2. Revisão da Literatura
2.6. O Teste da Cópia do Cubo
2.6.4. Uso do TCC no Rastreio do Defeito Cognitivo
Le discours épistolaire fut une des formes de communication les plus persistantes et les
plus complexes de l’époque. Écrites en vers ou en prose, les lettres étaient un excellent moyen
pour traiter tous les thèmes d’actualité, grâce à la souplesse du genre
496.
Les gens de lettres des Lumières profitèrent des diverses possibilités dialectiques et de la
rhétorique épistolaire pour humaniser la figure de l’écrivain. Le genre épistolaire mettait les
auteurs dans des situations mondaines
497et permettait aux lecteurs de s’identifier aux
écrivains. Les intellectuels de l’époque considéraient le genre épistolaire comme un genre
propice pour traiter tous les thèmes imaginables et atteindre plus facilement les lecteurs. Il
s’agissait d’un genre simple, qui devint une excellente manière de répandre de nouvelles
valeurs
498.
Mais, s’il y a un groupe social qui profita énormément du développement de ce genre
littéraire, ce sont les femmes. Comme nous le verrons, l’écriture et la lecture épistolaires
devinrent d’excellents moyens pour fuir les vies monotones et ennuyeuses menées par une
majorité des femmes de l’époque. Comme le remarque à juste titre Béatrice Didier :
494
« Du petit roman à la comédie en vers : La peruviana de Goldoni », Vierge du soleil, fille des Lumières : la Péruvienne de
Mme de Graffigny et ses Suites, Strasbourg, Groupe d’étude du XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Strasbourg, 1989, p. 147.
495
Trousson, Raymond, Romans de femmes du XVIIIesiècle, op. cit.
496 Jost, François. « Le Roman épistolaire et la technique narrative au XVIIIe siècle », in ComparativeLiterature Studies, n°. 3, 1966, p. 398.
497
Ibid., p. 341.
498
146
L’écriture féminine est une écriture du Dedans : l’intérieur du corps, l’intérieur de la maison. Écriture du retour à ce Dedans, nostalgie de la Mère et de la mer. Le grand cycle est le cycle de l’éternel retour.499
Raymond Trousson, dans son anthologie intitulée Romans de femmes du XVIII
esiècle
500(1996), a analysé ces nouvelles auteures et leurs productions. Il en a conclu que l’univers
étriqué des femmes et l’absence de thèmes destinés aux hommes, comme la politique, la
religion ou la philosophie, faisaient des productions épistolaires des lectures et des créations
fortement recommandées aux femmes. Trousson présente à ses lecteurs la manière dont ces
épistolières écrivaient sur leur monde, leur réalité, en définitive, sur des domaines qu’elles
connaissaient et qui les entouraient. Leurs expériences limitées ne leur permettaient d’aborder
que certains thèmes récurrents tels que les sentiments amoureux, les problèmes domestiques,
la famille, la maternité, le mariage…
Leur sensibilité, la vivacité de leurs passions, cette intelligence du cœur qui l’emporte chez elles sur l’intelligence de l’esprit paraît à la plupart des critiques du dix-huitième siècle les prédestiner à une carrière d’épistolières et de romancières.501
Pour avoir une idée, en termes quantitatifs, de la pratique littéraire épistolaire pendant le
XVIII
esiècle, Éric Paquin
502a effectué une étude statistique qui souligne le grand nombre
d’œuvres épistolaires féminines. Il distingue deux périodes significatives. La première s’étend
de 1761 à 1782. Nous y trouvons 265 œuvres en langue française, parmi lesquelles 58 sont
nées de la plume d’une femme. Pendant la deuxième période, qui va de 1793 à 1838, 173
productions ont vu le jour et 76 d’entre elles ont été écrites par une romancière. De toute
évidence, la deuxième période fut beaucoup plus créative et riche en ce qui concerne les
productions des femmes.
Toutefois, notons que contrairement aux nombreuses écrivaines qui, en Europe,
pratiquaient le genre épistolaire, leurs consœurs espagnoles, elles, ne s’y intéressèrent guère
pendant la période 1789-1840. Teodoro o el huérfano agradecido (1825), écrit par Vicenta
Maturana y Vázquez, Sofía y Enrique (1829), de Ramona Guijarro de Aparisi et El senador
499
Didier, Béatrice, L’écriture-femme, Paris, PUF, 1999 (éd. or. 1981), p. 37.
500 Trousson, Raymond, Romans de femmes du XVIIIe siècle, op. cit., p. 14.
501
Versini, Laurent, Le roman épistolaire, Paris, op. cit., p. 259.
502
Paquin, Éric, « Des lettres fictives d’émigrées (1793-1799) », in Les femmes de lettres, Écritures féminine ou spécifique
147
mejicano o carta de Lermín a Tlaucolde (1836), de María de las Nieves Robledo comptent
parmi les rares exemples de cette petite production féminine
503.
Solo el temor de singularizarse, y la probable seguridad de atraer los tiros de la envidia y la ignorancia, hace que sea tan corto el número de las que han escrito, al paso que la Francia, la Inglaterra y otras naciones de Europa, cuentan con un número tan crecido como distinguido de autoras, que con sus obras han honrado su patria, su sexo y su propio nombre.504
En analysant plus en profondeur cette absence de productions épistolaires hispaniques,
on peut l’expliquer par un important travail de traduction initié par une grande partie des
auteures de l’époque. En 1792, María Romero Masegosa traduisit les Lettres d’une
Péruvienne de Françoise de Graffigny. En 1801, María Jacoba Xarava traduisit Adélaïde, ou
le Triomphe de l’Amour, œuvre anonyme qu’elle croyait de la plume de Félicité de Genlis,
mais dont, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, cette dernière nia totalement la
paternité.
Il est intéressant de préciser que le genre épistolaire doit beaucoup à toutes ces femmes,
écrivaines et traductrices. La sensibilité féminine donne aux femmes auteurs un pouvoir
spécial qui fait d’elles de meilleures épistolières que leurs concitoyens masculins, pensait-on à
l’époque
505. Les intellectuels des Lumières voulurent faire croire qu’une sorte d’union,
presque biologique, existait entre le genre épistolaire et l’univers féminin
506, car ils
s’accordaient « généralement à penser que les femmes jouèrent un rôle de première
importance dans l’intronisation du genre romanesque »
507. Certains vont jusqu’à considérer
ce genre littéraire comme « un fief des femmes »
508.
503
Bermúdez, Berta, El género epistolar y el espacio femenino en Arnalte y Lucenda y Processo de cartas de amores, Indiana, University of Indiana, 2011, p. 24.
504
Borbón Maturana de Gutiérrez, Vicenta, Sofía y Enrique, Madrid, Impr. de Vda. De Villapaldo, 1829, t. 1, prologue, p. 11.
505
Palacios, Emilio, La mujer en las letras en la España del siglo XVIII, op. cit.
506
Ibid., p. 98.
507
Georges May, Le dilemme du roman au XVIII è siècle, Paris, Presses universitaires de France p. 204.
508 Ibid., p. 224-225. Georges May profére une hypothèse selon laquelle les femmes s’interessaient au genre romanesque : « Si, dès le XVIIe siècle, et, très clairement encore, au cours du XVIIIe, tant de femmes écrivirent tant de romans, ce n’est pas directement parce que ceux-ci n’étaient pas assujettis aux règles, mais bien en vertu précisément de la raison, […] pour laquelle ils n’y avaient pas été assujettis ; autrement dit parce que c’était un genre roturier, méprisé, paria, déshérité, et que les hommes leur avaient plus ou moins consciemment abandonné, un peu comme une grande dame abandonne son chapeau démodé à sa femme de chambre. »
148
Le vicomte de Valmont arrive à cette même conclusion dans une de ses lettres à la
marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses, du moins pour ce qui est des lettres
sentimentales :
Comme je ne me dissimule point que ce titre, qui ne paraît d’abord qu’une dispute de mots, est pourtant d’une importance réelle à obtenir, j’ai mis beaucoup de soin à ma lettre et j’ai tâché d’y répandre ce désordre, qui peut seul peindre le sentiment. J’ai enfin déraisonné le plus qu’il m’a été possible : car sans déraisonnement, point de tendresse, et c’est je crois, par cette raison, que les femmes nous sont si supérieures dans les lettres d’amour.509
La littérature épistolaire féminine était caractérisée par un style très libre et, pour certains
intellectuels de l’époque, peu prestigieux
510. La rédaction, un peu à la manière de Madame de
Sévigné, en était simple et sans fioritures. L’écriture était propice à l’expression des
sentiments d’amour, de solitude ou de tristesse, et elle ne nécessitait aucune imagination, ni
pour sa lecture, ni pour sa création. En outre, si nous établissons une comparaison avec la
situation des femmes au XVIII
esiècle, nous nous apercevons que les femmes étaient aussi
reléguées au domaine privé
511(la maison), car le domaine public était destiné aux hommes.
Elles n’avaient pas de grandes connaissances et en quelque sorte, leurs acquis étaient souvent
simples et pratiques. Cette absence de connaissances intellectuelles apprises et cette simplicité
dans leurs vies ont ainsi pu être responsables de la monotonie et de l’étroitesse des thèmes
dans certaines des productions épistolaires
512.
Cela dit, nous ne pouvons pas généraliser parce que, heureusement, certaines grandes
écrivaines de l’époque ont laissé une vaste production épistolaire d’une grande richesse.
Comme nous l’avons déjà évoqué, toutes les femmes n’avaient pas les mêmes envies de
célébrité, de recherche ou d’évolution personnelle.
En outre, pour un important groupe d’intellectuels masculins de ce temps, le genre
épistolaire fut une bonne façon d’étouffer les envies créatrices des femmes en les cantonnant à
un genre précis, et ainsi d’éviter la concurrence de ces collègues féminines dans le monde des
509
Laclos, Pierre-Ambroise-François Choderlos de, Les Liaisons dangereuses, Amsterdam, Durand Neveu, 1782, lettre LXX, p. 94-95.
510
Torras, Francés, Meri, Tomando cartas en el asunto (las amistades peligrosas entre las mujeres y el género epistolar), Zaragoza, prensa Universitaria de Zaragoza, 2001, p. 73.
511
Bolufer Peruga, Mónica, « Lo íntimo, lo doméstico y lo público: representaciones sociales y estilos de vida en la España Ilustrada », in Stud. Historia Moderna, nº 19, 1998, p. 97.
512
149
lettres
513. Comme nous venons de le constater, si le genre épistolaire était si influencé par le
monde féminin, ce n’était pas pour une raison intellectuelle à proprement parler ; c’était plutôt
une question d’organisation sociale.
Une nouvelle réalité s’instaura, la femme produisant donc un texte que l’on pouvait
considérer comme supérieur du côté de l’émotion, mais comme inférieur du côté littéraire.
Si dès le XVIIe siècle, et, très clairement encore, au cours du XVIIIe, tant de femmes écrivirent tant de romans, ce n’est pas directement parce que ceux-ci n’étaient pas assujettis aux règles, mais bien en vertu précisément de la raison […], pour laquelle ils n’y avaient pas été assujettis ; autrement dit parce que c’était un genre routier, méprisé, paria, déshérité, et que les hommes leur avaient plus ou moins consciemment abandonné, un peu comme une grande dame abandonne son chapeau démodé à sa femme de chambre.514
Ces réflexions, à vrai dire très peu flatteuses, sur la production épistolaire féminine, ne
réprimèrent pas l’envie créatrice des femmes, ni l’entrée de celles-ci dans les cercles
intellectuels de l’époque.
Après une première période où les productions épistolaires étaient, dans la plupart des
cas, en relation avec les femmes et leur monde
515, et malgré toutes les condamnations
formulées par les religieux et les philosophes de l’époque, le genre épistolaire devint un genre
consacré dans l’histoire de la littérature. Après la publication du premier
516roman épistolaire
français, Lettres de la religieuse portugaise, en 1669, d’autres œuvres célèbres commencèrent
à apparaître : Lettres persanes (1721), Lettres de la marquise de M*** (1732), Lettres d’une
Péruvienne (1747), La Nouvelle Héloïse (1761), Adèle et Théodore (1781) ou Les Liaisons
dangereuses (1782).
513
Bermúdez, Berta, El género epistolar y el espacio femenino en Arnalte y Lucenda y Processo de cartas de amores, Indiana, University of Indiana, 2011, p. 61.
514
May, Georges, Le dilemme du roman au XVIIIe siècle, Étude sur les rapports du roman et de la critique (1715-1761),
Paris, Presses Universitaires de France, 1963, p. 225.
515
Carrel, Susan, Le soliloque de la passion féminine ou le dialogue illusoire : étude d’une formule monophonique de la
littérature épistolaire (Études littéraires françaises), Paris, Broché, 1982, p. 158.
516
Il faut préciser que même si les intellectuels des Lumières ont été de grands spécialistes du genre épistolaire, le premier roman de ce genre que nous connaissons date de 1548. Il s’agit de l’œuvre Processo de cartas de Amores, de l’écrivain espagnol Juan de Segura.
150
C’est au dix-huitième siècle que le genre épistolaire se déploie et se propage dans toute sa puissance, sous la plume enchanteresse des écrivains les plus fameux et les plus divers.517
Comme nous l’avons déjà mis en évidence, les lettres étaient un outil indispensable dans
les sociétés cultivées européennes. Ainsi, beaucoup d’écrivains adoptèrent ce genre en raison
de sa capacité à traiter toutes sortes de thèmes avec souplesse. Les romans épistolaires ont été,
au XVIII
esiècle, des succès de librairie
518. Les romanciers ont compris l’importance de la
vraisemblance des histoires racontées pour la réception par le public, qui aimait à s’identifier
aux différents personnages.
Pour donner cette impression de vraisemblance, les auteurs décidèrent de catégoriser le
genre épistolaire de deux manières : les romans épistolaires à une voix et à multiples voix
519.
Le premier type centre toute l’attention sur le protagoniste, c’est-à-dire le personnage écrivant
des lettres. Ces romans donnent l’impression au lecteur qu’il est le destinataire direct de ces
lettres. Il devient un confident passif et muet et même parfois invisible ou inexistant
520. Ces
textes sont présentés presque comme un soliloque et risquent de devenir un peu monotones.
Les Lettres de la religieuse portugaise (1669), les Lettres d’une Péruvienne (1747) ou Adèle
de Sénange, ou, Lettres de Lord Sydenham (1798), sont de très bons exemples. Susan Lee
Carrell a réalisé une vaste étude, dans son œuvre Le soliloque de la passion féminine
521(1982), sur la suprématie des thèmes amoureux dans ces types de productions. Le point de
départ de son étude est précisément les lettres d’une femme amoureuse qui justifiait sa
correspondance par l’absence de son confident et par un grand besoin d’exprimer ses
sentiments. L’auteure considère que les lecteurs deviennent, d’une manière indirecte, les
nouveaux confidents de ces femmes malheureuses.
L’impératif technique de l’absence du correspondant rejoint une nécessité plus essentielle, qui est celle-là même de la signification de l’œuvre soit l’expression d’une passion vécue non pas selon le modèle traditionnel du dialogue amoureux, mais dans la séparation radicale et la plus absolue déréliction. La lettre
517
Lanson, Gustave, Choix de lettres du XVIIe siècle, Paris, Hachette, 1895. L’introduction a été reprise dans un recueil
d’articles de Lanson, rassemblés par Henri Peyre : Essais de méthode, de critique et d’histoire littéraire, Paris, Hachette, 1965, sous le titre : « Sur la littérature épistolaire », p. 259-289.
518
Albertan-Coppola, Sylviane, Abbé Prévost, Manon Lescaut, Paris, PUF, 1995.
519
Carrel, Susan, Le soliloque de la passion féminine ou le dialogue illusoire : étude d’une formule monophonique de la
littérature épistolaire (Études littéraires françaises), Paris, Broché, 1982, p. 108.
520
Paquin, Éric, Le récit épistolaire féminin au tournant des Lumières et au début du XIXe siècle (1793-1837) : adaptation et renouvellement d’une forme narrative, op. cit.
521
151
sans réponse est le signe tangible de cette passion solitaire, et la correspondance monodique la sorte d’oxymoron où se résument à la fois le paradoxe d’une situation amoureuse et celui d’une pratique.522