de chercheurs ou de soignants de tous horizons s'y intéressent avec une soudaineté qui laisse pensif. […] La voilà copieusement médiatisée, par le biais de la fiction (sagas familiales et autres feuilletons sirupeux pour petits et grands) ou par le truchement d'une « réalité » transfigurée en spectacle par la télévision (reality shows).446
Pourtant, ces romances stagnantes ne semblent jamais aboutir, bien qu’elles permettent l’arrivée
d’héritiers biologiques. Bruce Wayne le résume parfaitement dans le cycle Hush de Jeph Loeb
et Jim Lee qui voit ressurgir un personnage du passé de l’héritier se transformant en antagoniste
du présent de son alter ego masqué, le confrontant ainsi à la dualité de son mode de vie : « Je
connais Catwoman…Selina Kyle…depuis un bail. A chaque pas que nous faisons un pas l’un
vers l’autre, on dirait…que nous nous éloignons. »
447. La nature délinquante de la femme chat
est un repoussoir de taille pour la formation d’un couple durable et accéder à cette situation
idéale sous-entend que l’un des deux membres doit abandonner ses activités nocturnes,
c’est-à-dire son alter ego, une partie de soi bien trop profondément ancrée
448. Dans son article, Gérard
445Ibid. 55min40sec.
446
Gérard Salem,
La famille dans tous ses états : une perspective psychologique et éthique, Martigny, La Revue L’Educateur, 9 :8-13,1993.447 Jeph Loeb et Jim Lee, Batman #608, New York, DC Comics, 2002. Planche 16, cases 1 à 3: “I have know Catwoman…Selina Kyle for years. It seems like each step we take toward each other…we only get further apart.” 448Ibid. Planche 18, case 2 : “Of late, she had been trying to make a go of it on the right side of the law. For her to come out here…on my ground…there is something wrong about all of this.” (« Récemment, elle a tenté de se
139
Salem fait état d’une famille qui « peut s’avérer pathogène en entravant la fameuse autonomie
de l’individu »
449. Cette dénomination semble à propos dès que l’on se penche davantage sur
les existences de ces personnages lorsqu’ils ne sont pas encore engagés dans une relation : ils
vivent de solitude et des souffrances qu’elle implique.
« Pour semer la peur dans leurs cœurs, je suis devenu la Chauve-souris, monstre de la
nuit. Et ainsi, ne me suis-je pas chargé du fardeau sous lequel ploie tout monstre…la
solitude ? »
450déclare le Batman en voix over alors qu’il échange un langoureux baiser avec la
ranger du bon côté de la loi. Et la voilà qui me défie sur mon territoire… il y a quelque chose qui cloche dans tout ça. »)
449 Gérard Salem, « La famille dans tous ses états : une perspective psychologique et éthique », Martigny, La Revue L’Educateur, 9 :8-13,1993. « On nous dit, chiffres à l'appui, que la famille traditionnelle se délabre et que la structure du lien de parenté se modifie. On nous signifie que, dans les soubresauts de l'ère postindustrielle, la cellule familiale ordinaire se métamorphose, qu'elle prend des formes bâtardes et atypiques. Non seulement elle « éclate », mais elle devient « monoparentale », « recomposée » ou de nouveau « matrilinéaire ». Le tout sur fond de cristaux liquides et de métropoles bétonnées et « taguées ». On nous dit enfin que la famille peut s'avérer pathogène en entravant la fameuse autonomie de l'individu. »
450 Jeph Loeb et Jim Lee, Batman #610, New York, DC Comics, 2002. Planche 22: “To instill fear into their hearts I became a bat. A monster in the night. And in doing so, have I become the very thing that all monsters become…Alone? ”
140
femme chat. Le cycle Hush insiste une fois encore sur la proximité des deux personnages tant
dans leur relation que dans leurs similitudes en tant qu’individus. Leurs existences son gorgées
de solitude du fait de leurs choix, de leur volonté de mener une vie qui ne laisse que peu de
place aux sentiments, voire au sentimentalisme. Ces êtres humains devenus des monstres, tels
qu’ils se présentent, du fait de leur isolement et de leur affiliation à un totem animalier est l’un
des sous-textes les plus évidents du second film de Tim Burton. La monstruosité et l’ostracisme
qui en découlent sont le ciment de l’intrigue de Batman Returns et la présentation du quotidien
de Selina Kyle avant d’être transcendée met en relief ce mode de vie sans attache ou refusant
de s’attacher à quelque individu que ce soit. La jeune femme rentrant de son lieu de travail dans
son appartement rose-bonbon en criant, échevelée, « Chéri, je suis rentrée ! Oh j’oubliais : je
ne suis pas mariée ! »
451est révélatrice des pressions sociales qu’elle subit : vu son âge, son
milieu et son emploi, les normes sociales du patriarcat l’invectivent qu’elle devrait vivre non
pas seule mais avec un homme. Ce personnage est un archétype de petite secrétaire maladroite,
névrosée et solitaire, incapable de trouver un mari qui l’aime et la supporte. Sa transformation
en Catwoman change radicalement son comportement : elle devient une femme fatale
complétement émancipée du besoin d’être en couple, qui ne s’adonne aux plaisirs de l’amour
qu’à de brèves occasions avec le Batman, un homme qu’elle ne peut posséder et qui ne peut la
posséder en retour. Le récit se déroulant à Noël, Selina Kyle se présente également comme une
antithèse des célébrations de la fin d’année, fêtes familiales par excellence, comme le souligne
Sébastien Bertrand dans sa communication « L’étrange Noël de Gotham City »:
Le personnage de Selina Kyle / Catwoman semble in fine parfaitement incarner le Noël de Tim Burton. Déprimée par la période des fêtes, dévoilant son côté sombre sans jamais vraiment tomber dans le Mal452, elle se révèle finalement comme une femme perdue rêvant de vivre son conte de Noël (elle décide de garder une de ses neuf vies « pour Noël prochain »), mais incapable de vivre en paix avec elle-même. Elle met toutefois fin au Noël factice de Gotham City en exécutant Max Schreck. Celui qui se définit comme « l’âme damnée de Gotham » et qui rêvait de sa centrale électrique comme cadeau de Noël, est électrocuté à outrance par son ancienne secrétaire, laquelle lui lance avec une cruelle ironie « un petit baiser, papa Noël ? »453
451 Tim Burton, Batman Returns, Warner Bros, 1992. 29min52sec. “Honey, I’m home! Oh I forgot I’m not married…”
452 Son interprète, Michelle Pfeiffer, évoque une femme oscillant toujours entre Bien et Mal, gentille au fond mais prenant la mauvaise direction (in : Shadows of the bat : Dark side of the night © Warner Home Video, 2005, 00 :15 :20). Tim Burton, pour sa part, trouve plaisant que nombre de gens n’aient pas pu se faire une opinion sur Catwoman. Cf. Mark Salisbury, op. cit., p.159-160.
453 Sébastien Bertrand, « L’étrange Noël de Gotham City », communication lors du colloque La Magie de Noël : patrimoine culturel et invention fictionnelle organisé par Christian Chelebourg à l’Institut Européen de Cinéma et d’Audiovisuel, Nancy, 2013.