Capitulo II – Qualidade Percebida e Satisfação do Consumidor
2.4 Modelos de Qualidade do Serviço – Modelo SERVQUAL
La littérature ethnologique nous dit que les marabouts détiennent un mystérieux fluide qui se nomme baraka. La preuve de l’existence de l’afflux divin sont les miracles. Nous avons entendu sur le terrain un dicton : « Il n’y a pas de prophète sans miracle et il n’y a pas de saints qui n’exercent de choses extraordinaires )la nabiyon illā bi al-mo’djizāti wa la waliyon
illā bi al-karāmāti) » qui tend à contredire d’autres affirmations : « si les prophètes ont besoin
de miracles, mo’zijât, pour prouver leur mission, les saints ne sont pas dans la même nécessité, et doivent tendre plutôt à les cacher. »2 Ibn Khaldoun précise que les prophètes sont capables d’ascension au ciel, de résurrection, de réaliser toutes les prouesses des saints qui concernent en particulier la divination, la magie, etc..3 D’autres disent que les saints, à travers leur ascèse sont supérieurs aux prophètes. Louis Massignon indique que le prophète « Mohamed n’a pas osé pénétrer dans l’incendie consumant de la sainteté divine, n’a pas intercédé pour tous les grands pécheurs. »4
1
Dictionnaire de la langue française (1995). Paris : Larousse.
2 Emile Dermenghem (1982), Le culte des saints dans l’Islam maghrébin. Paris : Gallimard, p. 19. 3 Ibn Khaldoun, Ibid., p. 142.
4 Louis Massignon (1975), La passion de Hallâj, martyre mystique de l’Islam, Tome 1, La vie de Hallâj.
Les termes saints employés par Louis Massignon n’ont rien à voir avec les expressions du maraboutisme. La conception de Louis Massignon relève plutôt du soufisme originel, versant ésotérique de l’Islam : Gérard Chauvin dans son B.A.-Ba sur le soufisme précise pour les personnes qui veulent s’initier aux mondes islamiques que « La tradition islamique se présente sous deux aspects. L’un, d’ordre “religieux”, au sens commun du mot : c’est la Sharî’a, la grande “Route” du salut, ouverte à tout homme de bonne volonté, se soumettant aux exigences minimales, pratiques et morales, de la Loi révélée. L’autre d’ordre “métaphysique” relève d’un principe intellectuel : c’est la Haqîqa, voie étroite de la “Vérité” et de sa réalisation en l’homme. C’est la distinction entre l’exotérisme, qui concerne l’aspect manifeste des choses, et l’ésotérisme, relatif au cœur, au principe divin de ces mêmes choses. Ce que l’on peut respectivement représenter par la circonférence et son centre. […] De fait, si l’observance de la Loi est un préalable que tout croyant doit respecter, la réalisation de la vérité – du moins, des “stations” spirituelles, ou “vertus” qui en témoignent – n’est possible que pour une élite, car son achèvement coïncide avec la perfection originelle de l’état humain. »1 Comme pour le maraboutisme, faire partie d’une élite nécessite une appartenance généalogique. Le soufi est un initié parce qu’il est investit de baraka par un maître2
. Tout comme l’ésotérisme soufi, la notion de don ou de baraka n’est pas une connaissance transmissible à tout le monde. Le don est une faculté possédée par l’individu, faculté qui a un caractère essentialisant. Cette particularité s’accompagne de connaissances. Car il faut ajuster son corps pour que le don soit poussé à son apogée. On peut le connaître, le nier et ne vouloir ne rien en faire. Mais il y a risque. Le don ne touche pas n’importe qui. Il nécessite quelque chose en retour.
La question du don, bien qu’elle relève en partie d’une connaissance intérieure, repose également sur ses manifestations externes. D’ailleurs, ce qui sépare le maraboutisme et le soufisme, c’est, qu’en pratique, et « contrairement à la conception soufi qui considère les charismes comme des manifestations secondaires d’une évolution spirituelle, tout semble s’articuler dans la pensée populaire autour des charismes et des phénomènes thaumaturgiques, considérées comme les fondements de la sainteté. »3 Il est vrai que les personnes rencontrées
1 Gérard Chauvin (2001), B.A.-BA Soufisme. Puiseaux : Pardès, p. 7. 2 Jean Chevalier (1996), Le Soufisme. Paris : PUF, p. 92.
3 Ahmed Rahal (2000), La communauté noire de Tunis : thérapie initiatique et rite de possession. Paris :
sur le terrain ne correspondent pas aux modèles de dévotion et d’ascèse soufies, qu’elles sont loin de cacher l’utilité immédiate d’un tel don. Il existe quelque chose qui distingue ces deux voies. Nous pensons que le maraboutisme, pris dans ces significations populaires de notre terrain, ne peut vêtir les formes de détachement du soufie. Ce serait une pure folie. Les marabouts que nous avons rencontrés ne sont ni des saints ni des soufis. Ils accumulent les fonctions : ils sont à la fois voyants, guérisseurs, radiesthésistes, médiums, exorcistes, écrivains et maîtres. Toutes ces pratiques posent le problème de la relation à autrui. Leur définition même provient d’une demande. Ce sont des marabouts parce qu’ils se confrontent au client. S’ils ne le faisaient pas, peut-être devrions-nous les appeler soufi, s’ils étaient rattachés à une chaîne initiatique. Peut-être serait-ils alors considérés comme de vulgaires fous ? Le fou n’a aucune utilité sociale.
Lors de nos recherches précédentes sur des voyantes lorraines, nous avons mis en évidence trois types de demandes qui leur étaient adressées : vie sentimentale, vie professionnelle et santé. Généralement, les praticiennes rencontrées n’influaient pas sur les événements relevant des deux premières demandes. Elles pouvaient répondre à la troisième demande par un tout aussi mystérieux fluide que la baraka : le magnétisme. Certaines pouvaient cependant changer le cours des événements. Nous nous trouvions alors dans la sorcellerie.
En Tunisie, la demande des consultants porte essentiellement sur la volonté de changer les choses : traiter un corps malade, obtenir ce que l’on arrive pas à avoir avec ses propres moyens, effectuer une initiation. Le thérapeute n’est pas aussi passif. Il peut même paraître tout puissant. Le voyant, en plus de prédire l’avenir, peut, par le biais d’une amulette contenant des écrits plus ou moins orthodoxes, changer la donne. Lors de son étude sur les Hamadcha, Vincent Crapanzano précisait : « Les marocains ne distinguent pas la maladie mentale de la maladie physique comme le font les occidentaux. {…] bien que l’élément surnaturel participe directement ou indirectement de l’explication marocaine de toutes les maladies, on peut ranger approximativement les théories étiologiques marocaines en deux catégories : les explications par la nature et celles par le surnaturel. Les explications par la nature sont de types mécaniques. […] Les explications par le surnaturel peuvent être divisées
La même idée est exposée dans « le monde de l’Islam » : « La théorie traditionnelle soufie voulait que tout “acte miraculeux” attribué à un “ami de Dieu” ou “saint” fût tenu aussi secret que possible – contrairement aux miracles d’un prophète, qui doivent lui servir à légitimer sa mission. » Fritz Meier (2002), La voie mystique, La tradition soufie, In Bernard Lewis, Ibid., p. 137.
en deux : celles qui impliquent les jnun et celles qui ne le font pas. Ces dernières comprennent les empoisonnements magiques, les malédictions magiques, la sorcellerie et le mauvais œil. Les premières portent sur les attaques ou les possessions par un djinn. »1 Sur notre terrain, l’origine des maux comportent des explications identiques : sorcellerie, mauvais œil, attaque d’êtres surnaturels. Ces trois causes de maladies retiendront, dans la majeure partie de cette étude, plus notre attention que celles décrites comme mécaniques, à savoir relier un disfonctionnement organique à une faute d’inattention ou un manque de la part d’un individu, qu’il soit comportemental ou alimentaire.
Certaines maladies ne trouvent pas d’explication, notamment auprès des médecins de formation universitaire. Nous avons vu avec notre informateur principal que des guérisseurs se spécialisent dans certains traitements de maladies et que leur réputation se transmet de bouche à oreille. Cet informateur évoquait le fait que des docteurs de formation rationaliste n’hésitaient pas à envoyer des patients consulter des marabouts ou des parents proches de celui-ci lorsqu’il ne s’agissait pas de lui-même.
Les seuls médecins que j’ai rencontrés insistèrent sur le réel danger que pouvaient avoir certains traitements magico-religieux. Ils voyaient ceux-ci comme une régression, un manque d’éducation. Un jour, je fus moi-même surpris par le traitement qui avait été prescrit à ma grand-mère. Celle-ci se plaignait de violents et permanents maux de tête depuis un très long moment. Aucun traitement n’avait jusque là fonctionné, même à l’hôpital. Un jour, elle décida de consulter un guérisseur traditionnel. Elle revint le soir avec des difficultés à se mouvoir. En fait de traitements, le guérisseur avait effectué des dizaines et des dizaines de saignées sur son dos, toutes longues d’au moins deux centimètres, soit disant pour évacuer le mal.
Les petits enfants n’échappent également pas aux divers soins émanant de tels thérapeutes. Mais, généralement, les parents les consultent parce qu’ils ont confiance et qu’ils connaissent l’efficacité de leurs pratiques. Dès son plus jeune âge, le moindre trouble ressenti par l’enfant pourra être attribué au mauvais œil ou à un tout autre mal2. L’enfant se familiarise très vite
1 Vincent Crapanzano (2000), Les Hamadcha. Une étude d’ethnopsychiatrie marocaine. Paris : Sanofi-
Synthélabo, p. 214-215.
2 Belgacem me rapporta deux légendes qui ne laissent pas les populations – ainsi que lui-même – de la région
insensibles. La première est la légende de la chouette :
« Il y avait une femme qui vivait toute seule avec son fils unique. Un jour, elle lui demanda d’emprunter le tamis des voisins afin de préparer la semoule. L’enfant sortit et vit ses copains. Il oublia la demande de sa mère et joua
avec ces pratiques. Dès sa naissance, tout un rituel magique le prend en charge. Comprendre la perception des troubles par les populations indigènes nous aidera à cerner une partie de la philosophie du don. Elles sont étroitement liées. Nous verrons, lorsque nous aurons terminer de dresser le portrait de nos informateurs, que la maladie a un rôle essentiel dans la cure initiatique.