performance da organização
1. Relação da redução dos FSE com as perspetivas do BSC
1.2 Implicações da redução dos FSE na perspetiva processos (processos internos)
Mais s’il y a un trait caractéristique de la version espagnole celui-ci sont les note de bas
de pages nombeuses qu’accompagnent cette traduction. Dès son prologue, la femme de lettres
hispanique explique que toutes ses notes de bas de page furent conçues pour faciliter la
compréhension des lecteurs, pour enseigner ses pensées aux jeunes demoiselles et pour inciter
les femmes indécises à prendre la plume à leur tour
584. Entre les différentes notes, la
traductrice différencie les notes traduites directement de la version originale et celles qui sont
issues de ses propres réflexions.
584
Les exemples de savants incitants le reste des femmes à écrire et à s’instruire furent très nombreux pendant le XVIIIe siècle. Rares étaient les textes écrits par des plumes féminines qui ne profitaient pas de quelques lignes pour attirer l’attention sur la situation des femmes des Lumières.
173
La première contribution de Romero Masegosa peut être lue à la page 46. Zilia vient
d’être enlevée, et elle raconte que ses jours sont semblables aux nuits les plus effrayantes
585.
Le désespoir de la protagoniste et les critiques qu’elle formule concernant ses ravisseurs
obligèrent la traductrice à rédiger une note explicative. Cette première note est très
significative, puisque nous pouvons y lire les premières lignes de soutien aux conquistadors et
à leurs méthodes peu orthodoxes – du moins pour certaines d’entre elles.
Ni estas, ni otras expresiones semejantes deben causar extrañeza en boca de Zilia. Lo primero, porque no era para menos la novedad y revolución que indispensablemente se notaría en el reino con un acontecimiento tan extraordinario. Lo segundo porque según sus ritos y creencias debían parecerle sacrilegios aquellos hombres que atropellaban unos Templos, que aunque de ídolos, eran en opinión de aquellos Pueblos tan sagrados como cualquier otro.586
Comme nous l’avons indiqué à plusieurs reprises, nous n’avons pas eu l’impression que
Françoise de Graffigny voyait dans le débarquement des aventuriers espagnols en terre
américaine un événement extraordinaire, ainsi que le définissait l’intellectuelle hispanique.
Dans cette première note, la traductrice a voulu aussi contribuer à l’instruction de ses
lecteurs. Dans les lignes suivantes, María Romero Masegosa évoque quelques figures et faits
spécifiques de la conquête espagnole. Elle nomme Francisco Pizarro et rappelle les
événements qui se sont produits à Pedro de la Gasca
587, les considérant comme de simples
prétextes que les nations étrangères utilisaient pour critiquer la nation espagnole.
Con efecto, una de las víctimas […] fue el mismo Conquistador y primer Virrey D. Francisco Pizarro (de cuya conducta hacen muchos elogios los mismos historiadores Franceses) […]. De estos hechos, en que el gobierno español, ni la mayor parte de los castellanos tuvieron parte alguna, se valen los extranjeros para denigrar nuestra conducta en aquellos países.588
585 Graffigny, Françoise de, Lettres d’une Péruvienne, op. cit., lettre I, p. 39.
586
Graffigny, Françoise de, Cartas de una peruana, op. cit., carta I, p. 46. « Ni ces expressions-ci ni d’autres similaires ne doivent surprendre dans la bouche de Zilia. D’abord, parce qu’un événement si extraordinaire allait inévitablement susciter la nouveauté et la révolution dans le royaume. Et ensuite, parce que, selon leurs rites et leurs croyances, ces hommes devraient leur sembler des profanateurs qui piétinaient leurs temples. Des temples qui, même avec des idoles, étaient, selon les croyances de ces peuples, aussi sacrés que n’importe quel autre. » (N.T.)
587
Pedro de las Gasca était un religieux, politicien, militaire et diplomate espagnol du XVIe siècle. Il est entré dans l’histoire sous le pseudonyme de « pacificateur », car la Commission royale lui demanda de mettre fin au soulèvement initié par Gonzalo Pizarro contre la couronne espagnole. Voir : Pérez de Tudela Bueso, Juan, Documentos relativos a Don Pedro de la
Gasca y a Gonzalo Pizarro, Madrid, Real Academia de la Historia, t. XXI, 1964, p. 265.
588
Graffigny, Françoise de, Cartas de una peruana, op. cit., carta I, p. 47. « En fait, une des victimes [...] fut le premier vice-roi et conquistador Francisco Pizarro (dont les actions ont été très louées par les historiens français eux-mêmes) [...] Ces
174
Elle termine cette première contribution avec quelques mots concernant la conquête
espagnole, écrits par un important historien de son époque : « Esto es confundir la substancia
con los accidentes. »
589Le thème de la conquête américaine revient souvent dans ses notes illustratives. Dans la
lettre XV, nous lisons un bref éclaircissement sur la situation américaine de l’époque. La
femme de lettres espagnole poursuit sa défense de ses compatriotes et réfute toutes les
théories de cruauté et de barbarie, sous-entendues par la plupart des nations étrangères. Dans
ces lignes, María Romero Masegosa assure que la cohabitation entre les Espagnols et les
indigènes était si bonne, qu’une sorte de marché d’échange s’instaura dans les différentes
villes américaines. Les indigènes, fascinés par les ustensiles européens, loin de cacher ou de
protéger leurs richesses, échangeaient, toujours selon la traductrice, leurs trésors contre des
morceaux de miroirs, peignes ou couteaux.
Esto no debe causar extrañeza sino a las personas que no se han dado a la lectura de nuestros descubrimientos y conquistas de América; pero de todas nuestras Historias consta, que aquellos habitantes daban el oro por pedazos de espejo, cuentas de vidrio, peines, cuchillos, cascabeles…590
Les louanges de la traductrice aux conquistadors ne furent pas ses seules contributions.
Car, à l’image des grandes pédagogues de l’époque, comme Josefa Amar y Borbón, Marie
Leprince de Beaumont ou Stéphanie Félicité de Genlis, María Romero Masegosa voulut
collaborer aussi, avec ces notes, à l’instruction de ses lecteurs et plus précisément de ses
lectrices. Pour cette bonne raison, la traductrice dénonce ouvertement tous les travers
considérés comme propres au genre féminin, comme la superficialité, l’hypocrisie,
l’ignorance, les apparences… Reprenons donc toutes ses explications.
Dans la lettre XI, Zilia raconte son arrivée en France et son premier contact avec les
Français et surtout les Françaises. Ces dernières, stupéfiées par la nouvelle venue, se
moquèrent de la jeune étrangère et ironisèrent sur ses habits.
événements, auxquels ni le gouvernement espagnol ni la majorité des Castillans ont collaboré, ont servi aux étrangers pour dénigrer notre comportement dans ces pays. » (N.T.)
589
Solís, Antonio de, Historia de la conquista de Méjico, población y progresos de la obra septentrional conocida con el
nombre de nueva España, Barcelona, Thomas Piferrer, 1771, p. 33. « C’est confondre la substance avec les accidents. »
(N.T.)
590
Graffigny, Françoise de, Cartas de una peruana, op. cit., carta XV, p. 206. « Ces faits doivent être surprenants seulement pour toutes ces personnes qui ne se sont pas adonnées à la lecture de nos découvertes et de la conquête de l’Amérique ; car toutes nos histoires racontent que ces personnes échangeaient l’or contre des morceaux de miroir, des perles en verre, des peignes, des couteaux, des grelots… » (N.T.)
175
Après ce passage, Romero Masegosa entreprend une critique ardente de la superficialité
des apparences
591. Elle considérait comme infantiles et impolies les moqueries concernant les
apparences physiques. Comme elle le rappelle : « L’habit ne fait pas le moine. » Pour la
femme de lettres espagnole, l’absence d’éducation était la responsable directe de ce manque
de respect.
Ciertamente que es la cosa más ridícula e infundada el reírse de un oriental porque se viste a la Otomana, o de un otro extranjero porque sus trajes son como se usan en su país […] Esto sin duda es un efecto de nuestra mala educación, pues debiera inspirárseles a los niños desde la infancia la idea de que tan racionales son los hombres vestidos de un modo como de otro.592
L’apparence physique et les intérêts superficiels des jeunes demoiselles des sociétés
contemporaines sont des thèmes que la traductice reprend à plusieurs reprises tout au long de
sa traduction. Quelques lettres plus tard, nous lisons une nouvelle critique concernant cette
superficialité féminine. María Romero Masegosa montre comment, dès leur plus jeune âge,
les filles sont instruites de manière à devenir hypocrites et frivoles avec leurs congénères.
Selon la femme de lettres espagnole, tout tourne autour des apparences.
¿Quién hay que no quede, edificado en vista de las pruebas de amistad y cariño que nos prodigamos unas a otras? […]. Los besos y abrazos no son ya unas pruebas evidentes, sino muy equivocas de afecto. ¡Oh si leyéramos buenos libros! […]. Entonces seríamos mujeres; ahora somos unas figuritas de óptica y nada más.593
Cette critique des apparences est au cœur de plusieurs notes : les lettres XX, XXVI,
XXVIII et XXIX se terminent sur diverses annotations provenant de la traductrice. Tout au
long de ces commentaires, celle-ci analyse les différents comportements sociaux des sociétés
contemporaines et surtout espagnole. Pour Romero Masegosa, une grande majorité de la
population occidentale se trouve sous l’influence de cette dictature avide et matérialiste.
591
Notons qu’il est possible de trouver quelques petites précisions provenant de la plume de la traductrice dans les lettres précédentes. Ces annotations correspondent à quelques explications concernant surtout la religion et les mœurs indigènes. Bien évidemment, ces annotations furent rédigées pour faciliter la compréhension de tous ces nouveaux lecteurs moins instruits.
592
Graffigny, Françoise de, Cartas de una peruana, op. cit., carta XI, p. 151-152. « Certainement, la chose la plus ridicule est de se moquer d’un Oriental parce qu’il est habillé comme un Ottoman, ou d’un autre étranger parce que ses vêtements sont comme ceux qu’il porte dans son pays d’origine [...] Cela est certainement le résultat de notre faible niveau d’éducation, car dès la petite enfance, on devrait inculquer aux enfants l’idée que les hommes vêtus d’une manière ou d’une autre sont aussi rationnels que n’importe qui. » (N.T.)
593 Id., Cartas de una peruana, op. cit., carta XVI, p. 216-217. « Y a-t-il quelqu’un qui peut rester médusé, face aux preuves d’amitié et d’affection que nous exhibons les unes envers les autres ? […] Les baisers et les accolades ne sont que des gestes pour prouver de fausses marques d’affection. Oh, si nous choisissions plutôt de lire de bons livres ! […] Dans ce cas-là, nous deviendrions de vraies femmes ; aujourd’hui nous ne sommes que des figures illusoires et rien de plus. »
176
Por acá también tributamos nuestros inciensos al Ídolo de lo superfluo. La redundancia de lo que se gasta en trajes, trenes y mueblajes de casas inútiles, sería suficiente para mantener una innumerable porción de familias indigentes.594
María Romero Masegosa était, comme toutes les intellectuelles des Lumières, très
impliquée dans les thèmes concernant l’éducation et plus concrètement l’éducation des
femmes. Comme nous avons pu le constater dans certains des exemples précédents, à
plusieurs reprises, elle incita les jeunes demoiselles à abandonner les compagnies et les
situations superficielles pour consacrer leurs moments d’oisiveté à la lecture et à l’instruction
personnelle.
Nous avons constaté la présence de certaines notes plutôt féministes que l’auteure
hispanique, intercala discrètement, entre ses pensées moralisatrices et pédagogiques. María
Romero Masegosa justifiait ses pensées en sachant, comme elle le disait, que certaines
personnes allaient la définir comme défenseure fervente de son sexe. Malgré tout, elle décida
de dénoncer, à plusieurs reprises, l’infériorité féminine et la disposition sociale misogyne.
Dans la lettre XXVIII, elle critique les différences sociales évidentes existant entre hommes et
femmes. Elle condamne la situation de plusieurs femmes déshonorées par certains hommes
qui, sans aucune raison, avancent « una verdad que nadie les pregunta, ¡Ay, de aquellos que
injustamente mancillaron el honor de una mujer! »
595.
María Romero Masegosa, comme la plus grande partie de ses contemporaines, ignorait
depuis quand les femmes étaient ainsi discréditées par les hommes, mais elle estimait que tant
que ses collègues masculins n’accepteraient pas le savoir-faire féminin, leurs productions
n’atteindraient pas la perfection.
Selon la traductrice, ce mépris pour l’instruction des femmes trouve l’une de ses origines
dans la mentalité des parents eux-mêmes, qui, dans la plupart des cas, délaissaient l’éducation
de leurs filles. Dans la lettre XIX, elle formule une importante réflexion sur l’une des formes
d’éducation féminine les plus habituelles de l’époque : l’enfermement religieux.
594 Ibid., carta XXIX, p. 359. « Par ici, nous offrons aussi notre encens à l’Idole du superflu. La somme des dépenses en
vêtements, trains et mobilier inutile pour les maisons, serait suffisante pour entretenir une quantité innombrable de familles indigentes. »
595
Ibid., carta XXXIII, p. 407-408. « Une vérité que personne ne veut entendre, Oh malheureux, ceux qui entachèrent
injustement l’honneur d’une femme ! » Malheureusement, ces faits dénoncés par les intellectuelles des Lumières continuent à être d’actualité. Plusieurs associations poursuivent, de nos jours, le combat contre le harcèlement féminin.
177
¡Válgame Dios! ¡Qué haya padres que tal sacrificio exijan de sus hijos! ¿Es acaso una bagatela el condenarse a una perpetua reclusión toda la vida?596
À partir du XVIII
esiècle, nous savons que divers intellectuels français, comme
Choderlos de Laclos, Rousseau ou Diderot, manifestèrent leur désaccord avec ce type
d’établissements et avec l’éducation reçue dans ceux-ci. Certaines productions littéraires de
l’époque dépeignaient ces jeunes filles désorientées et ignorantes qui, après plusieurs années
d’enfermement, devaient faire face à la vie réelle. Quelques exemples nous viennent à l’esprit,
comme Cécile de Volanges ou le personnage de Céline de Graffigny.
Ce dernier personnage nous aide à illustrer une autre raison pour obliger les demoiselles
à prendre l’habit. Comme beaucoup de filles de l’époque, Céline, étant la cadette de sa
famille, doit rentrer au couvent. Les mariages avaient de fortes répercussions économiques,
politiques et surtout sociales dans les familles des deux conjoints. Madame de Graffigny, avec
le personnage de Céline, voulut donc dénoncer cet enfermement forcé. La mère de Déterville
obligea Céline à rentrer au couvent pour préserver la fortune familiale et donc l’héritage de
son fils aîné.
Après ce passage, María Romero Masegosa en profite pour formuler une critique sur ces
parents qui obligent leurs enfants à réaliser un tel sacrifice. Elle souligne la situation
inconfortable de ces pauvres novices, que l’on force à prendre l’habit religieux sans aucune
vocation. Elle qualifie de pervers et d’avares les géniteurs qui choisissent de sacrifier les vies
de ces victimes innocentes.
¿Tan fácil es cumplir unos votos que se hacen con repugnancia? ¡Ha! Si los que se abrazan voluntariamente son penosos […] ¿Qué debemos persuadirnos de los que se forman a sugestiones de una sórdida avaricia? 597
Il n’est donc pas étonnant que dans une société telle que l’Espagne de l’époque, où une
grande majorité des jeunes filles étaient enfermées dans ces institutions religieuses pour leur
éducation avant, pour un certain nombre d’entre elles, d’être poussées à prendre le voile sans
vocation, et soumises par ailleurs à une étroite surveillance inquisitoriale, Romero Masegosa
596
Ibid., carta XIX, p. 243. « Mon Dieu ! Qu’il puisse y avoir des parents qui exigent un tel sacrifice de leurs enfants ! Est-ce
que, peut-être, c’est une bagatelle de les condamner à la réclusion à vie ? » (N.T.)
597
Ibid., carta XIX, p. 243-244. « Est-ce qu’il est si facile de tenir des vœux faits avec dégoût ? Ha ! Si même ceux qui les
épousent volontairement deviennent infortunés […] Qu’est-ce que nous devons penser de ceux qui sont faits suite à une avarice sordide ? » (N.T.)