2.2 Programa Bolsa-Família (PBF)
2.2.1 Caracterização do Programa Bolsa-Família (PBF)
Prendre pour objet l'univers français des formations supérieures en gestion, du milieu des années 1960 au milieu des années 1990, nous conduit à analyser le fonctionnement et les transformations d'une zone frontière entre champ économique et champ universitaire, entre marché et discipline. Les fondements sociaux de cet espace disciplinaire hétéronome seront analysés en trois temps.
Une première partie se centre sur une transformation majeure de l'univers des formations supérieures de gestion : l'émergence entre 1965 et 1975 d'un corps enseignant permanent spécialisé en marketing, contrôle de gestion, finance, etc. Au milieu des années 1960, les formations en gestion sont dispersées, inégalement valorisées, ancrées dans l'enseignement technique, très marginales dans les universités, nombreuses dans des instituts dépendant directement des entreprises. Les savoirs sont diffusés par des praticiens et des enseignants qui ne sont pas spécialisés en gestion. Nous analyserons les positions relatives de ces différents types de formation en précisant sur quelles formes de légitimité entrepreneuriale et de légitimité scolaire elles reposent. Ces formations en gestion entrent de plain-pied dans l'enseignement supérieur au moment où des changements structurels affectent le champ universitaire et le champ économique et où une mobilisation politique en faveur de cet enseignement aboutit à la création de la FNEGE et à l’apparition d’une filière de gestion à l’université. Cette politique universitaire ne se mettra pas en œuvre sans opposition. Mais le développement de la gestion prendra surtout la forme d’un renouveau des établissements existant, qui sera également conflictuel. C’est à l’échelle des instituts universitaires et des écoles de commerce que nous analyserons la constitution des corps enseignants permanents qui ancrent la gestion comme discipline d'enseignement supérieur. Leur savoir sur le monde de l'entreprise, acquis le plus souvent en Amérique du Nord, constitue une ressource qui progressivement devient incontournable dans les établissements de formation en gestion et qui tend à s'autonomiser, c'est-à-dire à exister indépendamment de ces institutions. Nous montrerons comment l'adjonction de ce nouveau type de capital bouleverse en partie la "division du travail" entre institutions privées, consulaires, universitaires, et à l'intérieur même des établissements d'enseignement. Comment cohabitent ou s’opposent les savoirs des praticiens et les savoirs savants ? Comment réagissent les fractions patronales qui soutiennent traditionnellement les écoles de commerce et les universitaires
des facultés de droit et de sciences économiques ? Analyser la professionnalisation des enseignants de gestion fait apparaître les tensions qui structurent cet univers disciplinaire, y compris les oppositions internes aux spécialistes de management.
Comprendre l'émergence de cet espace disciplinaire hétéronome nécessite d'analyser précisément qui sont les agents qui s'y sont engagés, se le sont appropriés et ont contribué à le reproduire. Notre deuxième partie est ainsi axée sur les parcours biographiques des enseignants spécialisés en gestion, abordés dans une double comparaison entre différents états du champ et différents devenirs professionnels. Nous nous intéresserons tout d’abord aux "pionniers" de l’enseignement universitaire, les premiers directeurs d’instituts d’administration des entreprises qui sont aujourd’hui plus ou moins constitués en "figures disciplinaires". Quelles ressources ont-ils investies dans ces instituts et dans quelle mesure se sont-ils impliqués dans cette formation ? Ont-ils joué un rôle de savant, d’enseignant, d’organisateur, de conseiller auprès de chefs d’entreprise ou d’expert auprès d’instances économiques ? Nous nous intéresserons également à leur rôle durant l’institutionnalisation de la gestion comme discipline et à leur perception de ce développement rapide. L'analyse des trajectoires des "boursiers" de la FNEGE formés au management en Amérique du Nord dans les années 1970 a un autre intérêt. Outre qu’elle permet d’étudier les effets du développement de la discipline sur les carrières, elle donne la possibilité de s'interroger a posteriori sur l'espace des possibles (social, professionnel, intellectuel...) qui s'offrait à eux avant, durant et à la suite de leur séjour de formation, et sur les dispositions particulières éclairant les investissements, plutôt académiques ou plutôt entrepreneuriaux, de chacun dans l'univers du management. Tous "missionnaires du management", ils n'importent pas moins d'Amérique du Nord des conceptions différentes et réalisent des carrières variées — professeurs de gestion mais aussi dirigeants d'institution de formation, consultants enseignant, cadres-dirigeants d'entreprise ou d'organisation — dont il faut analyser les ressorts. Nous nous intéresserons au poids des facteurs morphologiques qui structurent les possibles professionnels et intellectuels et sur l'impact du "modèle américain" dans la valorisation de cet univers des années 1950 à aujourd'hui. Nous aborderons ainsi les conditions de reproduction de cette discipline hétéronome et les transformations du métier d’enseignant de gestion dans sa conception la plus académique ou la plus entrepreneuriale.
La troisième et dernière partie se centre sur les modes de production savante propres à cet univers disciplinaire à travers une étude des revues dans lesquelles
s'investissent les enseignants du supérieur en gestion dans les années 1990. Aborder la production savante contemporaine, que l’on peut analyser comme un produit de l’autonomisation relative de cette discipline, constitue une façon de rendre compte de la conciliation des intérêts économiques et des intérêts savants en intégrant davantage la logique interne de ces formations. Comme dans toute discipline, publier dans des revues, participer à un comité de rédaction ou de lecture est devenu une activité ordinaire des enseignants des écoles de commerce ou des universités et intervient à ce titre dans les "présentations de soi" des spécialistes que nous étudierons. Mais la question du public visé et de l'utilité des articles diffusés se pose d'une façon particulière pour ces sciences de l'action. Après avoir pris pour objet l’éventail des publications dans lesquelles écrivent les gestionnaires, nous tenterons, sur la base d’un corpus limité, d'en objectiver les ressources, c’est-à-dire de construire des indicateurs précis de légitimité académique, entrepreneuriale, internationale, etc. L’analyse détaillée de trois revues a priori opposées Finance, revue académique spécialisée créée en 1982, la Revue française du
marketing, issue de l’Association pour le développement des études de marchés créée en
1964 et Gérer et comprendre, publiée par l’Ecole des mines de Paris depuis 1985 nécessite d’explorer, outre leur contenu, les conditions de création de des publications et les fractions patronales qui les soutiennent. Cette étude sera l’occasion de décrire les fondements des modes de production concurrents qui cohabitent dans cet univers.
Ainsi, rendre compte de l'univers de la formation supérieure en gestion en changeant de focales d'observation et en analysant différents états du champ doit permettre de contribuer tant à une sociologie de l'enseignement supérieur, en intégrant les enjeux économiques et financiers des disciplines "utiles", qu'à une sociologie économique, en intégrant dans les faits économiques les dimensions symboliques et culturelles.