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4. Caso de estudo – Concelho de Estremoz

4.3 Potencial de Biomassa do Concelho de Estremoz

Dadié fait partie de la seconde génération d’écrivains de la Négritude. Cette génération suivra la première constituée des précurseurs du mouvement de la Négritude tels qu’Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas, René Maran. Ces écrivains de la seconde génération font partie de la période allant de 1945 à 1960. Leur mission en général, consistait à utiliser le roman pour défendre la cause de la race et de la culture noire et ainsi libérer l’Afrique du joug colonial. L’on assiste avec eux à une révolution de l’écriture romanesque au détriment de la poésie. En effet, à l’instar de la plupart des écrivains de la seconde génération, Dadié fut touché par les écrits des pionniers du mouvement de la Négritude mais surtout ceux

d’Aimé Césaire. Dadié fut extrêmement impressionné par l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal au

point de considérer ses écrits comme une véritable préférence. Il le dit en ces termes:

…Je comprends le cas de Césaire. Césaire n’a pas été en Afrique mais, quand Césaire parle dans ses livres, il vit une situation de décolonisé, bien que Français. Les îles avaient la même situation coloniale bien que départements. Césaire sent cela comme nous sentons la même chose en Afrique. Mais il y a des écrivains africains qui écrivent «africain» et qui effleurent ce problème-là. C’est à fleur de peau. Il faut aller dans les racines pour le traiter. Avec Césaire, on sent qu’il va en profondeur. C’est un vrai soldat. Sa plume est une

arme, un vrai fusil187.

C’est à juste titre que Dadié s’est laissé influencer par les écrits de Césaire ainsi que d’autres précurseurs du mouvement de la Négritude dont la mission première était de revaloriser à travers leurs écrits la culture négro-africaine, laquelle culture a été bafouée par le colonisateur. Seule la littérature, notamment le théâtre, comme le dirait Césaire était l’instrument approprié pour venir à bout de cette humiliation culturelle et du reniement de cette culture. Césaire dira ceci :

Le monde noir traverse une phase extrêmement difficile. En particulier avec l’accès à l’indépendance des pays africains nous sommes entrés dans le moment de la responsabilité, on jette un regard en arrière ; on s’interroge, on essaie de comprendre. Or dans le siècle ou nous sommes, la poésie est un langage qui nous paraît plus ou moins ésotérique. Il faut parler clair, parler net, pour

faire passer le message. Et il semble que le théâtre peut s’y prêter, et il s’y prête bien188.

Par ailleurs Dadié a choisi la carrière d’hommes de lettres afin de défendre une cause collective qui est celle des valeurs culturelles noires. Aussi pour Dadié, la culture, au-delà de toutes autres considérations, demeure -t-elle le fondement du développement de tout peuple. Ainsi, tout peuple qui aspire à un développement durable, selon Dadié, doit promouvoir sa culture. C’est donc cette mission que Dadié s’est assignée, c’est-à-dire celle de promouvoir la culture et les valeurs de l’authenticité culturelle noire. Dadié

187Edébiri, Unionmwan. Bernard Dadié, Essais réunis par Unionmwan Edebiri. Editions Nouvelles du

Sud/ Editions du Flamboyant, Yvry-sur- Seine, 1992, p. 395.

188Césaire, Interview accordée au Magazine Littéraire, numéro 34, 1969 In Barhtélémy Kotchy, La

critique sociale dans l’œuvre théâtrale de Bernard Dadié, p. 60. Voir aussi http : // www.potomitan.info/.../cesaire/politique.php

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considère la culture comme le préalable de tout développement. Et, il faut bien écrire pour traduire, pour transcrire ces valeurs culturelles noires. En effet, les sociétés africaines sont reconnues comme étant des sociétés de tradition orale; de peur que ces valeurs culturelles, notamment les contes, les poèmes, l’histoire, ne disparaissent un jour, faute de transmetteur fidèle, il faut bien les écrire. Voici comment Dadié s’est assigné cette mission ; il en assume la pleine responsabilité. Kotchy le dit bien en ces termes:

Dadié, le «Seigneur des lettres ivoiriennes»; car dans ces pays en émergence où la matière tue bien des fois l’esprit, il est en définitive l’un des rares qui aient volontairement renoncé à s’engager dans la poursuite frénétique de la fortune et aient accepté de se tenir en éveil, aux écoutes du monde pour tenir en éveil le monde. Contrairement à l’opinion selon laquelle seule la promotion économique peut nous libérer du sous-développement, Bernard Dadié croit et s’attelle à cette conviction que tout peuple qui met sous le boisseau le développement de la culture est condamné à régresser: la culture est en effet le fondement ou l’un des fondements non négligeables de tout progrès social. Aussi n’est-ce pas pour mieux servir la nation qu’il écrit

poèmes, romans, contes, discours politiques, théâtre189?

S’il est vrai que Dadié décide de devenir homme de lettres afin de mieux traduire les aspirations profondes de son peuple, d’être la voix des sans voix comme le dirait Césaire, il n’en demeure pas moins vrai que Dadié a décidé de devenir homme de lettres afin de mieux exprimer, voire traduire lui-même certains pans de l’histoire de son enfance. Pour lui, la voie par excellence qui lui permettrait de mieux retracer certains pans de cette enfance scolaire difficile est l’usage de la plume : écrire pour dénoncer le colonialisme ; écrire pour défendre les valeurs noires ; écrire pour établir la justice et octroyer ainsi la liberté à son peuple. En effet, en écrivant, Dadié veut atteindre non seulement son peuple mais également les promoteurs du colonialisme par ses écrits. A travers l’écriture, Dadié veut œuvrer pour un monde de justice. Kotchy nous en parle davantage en ces termes:

Alors que son père avait rêvé le voir embrasser la carrière de médecin, lui avait plutôt souhaité devenir enseignant; mais ayant été témoin de l’humiliation subie par un de ses instituteurs, il y a renoncé. Puis, n’ayant pas reçu non plus l’instruction adéquate pour devenir avocat selon son désir, il choisit la carrière administrative en gardant, au fond de son cœur, le projet de devenir un jour «militant de lettres». «Écrire pour

défendre», nous confie-t-il, voilà sa vocation secrète et définitive190.

Toutefois, Dadié doit cette carrière d’homme de lettres à son séjour à l’École William Ponty à Dakar. Pendant son séjour au sein de cette école qui était destinée à l’élite africaine, Dadié s’est longuement consacré à la lecture d’œuvres littéraires relative à l’histoire de la colonisation en Afrique ainsi que les mouvements de lutte contre l’oppression coloniale en Afrique. En effet, Dakar, capitale de l’ex-AOF (Afrique Occidentale Française) était le lieu où il n’était pas rare pour les intellectuels africains de trouver

189 Kotchy, Barthélémy, op. cit., p. 12.

Cette œuvre aussi a été publiée sur livre.prologuenumerique.ca/.../telechargement/extrait.cfm. Nous avons consulté ce site le 05 octobre 2017.

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toutes les traces historiques de la traite négrière ainsi que de l’esclavage. Pour les intellectuels africains, après avoir visité l’île de Gorée (Sénégal) où se trouvait l’École William Ponty, l’endroit où étaient aussi stockés les noirs comme des objets avant leur embarquement pour l’Europe ou en Amérique, il était fort probable de traduire l’histoire de ces génocides et de ces crimes contre l’humanité à travers leurs écrits.

Vinciléoni nous parle davantage de l’île de Gorée et de son rôle éminemment historique dans la vie de Dadié (Dadié a pu s’imprégner des réalités coloniales) tout comme les autres auteurs négro-africains :

Ponty se trouvait à Gorée, et Gorée offrait au jeune Ivoirien une formidable leçon d’histoire. L’abrégé de toutes souffrances de la race noire. Cette île aux maisons délabrées que domine un castel hérissé de canons», où il ira faire la préparation militaire, offrait surtout au regard «du sable et des pierres ». Quand les loisirs le

permettaient…, il parcourait l’île avec ses camarades, assistait aux manœuvres militaires, visitait, revisitait,

la Maison des esclaves et ses cellules191.

Gorée n’était pas un simple lieu de loisir pour tous ceux qui voulaient s’imprégner des réalités historiques coloniales; il était surtout un lieu d’apprentissage pour Dadié:

Il (Dadié) y apprenait, avec l’histoire cruelle du passé, le sens de l’écoulement du temps. Il y renforçait son dégoût de l’injustice, y puisait un aliment au sens qu’il donnerait dans son œuvre à la mission de l’écrivain. Il y prenait le goût de l’évocation historique. Il y trouvait le thème obsédant, déclencheur sinon central, de son œuvre théâtral et poétique : la traite, l’esclavage. Mais Gorée, ce grain de poussière à la proue du continent Afrique, cette escale désormais ignorée d’où l’on ne partait plus pour nul horizon, même tragique, figurait aussi ce destin en cul-de sac, cette existence végétative que la colonisation

préparait désormais aux « élites » africaines. Dadié ne s’y trompait pas192.

Il y apprenait, avec l’histoire cruelle du passé, le sens de l’écoulement du temps. Il y renforçait son dégoût de l’injustice, y puisait un aliment au sens qu’il donnerait dans son œuvre à la mission de l’écrivain. Il y prenait le goût de l’éducation historique, C’est pourquoi Dadié opta pour un art purement engagé; Dadié choisit de se servir du théâtre comme un nouvel instrument de revendication et de revalorisation de la culture et des valeurs africaines. Dadié n’est pas un partisan de l’art pour l’art. En effet, l’art pour l’art n’a presque jamais existé dans l’histoire littéraire de l’Afrique noire. L’histoire du continent noir débute avec les assauts du colonialisme; comme une jeune plante en pleine croissance qu’on vient brusquement déterrer et transplanter ailleurs, le continent s’est réveillé sous les coups mortels et dans la forte fièvre de la colonisation et soumis à un régime. Mais avant la colonisation, le continent dut souffrir des siècles et des siècles d’autres types d’asservissement et de déshumanisation de l’homme noir tel que l’esclavage et la traite négrière. Ceci explique la position d’engagement des écrivains africains en général. Ceux-ci sentent toujours le sentiment de trahison, de manque de considération, de déshumanisation de la part du colonisateur. De cet art engagé chez Dadié, Kotchy a fait cas plus haut.

191 Vinciléoni Nicole, Comprendre l’œuvre de Dadié, p. 26.

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Par ailleurs, qu’il s’agisse de l’engagement de Dadié dans la carrière d’homme politique, dans la carrière de journaliste ou dans la carrière d’homme de lettres, la liberté demeure l’une des aspirations profondes de l’écrivain : liberté pour lui-même, liberté pour son peuple et liberté dans le monde entier.

La liberté se trouve au fondement de ses aspirations, il termine son discours lors d’un congrès international tenu à Paris par ceci : « Liberté de parole et d’expression dans le monde entier. Liberté pour chacun d’adorer Dieu comme il lui convient dans le monde entier. Liberté de vivre à l’abri du besoin dans le monde entier. Liberté de vivre sans crainte dans le monde entier. Parce que seules ces libertés-là,

camarades, donnent du prix à l’existence humaine193.

Les différentes lectures de Dadié pendant son séjour à Dakar tournaient autour de ces œuvres en rapport avec

la colonisation, mais aussi en rapport avec certains auteurs tels que Karl Marx, avec son œuvre Le Capital

qui explique mieux le fondement de telles actions telles que l’esclavage, la colonisation. Dadié confirme bien

cette réalité dans son œuvre autobiographique, Climbié194.

Toutefois, en ce qui concerne la carrière de Bernard Dadié comme homme de lettres, il s’y préparait depuis longtemps. D’abord pendant son séjour au groupe scolaire à Bingerville (en Côte d’Ivoire), il était parmi les meilleurs et se plaisait à occuper à maintes reprises le poste de porte-parole des élèves lors des manifestations organisées par la direction de l’établissement. Aussi essayait-il déjà à cette époque-là d’écrire des pièces de théâtre dont Assémien Déyilé qui remporta le prix régional. Après l’étape de Bergerville, il fut envoyé à Dakar où il fit partie de l’élite africaine. Dadié, lors de son séjour à Dakar, a continué ses activités d’écrivains. Frédéric Lemaire le signifie bien en ces termes:

Dadié poursuit sa formation d’écrivain. «En 1942, Dakar-Jeunes est créé. Dans ce journal probablement contrôlé par la censure, il publie trois contes : Légende de la fumée (22-10-1942), puis Nénuphar, la reine des eaux (10-12-1942) et enfin Araignée, mauvais père : histoire d’Ekedeba l’égoïste (17-12-1942). Ces trois contes remportent un succès certain et cette

réussite encourage l’écrivain à poursuivre l’écriture195.

Qu’en est-il de Müller; qu’est-ce qui a motivé Müller à devenir homme de lettre ; est-ce pour des motifs personnels ou pour la défense d’une cause commune à l’instar de la démarche de Bernard Dadié?

Avait-il décidé de s’offrir à la littérature par un effet de hasard ou ce choix était-il vraiment prémédité?

193 Vinciléoni, Comprendre l’oeuvre de Bernard Dadié, p. 56.

194Dadié Bernard, Climbié, op.cit. p. 168.

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