3. ANÁLISE REFLEXIVA DE COMPETÊNCIAS ADQUIRIDAS E DESENVOLVIDAS
3.1. Competências Comuns do Enfermeiro Especialista
Le 17 mai 2013, sous l'impulsion de Christiane Taubira, après des heures de débats parlementaires, des mois de controverse médiatique et de manifestations publiques, est promulguée, par décision du conseil constitutionnel, la loi ouvrant le mariage civil aux couples de personnes de même sexe. Les opposants à ce projet de loi vont alors, pendant des mois, tenter de déplacer le débat des principes d'égalité et de sécularisation vers l'institution de la différence des sexes et de la procréation comme fondements de l'institution du mariage. La crainte est alors celle de la déconstruction de la centralité de la complémentarité des sexes dans l'ordre politique, social et familial (Sénac, 2015).
La parution le 19 mars 2013 de l'article 31 du projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, sous le ministère de Vincent Peillon, qui définit les missions de l'école élémentaire, dans lequel était écrit : « la formation dispensée dans les écoles élémentaires assurera les conditions d’une éducation à l’égalité de genre », participe de cette dangereuse déconstruction selon les naissant-e-s détracteurs/trices de la prétendue « théorie du
genre ». Soulignons, dans l'extrait du projet de loi pré-cité, le défaut conceptuel lié à cette utilisation de l'expression « égalité de genre » dans laquelle, en remplaçant le mot « sexe » par le mot « genre », on n'appréhende plus le social comme un domaine autonome du biologique. Dans cette expression, « le genre » n'est plus un système hiérarchisant de normes qui légitime les inégalités de sexe, mais devient une entité psychologique liée au sexe biologique et donc, une entité congénitale à deux uniques modalités, dans un ordre des choses incontesté, posé comme l’ordre naturel immanquablement sexué (Sénac, 2007).
Ce défaut conceptuel ne se reproduira cependant pas dans le texte de l'article définitif qui suivra l'article 31, puisqu'en disparaitra le mot « genre ». Dans l'article 41 de la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, paru en juillet 2013 on pourra maintenant lire : « L'école, notamment grâce à un enseignement moral et civique, fait acquérir aux élèves le respect de la personne, de ses origines et de ses différences, de l'égalité entre les femmes et les hommes ainsi que de la laïcité. » (MEN, 201365, p. 11). Cette disparition du terme « genre » ne rassurera cependant sans doute pas les détracteurs/trices de la prétendue « théorie du genre » puisque, selon eux/elles, les dangereux idéologues de cette « théorie » avancent le plus souvent « masqués sous les traits de la lutte contre les discrimination et pour l'égalité »66.
Ce changement de terminologie faisant disparaître le mot « genre » d'un texte à l'autre est en accord avec les prescriptions de la commission générale de terminologie et néologie, placée auprès du Premier Ministre, qui avait critiqué, dès 2005, « notamment dans les ouvrages et articles de sociologie, un usage abusif du mot “genre” » et qui avait recommandé que l'on traduise plutôt le terme de « gender », utilisé dans les textes internationaux par « suivant le contexte, des locutions telles que hommes et femmes, masculin et féminin »67.
Cette recommandation, à première vue, pourrait être interprétée comme faisant écho aux suggestions de certain-e-s chercheurs/cheuses qui voient dans un usage sans utilité ou désinformé du terme de « genre » une réduction ou un abandon des concepts ou idées lui étant liés et/ou qui s'inquiètent, qu'utilisé comme un synonyme de « sexe », le terme « genre » ne devienne un instrument de normalisation de l’approche binaire en signifiant une bipartition naturelle entre les femmes et les hommes (Bargel, Fassin & Latté, 2007 ; Butler, Fassin & Scott, 2007). Ainsi, pour Judith Butler (1990/2005, p. 26), il faut chercher à « contester les présupposés sur les limites et les bons usages du genre » parce que « ceux-ci limitent les significations du genre à des idées reçues 65- MEN. (2013). LOI n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République. Journal Officiel n°0157 du 9 juillet 2013.
66- Montfort, E. (2011). Le genre démasqué - Homme ou femme ? Le choix impossible. Valence : Peuple Libre.
67- Commission générale de terminologie et néologie. (2005). Recommandation sur les équivalents français du mot “gender”. En ligne : http://www.education.gouv.fr/bo/2005/34/CTNX0508542X.htm, consulté le 19 janvier 2015.
sur la masculinité et la féminité ». Cependant, les experts mandatés de la commission générale de terminologie et néologie, qui présentent le « genre » comme pouvant pâtir de ce qu'ils appellent un « usage abusif » de ce mot, ne s'intéressent pas au concept de genre, ne le développent pas et ne visent donc pas à protéger ses usages critiques des abus linguistiques. De surcroît, selon cette commission, « l’adjectif ''genré'' » est également « à déconseiller ». Or, lorsque Joan W. Scott, en 1988, s'inquiétait d'un usage généralisé du terme de « genre » qui pourrait lui fait perdre en signification et en efficacité critique, c'était justement pour conserver un concept permettant d'une part de qualifier ce qui se joue dans les normes de masculinité, et de féminité, soit un rapport de domination, et, permettant, d'autre part, de dénoncer le jeu de ces rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes. Considérant le pouvoir politique du langage et son imbrication avec le savoir, on peut alors s'interroger sur cette recommandation de la commission générale de terminologie et néologie, qui en ne s'intéressant pas aux usages « non abusifs » du concept de genre et en ne faisant qu'intervenir pour décourager l’utilisation du terme de « genre », a permis toutes les récupérations et interprétations. Dès lors, elle fut ainsi citée par les détracteurs/trices de la prétendue « théorie du genre » comme faisant la preuve que l'usage du mot « genre » (ainsi stratégiquement étiqueté) était bien problématique au niveau institutionnel : « La Commission générale de terminologie et de néologie considère que '' la substitution de “genre” à « sexe » ne répond pas à un besoin linguistique et [que] l’extension de sens du mot “genre” ne se justifie pas en français'' »68.
Les lobbies traditionalistes vont alors entreprendre de remettre en question le rôle de l'État dans l'éducation des enfants et incitent leurs partisans à surveiller l'école et son fonctionnement. Certains albums jeunesse, spectacles, films entrent en liste noire, certaines crèches également, certains établissements scolaires et certain-e-s enseignant-e-s peut-être aussi : « La théorie du genre est présente dans l’école de votre enfant ? Dites-le nous ! »69 … En février 2013, est lancé par un syndicat conservateur lycéen, étudiant et enseignant, l'UNI (Union Nationale Inter-Universitaire), un « Observatoire de la théorie du genre » qui se présente comme permettant d' « offrir aux français les informations et les outils conceptuels nécessaires pour ouvrir les yeux sur la théorie du genre ». Les « sentinelles de la république » veillent et, pour résister aux dangereuses et illégitimes évolutions juridiques en cours, la « Manif pour tous » lance, dès la rentrée 2013, le plan « Vigi-Gender » (dont le dernier livret (2ème édition)70 « Le genre en images » a été édité en mai 2016) 68- Vigi-Gender. Les modes de diffusion du gender. En ligne : http://www.vigi-gender.fr/les-modes-de-diffusion-du-gender, consulté le 2 septembre 2015.
69- [En ligne : http://www.theoriedugenre.fr/?La-theorie-du-genre-est-presente, consulté le 7 octobre 2014].
pour « stopper la diffusion auprès des enfants du concept de Gender, qui porte atteinte à la construction de leur identité sexuelle », pour « une école respectueuse de l’identité et de l’intimité des enfants, et donc excluant la diffusion du concept de genre sous toutes ses formes (...) VigiGender informe ainsi parents et enseignants sur les modes de diffusion du genre à l’école, afin qu’ils puissent s’y opposer concrètement et œuvrer ensemble pour le bien des élèves ». Afin de « mettre en place la résistance au sein des écoles », pour « protéger la pudeur et l'intégrité de nos enfants », sont organisées durant l'année scolaire 2013-2014 sous l'impulsion de l'ancienne militante de l'extrême gauche antiraciste, Farida Belghoul, les Journées de retrait de l'école (JRE). Ces actions, s'inscrivant dans une stratégie de désobéissance légale, invitent les parents à retirer leurs enfants de l'école « une journée par mois à partir de janvier 2014 (...) sans prévenir les enseignants », en justifiant cette absence « le lendemain », par la phrase : « Journée de retrait de l'école pour l'interdiction de la théorie du genre dans tous les établissements scolaires''. »71. Ces JRE ne toucheront finalement qu'une centaine d'écoles les 24 et 27 janvier et le 10 février 2014. Le dernier appel à une JRE, lancé pour le 31 mars 2014, fera suite à la diffusion, sur le site du collectif de ces JRE, d'une vidéo accusant une enseignante de Joué-lès-Tours d’« attentat à la pudeur ». La stratégie de cette campagne de discrédit et de déstabilisation est ainsi de réduire l'éducation à l'égalité des sexes à une éducation à la sexualité ou de l'accuser même d'être une éducation à la débauche
En juin 2014, le ministre de l'Éducation Nationale alors en place, Benoît Hamon, annonce que, malgré son bilan jugé positif, le programme des « ABCD de l'égalité » ne sera pas généralisé à la rentrée suivante. Les expérimentations de ce programme, victime des campagnes des traditionalistes des JRE, n'auront donc eu lieu que durant l'année scolaire 2013-2014.
Les mouvements anti « théorie du genre » (se présentant parfois comme privilégiant « la légitimité sur la légalité »72) vont ainsi discréditer pendant des mois (et en étant fortement relayés par les médias), la légitimité politique des récentes évolutions juridiques, la légitimité scientifique des recherches genre, la légitimité de l'école à éduquer (à la place des parents et parfois contre eux) et la légitimité de l'école à éduquer à l'égalité des sexes. Ils avanceront intervenir au nom du bien commun, pour la protection de la Nation ou de la République, contre le péril vital de la remise en cause de l'ordre symbolique universel que serait la complémentarité des sexes (Sénac, 2007, 2015) ou encore au nom de la dénonciation du risque d'indifférenciation des sexes et des sexualités,
consulté le 2 septembre 2015].
71- Appel qui circule auprès des familles via envois SMS et pages facebook, renvoyant en lien à une vidéo de Farida Belghoul invitant à une « Journée de retrait de nos enfants de l'école » : http://mouvement-jre.com/category/education/ 72- Les Antigones (mouvement né en 2013 « de femmes » qui revendiquent leur « droit élémentaire » et leur « devoir fondamental à être des femmes à part entière »). Chartre des Antigones. En ligne : http://lesantigones.fr/notre-charte-interne/, consulté le 6 octobre 2016.