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Grenoble d'hier à aujourd'hui - Electre NG

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Academic year: 2023

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JEAN SERROY

G R E N O B L E

d'hier à aujourd'hui

Les Editions de l'Aurore 8 place Grenette - 38000 Grenoble

76.54.32.00

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Tout v i s i t e u r qui arrive à G r e n o b l e en r e m a r q u e d'abord l'exceptionnelle situation. La ville, qui s'étend le long des branches d'un Y formé par le confluent des val- lées du Drac et de l'Isère, bénéficie d ' u n cadre majes- tueux : les chaînes du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne tracent tout autour d'elle un cercle de mon- tagnes qui, de tout temps, a impressionné les voyageurs qui découvraient le site. Le Breton Le Pays, venant au XVIIe siècle prendre sa charge de directeur des Gabelles en Dauphiné, a laissé une description qui traduit bien ce sentiment de saisissement, mêlé même d'un peu de crain- te : «Je vous avouerai, écrit-il à un de ses correspondants, q u ' e n y arrivant, j'ai été surpris. Sa situation extraordinai- re m ' a donné un étonnement, dont je ne suis pas bien re- venu, et que vous ne trouverez point étrange, quand je vous aurai dit qu'elle est située dans un vallon entouré de montagnes si prodigieuses, que quand on y est, on croit être dans un monde particulier. L'on ne sait presque par où on y a pu entrer, par où l'on en pourra sortir, ni par où avoir commerce avec le reste du monde. Cependant, ce vallon, ces montagnes, et tous ces rochers qui semblaient destinés du Ciel pour servir de demeure aux ours et autres bêtes sauvages, sont habités par les gens du monde les plus civilisés et les plus polis. Les h o m m e s y ont de l'adresse et de l'esprit infiniment. Les femmes y sont bien faites et, quoique montagnardes, ne peuvent point passer pour des bêtes farouches.»

Si les ours ont aujourd'hui disparu des forêts dauphi- noises et si les Grenobloises ont acquis meilleure réputa- tion, les montagnes demeurent et présentent toujours au regard cette ligne de e r ë ^ é ^ ^ u e , qui distingue Grenoble

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de toutes les autres villes françaises de son importance.

Les vrais Grenoblois vantent volontiers leur ville de ce qu'au bout de chacune de ses rues, elle offre un sommet qui se profile. Et sans doute est-ce ce contact séculaire avec la montagne, à la fois protectrice et menaçante, qui a forgé le caractère dauphinois, un peu froid, pas toujours facile d'accès, mais dur au labeur, tenace, entreprenant et farouchement indépendant. Et si la ville elle-même paraît présenter la même froideur et ne se laisse pas saisir faci- lement, elle réserve à qui veut bien prendre le temps de s'y attarder et de la regarder de près bien des surprises.

TEXTE ET NOTICES

Pour le confort du lecteur, et pour préserver le fil rédac- tionnel des chapitres, les développements particuliers sur un site, une période ou un personnage sont signalés dans le texte par la mention "notice sur...". Chaque notice est présentée sur papier grisé, ponctuée parfois d'un document photographique, à la fin de chacun des 5 chapitres :

— Panorama, p. 5

— Le Grenoble ancien, p. 31

— Le Grenoble classique, p. 99

— Le Grenoble moderne, p. 145

— Le Grenoble de l'avenir, p. 185

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CHAPITRE 1

PANORAMA

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L'espace et le temps

Se promener dans une ville, c'est se promener dans le temps. L'espace où s'inscrit toute agglomération est modelé par les siècles, les hommes l'organisant en fonction de leurs besoins et de leurs désirs, et les aléas de l'histoire se char- geant d'en modifier la structure et les formes, au fil d'une longue durée qui dépasse la mesure des vies humaines.

L'habitant d'une cité n'en a jamais qu'une vue ponctuelle, incomplète, passagère. A peine peut-il, avec le recul de quelques décennies, s'apercevoir, en comparant les lieux de sa jeunesse à ceux de son âge mûr puis de sa vieillesse, que sa ville change, comme un corps vivant en perpétuelle trans- formation. Chaque génération y a apporté son empreinte, et les strates ainsi s'accumulent, faites de la vie de ceux qui se sont succédé dans ce même lieu, et dont les traces, bien vi- sibles d'abord, s'effacent peu à peu pour se fondre dans d'autres traces, dans lesquelles le promeneur, plus tard, s'ef- forcera de mettre ses propres pas.

Visiter Grenoble à l'aube de l'an 2000, c'est ainsi tra- verser plus de vingt siècles d'histoire, depuis l'antique Cularo des temps gallo-romains jusqu'à la cité olympique et au pôle scientifique et économique des temps modernes.

C'est parcourir un espace-temps qui imbrique la topogra- phie et la chronologie, chargé qu'il est de la vie et de l'acti- vité de tous ces hommes qui ont créé, développé, fait vivre et prospérer la cité.

Notre démarche sera donc tout naturellement histo- rique : pour connaître et comprendre le Grenoble d'au- jourd'hui et de demain, il faut savoir arpenter le Grenoble d'hier. La chose n'est pas si facile : la prodigieuse croissan-

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ce de la ville au XIXe puis, surtout, au XXe siècle en a transformé en profondeur le visage. L'expansion de l'agglo- mération, depuis les années 1950-60 tout particulièrement, a fait éclater un cadre qui, malgré quelques transformations, était finalement resté relativement stable au long des siècles, appuyé sur les rives de l'Isère, voie de passage et de trafic à l'origine de la cité. On peut même affirmer que Grenoble a plus changé en 50 ans qu'en 20 siècles. Et les projets et tra- vaux en cours risquent encore d'accentuer ce mouvement.

Toutefois, l'aménagement de la ville moderne s'est fait avec la volonté de préserver la ville ancienne. Et si le XXe siècle aura été celui de l'explosion urbaine, il aura été aussi celui d'un retour aux origines, par la restauration du centre an- cien. Si bien des vestiges ont disparu, et si l'histoire même de la ville explique qu'elle ne dispose pas, par suite de cir- constances et de conditions sur lesquelles nous reviendrons, d'un capital architectural capable de rivaliser avec celui de certaines grandes villes françaises de sa taille, Grenoble offre pourtant, à qui sait les rechercher, ses propres ri- chesses, et qui ne manquent ni d'importance ni d'intérêt.

Prendre la Bastille

Une des particularités de Grenoble, c'est que cette ville entourée de montagnes et de reliefs abrupts est en fait une des plus plates de France. Dans le périmètre de la ville, pas la moindre côte ni la plus petite dénivellation. Les cyclistes qui redoutent les montées difficiles trouvent ici un terrain de choix... Sauf s'ils se risquent sur les contreforts de la cité.

Car là, aussitôt, la pente est rude.

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Pourtant, c ' e s t d ' e n haut que Grenoble se laisse le mieux saisir. Le promontoire de la Bastille, qui s'élève au- dessus de l'Isère, constitue un point parfait pour appréhen- der la ville dans sa totalité et sa diversité. Ceux qui ont le jarret résistant peuvent gagner l'endroit par leurs propres moyens. On peut en effet y accéder à pied par un jardin qui occupe tout le flanc de la colline, le Jardin des Dauphins, qui se prolonge un peu plus haut par le Parc Guy Pape, et dont l'entrée se situe le long de l'Isère, à gauche après la Porte de France qui marque l'entrée de la ville lorsqu'on y arrive par l'autoroute en provenance de Lyon. Des petits sentiers escarpés permettent d'atteindre, en une bonne demi- heure, au milieu des arbustes et des passages en encorbelle- ment, le site de la Bastille. La montée de Chalemont, un peu plus loin le long des quais, à l'embranchement de la rue Saint-Laurent, mène également, par des rampes d'escaliers assez raides et des tunnels percés dans les fortifications, jusqu'au promontoire. Mais la plupart des promeneurs, vu le degré de la pente, préfèrent réserver ces itinéraires pour la descente ! Une autre façon de gagner la Bastille, en voiture ou en vélo (mais ça grimpe !), est de contourner la colline par une petite route étroite qui prend derrière la mairie de La Tronche, la commune qui se situe dans le prolongement des quais en continuant sur la rive droite de l'Isère, sans traver- ser les ponts.

Le troisième moyen, le plus rapide et le plus spectacu- laire, consiste à emprunter le téléphérique qui, sur fond de montagnes enneigées, constitue le cliché sans doute le plus souvent reproduit de la capitale dauphinoise.

A partir de la gare située sur la rive gauche de l'Isère, les fameuses bulles entièrement vitrées emportent les visi-

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teurs, dans un trajet qui les fait s'élever au-dessus de l'Isère puis grimper le long de la pente très abrupte de la colline, jusqu'à la plate-forme terminale aménagée sur l'emplace- ment d'un ancien fort qui domine la ville (notice sur le télé- phérique, p. 20). Au-dessus du restaurant qui prolonge la gare d'arrivée, un belvédère offre une vue panoramique de la ville et des montagnes qui l'entourent. C'est d'ici que l'on peut le mieux voir Grenoble, dans un coup d'œil qui embrasse non seulement sa situation géographique et sa configuration urbaine, mais aussi son développement histo- rique.

Un carrefour

Du belvédère de la Bastille, la première chose qui appa- raît à qui laisse son regard envelopper le site, c'est l'enca- drement montagneux qui délimite le bassin en forme d'im- mense entonnoir où s'est développée l'agglomération. Trois massifs se présentent successivement à l'œil.

A main droite, en regardant la cité, une longue barre ro- cheuse vient légèrement s'évaser à la verticale de la ville : c'est le massif du Vercors. L'échancrure que l'on aperçoit est celle de Saint-Nizier, qui constitue une des voies d'accès à ce plateau que les combats de la Résistance ont contribué à faire entrer dans l'histoire (notice sur le Vercors 1944, p. 21).

Sous le pic rocheux (le Moucherotte) et les aiguilles (les Trois Pucelles) qui surplombent cet évasement, on peut apercevoir le ruban bétonné du sautoir olympique où, en 1968, les champions de saut à ski s'envolèrent pour des vols i m p r e s s i o n n a n t s . Le long des flancs de la m o n t a g n e ,

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quelques communes limitrophes témoignent du développe- ment continu de l'agglomération, jusque sur les contreforts des montagnes qui l'entourent : Seyssins, construit au dé- bouché d'une voie romaine qui, par la vallée de la Gresse et le col de Comboire, permettait les échanges avec le sud, et Seyssinet-Pariset, dont la fondation remonte également fort loin et qui possédait, au XIIe siècle, un imposant château fort d o n t il ne s u b s i s t e q u ' u n e des « m e r v e i l l e s du Dauphiné», la célèbre Tour Sans Venin (notice sur la Tour Sans Venin, p. 23).

L'éperon rocheux visible de Grenoble constitue la bor- dure est du Vercors, et se prolonge dans une barre verticale abrupte et parfaitement rectiligne sur une cinquantaine de kilomètres, au-dessus de laquelle s'étendent les hauts pla- teaux. Au pied de cette longue muraille qui semble comme suspendue au-dessus de la vallée, coule une des deux ri- vières qui sont à l'origine de la fondation de Grenoble : le Drac. Torrent plutôt, qui achève là un cours de 150 km, et dont, à l'époque glaciaire, les alluvions, après avoir tapissé les grands plateaux du sud du sillon alpin, venaient joindre leurs glaces à celles du glacier de l'Isère. Ayant conservé au fil des âges son cours torrentueux, le Drac, dont la force transparaît bien à travers son étymologie de «Draco / Dra- gon», venait se jeter dans l'Isère, au pied même de la Bastille, contribuant à repousser le cours de celle-ci contre les falaises de calcaire tithonique. Dans une vallée dont la très épaisse couche glaciaire (probablement de 1 500 m à 2 000 m) avait progressivement été comblée par les allu- vions des cours d'eau qui lui assuraient une parfaite planité, le cours du Drac, gonflé de toute l'eau de la fonte des neiges, plaçait la plaine grenobloise sous la menace constan-

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te de ses inondations. Si le grand mouvement glaciaire avait ainsi creusé, avec la vallée de l'Isère, une voie de passage naturelle reliant le monde alpin à la vallée du Rhône, le point de confluent des deux rivières, Drac et Isère, formait donc une sorte de marécage fluvio-glaciaire, peu propice, semble-t-il, à l'installation sédentaire d'une communauté. Et l'histoire, qui a conservé la trace de près de 150 inondations catastrophiques dues au déferlement du Drac, maintient dans l'inconscient collectif des Grenoblois une appréhen- sion latente, que les travaux modernes d'endiguement du Drac et, en amont, les retenues des multiples barrages qui régulent le cours des torrents qui descendent des hautes val- lées alpines, n'ont pas totalement fait disparaître.

A gauche de l'échancrure qui marque le débouché de la vallée du Drac et de son affluent la Romanche, les pentes à nouveau s'élèvent, et une succession de sommets, souvent enneigés, constituent le deuxième massif qui encadre le site grenoblois : c ' e s t la chaîne de B e l l e d o n n e , elle-même contrefort avancé du massif de l'Oisans et terminaison de l'alignement montagneux que forment les massifs centraux des Alpes du Nord. Fermée à son extrémité sud par la puis- sante masse du Taillefer, la chaîne s'allonge vers le nord, des sommets de Chamrousse-Roche Béranger j u s q u ' a u x Sept Laux, dominant la vallée du Grésivaudan où coule l'Isère. De petites collines morainiques, constituées des dé- bris d'accumulations glaciaires, s'étendent en chapelet au pied de la chaîne elle-même et forment comme une transi- tion avec l'arrière-plan de cimes élevées et de reliefs escar- pés qui donnent à la ville son cadre véritablement alpin. Ici commence en effet le domaine de la haute montagne ; derriè- re les 2 978 mètres du Pic de Belledonne, le massif de l'Oisans

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culmine à des hauteurs voisines de 4 000 mètres : 3 946 mètres au Mont-Pelvoux, 3 983 mètres à la Meije, 4 102 mètres à la Barre des Ecrins. Royaume du ski, qui valut à Grenoble d'être choisi comme site olympique lors des Jeux d'hiver de 1968 (notice sur les Jeux Olympiques de 1968, p. 24), les stations de Chamrousse et de Prapoutel offrent aux Greno- blois leurs pistes de ski alpin et de ski nordique à 3/4 d'heure à peine de la ville.

A la jointure de la vallée et des premiers contreforts, plusieurs communes forment la couronne de l'aggloméra- tion grenobloise : Echirolles, Eybens, Saint-Martin d'Hères, Gières enfin, au débouché de la gorge du Sonnant, qui conduit vers Uriage, célèbre, depuis l'antiquité romaine, pour ses eaux thermales. Puis, le long de l'Isère, en remon- tant vers le nord, Domène, Lancey, Brignoud, berceaux de la houille blanche, ont conservé, depuis Aristide Bergès et le XIXe siècle, une importante activité industrielle, notamment dans le domaine de la papeterie (notice sur Aristide Bergès et la houille blanche, p. 25). Enfin, loin derrière, à l'hori- zon, dominant les multiples sommets qui constituent, au- delà de la vallée de la Maurienne, les Alpes du Nord, se pro- file, lorsque le temps est clair, la pointe du Mont-Blanc avec ses 4 807 mètres.

Sur l'autre rive de l'Isère, à main gauche, la vallée du Grésivaudan est dominée par le troisième et dernier grand massif qui encadre Grenoble : la Chartreuse. Le promon- toire de la Bastille, à partir duquel nous jetons ce regard cir- culaire sur le bassin grenoblois, en est lui-même la pointe la plus avancée. La vallée du Grésivaudan, qui se prolonge, au-delà du Touvet, j u s q u ' à l'échancrure du Granier qui ouvre sur Chambéry, est dominée par les pentes et la falaise

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abrupte du Saint-Eynard. Au flanc de la montagne, quelques vignes rappellent que la vallée produisait autrefois de nom- breux vins. Mais l'endroit, bénéficiant d'un micro-climat dû à une exposition particulièrement ensoleillée et d'une vue unique sur la chaîne de Belledonne qui lui fait face, s'est au- jourd'hui transformé en zone d'habitation privilégiée : les communes de Biviers, Meylan, Corenc, La Tronche forment la banlieue résidentielle de la ville. Les dominant, la route du Col de Porte mène, par Le Sappey, au cœur du massif lui-même, et permet de gagner le fameux monastère de La Grande-Chartreuse (notice sur La Grande-Chartreuse, p. 26).

Au-dessus de l'éperon rocheux sur lequel s'élève la Bastille, les monts Jalla et Rachais sont bordés, cette fois-ci à main droite par rapport au belvédère où l'on se trouve, par le col de Clémencières, autre voie de pénétration dans le massif ; puis, continuant à longer l'Isère une fois que celle-ci a reçu les eaux du Drac, la Chartreuse domine, par la masse impo- sante du Néron qui fait face au Vercors, le débouché de la vallée. Ainsi se ferme le cirque de montagnes, troué de val- lées, qui enserre l'ensemble du site grenoblois.

Cette configuration très particulière explique largement les origines de la ville. Dès la préhistoire, le glacier de l'Isère vint, sous l'effet de sa rencontre avec le glacier du Drac et de l'obstacle formé par les masses montagneuses du Vercors et de la Chartreuse, changer de direction pour se frayer un passage lui permettant de poursuivre sa route vers la vallée du Rhône. Ainsi se trouvait constituée la plus im- portante voie naturelle servant de débouché au massif alpin.

Au confluent des deux vallées de l'Isère et du Drac, bénéfi- ciant du rempart des montagnes qui l'entourent, le carrefour ainsi constitué, tant fluvial que routier, était naturellement

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appelé à favoriser l'implantation de communautés pouvant vivre de l'échange. S'il semble que les hommes de la pré- histoire, peu attirés par le fond des vallées, élirent plutôt do- micile, pendant les périodes interglaciaires, dans les massifs du Vercors et de la Chartreuse, où de nombreux foyers pa- léolithiques ont été mis à jour, c'est très tôt que des groupes vinrent s'installer dans ce lieu de passage. La civilisation dite des champs d'urnes, au Xe siècle avant notre ère, puis celle de Hallstatt, vers le VIe siècle, virent des hommes s'installer là, pas de façon sédentaire, mais en fonction des richesses naturelles, bronze, fer, étain, que recelaient les montagnes alpines. Le Dauphiné est dès ce moment-là un maillon de la chaîne qui relie les Iles Cassitérides à l'Italie, sur la route de l'étain. Mais ce sont les Celtes qui, installés dans le bas Dauphiné et la vallée du Rhône dès le milieu du VIIe siècle, gagnent progressivement les Alpes. Ce sont eux qui vont véritablement constituer les groupes de peuplement et marquer de leur nom la toponymie. Les Vertamocorii se retrouvent dans le Vercors, les Tricorii dans le Trièves, les Uceni dans l'Oisans. Et les plus célèbres d'entre eux, les Allobroges, choisissent vers 450 avant J.-C. de s'installer sur la rive gauche de l'Isère, à l'abri des inondations, sur un tertre formé par les dépôts alluviaux de l'Isère et du Drac, dans un périmètre qui forme la partie la plus ancienne de la cité et qui se situait sur l'emplacement actuel du quartier qui entoure l'église Saint-André, dont on aperçoit le clocher flanqué de ses quatre clochetons directement à l'aplomb du belvédère de la Bastille. Cette première bourgade, au fond de la vallée, les Celtes lui donnent un nom directement en relation avec sa situation de cul-de-sac : Cularo. C'est le premier Grenoble.

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Sous les toits de Grenoble

De la même façon que la situation surplombante de la Bastille permet d'embrasser d'un seul coup d'œil l'environ- nement général de l'agglomération, elle donne de la ville elle-même une sorte de vue aérienne qui a l'avantage d'of- frir comme une leçon d'histoire, inscrite dans les signes vi- sibles de son développement urbain. Du belvédère où l'on se trouve, trois cercles successifs semblent en effet s'élargir de façon concentrique jusqu'au cercle des montagnes, sen- sibles chacun à la couleur des toits.

Au pied de la Bastille, de l'autre côté de l'Isère, un noyau bien délimité étale ses toits ocres, dans un lacis très serré de voies étroites. C'est le vieux Grenoble, celui-là même qui, de la ville romaine j u s q u ' a u XIXe siècle, est resté pratiquement confiné sur l'emplacement initial de l'an- tique Cularo, s'élargissant simplement au fil d'enceintes successives. C'est au cœur de ce Grenoble-là que naquit le jeune Henri Beyle, dans une rue appelée alors «des Vieux Jésuites», et devenue depuis «Jean-Jacques Rousseau». Et, avant de devenir Stendhal, il eut tout le loisir de connaître ces rues sombres et étroites, héritées de l'urbanisme médié- val, et de ne guère les apprécier (notice sur Stendhal et Grenoble, p. 28).

Au-delà de ce premier cercle s'élargit une deuxième zone, reconnaissable à la couleur gris-bleu des toits en ar- doise des immeubles bourgeois, témoins de l'expansion de la ville tout au long du XIXe siècle. Par rapport à l'enchevê- trement de la ville ancienne, un caractère nettement plus aéré distingue cette deuxième couronne. Voies larges et droites, places aux contours amples et bien tracés, trouées

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vertes des parcs et des jardins : l ' a m é n a g e m e n t urbain conquiert un espace nouveau, en s'étendant notamment vers l'ouest, soit à main droite quand on regarde de la Bastille.

Pour la première fois, la ville se projette en dehors de son périmètre originel, déborde les enceintes qui la maintenaient enserrée dans des limites étroites et, tout en restant encore de dimension modeste, commence à occuper les terrains qui l'entourent. C'est la première véritable explosion urbaine, contemporaine de la révolution industrielle et de l'expan- sion économique qu'elle engendre.

Cette conquête de l'espace, la ville va la poursuivre et l'amplifier dans la seconde moitié du XXe siècle. Le troisiè- me cercle s'étend jusqu'aux limites extrêmes des montagnes et des collines, et occupe pratiquement l'ensemble du bas- sin. La tonalité d'ensemble est blanche : les toits à pentes, couverts de tuiles ou d'ardoises, s'effacent pour laisser place aux terrasses plates des constructions modernes. Les im- meubles gagnent en hauteur, le long de grands boulevards et d'artères rectilignes qui prolongent comme en éventail les grands axes de circulation jusqu'aux communes limitrophes, désormais englobées dans ce grand Grenoble. Des édifices à l'architecture audacieuse rythment l'ensemble : trois tours imposantes plantées à main gauche, comme les trois roses emblèmes de la ville ; voile de béton tendue dans l'espace du stade de glace ; plus loin bâtiment blanc et noir, sem- blable à la coque d'un cargo, de la Maison de la Culture.

Mais aussi, dans cet espace en expansion, un urbanisme moins nettement régulier que celui des deux noyaux cen- traux : signe d'une ville qui fait craquer ses limites, et qui intègre ses activités de commerce, d'industrie, de recherche, de loisirs à son propre développement. De gauche à droite

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on découvre ainsi la Zirst de Meylan, véritable parc d'entre- prises spécialisées dans la haute technologie ; puis, dans la direction de Belledonne, la vaste étendue du campus univer- sitaire ; formant ensuite le fond du bassin, au-delà de la masse dense de la Villeneuve, les zones d'activité écono- mique des communes limitrophes, où se concentre une gran- de part de l'activité de l'agglomération. Enfin, bouclant le cercle, à main droite, le vaste quadrilatère aménagé par les cours du Drac et de l'Isère avant qu'ils se rejoignent, et où se retrouvent le Centre d'Etudes Nucléaires et le Synchro- tron, qui font de Grenoble un des grands pôles scientifiques européens.

Ainsi, du haut de ce promontoire privilégié, qui faisait déjà dire à une illustre visiteuse, la duchesse d'Orléans, en 1829, qu'on y jouissait d'un spectacle «d'une beauté impos- sible à décrire», Grenoble apparaît dans son cadre de mon- tagnes, occupant tout l'espace au confluent des vallées de l'Isère et du Drac. Contemplant le site du haut des toits de son lycée, Stendhal, dont on a dit qu'il n'était pas toujours tendre pour la ville où il est né, a lui-même souligné le ca- ractère exceptionnel de ce panorama, affirmant même que

«cet ensemble est bien voisin de la perfection», et allant j u s q u ' à se poser, dans son enthousiasme juvénile, cette question qui témoigne, en même temps que d'une exaltation romantique, de la fascination qu'a exercée sur lui le pays natal : «Que pourrais-je ajouter à cela, si j'étais le Père Eternel ?»

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LE GRENOBLE CULTUREL ET PRATIQUE

Archives Départementales, 2 boulevard des Adieux, tél. 76-54-37-81.

Bibliothèque M u n i c i p a l e , 4 boulevard Maréchal-Lyautey, tél. 76-46-01-56.

C e n t r e N a t i o n a l d ' A r t C o n t e m p o r a i n , 155 cours Berriat, tél. 76-21-95-84.

Maison de la Culture, 4 rue Paul-Claudel, tél. 76-25-05-45.

Musée Dauphinois, 30 rue Maurice-Gignoux, tél. 76-87-66-77.

Musée H é b e r t d ' U c k e r m a n n , chemin Hébert, La Tronche, tél. 76-42-46-12.

Musée de Peinture et de Sculpture, place de Verdun, tél. 76-54-09-82.

Musée de la Résistance et de la Déportation, 14 rue Jean-Jacques Rousseau, tél. 76-44-51-81.

Musée Stendhal, 1 rue Hector-Berlioz, tél. 76-54-44-14.

Muséum d'Histoire Naturelle, 1 rue des Dauphins, tél. 76-44-05-35.

Salle Olivier Messiaen (Ensemble Instrumental de Grenoble), 1 rue du Vieux-Temple, tél. 76-42-43-09.

Pour les salles de théâtre et de cinéma, ainsi que pour les bonnes adresses commerciales, hôtels, restaurants, librairies, etc..., on peut consulter Le Dahut ou Le Petit Futé, deux guides qui paraissent chaque année.

Pour toute urgence : Hôtel de Police, 36 boulevard Maréchal-Leclerc, tél. 76-60-40-40.

Pour tout renseignement pratique, concernant hôtels, campings, visites : Maison du Tourisme, 14 rue de la République, tél. 76-54-34-36.

Horloge des Neiges, 14 rue de la République, tél. 76-54-30-80.

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INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

Pour tout ce qui concerne les aspects historiques, les ou- vrages de base sont :

— Le Vieux Grenoble, ouvrage collectif, 3 volumes, Ed.

Roissard, 1968-1970,

— Histoire de Grenoble, sous la direction de Vital Chomel, Ed. Privat, 1976, que l'on peut compléter par Histoire du Dauphiné, sous la direction de Bernard Bligny, Ed. Privat,

1973, et par Paul Dreyfus, Grenoble, Ed. Arthaud, 1980.

Pour une approche plus générale, on peut consulter Dauphi- né, coll. "Encyclopédies régionales", Ed. Christine Bonne- ton, nouv.éd., 1991.

Pour l'histoire des rues et des lieux, voir :

— Madeleine Rivière-Sestier, Grenoble secret, Ed. Didier- Richard, 1968.

— Claude Muller, Grenoble, des rues et des hommes, Ed.

Dardelet, 1975.

Pour l'histoire de l'urbanisme, voir Jean-François Parent, Grenoble : deux siècles d'urbanisation, Ed. des P.U.G., 1982, et, pour le Grenoble contemporain : Jacques Joly et Jean-François Parent, Paysage et politique de la ville. Gre- noble de 1965 à 1985, Ed. des P.U.G., 1988.

Pour les aspects littéraires, voir Nadine Favre, Promenades littéraires à Grenoble, Ed. Ouest-France, 1991, et surtout l'œuvre de Blanc-la-Goutte, Grenoblo Malhérou, préface de

Referências

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