Capítulo 3: Resultados e discussões
3.7. OUTROS MECANISMOS CATALISADOS
Le premier contact avec les interviewées latino-américaines s’est fait par conversation directe ou par téléphone et, dans quelques cas sur recommandation d’un tiers. À ce moment-là, l’enquêteuse se présentait comme une étudiante réalisant une thèse sur le mode de vie des immigrées latino-américaines. Il était précisé qu’il s’agissait de raconter leur histoires migratoires : c’est-à-dire comment elles avaient décidé de venir en Suisse, comment elles vivaient au présent et comment elles envisageaient leur avenir. Le terme de clandestinité n’était pas du tout mentionné. Durant le déroulement de l’entretien, nous essayions le moins possible d’aborder la question de la clandestinité de manière directe, d’une part, parce que nous voulions que cela ressorte de façon spontanée sans introduire d’éventuels biais par le fait de poser la question, d’autre part, parce que nous ne savions pas vraiment comment formuler la question sans toucher la sensibilité de nos interviewées, nous ne voulions pas les accuser (ou leur faire sentir qu’il y avait des accusations derrières nos phrases). Il était précisé également que les entretiens allaient se dérouler en espagnol et que cela devait prendre à peu près deux heures. Il était toujours un peu difficile d’expliquer l’utilité concrète de l’enquête pour leurs vies. Toutefois, nous leur disions qu’il y avait peu d’études sur le sujet et qu’elles se faisaient surtout suivant le point de vue des personnes extérieures et non en considérant l’expérience de la personne qui vivait la situation.
L’interview démarrait par la présentation de la recherche en précisant qu’il était important de connaître le point de vue des immigrées mêmes. En garantissant l’anonymat de leurs témoignages, la demande d’autorisation d’enregistrer se faisait dans le but de rester le plus fidèle possible à leurs propos, étant entendu qu’elles pouvaient arrêter le magnétophone si elles désiraient exprimer quelque chose hors enregistrement ou si elles considéraient qu’il y avait une question qui pouvait compromettre leur séjour en Suisse. Nous insistions sur le fait qu’il ne s’agissait ni d’un questionnaire ni d’un examen où elles seraient évaluées mais d’un entretien où elles devaient se sentir assez libres de s’exprimer comme elles l’entendaient, étant donné qu’il n’y avait pas de bonne ou de mauvaise réponse. Toutes ont accepté cette règle, sans réticence sauf deux interviewées. Dans le premier cas, la personne a demandé à l’enquêteuse de prendre de notes. Cependant, en se rendant compte du type d’entretien et de l’impossibilité de
prendre de notes, l’interviewée a accepté d’être enregistrée. Dans le second cas, l’interviewée était intimidée par le magnétophone, pourtant, en écoutant sa voix, elle a repris confiance et a recommencé son récit d’une manière naturelle, cette fois-ci avec le magnétophone à côté.
La consigne de départ était la suivante : « Comment se fait-il que vous êtes en
Suisse ? » Cette question structurante était suivie de sous-questions telles que :
« Comment était votre vie avant ? Pourquoi est-ce que vous avez décidé de venir en Suisse ? Comment est votre vie maintenant ? Comment envisagez-vous votre futur ? ». La question (les questions) énoncée(s) comme telle(s) peuvent donner l’impression d’être étouffantes. Toutefois, il nous a paru préférable de procéder de la sorte et cela a permis en même temps à l’interviewée de saisir le fil conducteur pour la construction de son récit. La question formulée comme telle remplace la version suivante : « Pouvez- vous me raconter le parcours de votre histoire migratoire ». Ce choix donnait la possibilité de partir du cadre de référence de l’interviewée et de laisser émerger les thèmes indirectement sans les imposer.
Au fur et à mesure que le récit se développait, les thèmes apparaissaient spontanément. Pourtant, l’enquêteuse devait, dans une deuxième partie167, lorsque l’interviewée avait l’impression d’avoir « tout dit », faire des réformulations ou des questions de relance en cherchant à ce que l’interviewée approfondisse ses propos. Ou, si les thèmes n’étaient pas encore mentionnés ou non suffisamment traités, l’enquêteuse cherchait à les soulever. L’arrêt de l’enregistrement se faisait lorsque l’enquêteuse avait l’impression que tous les thèmes avaient été épuisés et que l’interviewée n’avait rien à ajouter. Dans tous les cas, la visite s’est prolongée par une conversation informelle. Souvent dans cette conversation le récit était confirmé et, dans quelques cas, il y eut des précisions intéressantes.
Il semble important d’ajouter quelques remarques avant de clore cette partie. Les interviews se sont déroulées dans la plupart des cas, au domicile des personnes enquêtées. Cependant, certains entretiens ont été réalisés chez l’enquêteuse, dans des cafés ou dans une église. Dans presque tous les cas, ils eurent lieu pendant le week-end
où en effet, ces femmes sont plus disponibles. Le temps de la récolte des données a duré au total 1 année et 8 mois. Le recueil des données s’est fait par vagues. Chaque étape a été marqué par un aller-retour sur le terrain, au total 24 récits de vie ont été recueillis.
3.3. Le guide d’entretien
Le guide d’entretien a suivi quelques modifications après les deux premiers entretiens. Ces modifications concernaient deux aspects : d’une part, les termes à employer (non les thèmes) c’est-à-dire le fait d’énoncer les questions de manière plus claire et moins directive ; d’autre part, nous avons décidé d’enlever une grille qui avait été construite sur la base du test de Dean Peabody afin de mettre en parallèle l’évaluation du groupe d’appartenance (« nous ») et celle du groupe de référence (« eux »)168.