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Après l’exploration de premières lectures théoriques et l’élaboration de premiers questionnements de départ (relatifs aux relations entre les familles et les professionnels de l’école lors des premiers moments de cette rencontre), notre étude commence plus concrètement en 2009 avec la réalisation d’une série d’entretiens exploratoires. Dans l’optique de s’assurer que notre thème choisi est réalisable en pratique (c’est-à-dire qu’il

                                                                                                               

77 Sauf dans le cas où le sujet de l’enquête est imposé ou fait l’objet d’un mandat ou encore d’une « commande »

(politique, etc.). Mais là également, il s’agit pour le chercheur ou la chercheuse de s’approprier le sujet d’enquête et de le traduire en thème, puis en objet de recherche.

peut faire l’objet d’un travail de terrain), adossé à une problématique provisoire minimale, mener plusieurs entretiens exploratoires auprès d’enseignantes du canton de Genève nous a paru une démarche pertinente pour collecter des informations afin de préciser nos questionnements de départ (tout en continuant de nous documenter sur la littérature parallèlement). Selon Quivy & Van Campenhoudt (1995), la méthode d’entretien exploratoire est une « technique étonnamment précieuse pour une très grande variété de travaux de recherche sociale » (p. 95). Dans notre cas, rencontrer des professionnelles de l’éducation nous permettait d’identifier et de formuler des questions sur des aspects du monde (pré)scolaire genevois que nous souhaitions mieux connaître, tels que le métier d’enseignante des « petites classes », les rapports qui se nouent entre l’enseignante et les parents dans les premières années d’école, enseigner en contexte de diversité sociale et culturelle ou encore dans un établissement scolaire REP.

Plus précisément, nous avons réalisé cinq entretiens exploratoires (n=5) : quatre enseignantes des premières années d’école ainsi qu’une enseignante des années d’école suivantes. Ces professionnelles de l’éducation enseignent dans différentes écoles du canton de Genève (dont deux en REP), implantées dans des quartiers socio-économiquement diversifiés. Le recrutement de ces personnes s’est fait d’une part à travers notre réseau d’interconnaissance : une connaissance habitant le même quartier que nous est enseignante (à l’Ecole des Jonquilles, mais à ce moment-là, nous n’y prêtions pas encore une attention particulière) et nous procura les coordonnées de deux de ses collègues. D’autre part, le recrutement s’est effectué par la technique de l’échantillonnage « boule de neige ». Deux des enseignantes interviewées nous ont transmis les coordonnées d’une de leur collègue. La cinquième personne de l’échantillonnage est un membre de notre famille et fut interviewée en premier, nous permettant ainsi de tester notre guide d’entretien. Celui-ci a été structuré en cinq parties79. La première partie s’intéresse au métier d’enseignante des premières années d’école, à sa pratique professionnelle ainsi qu’à sa trajectoire de formation et professionnelle. La deuxième partie aborde le thème de l’école et de la diversité, et questionne le rapport que l’enseignante construit avec ses élèves en contexte de diversité culturelle et sociale. La troisième partie concerne les relations entre les parents et l’enseignante, notamment la manière dont s’instaure la rencontre avec les familles. La quatrième partie s’intéresse plus spécifiquement aux écoles REP (leur fonctionnement, ce que pensent les enseignantes de ce dispositif, etc.). Enfin, la dernière partie se rapporte aux propriétés plus personnelles de l’interviewée (données socio-démographiques, expériences personnelles ou souvenirs de l’enseignante en tant qu’élève, etc.). Bien que la trame des entretiens exploratoires80 que nous avons établie se rapproche de certaines techniques des entretiens qualitatifs semi-directifs, par le fait d’avoir listé une série de questions ouvertes par exemple, nous avons toujours cherché à laisser le discours des interviewées se dérouler librement. C’est pourquoi nous n’avons pas systématiquement suivi l’ordre des questions.

                                                                                                               

79 Cf. Annexe 2 : Guide d’entretiens exploratoires.

Après leur avoir rappelé les règles de la confidentialité et de l’anonymat, nous avons essayé d’amener nos interlocutrices à s’exprimer librement sur les thèmes suggérés par notre guide d’entretiens exploratoires afin de laisser ouvert à d’autres perspectives que celles que nous aurions pu explicitement prévoir dans notre canevas. Chaque entretien a été enregistré et transcrit.

Notre démarche de mener des entretiens exploratoires est classique, serait-on tenté de dire, dans le sens qu’ils avaient l’objectif de nous ouvrir l’esprit et de trouver des pistes de réflexion (Quivy & Van Campenhoudt, 1995). Il s’agissait également pour nous de « faire parler » ces acteurs pédagogiques, de pouvoir saisir les notions récurrentes et les différents points de vue utilisés pour pouvoir ensuite développer des thèses qui serviraient de base pour nos hypothèses (que nous souhaitions confronter, par la suite, aux entretiens compréhensifs). La pratique de notre terrain et le cheminement de la recherche ont vu surgir d’autres dimensions ou thématiques, en ont modifié ou affiné d’autres encore. Ceci étant, l’analyse exploratoire de ces entretiens a permis de cerner certains discours enseignants sur les premières années d’école (les différents apprentissages et les exigences scolaires, ce que l’on attend de l’enfant lorsqu’il entre à l’école, le type de soutien attendu/espéré des parents, par exemple), les relations naissantes avec les parents (les rencontres formelles et informelles) ou encore de pointer certaines préoccupations sociales et éducatives dans un contexte de transformations des politiques éducatives81 : l’harmonisation du système scolaire romand et suisse ainsi que les débuts des écoles REP à Genève. Rappelons qu’en 2006, l’école des Tattes/Gros-Chêne à Onex participe au projet pilote lancé par le DIP et fut l’un des premiers établissements REP (de plus, l’une de nos répondantes enseignait dans cet établissement scolaire). Comme il l’a été souligné au Chapitre 1 (cf. point 1.3.3), c’est dans le cadre du concordat HarmoS et dans la perspective d’améliorer les niveaux d’apprentissages des élèves des écoles genevoises que le DIP a souhaité développer ce nouveau dispositif institutionnel de proximité, en allouant des moyens différenciés et en révisant la gestion de ces établissements scolaires (DIP, 2006a). Le choix de réaliser des entretiens exploratoires répondait ainsi à un premier objectif de recherche : les informations récoltées provenaient des pratiques, des expériences et d’évènements auxquels étaient directement confrontées les personnes interviewées, tels que leurs systèmes de valeurs, leurs repères normatifs et la manière dont elles thématisent et interprètent certaines situations sociales et scolaires. Considérées comme des témoins privilégiés de par leur position, leur pratique et leur responsabilité, elles constituaient pour nous des personnes disposant d’une bonne connaissance de notre objet de recherche en devenir. Plus déterminante encore, cette étape de l’enquête, qui a participé à notre travail de

                                                                                                               

81 Pour rappel, à cette période, les débats politiques et sociaux autour de la scolarisation précoce en Suisse allaient

bon train, précédant l’adhésion à l’accord intercantonal sur l’harmonisation de la scolarité obligatoire en février 2009 concernant le canton de Genève (cf. Chapitre 2, point 2.1.2).  

construction théorique, nous a permis de délimiter un champ empirique ou plus précisément, un terrain. Ce faisant, cela répondait à notre deuxième objectif de recherche.