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PARTE I – ENQUADRAMENTO TEÓRICO

3. ENTRE O MORRER E A MORTE

historiens, géographes, ou sociologues, publient le résultat de leurs recherches depuis janvier 1894^^®, ainsi que

Leîla

(rédigé en français malgré son titre), mensuel féminin, que les destouriens feront publier en France, que l'on vendra en 1936 et 1937, qui disparaîtra, et reviendra sur les kiosques comme hebdomadaire en 1942^^’ ne peuvent plus être passés sous silence^^®, d'autant que nous aurons à nous y référer. Aucune de ces revues toutefois ne répond entièrement aux vœux tels que nous les avons vus exprimés par A. Demeerseman dans les pages précédentes.

Aucune de ces revues. Ni aucun quotidien, comme nous allons nous en rendre compte.

1) Que ce soit dans le groupe des journaux écrits par les Français de Tunisie :

- La Dépêche tunisienne, née en 1889 fixait son attention sur les grands intérêts économiques. Fondée par la Résidence, elle représentait la Maison de France en Tunisie, en évitant toute position partisane : "Faites-moi un journal tel que les Français, les étrangers, les Arabes et les Juifs, les francs-maçons et les catholiques n'éprouvent en l'ouvrant aucun frisson" aurait demandé Massicault, le Résident de l'époque”".

Cette revue fut créée en Hamdane, Md., op. cit., p. 116.

1894. Kassab, A. , op. cit. , pp. 268-274, et

Van Leeuwen, A., art. cit. , IBLA, n°69. 1955,. P- 167.

Emanciper la femme tunisienne dans le respect de l'identité nationale, tel était le but de la revue Leila. Cette fois, le voile devint le symbole de l'obscurantisme - thèse à laquelle finira par se rallier H. Bourguiba (il justifiera sa réaction de 1929 à la conférence de H. Menshari en alléguant qu'il n'avait pu affronter à la fois tous les problèmes posés par la colonisation) . Marzouki, Ilhhem, art. cit., pp. 74-75.

Nous ne mentionnons pas ici La Kahena, la célèbre revue des Ecrivains d'Afrique du Nord, qui parut de 1920 à 1950, et dont les horizons dépassent ceux de la Tunisie. Cf. Fontaine, J., La Littérature tunisienne..., p. 111 et Hamdane, Md., op. cit., pp. 200-201.

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- Le Petit Matin se voulait avant tout quotidien d'information; mais, imitant en cela son confrère Tunis-Socialiste {cf. ci-après), il ouvrit de temps à autre ses colonnes à des Tunisiens nationalistes dont le journal avait été interdit, soit en application des Décrets scélérats, soit en vertu de la censure, qui sera rétablie après les manifestations de rues d'avril 1938.

- La Tunisie française, organe de la Prépondérance’^ depuis 1892, se gaussait des nationalistes tunisiens et selon Cohen-Hadria, "considérait comme des officines de trahison tous les partis français de gauche". Ce journal catholique se serait néanmoins caractérisé par son souci "paternaliste" du bien-être des bédouins, de sorte que dans certaines questions comme celle des terres collectives (nous aborderons ce sujet), la T. F. défendra des thèses semblables à celles de Tunis-Socialiste.

- Tunis-Socialiste fut créée en 1921 par l'avocat Duran-Angliviel. Accueillant aux idées des nationalistes tunisiens’”, il aida à les faire connaître en France. Cette ouverture lui coûta plusieurs suspensions. La sœur de Duran-Angliviel, Eva Fichet, sans être socialiste, donna au quotidien une couleur qui n'aurait pas déplu au fondateur de l'IBLA’”. Le portrait qu'en a fait Cohen-Hadria, lui-même collaborateur de ce quotidien, nous inciterait en tout cas à le penser :

- "Elle sent profondément l'injustice de certaines affirmations des Jeunes Tunisiens”*, et elle le leur dit, mais elle sent non moins profondément que cette injustice est le signe d'une souffrance et elle les défend. Je ne crois pas me tromper en affirmant qu'elle a eu une grande influence sur Habib Bourguiba, et que, si l'actuel Président de la République tunisienne a sur

La Prépondérance des fonctionnaires, dirigée à l'époque par Antoine Colonna a défini son programme autour du thème de l'union des Français. Tout à fait opposée aux nationalismes des autochtones. Liauzu, C., op. cit., p. 38.

Témoin cette lettre datée du 29/7/1946, que nous trouvons dans les Archives de l'I.S.H.M.N. : "N'est-ce pas vouloir que la France perde ses droits en Tunisie, que d'écrire {Tunis-Socialiste, 11 juill. 1946) : le très prochain avenir doit procurer à la Tunisie les satisfactions nationales qu'elle est en droit d'attendre et de réclamer, et au peuple tunisien les moyens d'affirmer qu'il est devenu majeur, maître de ses destinées ?" "Note du 6 août 1946", Tunisie, 1944/09-1947/lO, Dossier 1, n°37, folio 42.

"Rodinson rappelle que le message coranique, comme celui de l'Evangile, fut parfois interprété dans un sens conservateur... mais les valeurs religieuses de l'Islam comme celles du Christianisme peuvent fournir une impulsion pour la lutte contre l'iniquité, selon les lignes précises du projet socialiste." Lelong, M., "Maxime Rodinson : Marxisme et Monde Musulman, compte rendu", IBLA, n°131, 1973, p. 169.

Le parti des Jeunes Tunisiens {hizb Tunis al-fatât) fut créé en 1907 par Basîr Sfar et 'Alï BâS-Hânba : il recruta surtout parmi une élite formée en France et déçue de se voir écartée de la vie publique au profit de fonctionnaires français. De tendance panislamiste, ces jeunes gens, héritiers de Khavr al-Dîn et de R. R. al-'Tahtâwî, militaient pour prouver qu'un gouvernement modernisé à l'occidentale peut rester conforitie à la Sarl'a. Julien, Ch.-A., L'Afrique du Nord en marche. Nationalismes musulmans et souveraineté française, Paris, 1972, p. 64.

un certain nombre de grands problèmes à la fois politiques et moraux, la tolérance, la libération des femmes, la laïcisation de la justice et de l'enseignement, des conceptions très originales pour un chef d'état musulman, il le doit pour une part aux réflexions que lui ont inspirées ses fréquents entretiens avec Eva Fichet."

- Tunis-Soir se limitait à faire de l'information.

- La Presse de Tunisie d'Henry Smadja deviendra l'un des grands quotidiens de la capitale après l'indépendance, avec al-SabSh, Le Petit Matin, Le Temps, al-'Amal, L'Action'^^. Jusqu'à 19S6, malgré des apparences de neutralité, elle prêtera volontiers ses pages à Antoine Colonna, président de la fédération tunisienne des fonctionnaires, et autres représentants de la Prépondérance, dont elle avait absorbé La Tunisie française.

2)

Que ce soit du côté des quotidiens écrits en français ou en arabe par des Tunisiens :

- al-Zohra qui débuta en 1890 et réussit à durer tout le temps du Protectorat; s'efforça, selon Ch. Souriau, de relever le niveau de ses lecteurs par un travail d'éducation.

- La Voix du Tunisien reflétait la pensée d'une bourgeoisie acquise au réformisme”^. H. Bourguiba, T. Sfar, B. Guiga y signeront plusieurs articles”^.

- Mursid al-Umma (Le Guide de la Communauté), organe du Destour traditionnel, commençait tous ses articles par des versets du Coran. Né en 1919, il cessera de paraître en 1938.

- al-Nahda (La Renaissance), quotidien des nationalistes modérés, voire francophiles et qu'il ne faut pas confondre avec le mouvement la Nahda de Md. 'Abduh, parut de 1923 à 1953.

- al-Buq (Le Clairon), journal social qui exprima avec sincérité l'opinion de la jeunesse libérale, prit nettement position en faveur de l'émancipation de la femme. Paru en septembre 1936, il s'éteindra déjà en novembre 1938”®.

Selon Souriau, elle aurait vu le jour en 1935 ou 1936,- selon Hamdane, le 12 mars 36; et selon Cohen-Hadria en 38 !

Kassab, A., op. ait., p. 254.

Hamdane, Md., op. ait., p. 329.

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- L'Action tunisienne ainsi que sa version arabe al-'Amal que Bourguiba a fait paraître depuis 1932, et dont il a redéfini les objectifs dans La Tunisie et la France"’ :

- "Créée par un groupe de volontaires prolétaires de la pensée, libre de toutes attaches ou servitudes envers quiconque, L'Action tunisienne se propose de :

a) chercher avec prudence et sincérité remède à la grave crise économique, morale et politique que traverse la Tunisie.

b) défendre loin de tout esprit de caste ou de stérile démagogie, les intérêts de tous les Tunisiens, sans distinction de religion.

c) servir de truchement entre l'opinion française et l'opinion tunisienne en propageant dans la mesure du possible, l'idée de justice et de compréhension, sans forfanterie inutile, mais dans le refus de toute abdication indigne de notre individualité nationale.

Bien que ces derniers objectifs ne contrecarrent pas ceux du Père Demeerseman - ne les recouvrent-ils en partie ? - ils se définissent dans un tout autre cadre, celui de l'action politique, que les rédacteurs de l'ISLA, justement voulurent éviter. (Ce point sera développé dans la deuxième partie de ce chapitre).

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