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3. RETRATO, AUTORRETRATO, IDENTIDADE E ALTERIDADE

3.3. O autorretrato

3.3.1. Quando o autorretrato evoca a coisa do ‘outro’

3.3.1.2. Hoje

Pour traiter les données récoltées, nous nous sommes appuyés sur les apports de la « grounded theory » formalisée en 1967 par Barney G. Glaser et Anselm L. Strauss300, traduite en français par théorie

« ancrée » ou « enracinée ». Pierre Paillé, à qui l’on doit la formule de « théorie ancrée », parle de la proposition d’une nouvelle « méthodologie de recherche précise », à la fois « audacieuse » et « renversante » :

« Alliant persuasion, inventivité et expérience, les auteurs, B. G. Glaser […] et Anselm L. Strauss […] présentent dans l’ouvrage une posture radicale d’enquête empirico-inductive vouée stratégiquement et méthodiquement à la construction rigoureuse de théories ancrées dans la production et l’analyse progressive de données de terrain. L’entreprise est audacieuse, surtout à une époque où la sociologie américaine tente au contraire d’acquérir ses lettres de noblesse en mettant à l’épreuve, par des vérifications répétées, des théories englobantes formulées par les grandes figures de la sociologie.

C’est en quelque sorte un renversement de la situation qui est proposé : d’un côté, une prétention à une théorie hégémonique du social, testée à répétitions selon une logique de fractionnement en une multitude de variables ; de l’autre, une politique de petits pas dont le point de départ est une réalité locale et contextuelle qu’il s’agit de hisser à un niveau théorique par un travail méthodique de terrain »301.

 

299 QUIVY R. et VAN CAMPENHOUDT L., op. cit., p.180.

300 GLASER G. B. et STRAUSS A. L., The Discovery of Grounded Theory. Strategies for Qualitative Research, Chicago, Aldine Publishing

Company, 1967.

301 PAILLÉ P., « Introduction. Une « enquête de théorisation ancrée » : les racines et les innovations de l'approche méthodologique de Glaser

et Strauss », in GLASER G. B. et STRAUSS A. L., (traduit de l'anglais par Marc-Henry Soulet et Kerralie Oeuvray), La Découverte de la

Passons sur l’opposition entre les deux modèles de théorisation, cela dépasse notre propos, pour nous intéresser aux spécificités de la méthode de la théorie ancrée qui font sens dans notre démarche. Il s’agit notamment d’entretenir une interaction permanente entre les données de terrain et les éléments théoriques mobilisée et/ou produits au cours de cette même interaction. Il s’agit aussi de partir du terrain – « le point de départ est une réalité locale et contextuelle » - dont les données récoltées sont continuellement confrontées à des repères théoriques dans leur interprétation et la production de nouvelles connaissances. À leur tour, celles-ci appellent de nouvelles vérifications quant à leur correspondance avec le terrain exploré. Il s’agit encore d’un incessant va-et-vient entre théorie et pratique, dans une dynamique d’analyse qui se veut à la fois progressive et itérative, faite de « petits pas », parfois en avant, parfois en arrière, dans une perspective d’élucidation et de « découverte » par gradation. C’est précisément cette découverte « qui, dans chaque recherche, permet à la théorie, aux concepts, aux catégories, d’émerger à partir des données »302 situées et contextualisées. Christophe

Lejeune, qui parle plutôt de « méthode par théorisation ancrée » en insistant sur la dimension de la « démarche consistant à produire de nouvelles théories », résume l’objet et le projet de la méthode en ces termes :

« La méthode par théorisation ancrée vise la production de théories à partir du matériau empirique. Il ne s’agit donc pas d’une théorie mais bien d’une méthode dont le programme conjugue deux règles impératives : (1) rendre compte du matériau empirique et (2) créer de nouvelles théories. La première règle - l’ancrage - consiste à se référer à ce que vivent les acteurs et à le restituer fidèlement. Rendre compte fidèlement du vécu des personnes rencontrées interdit évidemment de « forcer » le matériau pour le faire entrer dans des cases préconçues. Plutôt que d’appliquer des théories existantes, une telle méthode implique, au contraire, d’en créer de nouvelles. La deuxième règle découle donc de l’esprit de la première »303.

En plus des caractères évolutifs et récurrents déjà évoqués, cet extrait tend à situer la démarche de Barney G. Glaser et Anselm A. Strauss dans la perspective compréhensive adoptée dans la présente recherche. Christophe Lejeune ajoute à ce propos que la méthode « convient à toute question visant à comprendre les acteurs, en partant de la façon dont ils vivent et appréhendent ce qui leur arrive »304. De

plus, dire que les va-et-vient entre théorie et pratique sont permanents revient à dire que la méthode par théorie ancrée ne peut pas et ne doit pas être envisagée de manière séquentielle, en suivant l’une après l’autre des étapes prédéfinies. Ces étapes existent, elles correspondent globalement aux quatre principales activités de toute recherche scientifique – la problématisation, le recueil des données, leur

 

302 SOULET M.-H., «Avant-propos : pourquoi traduire The Discovery of Grounded Theory ?” in GLASER G. B. et STRAUSS A. L., op. cit.,

p.17. 

303 LEJEUNE C., op. cit., p.20. 304 Ibidem.

analyse et la rédaction des résultats. Mais elles existent non pas de manière linéaire, la deuxième succédant à la première, la troisième à la deuxième, et ainsi de suite, mais bel et bien de manière « parallèle », en cohabitant au même moment. Ainsi, « lecture, collecte, analyse et rédaction ne se succèdent plus. Conduites parallèlement, elles s’instruisent mutuellement »305. Autrement dit, le

chercheur est amené à faire plusieurs choses de nature différente en même temps ; il est à la fois et simultanément lecteur, collecteur, analyste et rédacteur. Une telle approche postule alors que les différentes activités en jeu s’alimentent et s’enrichissent réciproquement pour mieux tenir compte de la complexité du réel. Comme si sa dimension processuelle et inter-agissante était à même de mieux faire écho à la complexité et à la richesse des réalités sociales étudiées. Cela ne signifie cependant pas qu’il n’y a pas de systématicité ni d’organisation dans la méthode, bien au contraire. Barney Glaser et G. Anselm A. Strauss définissent en effet des opérations « classiques » de toute démarche qualitative, telles que la mobilisation de connaissances théoriques, l’échantillonnage, la passation d’interviews, l’utilisation de sources documentaires, ou encore l’analyse par comparaison. Encore une fois, les spécificités se trouvent plutôt dans l’articulation et l’agencement de ces différentes opérations, tout comme dans le statut qui leur est accordé. Ce dernier étant ici davantage construit et questionné au cours de la recherche et non pas posé à priori une fois pour toutes et en surplomb.

Concrètement, en ce qui nous concerne, tous les entretiens – enregistrés avec le consentement éclairé demandé lors de la prise de contact et confirmé au démarrage de chaque interview - ont été retranscrits mot à mot, en suivant la chronologie de l’entrevue, elle-même balisée par la structure du guide. Précisons que nous nous sommes permis de légers écarts au mot à mot stricte, en supprimant des onomatopées, des répétitions et autres parties de phrases incomplètes. Les propos du chercheur – questions, relances et commentaires – et ceux des répondants ont été distingués graphiquement dès la retranscription pour plus de clarté, notamment visuelle. De plus, toutes les lignes ont été numérotées en vue des opérations ultérieures. La numérotation donne, entre autres, des repères pratiques, par exemple pour identifier et recenser rapidement des extraits significatifs des entretiens, insérés dans l’analyse au moment de la rédaction. Ainsi, au terme de chaque retranscription – parfois même pendant la retranscription – nous étions rapidement en mesure de revenir sur les données retranscrites en les interrogeant, en comparant certains éléments appartenant au même entretien mais apparus à des moments distincts, en faisant appel à certaines lunettes théoriques sous forme d’hypothèses compréhensives, bref, en procédant à un premier niveau d’analyse. Les premières traces de ce travail étaient simplement consignées dans la marge suffisamment large du support de retranscription. Notons que, dans les premiers entretiens, nous avons pris la peine de procéder ainsi au terme de chaque entretien et avant de passer au suivant, forts de ces premiers enseignements. Avec une telle logique d’enquête nous nous inscrivions clairement à la fois dans la perspective de l’entretien compréhensif défendue par Jean-Claude Kaufmann306, pour qui la

 

305 LEJEUNE C., op. cit., p.22. 306 KAUFMANN J.-C., op. cit.

grille d’entretien est « un instrument évolutif », et dans celle de la « grounded theory » dont les étapes s’interpénètrent constamment. Le travail de théorisation ancrée sur les données ainsi organisées, aussi modeste soit-il, était alors amorcé d’emblée.

Nous avons ensuite approfondi ce premier niveau d’interprétation en posant une analyse plus fine et plus élaborée de chaque entretien. Cette « analyse locale »307 de chaque entretien considéré séparément,

a été organisée en trois temps. Premièrement, nous nous sommes intéressés aux ruptures, aux surprises apparues à la relecture attentive des données transcrites. En somme, il s’agissait d’identifier le « ce qui

ne va pas de soi » dans un mouvement de prise de distance critique avec les propos tenus, par exemple

en les questionnant et en les mettant en perspective avec des connaissances disponibles sur les sujets abordés, soit des « théories substantives » dans la terminologie de la théorie ancrée. Des catégories d’analyse sont ainsi apparues assez rapidement, avant d’être affinées, complétées et parfois écartées, par les nouveaux constats faits en cours de route. À titre d’exemple, dans l’axe des compétences mobilisées, la perspective d’action oscillant entre une approche généraliste ou spécialisée dans le champ de l’insertion, a pu être rapidement identifiée ; dans celui des compétences attendues, le statut ambigu de la dimension sociale de l’accompagnement proposé s’est aussi imposé comme une catégorie significative ; enfin, dans l’axe des compétences développées en formation, la question de l’articulation entre activation et soutien mis en œuvre par le travailleur social a été révélée dès ce premier temps d’analyse.

Dans un deuxième temps, nous avons cherché à décrire avec plus de précisions et de détails les contours des ruptures identifiées. Il s’agissait alors de répondre à la question centrale suivante : « en quoi est-ce

une rupture, une surprise » ? Pour y répondre, nous passions par certains détours, par exemple en

répondant à des questions indirectes mais connexes : comment cela se manifeste-t-il ? Quels sont les mots utilisés par nos interlocuteurs ou dans les documents consultés, pour en rendre compte ? Les descriptions et/ou les explications données paraissent-elles cohérentes ou peut-on y déceler des contradictions, des zones d’ombre ? Si oui, lesquelles ? Quels exemples concrets permettent d’illustrer une telle situation ? Répondre à ces questions, lorsque cela était possible, permettait ainsi de « documenter » peu à peu les catégories mises en lumière, de les enrichir, d’en préciser les contours et les propriétés signifiantes. Bien entendu, nous n’étions pas chaque fois en mesure de répondre à toutes les questions posées, ou alors uniquement en soulevant de nouvelles interrogations. Celles-ci restaient alors ouvertes en attendant le recueil de nouvelles données. Et en même temps cela nous permettait de basculer progressivement vers le troisième temps de notre analyse locale, davantage interprétatif.

 

En effet, ce dernier temps se proposait d’identifier et d’expliquer les raisons de ces ruptures de sens, de ces surprises qui heurtaient nos idées préconçues. Pour ce faire, notre travail consistait essentiellement à formuler des explications possibles, probables et plausibles . Le recours à des hypothèses descriptives, compréhensives et/ou explicatives était au cœur de cette opération qui, peu à peu, prenait de la hauteur par rapport aux données de terrain tout en y restant attachée. Au sens littéral, prendre de la hauteur permet d’appréhender un périmètre plus vaste que celui vu du sol et d’en dégager quelques caractéristiques d’ensemble. Par exemple, les limites du périmètre en question, leur "consistance" qui peut s’avérer plus ou moins stable et/ou souple, les éventuels liens qui se dessinent peu à peu entre certaines propriétés du périmètre en question, ou encore les "trous", les vides témoignant d’un manque d’explications et donc de données empiriques et/ou théoriques, etc. Les hypothèses pouvaient avoir recours à la fois à d’autres données de terrain et/ou des apports théoriques pouvant se révéler utiles et pertinents pour l’interprétation du matériau. Cette théorie, dite « substantive » puisque « ancrée dans un domaine particulier » - en ce qui nous concerne, l’insertion, le travail social, la compétence et la légitimité, prioritairement – était un même temps « un tremplin ou un marchepied pour le développement d’une théorie ancrée formelle »308 élaborée en cours de recherche à partir du matériau empirique.

Au final, au terme de chaque analyse locale nous avions mis de l’ordre, organisé et codé les données de terrain. Certes, il s’agissait d’un premier niveau de structuration qui, à ce titre, n’a cessé d’être affinée, mais au combien indispensable dans la perspective d’une montée en généralité progressive, telle que prévue par la démarche de la théorie ancrée. Plus concrètement, la confrontation de toutes les analyses locales faites à l’intérieur d’un même pôle de compétences, en utilisant en partie les mêmes « ficelles » que celles décrites plus haut, a abouti à une analyse transversale du pôle en question. En d’autres termes, si l’analyse locale consistait essentiellement en une descente dans le profondeur de chaque entretien, dans un mouvement d’abord vertical, l’analyse transversale misait au contraire sur un déplacement horizontal pour mettre en évidence ce qu’il y a de commun entre les analyses locales. L’interprétation et l’explication se veulent ici plus englobantes, le niveau d’abstraction plus élevé et celui de théorisation plus poussé, dans sa capacité à intégrer un maximum de situations isolées. Marc-Henry Soulet propose la notion de « comparaison-découverte » pour qualifier cette opération de dévoilement « chemin faisant » et reposant sur ces deux modes d’analyse, verticale et horizontale.

« Le travail de comparaison-découverte […] suit une double logique de comparaison, une comparaison horizontale et une comparaison verticale. [Dans] la première, la comparaison horizontale, […] c’est l’amplitude des observations qui sert de support à la validation et à la montée en généralité. Cette idée de « largeur » du spectre signifie la nécessité de recueillir des informations sur tous les sujets concernés par la recherche et de prendre en considération le plus large spectre possible de personnes impliquées. La seconde, la

 

comparaison verticale, implique une progression « chemin faisant » dans laquelle les indices donnent matière à l’élaboration d’une hypothèse explicative d’ensemble, mais une fois celle-ci élaborée, l’analyse revient en arrière et réexamine tous les cas pour voir s’ils peuvent trouver place dans ce modèle explicatif émergeant. S’il n’en va pas ainsi, alors ledit modèle doit être réinterprété […]. Le processus commence donc par une inspection intensive de cas particuliers, mis en rapport entre eux, pour dégager progressivement des catégories de plus en plus grandes en abstraction »309.

La « comparaison-découverte » est donc bien plus que le « simple » tri de « la réalité à partir de critères préalablement et clairement identifiés » - dans ce cas, Marc-Henry Soulet parle de « comparaison- vérification ». C’est bel et bien une méthode « d’élaboration conceptuelle à partir des données », reposant sur ce que Barney G. Glaser et Anselm A. Strauss appellent une « analyse comparative continue ». Les différentes opérations décrites plus haut et par lesquelles nous sommes passées, de la retranscription des données à l’analyse transversale, en passant par les multiples analyses locales, consistent toutes en des démarches comparatives. Leur visée était tantôt de vérification, notamment dans les premiers moments de l’analyse, tantôt de découverte et de théorisation formelle. Il en aura été ainsi jusqu’au dernier mouvement de comparaison opéré, soit la confrontation des résultats des trois analyses transversales, une par pôle de compétences exploré, et consignés – les résultats – dans un document de synthèse. Autrement dit, la thèse découverte et défendue dans la troisième partie de ce travail, en tant que tentative d’élucidation de la problématique posée, découle de la synthèse finale des trois synthèses sectorielles : celle des compétences mobilisées, celle des compétences attendues et celle, enfin, des compétences développées. Dit encore autrement, la thèse se présente comme le résultat des multiples interprétations menées systématiquement tout au long de la recherche et soutenues par un travail de « comparaison continue de fragments » empiriques et théoriques. Un tel travail « tend à aboutir à la création d’une théorie « dynamique » »310, qui à son tour, espérons-le, servira de point de comparaison

et d’interprétation pour de nouvelles recherches.

Le résultat final est donc « provisoire » et non pas figé. Pour paraphraser Bernard Lahire311, même « si

toutes les interprétations ne sont pas équivalentes, leur valeur n’est toutefois jamais fixée et acquise une fois pour toutes […]. Toute interprétation […] est potentiellement une surinterprétation dans la mesure où elle prend des risques. Et les risques de surinterprétation sont limités lorsque le travail interprétatif est soigneusement contrôlé par les données, par la réflexion sur leurs conditions de production, par la comparaison de ces données avec des séries de données produites par d’autres, dans d’autres conditions, etc. ». C’est précisément ce que nous avons tenté de faire en nous inscrivant dans la perspective de

 

309 SOULET M.-H., « Interpréter sous contrainte ou le chercheur face à ses données » in Recherches Qualitatives, n°12, 2012, p.37. 310 GLASER B. G. et STRAUSS A. L., op. cit., p.221. 

recherche dite de « théorie ancrée », et dont le « produit » provisoirement final, se trouve dans la deuxième partie qui suit – pour ce qui est de l’analyse du matériau récolté – et dans la troisième partie, pour ce qui est de la nouvelle abstraction théorique découverte. Celle-ci se présente, au final, sous la forme d’une « histoire scientifique », selon la conception de Howard S. Becker : une histoire qui doit « fonctionner », qui doit mener le lecteur « d’un point A à un point B » de manière sensée et cohérente, tout en étant « conforme aux faits que nous avons découverts »312. Ceux-ci étant par définition évolutifs,

comme nous venons de le montrer, il faut dès lors accepter que notre histoire bouge, soit dynamique au même titre que les phénomènes (sociaux) qu’elle cherche à expliquer. Sans quoi, l’histoire racontée « se dégonfle facilement au contact des faits ».

En conclusion et avant de passer à l’analyse des données à proprement parler, forts de ces constats et de ces contraintes liés à la méthode mobilisée, nous avons été particulièrement sensibles aux compétences que, selon Marc-Henry Soulet313, il convient de développer pour mener à bien ce type d’analyse. Nous

ne prétendons pas maîtriser toutes les compétences en question, de loin pas. Nous disons simplement que nous les avions en tête tout au long de notre démarche, en essayant d’y progresser au fil de notre enquête. Il s’agit notamment de « la rigueur du raisonnement », de « l’ouverture d’esprit », de « la cohérence », ou encore du « sens du risque et le souci du contrôle », ainsi que de la connaissance la plus complète possible des « interprétations précédentes » gage d’une nouvelle interprétation « solide (étayée) et novatrice (originale) ». L’auteur identifie enfin une dernière compétence que nous osons placer au-dessus de toutes les autres, avec toutes les limites qu’un tel jugement comporte : « l’humilité reposant sur l’idée de la remise en cause de sa propre élaboration analytique comme moteur de la connaissance ». De l’humilité à la prudence il n’y a qu’un pas, que nous osons également franchir. En cela, l’activité de chercheur a des similitudes avec les « professions à pratiques prudentielles » définies par Florian Champy314, et dont il sera question dans la suite de ce travail.

 

312 BECKER H. S., Les Ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences sociales, Paris, La Découverte, 2002, pp.47-48. 313 SOULET M.-H., « Interpréter sous contranite ou le chercheur face à ses données », loc. cit., p.38.

Partie 2 : Des compétences mobilisées, attendues et