3 OBJETIVOS 3.1 Geral
4.3 Procedimentos e instrumentos para coleta das informações
Au pôle scolaire du champ économique, différents savoirs de gestion des entreprises sont enseignés en formation initiale au sein des écoles de commerce et de certaines écoles d'ingénieurs. Si ces deux types d'établissements relèvent de "l'enseignement supérieur technique"2, les écoles d'ingénieurs sont socialement considérées comme supérieures aux
1 Pour une analyse des différences de degré d’objectivation des savoirs, cf. Pierre BOURDIEU,
Homo Academicus, op. cit., pp. 84-85.
2 Elles sont régies par le Code de l’enseignement technique et relèvent du Ministère de l’Education
nationale. Cf. Décret du 14 septembre 1956 portant codification des textes législatifs concernant l’enseignement technique. L’expression "enseignement technique supérieur" qui apparaît dans certains textes législatifs à leur propos (par exemple le décret du 29 juillet 1957 portant règlement des ESC) n’est jamais définie : elle semble essentiellement viser à les différencier des formations techniques courtes. Michel-Yves Bernard, réformateur de cet enseignement (cf. infra) précise : "l’enseignement supérieur technique présentait avant 1964 la confusion la plus extrême ; certains diplômes d’ingénieurs et de techniciens supérieurs étaient délivrés par des établissements d’enseignement supérieur au sens ‘conventionnel’ et des diplômes de même nom étaient décernés par des établissements relevant de
écoles de commerce. Majoritaires sur le plan quantitatif, elles disposent depuis 1934 d'une commission des titres qui contrôle l'accès au titre d'ingénieur1. Leur niveau de sélection est plus élevé puisque la préparation dure deux ans contre une année pour les écoles commerciales2 et la sélection par les mathématiques les rend plus prestigieuses scolairement. Au-delà, la profession d'ingénieur, constituée de longue date, associée à l'industrie qui apparaît alors comme le fondement de la puissance économique d'un pays, jouit d'un prestige social que n'ont pas atteint les professions commerciales dans les années 1960 auxquelles correspondent des fonctions dépendant de la direction générale davantage qu'une profession unifiée disposant d’une élite3.
Au début des années 1960, alors que de nombreux ingénieurs exercent des fonctions de gestion et de direction des entreprises, seules quelques écoles d'ingénieurs proposent une formation spécifique en la matière, en particulier le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et l'Ecole des Mines de Paris. En dehors de la chaire d'OST qui existe au CNAM depuis 1929, plusieurs formations orientées vers des métiers de gestion des entreprises (ou des administrations) sont développées : l’Institut d'études supérieures des techniques d'organisation déjà évoqué et l'Institut national des techniques économiques et comptables fondé en 1931 et qui prépare aux professions d’expert-comptable et de Commissaire aux comptes (cf. Document 6)4
. En 1960, est créé au CNAM (et approuvé par le Ministère de l’Education nationale) le diplôme d'études supérieures économiques (DESE) qui comporte trois sections : gestion des entreprises, administration du personnel et évolution des faits économiques.
Si les trois sections enseignent l’économie et les statistiques industrielles, la section gestion des entreprises a pour matière principale la technique financière et comptable et le droit commercial (avec une option banque, assurance, économie rurale ou droit commercial). En administration du personnel, les élèves étudient
l’enseignement technique". Cf. Michel-Yves BERNARD, Les Instituts universitaires de technologie, Paris, Dunod, 1970, p. 40.
1 Environ 140 écoles d’ingénieurs sont reconnues par l’Etat au milieu des années 1960. Cf. "Les
écoles d’ingénieurs en France", Notes et études documentaires, 3 décembre 1973, n° 4045-4046-4047, p. 21.
2 Ce n'est que depuis la fin des années 1990 que les préparations aux écoles de commerce durent
également deux années.
3
Sur la professionnalisation des ingénieurs, cf. André GRELON (dir), Les ingénieurs de la Crise,
op. cit. et "Ecoles de commerce et formations d’ingénieurs jusqu’en 1914", Entreprises et Histoire,
n° 14-15, 1997, pp. 29-45.
4 L’Ecole nouvelle d'organisation et d'économie sociale (ENOES), créée en 1937 à Paris (et
existant toujours) prépare également aux carrières comptables dans une section reconnue par l’Etat. Cf. Denise FLOUZAT, L'étudiant économiste. op. cit., pp. 275-280.
l’histoire du travail, l’OST et le droit du travail (avec une option sélection-orientation, OST et histoire du travail ou physiologie du travail, sélection-orientation et sécurité du travail). Enfin, la section évolution des faits économiques se centre sur l’histoire du travail avec en option le droit du travail, la géographie économique ou la géographie des transports1.
Dans les grandes écoles d’ingénieurs l’Ecole nationale des Mines de Paris et l’Ecole nationale des Ponts-et-Chaussées qui forment d’une part la minorité des ingénieurs des corps d’Etat (issus de Polytechnique) et d’autre part la majorité des ingénieurs civils , les ingénieurs-économistes s’intéressent traditionnellement aux mathématiques appliquées et après guerre, la modélisation et l’aide à la décision se développent pour traiter des problèmes de gestion2. En phase avec le rôle de ces ingénieurs dans les grandes entreprises publiques (EDF, SNCF, Les Charbonnages de France) et dans une fraction des cabinets de consultants3, la recherche opérationnelle puis l’informatique apparaissent dans quelques formations. Les écoles d’ingénieurs de Grenoble et de Nancy, qui développent dès l’après-guerre le calcul numérique, enseignent l’informatique dès la fin des années 1950 (même si le nom "informatique" n’apparaît qu’en 1962)4
. A l'Ecole des Mines de Paris, la recherche opérationnelle est enseignée en 1958 et l'informatique en 19635. Au début des années 1960, ces écoles d'ingénieurs développent les mathématiques appliquées notamment à la gestion de la production et la gestion des stocks. Cette conception mathématique de la gestion n’est alors pas diffusée au sein des écoles de commerce.
1 Cf. Denise FLOUZAT, L'Etudiant économiste. op.cit., pp. 243-287. 2
Ils comptent parmi les plus avancés sur ces questions au niveau international, cf. Robert LOCKE,
Management and higher education since 1940. op. cit., pp. 113-158 et Jacques LESOURNE, "Peut-on
modéliser la gestion ? Deux décennies d’histoire", Entretien mené par Bernard Colasse et Francis Pavé,
Gérer et comprendre, Annales des Mines, juin 1992, pp. 40-55.
3
En 1958 est créée la SEMA (Société d'économie mathématique appliquée) par Jacques Lesourne, ingénieur du corps des mines, ancien chef du service des études économiques aux Charbonnages de France. La CEGOS, qui, nous l’avons précisé, développe également un pôle d’informatique au début des années 1960, s’en séparera au début des années 1970. Cf. Odile HENRY, "Le conseil, un espace professionnel autonome ?", art. cit.
4 Cf. Michel GROSSETTI, Pierre-Eric MOUNIER-KUHN, "Les débuts de l'informatique dans les
universités. Un moment de différenciation géographique des pôles scientifiques français", Revue française
de sociologie, XXXVI, 1995, pp. 295-324.
5
Cf. Claude RIVELINE, "L'enseignement de gestion à l'Ecole des mines de Paris", Avenirs, art.
cit., pp. 133-136. En 1964, est créée l’Association française d’informatique et de recherche opérationnelle
(AFIRO) qui fusionne l’Association française de calcul et de traitement de l’information dirigée par Jean Kuntzmann (professeur à la faculté des sciences et à l’institut polytechnique de Grenoble) et la Société française de recherche opérationnelle dirigée par Marcel Boiteux, directeur à la direction générale d’EDF). Cf. Revue française de recherche opérationnelle, n° 31, 1964.
Les écoles de commerce, globalement moins prestigieuses que les écoles d'ingénieurs, sont loin de former un tout homogène au début des années 1960. Placées sous le contrôle de la direction de l’enseignement technique au ministère de l’Education nationale, elles sont réparties dans une vingtaine d’établissements aux statuts variés. Les Ecoles supérieures de commerce regroupent seize écoles dispersées sur tout le territoire et rassemblant moins de 4500 élèves en 19631.
Ces écoles sont plus ou moins anciennes : l’ESCP est fondée en 1820, les ESC du Havre, de Rouen, Lyon, Marseille et Bordeaux sont créées entre 1870 et 1874 ; celles de Lille, Montpellier, Dijon, Nantes et Alger entre 1892 et 1900 ; apparaissent ensuite l’ESC de Toulouse (1912), Clermont-Ferrand (1919), Reims (1926), puis au début des années 1960, les ESC de Poitiers et Amiens (et de Brest, Pau et Nice qui disposent seulement d’une première année en 1963 parfois sous forme d’annexe). En majorité directement gérées par les chambres de commerce, certaines ESC sont néanmoins administrées par des sociétés (à Lyon), par des municipalités (à Nantes ou Reims), ou encore par l’Etat (à Lille)2
.
HEC créée en 1881 et HECJF (l'Ecole de haut enseignement commercial pour jeunes filles) créée en 1916, sont des écoles consulaires qui n'appartiennent pas au réseau des ESC3. D’autres écoles de commerce ont un statut totalement privé et sont dirigées par un institut catholique : c’est le cas de l’Ecole supérieure des sciences commerciales d’Angers (1909), l'ESSEC à Paris (1913) et à Lille l’Ecole des hautes études commerciales du Nord (1920). Enfin, d’autres établissements ont un statut public comme l’Institut commercial de Nancy (1905), l’Institut d’études commerciales de Grenoble (1912) ou l’Institut d’enseignement commercial de Strasbourg (1920)4
. Cette variété d’origines et d'autorités de tutelle a évidemment une incidence sur le mode d'administration et de financement des écoles.
C'est en effet le statut qui détermine la composition et l'organisation du conseil d'administration (CA) : les CA des écoles consulaires sont présidés par le président de la chambre de commerce dont dépend l'école alors que les CA des
1 Cf. Archives CCIP, I2.73 (3), Commission générale de l’enseignement, Statistiques, 1963-64. 2 C’est par le Décret du 31 mai 1890 que l’Etat reconnaît les Ecoles supérieures de commerce
issues d’initiatives locales variées et les homogénéise partiellement par un concours et un programme (cette reconnaissance a l’intérêt, entre autres, de permettre aux élèves de réduire leur temps de service militaire à un an en temps de paix). La seconde vague de réglementation a lieu après la seconde guerre mondiale (cf.
infra). Cf. Pierre-Henri HAAS, Histoire de l'École supérieure de commerce de Lyon, 1872-1972, op. cit.,
pp. 32-34 et p. 180. Cf. également, Yvette MENISSEZ, "L'enseignement de la gestion en France", Notes et
études documentaires, Paris, La documentation française, 1979, 216 p.
3 En fait la Chambre de commerce de Paris dirige d'autres écoles d'enseignement commercial. Les
"écoles supérieures" comprennent outre HEC, l'ESCP, et HECJF, les écoles Bréguet depuis 1961 et le Centre de préparation supérieure au secrétariat (CPSS) depuis 1950.
écoles catholiques sont présidés par les directeurs des instituts catholiques c'est-à-dire des autorités religieuses. En dehors des autorités de tutelle sont représentés les anciens élèves (généralement le président de l'association des anciens élèves). Suivant le statut, les différents modes de financements prennent plus ou moins de poids : la taxe d'apprentissage versée par les entreprises, les frais de scolarité payés par les parents d'élèves, les subventions publiques.
Ayant pour objectif de "former les chefs des diverses entreprises commerciales ou financières et les cadres supérieurs de ces entreprises ou des services administratifs et commerciaux d'entreprises industrielles"1, ces écoles ont en commun de former essentiellement des jeunes hommes issus de la bourgeoisie industrielle et commerçante2. Les femmes au début des années 1960 sont marginalisées de l'apprentissage de la gestion des affaires (quand elles n’en sont pas exclues comme à HEC ou à l’ESSEC). Elles représentent en effet 13 % des effectifs des écoles de commerce (et 5 % dans les écoles d’ingénieurs)3
alors qu’on compte désormais quasiment autant de titulaires du baccalauréat parmi les filles que parmi les garçons4. Les formations leur étant spécifiquement destinées (comme HECJF) peuvent difficilement les faire accéder aux mêmes carrières que leurs homologues masculins, mais plutôt à des postes de secrétaires de direction ou de comptables ayant un statut de "cadres moyens"5.
1 Cf. Décret du 3 décembre 1947 portant règlement des écoles supérieures de commerce (Journal
Officiel du 5 décembre 1947, p. 11891).
2
En 1960, la profession des pères des élèves de HEC se répartit comme suit (sur 308 élèves) : 22 % de patrons de l’industrie ; 17 % de cadres moyens ; 13 % de cadres supérieurs ; 12 % de patrons du commerce ; 11 % de professions libérales ; 7 % dans la fonction publique ; 7 % d’employés ; 6 % officiers ; 3 % de profession inconnue, 1 % d’agriculteurs ; 1 % de retraité. Cf. Marc MEULEAU, HEC 100 :
1881-1981. Histoire d'une grande école, op. cit., pp. 115-127. De même, à l’ESSEC, les enfants de patrons
du commerce et de l’industrie représentent plus d’un tiers des effectifs jusqu’en 1955 et les enfants de commerçants environ 20 % jusqu’en 1966. Cf. Valérie LANGUILLE, Histoire de l'Ecole supérieure des
sciences économiques et commerciales, op. cit., p. 34. Les origines sociales étaient moins élevées dans les
écoles de commerce de province. Pour l’ensemble des écoles de commerce, les chiffres sont pour 1961-62 : 4 % d’agriculteurs, 0 % de salariés agricoles, 20 % d’artisans ou commerçants, 12 % d’industriels ou gros commerçants, 34 % de cadres supérieurs ou professions libérales (dont 9 % dans le secteur public), 14 % de cadres moyens, 5 % d’employés, 5 % d’ouvriers ou personnels de service, 1 % autres catégorie, 5 % rentiers ou sans professions. Cf. Jean-Michel CHAPOULIE, Les professeurs de l'enseignement secondaire. Un
métier de classe moyenne, op. cit., p. 58.
3 Cf. Luc BOLTANSKI, "L’université, les entreprises et la multiplication des salariés bourgeois,
1960-1975 ", art. cit., p. 24.
4
En 1967, on compte 65 191 bachelières (55 % dans une série littéraire et 45 % dans une série scientifique) et 68 066 bacheliers (dont 72 % dans une série scientifique). A partir de 1971, les effectifs féminins dépassent les effectifs masculins au baccalauréat et les filles s’orientent toujours davantage que les garçons dans les sections littéraires. Cf. Christian BAUDELOT, Roger ESTABLET, Allez les filles !, Paris, Le Seuil, 1992, p. 29.
5 Cf. Marielle DELORME-HOECHSTETTER, "Aux origines d'HEC jeunes filles, Louli Sanua",
Travail, Genre et Sociétés, n° 4, octobre 2000, pp. 77-91. Le Centre de préparation supérieure au secrétariat
(CPSS) a été créé "pour offrir une possibilité de formation professionnelle aux jeunes filles non admises à HECJF", qui soit sont diplômées de l'enseignement supérieur, soit sont des bachelières sévèrement sélectionnées ; le CPSS forme des "secrétaires de très haut niveau assumant rapidement des fonctions de
En termes de pédagogie, les écoles de commerce se ressemblent : sont alternés cours en amphithéâtre et travail en petit effectif dans le cadre de "travaux pratiques" ou de "conférences des méthodes". Des visites d'entreprises puis des stages complètent la formation réalisée par des enseignants de l'enseignement général (secondaire ou supérieur) ou technique et par de nombreux praticiens, en particulier des anciens élèves expérimentés. Les cours dispensés sont peu spécialisés qu'il s'agisse du droit, de l'économie ou des langues vivantes. Et ils sont très techniques en ce qui concerne l'apprentissage de la comptabilité et de la "fonction commerciale" (cf. Document 7). Une vision plus dynamique et intégrée s’impose progressivement comme le note Valérie Languille à propos de l’ESSEC du milieu des années 1960 :
"Le contenu des cours, même si les intitulés ne varient pas, est modifié : la comptabilité n’est plus seulement l’art de passer les écritures, mais une technique qui, à partir de l’analyse des bilans, procure une meilleure connaissance de la situation de l’entreprise ; la comptabilité analytique se perfectionne, le contrôle de gestion et l’audit apparaissent dans les cours. La science financière ne se limite plus à la description institutionnelle des mécanismes bancaires, mais elle s’intéresse à la gestion interne des entreprises et s’efforce d’élaborer des outils qui leur permettront de soutenir leur développement et de gérer les investissements : des cours tels que ‘politique financière et contrôle’, ‘bourse et évaluation des sociétés’, ‘audit externe et audit interne’… tentent d’intégrer les techniques financières à une vision beaucoup plus globale de l’entreprise et de les insérer dans un ensemble plus vaste, que l’on appelle désormais ‘management’. La fonction commerciale ne concerne plus seulement l’acte de vente mais s’étend à tout ce qui le prépare, l’accompagne (y compris la publicité) et le suit. L’année scolaire 1964-65 voit l’apparition du terme ‘marketing’ dans le programme pédagogique"1.
Derrière cette homogénéité relative des savoirs dispensés et cette diversité de statuts, une hiérarchie est clairement établie entre les écoles parisiennes et les écoles de province et entre HEC et l'ensemble des écoles. La capitale concentre une grande partie du pouvoir économique, politique et culturel du fait de la forte centralisation, aussi les institutions de formation parisiennes bénéficient-elles d'emblée d'une clientèle de "qualité sociale supérieure", d'intervenants eux aussi mieux dotés et bien souvent de moyens financiers plus conséquents même si les instances scolaires tendent à amoindrir ces
cadres". in Archives CCIP I2. 73 (3), Commission générale de l'enseignement, statistiques, 1963-64, p. 10. Les promotions de HECJF sont d’environ 120 jeunes filles.
différences en instituant des règles nationales. Plus précisément, c'est HEC qui domine l'ensemble de cet enseignement commercial, tentant elle-même d'accéder au même rang que les grandes écoles d'ingénieurs parisiennes. La structure de la formation HEC constitue la norme d'enseignement : une année de préparation au "haut enseignement commercial" (on parle de "prépa HEC" organisées dans plusieurs dizaines de lycées sur toute la France) suivie d'un concours et de trois années d'études couronnées par un diplôme reconnu par l'Etat. Administrée par la chambre de commerce la plus puissante de France, celle qui dirige l'Assemblée des chambres de commerce et d'industrie2, l'Ecole des HEC bénéficie d'un rayonnement national, et pas seulement local comme la plupart des écoles : son recrutement plus important (environ 300 élèves par promotion) et plus sélectif3 est national, la notoriété des enseignants (parisiens) et la visibilité du diplôme sont nationales. C'est aussi cette école, avec l'accord de la CCIP, principal bailleur de fond et majoritaire dans les instances de direction de l'Ecole, qui, la première amorce une rénovation de ses études et de son organisation à partir de la fin des années cinquante.
Une première rénovation concerne le concours qui, à partir de 1954, impose d'être titulaire du baccalauréat, de ne pas avoir plus de 22 ans et de ne pas se présenter plus de trois fois à l'épreuve. Alors que ces critères étaient déjà remplis pour la majorité des postulants, les changements se situent davantage au niveau du programme du concours censé privilégier la culture générale sur le "bachotage" : une épreuve de "culture et sciences humaines" est introduite, puis à partir de 1958, une épreuve de psychologie, sociologie et philosophie. Enfin l'histoire et la géographie économique sont privilégiées 4 . Une seconde transformation d'envergure plus générale se réalise entre 1957 et 1964 qui aboutira à la création du "campus" de Jouy-en-Josas à l'ouest de Paris doté d'un corps enseignant permanent.
Contrairement à HEC qui concentre du prestige sur son nom propre, les écoles supérieures de commerce jouissent d'un capital collectif se référant directement à HEC. Leur force consiste à appartenir à un réseau (ESC) qui garantit un diplôme reconnu par l'Etat, une sélection des étudiants, mais au prix d'une réglementation stricte et homogénéisante. Les textes législatifs de 1947, conçus pour rehausser le niveau de ces écoles sont toujours en vigueur au milieu des années 1960.
1
Cf. Valérie LANGUILLE, Histoire de l'Ecole supérieure des sciences économiques et
commerciales, op. cit., p. 84.
2 Cf. Pierre PUAUX, Les chambres de commerce et d'industrie, op. cit.
3 Néanmoins, Marc Meuleau précise que jusqu’en 1960, il ne faut compter que quatre candidats
pour une place. Cf. Marc MEULEAU, HEC 1881-1981, op. cit., p. 41.
Les élèves sont recrutés par voie de concours pour lequel le baccalauréat et l'année préparatoire ne sont pas exigés. Les sujets du concours sont communs à toutes les écoles, les compositions écrites sont corrigées par un jury national et le nombre de places est fixé chaque année par la commission permanente des ESC. L'enseignement et le mode de certification sont homogénéisés : sont identiques le programme et les horaires des matières enseignées, la nature et la durée des épreuves des examens, les coefficients attribués aux matières et aux épreuves. L'examen de sortie est commun à toutes les écoles. Le diplôme, visé par le ministre de l'Education nationale et signé par le président du jury national comporte néanmoins le sceau de l'école dont il est issu : il est également signé par le président du conseil d'administration de l'école1.
Au-delà de ces réglementations, le Collège des directeurs (rassemblant les directeurs d’ESC) et la commission permanente des ESC présidée par l’inspecteur général de l’enseignement technique réalisent les arbitrages nécessaires au fonctionnement de ce réseau. Ces instances définissent les moyennes nécessaires au concours pour accéder dans les écoles, règlent les litiges, discutent de l'opportunité de la modification des coefficients des matières ou encore de la création de nouvelles écoles, etc. Dans ce regroupement d'écoles, l'ESC de Paris est dans une position de leader : c'est le directeur de l'école parisienne qui préside la commission qui se réunit à la CCIP, l'aire de recrutement de l'ESCP est nationale, son corps enseignant est le plus prestigieux (même si il y a moins d'universitaires et davantage de professeurs d’enseignement technique qu'à HEC2). A l'inverse, les écoles de province ne peuvent dépasser leur aire