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O papel de “cuidador” – De cuidador a cuidador formal

Dans l'espoir de comprendre le mécanisme et la signification du processus de largage du

récepteur de Tf dans la poche flagellaire, nous avons étudié l'internalisation de la transferrine

dans un mutant sanguicole dont le gène unique de la VSG lipase a été détruit par recombinai­

son homologue ciblée (Webb. 1994; Rolin et al, 1996).

5.2.1 Obtention du mutant nul pour la GPI-PLC chez T. brucei (H. Webb, 1994)

La recombinaison homologue ciblée s'est faite à partir des formes procycliques, étant

donné que contrairement aux parasites sanguicoles, il est particulièrement aisé de transformer

la forme "de l'insecte" par électroporation et d'obtenir des transformants stables à une fréqu­

ence élevée (>10‘3/trypanosome survivant à l'électroporation) (Borst et al, 1993). Comme le

gène de la GPI-PLC n'est pas exprimé dans les cellules procycliques, le phénotype du mutant

nul ne peut devenir apparent qu'après qu'ait eu lieu la différenciation des formes métacycliques

en formes sanguicoles. La méthode la plus facile pour obtenir des formes métacycliques

infectieuses à partir de formes procycliques est la transmission cyclique à travers la glossine.

C'est ainsi que, les cellules procycliques proG du mutant nul de la lignée EATRO 1125 ont été

transformées en formes métacycliques par passage à travers la mouche tsé-tsé. Le contrôle

utilisé a lui aussi subi une transmission cyclique à partir des mêmes cellules proG EATRO

1125 de départ. Il faut noter que dans ce contrôle, le gène CAT (chloramphénicol acétyl

transférase) est inséré de manière stable dans le locus de la tubuline. Les cellules procycliques

utilisées pour la différenciation du mutant sont proches des populations naturelles de

trypanosomes afin d'accroître la probabilité de transmission cyclique réussie. Par voie de

conséquence, et contrairement aux parasites employés dans la caractérisation du récepteur de

transferrine (cellules monomorphes AnTat LIA, EATRO 1125), les cellules sanguicoles

provenant d'un passage récent dans la mouche constituent des populations de parasites

polymorphes. Les infections par des populations de trypanosomes polymorphes, proches

des infections chroniques existant à l'état sauvage, se caractérisent par une succession de

vagues de parasitémie qui résultent de la variation antigénique du parasite (voir la section

1.1.3.2B de l'introduction). Ces vagues correspondent à des populations morphologiquement

et physiologiquement différentes: les formes "slenders", caractéristiques des phases ascendan­

tes de parasitémie, se différencient en formes "intermédiaires" puis "stumpies", qui

A

I5n

endocytose globale

Figure 33

A Incorporation de la Tf iodée dans les cellules du mutant déficient en GPl-PLC (•) et du contrôle

(■), incubées à 30^C (moyenne ± Dév. St. de 4 expériences séparées).

B Discrimination de la fraction Tf fixée à la membrane (sensible à la pronase) (O) de celle internalisée

spécifiquement (résistante à la pronase) (□), au cours de l'incorporation de la Tf iodée chez le

contrôle. La somme des 2 fractions représente l'endocytose totale de Tf (■) (n = 2).

C Même légende qu'en B mais chez le mutant déficient en GPl-PLC (n = 2).

8 125

Les cellules ( 10 cellules/ml) sont incubées avec de la transferrine- 1 ( 1 gg; 0,5 pCi/pg) durant les

périodes indiquées, dans un milieu minimum sans sérum (milieu Baltz; Baltz et al, 1985) et en

présence d'ovalbumine 1%. Ensuite, les cellules sont lavées 2 fois par centrifugation et la radioactivité

est déterminée directement (total), ou les cellules sont incubées pendant 20 min à 4°C avec 0,01% de

pronase. Finalement, les parasites sont centrifugés et la radioactivité contenue dans le cul^t (interne) et

dans le surnageant est mesurée. Le bruit de fond est déterminé en incubant séparément 10 cellules en

présence d'un excès de 100 fois en Tf froide. Le bruit de fond a été déduit dans toutes les mesures

indiquées.

Mécanismes de largage et d'internalisation du TfR

minent au sommet des pics et dans leur phase de rechute.

5.2.2 Le phénotype de croissance atténuée, observé chez le mutant nul de T. brucei, est

corrélé à un ralentissement de l'endocytose de transferrine.

Dans la figure 33A, nous voyons que chez le mutant, dépiété préalablement en Tf

endogène, l'internalisation globale de transferrine iodée au cours du temps, à 30°C, est réduite

de plus de 30% par rapport au contrôle et ce résultat est statistiquement reproductible. Dans

le but de discriminer entre la fraction de transferrine fixée à la membrane de celle qui est

internalisée de manière spécifique durant l'endocytose du ligand, nous avons traité les cellules

prélevées en chaque point de la cinétique par de la pronase (0,01%), durant 20 minutes à 4°C.

Ensuite, nous avons séparé par centrifugation la fraction de Tf associée au surnageant de celle

associée au culot de cellules. Comme le montre la figure 33B, l'endocytose de transferrine par

les cellules du contrôle représente une endocytose typique, similaire à celle que nous avons

observée avec les cellules monomorphes du variant AnTat LIA (voir la figure 8A de l'article

de l'annexe 2). En effet, nous avons toujours observé que, durant le processus d'endocytose de

Tf, peu de temps après avoir ajouté le ligand, la quantité de Tf associée à la membrane

(pronase-sensible) est supérieure à la fraction du ligand internalisé (pronase-résistante). Après

30 minutes, les rapports entre les deux courbes s'inversent et c'est à ce moment que le plateau

commence. Ces données sont en accord avec ce qui a été observé en microscopie électronique,

lors de l'endocytose de la transferrine couplée à la peroxydase de raifort, dans des cellules

monomorphes déplétées en Tf endogène (voir la figure 7 de l'article de l'aimexe 2). En effet,

après une incubation de 2 minutes, la transferrine était détectée uniquement dans la poche

flagellaire, alors qu'après 30 minutes d'incubation, seulement les vacuoles lysosomales,

similaires à celles des eucaiyotes supérieurs, étaient marquées. Comme nous l'avons déjà

suggéré, il semble que la déplétion en Tf synchronise les cellules pour l'endocytose de

transferrine. Cependant, comme nous allons le voir, sur ce point nous n'avons pas obtenu les

mêmes résultats dans la localisation de la Tf-peroxydase avec des cellules pléomorphes.

Pendant l'endoc>lose de Tf. celles-ci apparaissent beaucoup plus hétérogènes dans leur

marquage par la transferrine. En effet, si certaines cellules ont leur poche flagellaire remplie de

ligand, on peu voir sur la même coupe ultrafme. dans d'autres cellules contiguës, des poches

partiellement marquées ou complètement vides.

En ce qui concerne le mutant (voir la figure 33C), la courbe apparaît nettement

biphasique et, même durant les premiers instants de l'endocytose, la courbe décrivant la

fraction de Tf pronase-sensiKe. se trouve toujours sous la courbe caractérisant la fraction du

ligand spécifiquement internalisée. Clairement l'état stationnaire semble être atteint beaucoup

plus rapidement dans le cas du mutant que dans le cas du contrôle mais avec une interna­

lisation globale de Tf moins efîcace (voir courbe d'endocytose globale de Tf de la figure 33A).

Figure 34 Courbes de fixation spécifique de Tf-125 i chez le mutant déficient en GPI-

PLC (•) et le contrôle (■). 10^ cellules pléomorphes (carré) et du mutant nul (cercle)

sont incubées en présence de différentes concentrations de Tf-*25 pendant 6 heures à

4°C. Chaque courbe représente la moyenne de 2 expériences séparées.

L'analyse de Scatchard prédit pour les cellules contrôles un apparent de 1,1 |J.M et

un nombre de sites de fixation de 3700, alors que le mutant donne un apparent de

1,9 }iM et 2900 sites.

10^ cellules sont incubées dans des tubes, dont la paroi a été préalablement recouverte par une solution

d'ovalbumine saturante, en présence de 1% d'ovalbumine, dans un milieu minimum sans sérum (milieu

de Baltz; Baltz et al., 1985). Après 6 heures d'incubation à 4°C, les trypanosomes sont lavés trois fois

dans du tampon PSG froid en présence de 0,1% d'ovalbumine. La radioactivité associée au cellules est

déterminée à l'aide d'un compteur y. La fixation aspécifique de Tf iodée (bruit de fond) est déterminée en

incubant les cellules avec un excès de 100 fois en Tf non marquée. Les valeurs rapportées sont corrigées

par soustraction du bruit de fond. Les données de fixation de Tf sont analysées au moyen du programme

ENZFITTER (Sigma) et tes courbes sont dessinées par le même programme.

Figure 35

A Trypanosome sanguicole eontrôle (eomportant le gène reporter CAT) ineubé en présenee

de Tf-HRP (250 |ig/ml) dans du milieu de Baltz (milieu minimum sans sérum; Baltz et al, 1985)

contenant 0,2% d'ovalbumine (directement après isolement ) pendant 30 min à 30 °C. La lumière de

la poche flagellaire est entièrement occupée par le produit de la réaction cytochimique révélant la

présence de la peroxydase couplée de manière covalente à la transferrine.

B mutant nul sanguicole incubé dans les mêmes conditions. Le produit de la réaction

cytochimique se localise au niveau de la membrane de la poche flagellaire dans un certain nombre de

cellules, comme celle-ci.

C et D Trypanosomes sanguicoles déficients en GPI-PLC. Localisation

immunocytochimique d'ESAG 6 (anticorps U2, P. Borst) sur coupes fines de parasites inclus dans

le Lowicryl K4M, grâce à un anticorps secondaire de chèvre anti-IgGs de lapin couplé à des

particules d'or colloïdal de 15 nm de diamètre. Le marquage se localise dans la lumière de la poche

flagellaire en C (comme dans le cas des trypanosomes contrôles CAT), mais dans la même coupe, on

peut observer des cellules avec marquage périphérique de la poche flagellaire, comme en D, ou ne

présentant pas de marquage au niveau de cette poche (photos M. Geuskens).

Mécanismes de largage et d'internalisation du TfR

Ces données semblent refléter que dans le cas du contrôle, au cours de l'endocytose de

Tf, dans un premier temps il y a une accumulation progressive du ligand dans la lumière des

poches flagellaires de la population de parasites sanguicoles, et seulement ensuite une

internalisation massive du ligand. En outre, parallèlement à l'accumulation intraluminale de Tf,

se superpose un mécanisme continu d'internalisation du ligand. En effet, il est clair que déjà 2

minutes après l'addition du ligand, on localise sur coupe, de la Tf-peroxydase dans des

vésicules "recouvertes" (voir la figure 7a de l'article de l'annexe 2), Utilisant de la transferrine

fixée dans de la gélatine comme standard, il a été démontré que la concentration en ligand dans

les poches flagellaires de cellules sanguicoles en culture est considérablement plus élevée que

dans le milieu d'incubation (Steverding et al, 1994). Ajoutons que, dans les expériences que

nous avons faites sur des cellules sanguicoles en culture, le marquage par le produit de la

réaction à la DAB de la Tf-peroxydase est particulièrement intense dans la matrice des poches

flagellaires, alors que la concentration en Tf dans le milieu (0,25 mg/ml) est environ 10 fois

moindre que celle existant dans le sérum de l'hôte (~ 3 mg/ml) (voir la figure 7a de l'article de

l'annexe 2). Ces résultats suggèrent qu'au cours du processus d'internalisation de la transferrine

sérique, le ligand est accumulé préférentiellement dans la matrice de la poche flagellaire.

Dans le cas du mutant nul, les événements de fixation et d'internalisation du ligand semblent

être couplés de manière directe, comme si le processus d'internalisation du ligand était réalisé

directement à partir de récepteurs en majorité membranaires.

Pour déterminer si cette diminution de l'internalisation de transferrine observée chez le

mutant était bien la conséquence d'une réduction de la formation du nombre de complexes de

récepteur-ligand, nous avons titré le nombre total de récepteurs disponibles chez le mutant et

fait de même pour le contrôle, par analyse de Scatchard à 4°C (voir la figure 34). Alors que

nous estimons à plus de 3000 le nombre total de récepteurs chez le contrôle pléomorphe,

variant suivant les expériences, le mutant ne présente que 1000 à 2000 récepteurs. Ces

résultats suggèrent un ralentissement du processus de largage du récepteur chez le mutant.

Ceci est en accord avec les données obtenues par la microscopie électronique où l'on voit que,

après une incubation in vitro de trypanosomes pendant 30 min. à 30°C en présence de

transferrine couplée à la peroxydase, alors que nous détectons chez le contrôle un marquage

intraluminal important (figure 3 5A), chez le mutant, la membrane est souvent plus marquée

que la matrice (figure 35B). Cependant, si le largage du récepteur est ralenti chez le mutant,

celui-ci n'est pas aboli complètement. En effet, en microscopie électronique, à l'aide d'un

anticorps spécifique de pESAG 6 nous pouvons confirmer la présence du récepteur dans la

matrice de la poche flagellaire chez le mutant (voir la figure 35C). Remarquons qu'avec

l'anticorps anti-pESAG 6 spécifique, nous n'avons jamais pu observer un marquage de la

membrane de la poche flagellaire qui soit plus important chez le mutant que chez le contrôle,

et ceci même pour des temps très courts d'incubation a\ ec le ligand froid, après avoir dépiété,

au préalable, les cellules en Tf endogène (voir la figure 35D).

contrôle I mutant nul GPl-PLC

kDa

92

69

46

30

-cl M I CIM

Figure 36 Autoradiogramme représentant les fractions membranaires (M) et

cytoplasmiques (C) de trypanosomes sanguicoles mutants et contrôles,

sondées par technique de Western blot avec un anticorps spécifique de

pES AG 6 (u2; Ligtenberg et al., 1994), révélé par la protéine A iodée.

Chaque fraction équivaut à environ 5x10^ cellules.

Mécanismes de largage et d'internalisation du TfR

Nous devons en conclure que, outre la probable intervention de la VSG lipase dans le largage

du récepteur dans la poche flageilaire, il doit exister un processus alternatif permettant au

parasite d'assurer cette fonction essentielle à sa survie.

Comme l'indique la figure 36, dans le mutant, les formes membranaires et solubles de la

protéine pESAG 6, contenues dans les fractions membranaires et cytoplasmiques des

parasites, ont un profil de migration électrophorétique en gel SDS-PAGE qui est similaire à

celui observé chez le contrôle, excepté que, dans le cas du mutant, le composant de taille

supérieure, de 60 kDa, n'est pas détecté. Ces données suggèrent que l'ancre GPI est toujours

présente chez le mutant. A première vue, l'absence de détection chez le mutant du composant

de haute masse moléculaire pourrait s'expliquer par une altération du profil de glycosylation de

pESAG 6 chez le mutant. A cet égard, rappelons que nous avons attribué l'hétérodispersion de

la protéine pESAG 6 à une glycosylation différentielle du radical d'ancrage GPI. Ce résultat a

été confirmé dans le cas du complexe protéique pESAG 6/7 exprimé chez les formes

procycliques et dans le cas de la TfBP des formes sanguicoles de T. brucei purifiée sur colonne

d'affinité (Ligtenberg et ai, 1994; Chaudhri et ai, 1994). En effet, après avoir traité la protéine

pESAG 6 de la forme procyclique, ou la TfBP, par la N-glycosidase F, on observe que

parallèlement à une réduction de la taille de la protéine pESAG 6, l'hétérogénéité de la protéine

est maintenue. Par ailleurs, d'après des expériences d'immunodétection faites sur la TfBP

isolée à partir de variants différents, il semblerait que non seulement l'immunogénicité de

pESAG 6 mais aussi l'hétéroglycosylation de son radical GPI soit différente selon la nature

des variants étudiés (Steverding et al., 1994). Etant donné que les deux populations

sanguicoles de cellules contrôles et mutantes n'ont pas été clonées lors de leur premier passage

chez la souris, celles-ci n'ont pas été sélectionnées pour exprimer un seul type antigénique et

expriment, dès lors, plusieurs types antigéniques différents (S. Rolin, communication

personelle). Ainsi, la nature différente des variants exprimés chez le contrôle et le mutant

pourrait expliquer l'absence de détection du composant de 60 kDa de pESAG 6 chez le

mutant. Seul le clonage des cellules du contrôle et du mutant pourra permettre une analyse

plus poussée des caractéristiques du récepteur de transferrine chez le mutant.

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