Capítulo I Estado da Arte
6. Desenvolvimento profissional dos professores
Dans la culture polonaise, on associe l’Est à deux thématiques complémentaires : le paradis perdu et la ligne de front. Selon Robert Traba, le terme de Kresy (confins) a été doté d’une dimension nostalgique par le romantisme polonais, avec des œuvres telles celle de Wincenty Pol et la figure du chevalier Mohort. Ce terme est partie intégrante de la mythification du romantisme dans la culture politique polonaise202.
« Quatre thèmes constituent principalement l’archétype de la nature des confins : la défense héroïque de la tour de la polonité face aux hordes de mécréants et d’ennemis de la République (le mythe de l’antemurale christianitatis), la formation
200 BOROWSKI Andrzej, « Les “Sarmates” ou la préhistoire du messianisme polonais », in: CIEŚLA-KORYTOWSKA
Maria (dir.), Messianisme et slavophilie: colloque polono-français, 2-7 octobre 1985, Cracovie, Université
Jagellonne, Cracovie, Uniwersytet Jagielloński, 1987.
201 HALECKI, Borderlands of Western Civilization, op. cit., 2000, p. 25.
202 TRABA Robert, « Kresy. Miejsce pamięci w procesie reprodukcji kulturowej », in: ZARYCKI Tomasz, Polska
d’imaginaires de paysages idylliques et d’une vie paradisiaque (mythe de l’Arcadie et du sarmatisme), l’exotisme de confins distants et mystérieux, et le type du héros
courageux, bon, quelque peu sentimental, ‘dévoué à Dieu et à la Patrie’ ».203
C’est une zone qui matérialise une vision idéalisée de la culture polonaise, à la fois zone de conflit
et de cohabitation avec des « autochtones » dominés : c’est la frontier polonaise, où on lutte pour
installer la culture et la figure du polonais comme seigneur (pan) qui gouverne ces peuples colonisés,
tout en reprenant des éléments de leur folklore dans le folklore ‘national’204. C’est de cet imaginaire,
résultat de la production culturelle et de l’idéalisation romantique de l’histoire polonaise dont héritent les experts en 1918. C’est cet imaginaire qui fait ensuite l’objet d’attaques directes par les Soviétiques et les communistes polonais.
(1) L’Est comme espace de projections : le « Drang nach
Osten » pour les Allemands et ses avatars polonais
Une de ces dimensions de la représentation polonaise et allemande de l’Est c’est la puissance nationale. L’idée de puissance à l’Est et par l’Est est le produit d’une tension qu’on retrouve dans les sociétés allemandes et polonaises. Or loin de faire consensus, elle fait l’objet d’un débat et est un élément du marquage sur l’échiquier politique. La source de puissance qu’offrirait l’Est serait le moyen de protéger une identité nationale distincte du reste de l’Occident (qu’on retrouve dans l’affirmation du Sonderweg allemand notamment). Dans le même temps, l’argument central de l’expansion ou le
maintien de la présence/possession (stan posiadania) est celui de la supériorité culturelle
« expliquée » par la proximité voire l’appartenance finalement à la civilisation européenne « supérieure », c’est-à-dire occidentale.
Chez Paweł Palczowski, que nous avons mentionné plus haut, qui avait rédigé un ouvrage sur la Russie sur la base de son expérience de la tentative de la prise de Moscou par les Polonais en 1606, la Russie est le lieu naturel de l’expansion polonaise. Ses premiers travaux avaient porté sur Venise et il
avait été marqué par les aventures exploratrices espagnoles205. Ainsi dans le contexte d’une instabilité
203 « Archetyp kresowości tworzyły głównie cztery motywy: bohaterska obrona twierdzy polskości przed
hordami innowierców i wrogami Rzeczypospolitej (mit antimurale christianitatis), idyllizacja krajobrazu i sielskości życia (mit Arkadii i sarmatyzmu), egzotyka odległej, tajemniczej krainy, typ odważnego, dobrego,
trochę sentymentalnego bohatera „Bogu i Ojczyźnie”. » in: Ibid.
204Ibid.
politique interne, avec une pression grandissante de la Suède et des « tensions démographiques », une solution pour les appétits aristocratiques polonais seraient pour Palczowski, la prise des terres orientales. Alors, la Pologne pourrait renforcer sa puissance aussi face aux Turcs et autres puissances européennes. Ce discours réapparait par intermittence en Pologne mais ne se constitue pas en mythe politique aussi efficace que le mythe allemand de l’expansion orientale. Au contraire, on utilise cette référence plutôt pour discréditer la mégalomanie polonaise. La partition de la Pologne entre 1772 et 1795 met un frein à cette conception, qui ne disparaît pas complètement cependant, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. La référence à cette période, et la production de connaissance sur celle-ci vise à motiver l’intérêt de la population polonaise pour l’Est en créant une sorte de précédent à répéter éventuellement, cette fois avec un peu plus de succès.
Dans la culture politique allemande en revanche, le mythe de l’expansion orientale a une longévité
protéiforme remarquable, capturé par l’expression du « Drang nach Osten ». Ce mythe d’une
aspiration inconsciente, sous-jacente et permanente206 d’une expansion à l’Est du peuple allemand est
un exemple archétypal d’une relecture nationaliste d’une mythologie médiévale, produite au XIXe
siècle207. Historiquement, il y eu plusieurs vagues de mouvements de migration germanique en Europe
de l’Est, vers des zones et dans des contextes pourtant bien différents, qui sont reliés par des lectures ultérieures. Il y eu d’une part les chevaliers teutoniques, sur lesquels nous revenons plus bas ici, puis des mouvements migratoires paysans le long du Danube et ailleurs, enfin, l’appel de Catherine II aux
artisans allemands au XVIIIe siècle, à côté d’autres mouvements de migration. D’autre part,
l’expression du « Drang nach Osten » recouvre les conquêtes, conçues comme reconquêtes
médiévales germaniques de la Silésie par Frédéric Barberousse au XIIe siècle208. L’expression a surtout
fonctionné avant 1918 dans le contexte d’une politique anti-polonaise au XIXe siècle209 mais comme
nous le verrons au cours des chapitres suivants, la cible de cet « empressement vers l’Est » s’est déplacée vers l’Est russe après 1918. La logique sous-jacente est une fois de plus celle d’une hiérarchie
moskiewska. To iest, Woyny Moskiewskiey, Przyczyny Sluszne, Okazya pozadana, Zwyćięstwa nadźieia wielka, Państwa tam tego pożytki y bogactwa, nigdy nieoszacowane. Krotko opisane Przez Pawla Palczowskiego, z Palczowic, Szlachćica Polskiego, Mikołaia Szarffenbergera, 2010. En ligne: dLibra,
<https://air.unimi.it/retrieve/handle/2434/222627/282164/Koleda%20Moskiewska.pdf>, pp. 32-35.
206 Leszek C. BELZYT, « Drang nach Osten. Cywilizacja z Zachodu? », in Robert TRABA et Hans Henning HAHN (dir.),
Polsko-niemieckie miejsca pamięci Tom 2: Polsko-niemieckie miejsca pamięci, t. 2: Wspólne / Oddzielne, Scholar, 2015, pp. 207-224, ici p. 211.
207 WIPPERMANN Wolfgang, Der « deutsche Drang nach Osten » : Ideologie u. Wirklichkeit e. polit. Schlagwortes, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1981, p. 29.
208 HALECKI, Borderlands of Western Civilization, op. cit., 2000, p. 68. C’est en référence à cet empereur, que l’opération d’attaque de l’URSS en 1941 par l’Allemagne nazie fut baptisée opération Barbarossa
(Unternehmen Barbarossa).
209 Avec la diffusion d’un discours dénigrant sur les Polonais en Allemagne, par des auteurs comme Wilhelm
Christian Binder, Paul Lagarde, cités dans BELZYT, « Drang nach Osten. Cywilizacja z Zachodu? », art. cit., 2015,
culturelle, voir ethnique, en pendant au mythe des origines, mais cette fois avec une dimension
civilisatrice et de conquête, en écho aux conquêtes de la civilisation en Amérique210.
La production de connaissance sur l’Est se trouve assujettie à l’objectif plus large de définition des continuités de ce peuple germanique construit par l’archéologie, la linguistique et l’histoire jusqu’aux
Allemands unis (sans l’Autriche) après 1870211. La problématique centrale est celle de la définition de
l’espace d’action de ce peuple, son ancrage culturel et la pratique de cette production est
progressivement « enrichie » par les théories raciales et géopolitiques212.
(2) La mission de protection de l’Europe face à l’Est
(XVIe-XVIIe siècle)
« Nos adhésions ou refus viennent d’analogies, d’idées connotés, de noyaux symboliques et d’archétypes sous-jacents. Les faits politiques entrent dans une intelligence analogique qui dévoile des relations en chaînes entre différentes réalités. (…) Une frontière peut être appréhendée comme un pont vers un espace bénéfique ou comme un rempart contre un danger menaçant. Cette fonction symbolique permet donc d’opérer des renvois de niveaux de réalité à d’autres, créant
un ordre, un système cohérent de représentations et de valeurs. »213
Les pratiques de production de connaissances que nous avons présentées jusqu’ici sont fortement ancrées à la fois dans leur contexte politique historique et dans les évolutions des pratiques scientifiques globales. Elles sont à la fois l’écho des perceptions des auteurs et de leurs projections idéologiques. Elles fonctionnent dans un intervalle entre les références partagées d’une société à un moment donné et les ambitions, les évolutions à venir proposées à cette société. Cette tension contribue à un renouvellement constant de ces pratiques de connaissances, et la réactualisation des
connaissances héritées des pratiques antérieures. Un slogan, un mot-clé, tel que le Drang nach Osten
210 WIPPERMANN, Der « deutsche Drang nach Osten », op. cit., 1981, p. 38. Voir plus largement les interactions
entre les entreprises coloniales au XIXe siècle : Jürgen Osterhammel, Die Verwandlung der Welt: eine Geschichte
des 19. Jahrhunderts, Jub.-Ed., Munich, Beck, 2013, 1568 p.
211 WIWJORRA, « Der völkische Germanenmythos als Konsequenz deutscher Altertumsforschung des 19.
Jahrhunderts », art. cit., 2006, pp. 159-160.
212 Voir annexe 3.
213 WUNENBURGER Jean-Jacques « Avant-propos », in DELSOL Chantal, MASŁOWSKI Michel, NOWICKI Joanna et al., Mythes et symboles politiques en Europe centrale, Presses Univ. de France, 2002. p. 6.
recouvre des réalités très différentes mais fonctionne comme une synthèse d’un phénomène historique perçu comme significatif. Il en va de même pour les lignes de démarcation de sa communauté face à un Autre. C’est peut-être la spécificité de cet Est, vu d’Allemagne et de Pologne, de conjuguer ces différents éléments d’altérité et de familiarité. Le mythe des origines coexiste et se prolonge dans un mythe de la mission nationale : une logique de rempart et de projection qui forment les facettes d’un mythe ambivalent de l’Est. Ainsi, « [l]a frontière est (…) une réalité évolutive et en
même temps une référence mythifiée »214, qui est alimentée par l’amalgame des expériences
historiques constamment relues et réinterprétées.
Janusz Tazbir, éminent médiéviste polonais a consacré un ouvrage à la question de l’idée de la
Pologne comme muraille de l’Europe215, dans lequel il retrace l’origine et l’évolution de ce terme. Dans
les textes polonais, on trouve tout aussi bien le terme latin, antemurale christianitatis, que polonais,
przedmurze chrześcijaństwa. Selon Janusz Tazbir, c’est une image tirée de la Bible : une référence à Jérusalem, comme forteresse, protégeant le sacré. Dans le contexte de la lutte contre la présence tatare au XVe siècle mais surtout dans le contexte de la lutte contre la progression ottomane au XVIIe siècle, ce terme fut appliqué en ce sens à Kamieniec Podolski – la pierre, au sens de fondation, de Podolie – une forteresse actuellement en Ukraine (Kamianets-Podilskyï). La ville était la forteresse la plus méridionale de la République des Deux Nations, et fut assiégée en 1672 puis occupée par les Ottomans. Jean III Sobieski ajouta à cette désignation, la mission de porte de la Pologne (brama do
Polski)216, complétant l’amalgame entre la Pologne et la chrétienté.
Figure 5: Statue de Jean III Sobieski, écrasant un Turc et un Cosaque, de la rue Agrycola, Parc Łazienki à Varsovie (inaugurée en 1788)
214 Paul GRADVOHL, « Le mythe de la frontière (peut-on penser la frontière dans une perspective hongroise en
historien ?) », inMythes et symboles politiques en Europe centrale, Presses Univ. de France, 2002, p. 148-162.
215 TAZBIR Janusz, Polska przedmurzem Europy, Varsovie, Interpress 2004.
En effet, Janusz Tazbir rappelle que ce terme fut utilisé surtout comme un slogan, par la diplomatie polonaise, dans l’optique d’obtenir une exemption ou une réduction des taxes versées à Rome, au nom de la lutte contre les Mongols et contre les « schismatiques » orthodoxes, au XIVe siècle. Ce terme gagne en popularité et c’est ainsi que l’Est européen, par des allers-retours entre un Est oriental, ottoman et un Est plus nordique, plus chrétien, par le biais d’un amalgame entre l’Est byzantin orthodoxe, tombant dans les mains musulmanes, est devenu un élément de la rhétorique nationale polonaise. Cette idée n’est pas exclusivement polonaise et on la retrouve à différents moments en
Hongrie217, en Autriche, en Croatie, en Allemagne. Les Teutoniques utilisent une argumentation
similaire aux Polonais, mais incluent ces derniers dans le clan de la menace sur la chrétienté, que les
Teutoniques se chargent donc de défendre218, en utilisant la bataille de Grunwald (ou Tannenberg) de
1410, où les Polonais se sont alliés aux Lituaniens et aux Tatars, comme on a vu précédemment. L’idée d’alliance avec d’autres nations dans la région, pour se protéger des puissances voisines par des convergences géostratégiques, se retrouve à d’autres moments de l’histoire polonaise, notamment dans le contexte de la partition polonaise, qui fait germer le prométhéisme polonais.
(3) Le prométhéisme : une des réactions polonaises aux
partitions du XVIIIe siècle
Le prométhéisme est un courant d'idée politique qui a été porté en particulier par une partie de l'élite intellectuelle et politique polonaise dans l'entre-deux-guerres, et qui revendique une filiation
avec les projets fédéralisant de Józef Piłsudski pour l'Est européen219. Le prométhéisme ne faisait pas
consensus déjà lors de sa formulation et ses porteurs faisaient l’objet de critiques franches, sur lesquelles nous revenons plus bas, après avoir présenté les conceptions et les activités de ce courant.
Cette « idéologie »220 a porté également sur d'autres peuples soumis à des puissances impériales dans
217 P. GRADVOHL, « Le mythe de la frontière (peut-on penser la frontière dans une perspective hongroise en
historien ?) »..., op. cit., p. 154.
218 TAZBIR, Polska przedmurzem Europy, op. cit., 2004, p. 23.
219 Le prométhéisme a également trouvé des porteurs dans d'autres pays, notamment du Caucase et du
pourtour méditerranéen.
220 Le corpus d’idées du prométhéisme n’étant pas clairement défini par ses membres, le terme d’idéologie est
considéré comme inapproprié par un certain nombre de spécialistes, cependant, il nous semble que puisque ce mouvement était assez cohérent pour s’organiser en institutions scientifiques et associations, dans le but explicite d’influencer la politique officielle, et puisqu’il bénéficiait du soutien matériel de l’État polonais et enfin que les débats internes s’inscrivaient dans le paradigme commun d’une mission polonaise à l’Est, on peut pour simplifier parler l’idéologie prométhéenne ou de prométhéisme. Pour rejoindre Marek Kornat, qui rappelle qu’une partie de l’élite polonaise s’identifiait au mouvement, sans pour autant que ces idées constituent une
le Proche orient et en Asie, dans la fraction para-universitaire de ce mouvement mais sur le plan politique, elle a concerné avant tout l'Ukraine. Cette « idéologie » n'a jamais été réalisée, tant du fait l'impossibilité matérielle pour la diplomatie polonaise de l'entre-deux-guerres de porter un tel projet,
que du manque de soutien transversal en Pologne221.
Andrzej Garlicki, historien de l'entre-deux guerres définit le prométhéisme comme « une conception d'action visant à séparer de la Russie les territoires habités par les peuples non russes, à soutenir leurs aspirations à fonder des États-Nation, qui, menacés par la Russie, formeront des alliés
naturels de la Pologne, renforçant ainsi son poids »222. En d'autres termes, cette conception repose sur
une politique de puissance, à la base de laquelle se trouverait une empathie pour les sentiments nationaux des peuples dont la Pologne a partagé le sort pendant 123 ans et qui d'une part pourrait mieux les comprendre a priori et d'autre part, constituer un modèle pour leur chemin vers l'autodétermination nationale, thématique puissante dans ces années.
Le prométhéisme est donc un produit du romantisme national du XIXe siècle, avec lequel se
confrontent les intellectuels polonais à la veille de la refondation de la Pologne au XXe siècle. Nous
allons donc nous intéresser aux réflexions développées par ceux-ci avant 1918 pour mieux comprendre les options telles qu’elles étaient conçues par les acteurs politiques polonais au moment de définir les nouveaux contours à l’Est notamment, de la Pologne « ressuscitée ». Cette courte étude nous permettra de comprendre d’une part la persistance de ces idées, qui étant ancrée dans une perception qui nous semble plutôt polono centrée de la réalité régionale, ont constitué un filtre quelque peu aveuglant de la politique polonaise. D’autre part, le processus de distanciation de ces idées, qui
s’enclenche dès leur formulation pour les opposants naturellement, et après la 2e Guerre mondiale
pour une partie de ses porteurs.
Selon l’historien Andrzej Nowak223, le prométhéisme polonais n'est pas né au XXe siècle, mais est
doctrine politique (in Kornat, Ruch…, p. 56), nous considérons ici que le prométhéisme était un élément de la culture politique polonaise, sans pour autant être un programme d’action rigide. C’est la dimension identitaire de cette idéologie qui nous intéresse et son délitement face aux difficultés de réalisation puis à la perception d’un manque de légitimité, mais qui semble être un cadre conceptuel auquel se rattachent certains politiciens polonais dans des situations d’incertitude.
221 Marcin Kruszyński résume parfaitement la place du prométhéisme dans la politique étrangère polonaise de
l’entre-deux guerres ; reprenant à son compte les termes de Marek Kornat, selon lequel le prométhéisme n’était « « ni une fantaisie, ni une fiction », et a constitué un chapitre important dans l’histoire de la pensée polonaise. Ce fut effectivement un chapitre important mais justement de l’histoire de la pensée mais pas de la diplomatie polonaise. » Kruszyński in Kornat, Ruch…, p 158.
222 « prometeizm oznaczał koncepcję działań na rzecz oderwania od Rosji terytoriów zamieszkanych przez
nar »dowości nierosyjskie, wspierania ich dążeń do stworzenia państw narodowych, które, zagrożone przez
Rosję, staną się naturalnym sojusznikiem Polski, zwiększając w ten sposób jej wagę. » Dans: GARLICKI Andrzej,
Siedem mitow Drugiej Rzeczypospolitej, Czytelnik, 2013.p 62.
223 NOWAK Andrzej, Jak rozbić rosyjskie imperium?: idee polskiej polityki wschodniej (1733-1921), Warszawska
le produit d'une tradition plus ancienne de la pensée polonaise, liant deux éléments : la question de la
menace de la communauté libre et le responsable (sprawca) à l'origine de cette menace qui serait
historiquement l'Empire russe. L'idée d'indépendance s'est ancrée dans la culture politique polonaise lors des premières ingérences russes dans les affaires internes avec les manœuvres pour éloigner Stanisław Leszczyński (1677-1766) du trône polonais et le remplacer par Auguste III de Pologne (1696-1763). En réaction, une partie de la noblesse polonaise s’est réunie à Sandomierz en 1733. Selon Andrzej Nowak, dans cette révolte contre la domination étrangère on peut trouver les premières traces de cette conception politique ; selon laquelle l'élite polonaise cherche les points faibles de l'empire et pour s'allier avec la périphérie contre le centre. Cette confédération a lancé un appel en 1733 intitulé « les tâches du peuple polonais, particulièrement de la confédération de Sandomierz, donnée à l’attention des peuples russes et cosaques ». Dans le même temps, ces membres de la noblesse polonaise reprenaient à leur compte ce reproche à la noblesse russe, qui ne serait que le produit de la noblesse allemande, et donc manquerait de légitimité pour gouverner la Russie. Cette confédération de Sandomierz voulait donc « aider » les peuples russe et cosaques à se libérer de la « dictature absolue allemande » que l’aristocratie russe représentait et « rendre » le pouvoir à la « vraie
» Russie, en appelant de leur vœux le retour à l'identité spirituelle (duchowy) russe ! Dans le même
temps, cette confédération comptait sur l’implantation dans les profondeurs du territoire russe des Cosaques pour faire de ces derniers un allié puissant contre le pouvoir central impérial russe.
On retrouve ici effectivement des éléments de cette pensée polonaise sur l’Est, qui ont perduré à travers le temps, notamment cette différenciation entre le peuple et les dirigeants, et la définition d’intérêts communs entre les Polonais et les Cosaques, ou plutôt une tentative d’instrumentalisation des intérêts des Cosaques au service d’une politique de sécurité polonaise, suivie d’une non réalisation