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La recherche se situe au croisement du champ d’étude de la mixité et de celui de l’éducation familiale. Pour cela, nous avons construit un cadre théorique s’appuyant sur des approches conceptuelles complémentaires utilisées dans ces champs et qui semblent particulièrement adaptées pour étudier la perception que les parents ont de leur expérience éducative et parentale en contexte familial interculturel.

Tout d’abord, nous nous référons à la notion de « mixité ». Notion polysémique, la mixité revêt une valeur heuristique permettant d’analyser les rapports existants entre les éléments hétérogènes qui la constituent ainsi que d’interroger les processus sociaux qui s’y jouent, selon une approche transversale (Collet & Philippe, 2008 ; Varro, 2003 ; Rodriguez Garcia, 2012 ; Le Gall, 2003, 2015 ; Le Gall & Therrien, 2012). « Au-delà d’une définition descriptive mobilisée pour constater ou dénoncer une présence ou une absence de mixité, l’usage analytique de la notion impliquerait qu’elle cherche conjointement à dévoiler les enjeux des constructions sociales diverses - sous l’angle du genre, de l’ethnicité, des classes sociales, des générations - et à analyser les rapports de domination spécifique à l’œuvre » (Collet &

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Philippe, 2008, p.238). Parmi les multiples définitions possibles de « couple mixte », dans cette étude nous faisons référence à l’union entre deux personnes (quel que soit leur genre) ayant deux origines géographiques distinctes, l’une des deux étant autochtone et l’autre ayant immigré dans le pays de résidence. Nous utilisons le terme « famille mixte » en référence au « groupe familial » comprenant au moins l’un des membres du couple parental et l’enfant ou les enfants.

Bien que statistiquement, une union mixte soit définie à partir de la différence de nationalité entre les conjoints (ISTAT, 2015), ce critère manque de stabilité (Peruzzi, 2008 ; Odasso, 2016). C’est donc le vécu de la migration à l’âge adulte qui est retenu dans cette enquête. En effet, « dire d’un couple qu’il est “mixte” lorsque les deux conjoints sont nés dans des pays différents, c’est faire l’hypothèse que le lieu de naissance et au moins en partie de socialisation peut induire des différences de valeurs, de comportements, ou de pratiques plus marquées que pour d’autres couples “non mixtes” » (Fihlon & Varro, 2005, p.485). Ces différences qui s’observent dans l’intimité de la vie quotidienne des familles sont inhérentes aux contextes socioculturels d’origine des membres du couple. A ceci s’ajoute que, dans le cadre d’une étude sur les couples mixtes dont un partenaire est italien et l’autre partenaire est originaire de la région africaine du Sud Sahara, les caractéristiques des contextes géographiques d’origine et les rapports qu’ils entretiennent s’inscrivent dans une dimension postcoloniale aux multiples implications pour la compréhension de l’expérience éducative des familles (Parisi, 2014 ; Lombardi-Diop & Romeo, 2014). Alors que le parent autochtone appartient à l’un des principaux pays d’immigration d’Europe du Sud qui compte avec un passé colonial dont aujourd’hui le retour des questions du rapport à l’identité et à la « race » semble être un reflet (Alietti et al., 2014), le parent provenant d’Afrique sub-saharienne est originaire d’un pays connaissant un phénomène d’émigration important, avec tous les aspects géopolitiques, socioéconomiques et culturels que cela comporte, et appartient, en Italie, à une « minorité visible ». A travers la notion de mixité, l’analyse des rapports conjugaux/parentaux au sein desquels l’un des partenaires appartient à la société majoritaire tandis que l’autre fait partie d’un groupe minoritaire met en lumière les ressorts de cette asymétrie majoritaire/minoritaire, dominant/dominé entre les statuts sociaux des conjoints/parents. Aborder les dynamiques familiales entre parents provenant de contextes géographiques et socio-culturels divers à travers la notion de mixité appelle à adopter une approche systémique et interactionniste de la famille.

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Nous nous appuyons sur deux modèles théoriques complémentaires : le modèle bioécologique du développement humain proposé par Bronfenbrenner (1977, 1986, 2010 ; Di Blasio, 1995) et le modèle éco-culturel de Berry (Berry, 2006).

Le modèle proposé par Bronfenbrenner fournit les outils conceptuels utiles à saisir toute la complexité de l’écologie de la famille en tant que contexte du développement de l’individu (Bronfenbrenner, 1986). Les recherches s’étant intéressée à la mixité familiale montrent que les milieux familiaux mixtes sont caractérisés par la présence d’une multiplicité de dimensions (linguistique, religieuse, culturelle, sociale, historique, etc.). En outre, de multiples variables telles que les rapports avec les familles élargies, le réseau social mais aussi les caractéristiques socioculturelles du contexte environnant jouent un rôle déterminant dans les choix conjugaux et parentaux concernant l’éducation et la socialisation de l’enfant (Tognetti Bordogna, 1996 ; Le Gall, 2003 ; Gozzoli & Regalia, 2005 ; Fruggeri, 2005 ; Varro, 2005 ; Fenaroli & Panari, 2006 ; Scabini & Rossi, 2008). Les composants du macrosystème interagissent avec les dynamiques intrafamiliales (Tognetti Bordogna, 2001 ; Peruzzi, 2008 ; Odasso, 2013, 2015, 2017 ; Cerchiaro, 2016). Au centre de cet écosystème, les plus récentes études menées en Italie mais également en France ou au Québec ont mis en exergue la place de l’individu et ses compétences dans la gestion de la diversité culturelle au sein du couple conjugal/parental et dans les relations avec les autres contextes (Cerchiaro, 2017 ; Odasso, 2013 ; Le Gall, 2014). Les individus y sont considérés comme des acteurs dotés d’un pouvoir d’agir jouant un rôle décisif sur les choix conjugaux et familiaux (Le Gall, 2012). Ainsi, aux vues de l’ensemble de ces éléments, dans le cadre de notre étude, nous considérons que la prise en compte des divers niveaux systémiques de la niche écologique des membres des couples parentaux et des interactions entre eux mais également du « vécu expérientiel » des acteurs vis-à-vis de leurs divers milieux de vie, peut permettre de comprendre ce qui se joue pour les parents dans l’éducation et la socialisation de leur enfant (Bronfenbrenner, 2010). En particulier, nous nous focalisons sur le niveau microsystémique en nous intéressant aux relations intrafamiliales entre parents et entre parents et enfants. Nous tenons compte des niveaux mésosystémiques (dans les interactions entre les divers microsystèmes auxquels l’enfant appartient dont les services éducatifs et scolaires et les familles élargies), exosystémiques (en référence à l’activité professionnelle, associative et politique des parents) et macrosystémiques (en considérant la dimension postcoloniale des rapports entre l’Italie et les pays africains, le transnationalisme des familles, les normes et les systèmes de valeurs des sociétés de provenance de chacun des conjoints, les caractéristiques des milieux culturels environnants et les idéologies de la société

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majoritaire). Il s’agit, en particulier, de faire le lien entre certains aspects du macrosystème tels que la médiatisation, la politisation de l’actuel phénomène migratoire et la montée des racismes en Italie (alimentant stéréotypes et préjugés vis-à-vis des « étrangers » et des personnes dont la peau est plus foncée que celle de la majorité des Italiens) et leurs interactions avec le microsystème familial (Tognetti Bordogna, 2001 ; Gozzoli & Regalia, 2005 ; Peruzzi, 2008 ; Scabini & Rossi, 2008 ; Odasso, 2013, 2015, 2017 ; Cerchiaro, 2016). Un intérêt particulier est accordé à la dimension chronosystémique, sur le plan individuel et sur le plan social. Nous tenons compte de la temporalité de l’expérience migratoire des parents et de la trajectoire du couple conjugal/parental (Bronfenbrenner, 1992) mais également des caractéristiques sociohistoriques du contexte dans lequel se situe l’objet de recherche (Varro, 1995, 2005 ; Collet et al., 1995). En plaçant la question de l’éducation parentale dans une telle perspective, il est envisageable d’analyser les fonctionnements et les dysfonctionnements, les risques et les vulnérabilités dans les relations entre le microsystème familial et les divers contextes formant l’écosystème du groupe familial (Bronfenbrenner, 1979 ; Di Blasio, 1995).

La situation de migration du parent d’origine africaine et la situation d’interculturalité constitutive de la mixité conjugale/parentale est envisagée à travers des aspects centraux du modèle écoculturel de Berry (Berry et al., 2011). Le couple conjugal/parental mixte est lieu emblématique de la rencontre entre la culture de la société d’installation et celle de la société d’origine de l’un des parents. Dans cet espace interstitiel (Bhabha, 2001), les individus se trouvent à s’adapter et à négocier leurs « différences dans la différence » (Fruggeri, 2005). Nous nous intéressons au processus d’acculturation du parent migrant et au stress que celui-ci peut engendrer en tenant compte des multiples facteurs d’adaptation (genre des parents, origine géographique, culturelle et sociale mais aussi âge du parent et âge de l’enfant, trajectoire et vécu migratoire, raisons de la migration et distance culturelle entre la culture d’origine et la culture de la société d’accueil) mais également au processus d’acculturation concernant le conjoint autochtone vis-à-vis de la culture de son partenaire (Berry, 2006, 2011 ; Gozzoli & Regalia, 2005). Notre attention se porte sur les enjeux de la transmission culturelle et identitaire aux enfants tenant compte de la position des membres du couple et de leurs groupes d’appartenance au sein de la société et sur les rapports de domination pouvant en découler au sein du couple et/ou dans les relations mésosystémiques (Berry & Sam, 1997 ; Amin, 2012 ; Licata & Heine, 2012).

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Enfin, la perspective de l’interactionnisme symbolique et certains concepts élaborés dans ce courant fournissent un cadre théorique récurrent dans les études de la mixité conjugale et parentale (Goffman, 1963). Ainsi, ces catégories peuvent être utiles à l’élaboration du cadre d’analyse de notre objet de recherche. Parmi celles-ci, nous faisons appel à la notion de stigmatisation afin de saisir la perception et les pratiques des parents vis-à-vis de phénomènes ayant un impact systémique sur l’ensemble de la famille (Odasso, 2013). Comme le souligne Berry, préjugés et discriminations sont des déterminants de l’adaptation des individus en situation d’interculturalité (Berry & Sabatier, 2010). Les stratégies parentales face aux discriminations jouent un rôle important dans la construction identitaire de leurs enfants (Sabatier, 2011, 2013).

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