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6. Ensaios experimentais de corte e dobragem

6.3 Ensaio experimental de dobragem

qu’elle vit « vêtus comme l’amour (…) chacun avec son séraphin »

424

. Nous ne connaissons

pas les destinataires de ces visions, peut-être s’agissait-il de son directeur

425

, de jeunes

Béguines

426

ou bien d’amies soucieuses d’emprunter le même chemin d’union à Dieu. Les

images perçues par la Béguine sont somme toute assez traditionnelles puisqu’elles sont tirées

pour la plupart du livre de l’Apocalypse

427

et s’inspirent parfois des visions du livre

d’Ézéchiel

428

. Ainsi Hadewijch s’inscrit-elle, grâce à ses visions, dans une tradition littéraire

ancienne qui débuta, pour ce qui est du nord-ouest de l’Europe, par les treize visions narrées

420 La quatorzième lettre invite cette jeune béguine à réfléchir sur les moyens qu’elle se donne pour progresser spirituellement et ce afin d’atteindre l’unité de l’amour, cf. LeIbid. 14, p. 147-148.

421 Ibid. 17, p. 164.

422 J. van MIERLO, « introduction », dans : Hadewijch. Visioenen, éd. J. van Mierlo, Leuvense studiën en tekstuitgaven, t. I, Louvain, Vlaamsche Boekanhalle, 1924, p.33.

423 Selon Paul Mommaers, Hadewijch aurait choisi ce chiffre en référence à l’évangile de Matthieu dans lequel il présente la généalogie du Christ constituée de trois divisions comprenant chacune quatorze générations (Mt 1,17), cf. P. MOMMAERS, « introduction », dans : Hadewijch, the complete works, Mahwah (USA), Éd. Paulist Press, 1980, p. 23.

424 Visions, Liste des Parfaits, p. 103.

425 Cette thèse, soutenue par le P. Van Mierlo dans la première moitié du vingtième siècle, incita le lecteur moderne à penser que Hadewijch décrivait fidèlement ses visions à son confesseur. Mais en 1967, N. De Paepe avança une autre hypothèse et démontra que « Hadewijch notait ses visions au bénéfice des mêmes personnes qu’elle touchait au travers du lieve kint [chère enfant] inscrit en tête de ses lettres », à savoir d’autres Béguines, cf. H. van ANTWERPEN, Hadewijch. Strophische Gedichten : een keuze, éd. N. de PAEPE, Gand/Louvain, Wetenschappelijke Uitgeverij en Boekhandel 1972, p. 150.

426 Cette thèse paraît sensée dans la mesure où le Christ, dans la sixième vision, fait référence aux proches (ten dinen) de Hadewijch, cf. Visions, 6, p. 57.

427 Dans la dixième vision par exemple, Hadewijch emploie l’image d’une « ville nouvelle » que l’on retrouve dans Ap 21,2, cf. Ibid. 10, p. 65.

428 Dans la treizième vision, Hadewijch décrit une vision de la Face de Dieu, l’influence de Ez 1,23 étant assez claire, cf. Ibid. 13, p. 87.

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dans la vita de sainte Aldegonde, fondatrice au VIIᵉ siècle d’un ermitage puis d’un chapitre de

chanoinesses dans le Hainaut

429

. Puis le Moyen Age engendra de nombreuses autres

visionnaires, issues essentiellement du milieu béguinal et de la vie conventuelle, dont

Hildegarde de Bingen, Béatrice de Nazareth et Catherine de Sienne sont peut-être les plus

connues de nos jours. Mais qu’entend-t-on par « vision » ? Pierre Adnès distingue quatre types

de visions que l’on retrouve dans le « mysticisme visionnaire » du Moyen Age

430

: on distingue

premièrement les nombreuses visions des plaies du Christ crucifié, inspirées par la dévotion à

la passion du Christ. Deuxièmement, il existe des visions dites « eucharistiques » où les

visionnaires voient le Christ dans l’hostie

431

et jouissent de l’eucharistie sans communier. L’on

trouve troisièmement des visions où la visionnaire et le Christ échangent leurs cœurs ou bien

simplement où le Christ change le « vieux cœur » de la visionnaire pour lui en offrir un nouveau.

Le quatrième type concerne des visions de voyages vers l’au-delà où la visionnaire se voit

conduite au purgatoire ou en enfer, c’est notamment le cas de Mechtilde de Magdebourg.

Dans le recueil de poèmes strophiques (Strophische Gedichten), qui compte

quarante-cinq poèmes, Hadewijch prouve qu’elle était rompue aux techniques de l’amour courtois, la

fin’amor, et qu’elle « [empruntait] au lyrisme courtois ses formes poétiques, ses images et ses

allégories – du printemps à l’aventure chevaleresque, du secret à l’ "ire d’amour" »

432

. Elle fut

l’une des premières à « transférer », à « déplacer » le vocabulaire et les grandes thématiques de

la littérature courtoise au plan spirituel, mystique

433

. Il est possible qu’elle ait emprunté à

Guillaume de Poitiers, comte de Poitiers et troubadour (†1127), la propension à débuter ses

poèmes en décrivant la saison nouvelle, comme c’est le cas dans le sixième poème

strophique

434

. A la lecture ce recueil de poèmes, l’on remarque également que Hadewijch

s’abreuvait spirituellement du Cantiques des Cantiques, dont elle n’hésite pas à emprunter la

429 Cf. A.M. HELVÉTIUS, « Le culte de Sainte Aldegonde », dans : De sainte Aldegonde à sainte Marie. 550 ans de service au jour d’Huy, Huy, Éd. Christian Dury, 1995, p. 21-39.

430P. ADÈS, Art. « Vision », D.S., t. 16, col. 972-974.

431 En ce qui concerne cette vision, le cas le plus édifiant est peut-être celui de Julienne du Mont-Cornillon qui se vit demander par le Christ lui-même l’établissement d’une fête en l’honneur du Saint-Sacrement. Cette volonté se réalisa puisque cette fête fut célébrée pour la première fois en 1264 dans le diocèse de Liège.

432D. DUFRASNE, Libres et folles d’amour. Les béguines du Moyen Age, Bierges (Belgique), Éd. Thomas Mols, 2007, p. 77.

433 « Chez Hadewijch, la quête de Dieu apparaît comme une aventure amoureuse, à la fois épique et courtoise (images de vie chevaleresque, de chasse, de joute), où l’âme traversant une série d’épreuves (souffrances, manques – ghebreken -, révoltes qui aboutissent souvent à la « fureur d’amour » - orowet-), est tendue en avant par l’espérance d’une « fruition » - ghebruken – qui la porte et la conduit au-delà de sa nature. » I. RAVIOLO, « Hadewijch », dans : Encyclopédie des mystiques rhénans. D’Eckhart à Nicolas de Cues et leur réception, Paris, Éd. du Cerf, 2011, p. 548. Hadewijch est en cela fortement marquée par son époque, cf. P. MOMMAERS, Hadewijch d’Anvers, trad. C. JORDENS, Paris, Éd. du Cerf, 1994.

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sensualité, voire l’érotisme

435

. Elle aurait vraisemblablement lu l’exposé sur le Cantique des

Cantiques de Guillaume de Saint-Thierry, dont de nombreuses copies circulaient à son

époque

436

. Quant au potentiel destinataire de ces poèmes, Norbert de Paepe avait émis en 1967

l’hypothèse qu’il s’agissait de Hadewijch elle-même ; elle aurait employé cette forme littéraire

uniquement pour exprimer son expérience de l’amour de Dieu, et ce dans le cadre d’une

auto-réflexion

437

. Cette hypothèse n’est finalement pas si éloignée de celle émise quelques années

auparavant par Jozef Van Mierlo qui voyait dans ces poèmes strophiques une fresque

personnelle de l’état d’âme et des combats spirituels de la Béguine. Elle fut cependant remise

en question en 1973 par Hans Schottmann qui défendit l’idée d’un destinataire bien précis, à

savoir une communauté d’ « amies » de Hadewijch :

In den Briefen beschwört Hadewijch die Freundinnen bei ihrer ehemaligen Gemeinschaft. Die Gedichte fügen sich dem Gattungsgesetz des mittelalterlichen Lieds. Das persönliche Schicksal Hadewijchs spiegelt sich in ihnen darum nicht so direkt und in Einzelheiten konkret wie in den Briefen, abstrakte theologische Gedankengänge werden stärker ins Persönlich-Affektive umgesetzt, ihr Grundcharakter ist monologisch. Aber man versteht sie nur dann richtig, wenn man berücksichtigt, daß sie in eine Gemeinschaft hineingesprochen sind, um (…) das rechte credo, das die Freundinnen bindet, am Leben zu erhalten (…).438

Quant au recueil que l’on nomme « Mélanges poétiques » (Mengeldichten), il contient

vingt-neuf poèmes dont seize seulement proviendraient de la plume de Hadewijch. Les treize

autres poèmes ont des affinités plus ou moins marquées avec les poèmes authentiques mais de

nombreux médiévistes se sont accordés à y reconnaître une plume différente, celle de

Hadewijch II, qu’on appelle encore Pseudo-Hadewijch. On croit reconnaître dans ces treize

poèmes des influences scolastiques prononcées – notamment dans le deuxième poème où

Hadewijch II met en scène ce qui ressemble fort à une disputatio telle qu’on la pratiquait à

l’université – et certains critiques sont d’avis que ces poèmes porteraient une marque

spéculative non négligeable

439

, même si la distinction entre une « mystique spéculative » et une

« mystique nuptiale » n’est pas forcément très heureuse dans ce cas bien précis.

435 Cf. par exemple Ibid. IX, p. 110-113 (Str. Ged. 15).

436 Cf. P. VERDEYEN, « De invloed van Willem van Saint-Thierry op Hadewijch en Ruusbroec », dans: Ons Geesterlijk Erf, n° 51, 1977, p. 3-19.

437N. de PAEPE, Hadewijch, Strophische Gedichten. Een studie van de minne in het kader der 12ᵉ en 13ᵉ eeuwse mystiek en profane minnelyriek, Gent, 1967.

438H. SCHOTTMANN, « Autor und Hörer in den ‘Stophischen Gedichten’ Hadewijchs », dans : Zeitschrift für deutsches Altertum und deutsche Literatur, n° 102, 1973, p. 37.

439 C’est le cas de Jean-Baptiste Porion qui affirme que l’« on (…) trouve [dans ces poèmes] un bon nombre de mots et d’expressions caractéristiques de la tendance spéculative allemande et néerlandaise du XIVᵉ siècle. Leur doctrine se rattache à la mystique de l’Essence : on peut considérer ce mince recueil (…) comme une de expressions les plus pures du courant spirituel dont Maître Eckhart est avec Ruusbroec le représentant le plus

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L’œuvre de Hadewijch, dont on avait perdu la trace des siècles durant, fut en partie

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