4. A Nova Reforma da PAC – PAC pós-2013
5.2. Métodos
138. Éléments constitutifs du délit. L’article 323-3 du Code pénal prévoit que « le fait
d’introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé,
d’extraire, de détenir, de reproduire, de transmettre, de supprimer ou de modifier
447 Sur les sites de réseaux sociaux, les hackeurs peuvent utiliser plusieurs méthodes de tromperie afin de pirater le compte d’un utilisateur. Une première consiste à reproduire une fausse interface correspondant à la page d’accueil d’un réseau social. L’internaute pensant être sur le site officiel du réseau social fournit au pirate ses identifiants et mots de passe qui lui permettront d’avoir accès au compte de sa victime. Cette duperie est particulièrement efficace avec les sites de réseaux sociaux en raison du fait qu’il est devenu très courant pour un site web d’applications ou de services en ligne d’exiger de l’internaute qu’il se connecte via l’un de ses comptes de réseau social. La tactique consiste alors à recréer la page web d’un site, le plus souvent d’application en ligne, qui requiert à l’internaute de se connecter en utilisant un compte Facebook, Twitter ou Google +. Le pirate informatique attrape alors dans ses filets l’internaute qui ne décèlerait pas le caractère non officiel de l’interface. Les pirates peuvent également utiliser les informations rendues publiques par les internautes à travers leurs différents comptes de réseaux sociaux pour organiser ensuite une attaque ciblée. En déterminant les centres d’intérêts de leurs cibles, les hackeurs peuvent ensuite organiser leurs attaques avec précision et ainsi maximiser leur chance de réussite.
448 TC Clermont-Ferrand, ch. corr., le 24 juin 2010, n° 1138/10.
449 Le Hacker a fait parvenir une liste de 310 pages d’informations à plusieurs sites spécialisés comme TechCrunch ou Korben.
<http://techcrunch.com/2009/07/19/the-anatomy-of-the-twitter-attack> ou <http://korben.info/hack-de-twitter-la-suite.html> (dernière consultation le 9 octobre 2019).
117
frauduleusement les données qu’il contient est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 150
000 € d’amende ». Le texte vise deux types de comportements : d’un côté, le fait de venir
porter atteinte à l’intégrité du système en introduisant des données à ce système, d’un autre, le
fait de porter atteinte à l’intégrité du système en manipulant les données du système. Cette
manipulation se traduisant par une suppression, modification, extraction, détention,
reproduction, transmission des données de ce système. En outre, l’intention délictueuse se
traduit par la conscience chez le délinquant de modifier par son acte l’état du système et la
volonté d’agir malgré tout.
139. Précisions quant aux éléments constitutifs. Il n’est pas nécessaire que le
fonctionnement du STAD soit mis en péril par l’action du délinquant informatique, l’atteinte à
l’intégrité se manifeste par la modification de l’état du système. Cette modification de l’état
peut être visible (suppression, ajout, modification de données) ou invisible (transmission,
reproduction, détention de données). De même, il semblerait que cet article jouisse d’une
autonomie par rapport aux autres infractions du chapitre, notamment celle prévue à l’article
323-1 du Code pénal. Il ne serait alors pas nécessaire pour caractériser l’infraction que celle-ci
soit précédée d’un accès frauduleux au système
450. En conséquence, l’atteinte à l’intégrité des
données du système peut être sanctionnée même si l’auteur de l’infraction a accédé de
manière licite à celui-ci. Cette interprétation entre en adéquation avec la tendance des juges du
fond à interpréter de manière large ces infractions dans l’optique d’une plus grande sévérité
pénale.
140. Renforcement de la sévérité pénale. Cette sévérité ne se retrouve d’ailleurs pas qu’au
niveau jurisprudentiel, les infractions relatives aux STAD ont à ce titre été sujettes à des
aggravations pénales autant concernant la définition de l’infraction elle-même que concernant
les quanta des peines encourues. La loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 visant à renforcer
les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme
451est venue modifier la définition de
l’infraction de l’article 323-3 du Code pénal en y ajoutant les termes « d’extraire, de détenir,
de reproduire, de transmettre ». Bien que cette réforme étoffe la définition de l’infraction, il
ne faut pas l’interpréter comme une restriction de son champ d’application. Cette nouvelle
rédaction pourrait en effet permettre de donner au juge une base juridique claire au vol de
450 Notons ici que l’article 323-1 alinéa 2 du Code pénal prévoit l’hypothèse d’une introduction frauduleuse suivie d’une suppression, modification des données du système ou d’une altération du système. Les peines sont alors portées à 3 ans et 100 000 euros d’amende.
451L. n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme,
118
données
452sanctionné jusqu’ici par l’infraction d’abus de confiance
453ou de vol de droit
commun
454. La loi n° 2015-912 sur le renseignement du 24 juillet 2015
455a, quant à elle,
aggravé les peines d’amende encourues, ainsi l’infraction de l’article 323-1 du Code
auparavant sanctionnée de 30 000 euros d’amende est désormais punie de 60 000 euros
d’amende et l’infraction de l’article 323-3 du Code pénal, punie à l’origine de 75 000 euros
d’amende, est portée à 150 000 euros.
141. Application de ces éléments aux réseaux sociaux. Le 15 juillet 2015 un groupe de
hackers nommé « The impact team » a affirmé avoir piraté le site de rencontre
extra-conjugales Ashley Madison
456. Ces derniers se sont introduits frauduleusement sur le
site avant d’en extraire l’ensemble des données personnelles de ses utilisateurs soit plus de
35 millions d’internautes. The impact team tenta de faire pression sur la société éditrice du
site
457afin d’obtenir la fermeture des sites Ashley Madison et Establishedmen
458sous peine
de divulguer les données récoltées. Le 18 août 2015 le groupe de hackers mit ses menaces à
exécution en publiant plus de 20 Go de données personnelles sur les membres du site de
rencontre extra-conjugales comprenant entre autres les adresses mail, numéros de carte de
crédit, préférences sexuelles et fantasmes de ses membres
459.
452 E. DAOUD, G. PÉRONNE, « Cyberattaques : la lutte s’intensifie », AJ Pénal 2015, p. 396.
453 Crim. 22 octobre 2014, n°13-82.630 : D. 2015. 415, note A. MENDOZA-CAMINADE ; CCE 2015, comm. 17, note E. CAPRIOLI.
454 Crim. 20 mai 2015, n° 14-81.336 : D. 2015, p. 1466, note L. SAENKO ; D.actu., 5 juin 2015, obs. C. DUHIL de BENAZE ; AJ Pénal 2015, p. 413, note E. DREYER.
455 L. n° 2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement, JORF n° 0171, 26 juillet 2015 p. 12735.
456 Ashley Madison est un site de rencontre extra-conjugale et un réseau social canadien. Ce site met en relation des internautes mariés ou du moins en couple et souhaitant avoir une relation extra-conjugale. Son slogan est explicite : « life is short. Have an affair » (en français : « La vie est courte. Ayez une aventure »).
457 La société Avid Life Media.
458 Il s’agit d’un site de rencontre géré par la même société éditrice et proposant de mettre en relation des hommes riches avec de jeunes femmes.
459 D. LELOUP, « piratage : derrière Ashley Madison un groupe à la réputation sulfureuse », Le Monde, 19 août 2015.
<http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/08/19/derriere-ashley-madison-un-groupe-a-la-reputation-sulfureuse_4730136_4408996.html> (dernière consultation le 9 octobre 2019).