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Chapitre 1 : Une approche systémique

1.6 La notion et l’approche indicateur environnemental

1.6.2 La catégorisation des indicateurs environnementaux

Les indicateurs de l’état de l’environnement, compte tenu de leur contenu informatif, peuvent être regroupés en deux catégories : une catégorie d’indicateurs environnementaux de stabilité ou d’équilibre et une catégorie d’indicateurs de déséquilibre. La notion de stabilité ou d’équilibre est

«la tendance qu'a un système à maintenir un état de stabilité malgré les changements extérieurs.

Elle favorise le maintien de l'équilibre, la stabilité. Elle permet au système de conserver et de protéger son identité, sa nature malgré les «agressions» subies. Elle caractérise les systèmes ouverts qui conservent leurs structures et leurs fonctions intactes par l'intermédiaire d'équilibres dynamiques successifs» (Lapointe, 1999). La notion de stabilité environnementale dans cette recherche n’exclut pas l’existence de perturbations. Un état stable n'est donc pas un état statique ou stationnaire ; il peut varier dans certaines limites autour d'une norme (au sens de valeur normale). Elle fait surtout référence à l’absence d’un déséquilibre durable. La notion de déséquilibre renvoie au «changement et à la mise en place de nouvelles fonctions et d’une nouvelle identité qui peut entraîner l’éclatement du système» (Lapointe, 1999). Ainsi, lorsque les indicateurs spatiaux de déséquilibre dominent ou occupent la plus grande superficie d’une région ou d’un territoire, cela permet de déduire une situation de déséquilibre biophysique environnemental et vice versa.

1.6.2.1 Les indicateurs d’un état de déséquilibre environnemental (IÉDE)

La proportion de surface de sol dégradé, clairs/nus ou à très faible couverture végétale : cet indicateur spatial correspond d’une part, à la portion de la surface de sol qui ne comporte ni végétation naturelle ligneuse, ni végétation naturelle herbacée; le sol est directement exposé aux rayons solaires. D’autre part, il correspond à la portion de la surface de sol de la zone agricole au couvert ligneux extrêmement lâche qui, du fait de l’intensité de l’exploitation, a perdu l’essentiel de ses substances organiques. C’est un sol qui a une réflectance claire ou gris-clair sur les images aériennes et spatiales. Sa teinte gris-clair contribue à accroître l’albédo terrestre et la subsidence de l’air par le biais du refroidissement. Cela produit une rétroaction positive sur le climat en ce sens que les précipitations diminuent (Guyot, 1999).

La proportion de surface de couvert végétal moyennement dense. Deux unités végétales correspondent à cet indicateur : la savane boisée moyennement dense et la savane arbustive moyennement dense. Ce sont des unités végétales associant un couvert herbacé composé principalement de plantes vivaces d’au moins 80 centimètres de haut et une strate ligneuse

répartie en niveaux : arbustif et arboré est une unité végétale. La densité de ces unités a été estimée entre 40 % et 60 % lors des relevés de terrain. Alors que la strate ligneuse de la savane boisée moyennement dense est dominée par des arbres (plus de deux mètres de haut), celle de la savane arbustive moyennement dense est dominée par des arbustes (moins de deux mètres de haut).

La proportion de superficie de couvert végétal lâche. Cet indicateur est constitué d’une part, des reliques de forêt-galerie lâche, et d’autre part, de la savane arbustive lâche. Les reliques de forêt-galerie lâche sont des restes d’unité végétale spatialement discontinus longeant les cours d’eau temporaires composées essentiellement de grands arbres (plus de quinze mètres de haut) et de quelques rares arbustes. La savane arbustive lâche est une unité végétale associant un couvert herbacé composé principalement de plantes vivaces d’au moins 80 centimètres de haut et une strate ligneuse répartie en niveaux : arbustif et arboré. Sa strate ligneuse est dominée par des arbustes de moins de deux mètres de haut. La densité de ces deux unités est comprise entre 1 % et 20 % lors des relevés de terrain.

La proportion de surface de la zone agricole renvoie à la superficie de tout l’espace d’un secteur d’étude sous emprise directe, exclusive et permanente des humains et la superficie totale d’un secteur d’étude. Elle regroupe les établissements humains ruraux, les champs en cultures ou de coupe forestière et les jachères moyennes et les jeunes jachères. Cet indicateur fait référence essentiellement aux activités humaines. Ces activités au Centre-Est se caractérisent par un défrichement systématique des ligneux notamment arbustifs qui sont ensuite brûlés et par une exploitation abusive des sols. De façon générale, cet indicateur fait allusion à un parc arboré où la densité des ligneux est très lâche. De surcroît, en raison du rôle que jouent le couvert végétal pour les sols, le démantèlement du couvert végétal rend plus vulnérable les sols. C’est en ce sens que la zone agricole est un paramètre qui illustre bien les modifications des composantes biophysiques spatiales introduites par les activités humaines (agricoles, pastorales et d’exploitation forestière) au Centre-Est sénégalais. La zone agricole est pertinente dans une recherche environnementale au Centre-Est sénégalais parce que les activités humaines exercent une forte pression sur le couvert végétal, sur les sols et sur les mares.

La proportion de surface de l’agglomération urbaine de Koungheul. Cet indicateur désigne la superficie occupée par la ville de Koungheul. C’est un indicateur de déséquilibre environnemental en ce sens qu’elle se traduit, à l’image de la zone agricole, par une destruction du couvert végétal originelle, et une accentuation de l’érosion. Les rues de cette agglomération urbaine sont particulièrement affectées par l’érosion hydrique due en grande partie à l’augmentation du volume ruisselante, suite aux constructions.

1.6.2.2 Les indicateurs d’un état d’équilibre environnemental (IÉÉE)

La proportion de surface des mares : c’est la portion du sol occupé par les mares. Cet indicateur fournit des informations sur l’importance de la surface occupée par les mares et donc sur l’importance des ressources hydriques superficielles. L’utilité de cet indicateur s’explique par le fait les mares constituent un élément important de l’équilibre des écosystèmes et un maillon stratégique dans le dispositif des ressources pastorales. L’augmentation ou la réduction de l’emprise spatiale des mares a des incidences sérieuses sur l’activité pastorale qui occupe une place importante dans la région d’étude.

La proportion de surface de couvert végétal très dense est constituée est essentiellement par la savane boisée très dense est une unité végétale associant un couvert herbacé composé principalement de plantes vivaces d’au moins 80 centimètres de haut et une strate ligneuse répartie en niveaux : arbustif et arboré. Sa strate ligneuse est dominée par des arbres de plus de deux mètres de haut. Sa densité a été estimée à entre 80 % et 100 % plus lors des relevés de terrain.

La proportion de surface de couvert végétal dense. Elle est composée de la forêt-galerie dense, et de la savane boisée dense. La forêt-galerie dense est une bande d’unité végétale longeant les cours d’eau temporaires composée essentiellement de grands arbres (plus de quinze mètres de haut) dont les cimes se joignent en hauteur et de quelques rares arbustes. La savane boisée dense est une unité végétale associant un couvert herbacé composé principalement de plantes vivaces d’au moins 80 centimètres de haut et une strate ligneuse répartie en niveaux : arbustif et arboré.

Sa strate ligneuse est dominée par des arbres de plus de deux mètres de haut. La densité de ces deux unités est comprise entre 60 % et 80 % lors des relevés de terrain.

La perception que les populations de la région d’étude ont de l’évolution de l’état des composantes naturelles de l’environnement a été également analysée. Il s’agit de la perception sur l’évolution de l’état de la végétation, des sols et des mares. Les indicateurs de l’état de l’environnement perçues par les populations sont l’ameublissement, la dénudation et le ravinement des sols, le colmatage et la réduction de l’emprise spatiale des mares, la réduction de la densité végétale, la multiplication des feux de brousse la présence des fauves et la présence ou non des bois touffus dans la brousse, la période de tarissement des mares.

Chapitre 2 : La problématique environnementale du Centre-Est sénégalais, une problématique sahélienne

L’objectif est de situer le sujet et le cadre géographique de cette recherche dans l’ensemble de la région du Sahel. Cette mise en situation sert à mettre en évidence la significativité, la portée géographique de la recherche. Ce chapitre est composé de deux principales sections. La première section démontre, à partir de critères géopolitique historique, social, économique, et écologique, et après avoir circonscrit spatialement le Sahel, les caractéristiques sahéliennes du Centre-Est sénégalais. La deuxième section expose les dynamiques socio-économiques, biophysiques et climatiques à l’échelle du Sahel en rapport avec la mise en place du système colonial capitaliste, une sorte de préambule de l’analyse des rapports entre les systèmes socio-économiques et les systèmes écologiques au Centre-Est.