abords ? L’établissement et la branche sont, tous les deux, qualifiés de périmètres, quels
sont les éléments qui permettent de les rapprocher sous une même terminologie ? C’est
une approche de tous les périmètres qu’il faut alors envisager.
L’exigence de compréhension d’un objet repose sur une connaissance du tout et de ses
parties, il est désormais temps de reconstituer le tout à l’aide des parties. Dès lors, notre
recherche s’inscrit dans l’ambition d’établir une nouvelle compréhension des périmètres
en l’érigeant comme un objet de recherche à part entière. Cette perspective est nécessaire
pour fonder une compréhension des périmètres qui ont nécessairement perturbé
l’application des règles du droit du travail. Comme le souligne Antoine Jeammaud,
« mettre en évidence les tendances dominantes d’une évolution d’une branche du droit est
une périlleuse entreprise »
159. Elle est pourtant nécessaire puisque « le Droit ne [peut]
être pensé autrement que comme un ensemble cohérent, intégré, monolithique, dont les
éléments se tiennent et s’emboîtent harmonieusement »
160. Les enjeux sont aussi pratiques
car « appréhender correctement les divers périmètres pertinents est une condition
nécessaire à la bonne maîtrise par le chef d’entreprise de sa décision de gestion »
161,
« les acteurs de l’entreprise sont en permanence appelés à s’interroger sur les frontières
de celle-ci pour mieux appréhender leurs obligations notamment en matière de
licenciement économique »
162.
Ainsi, la recherche proposée s’engage, dans un premier temps, à constituer, à la manière
d’un tableau d’ensemble ou, plus encore, d’une mosaïque, la systémique des périmètres
du droit du travail (Première partie). Chaque périmètre serait réflechi à travers une
analyse globale, les uns par rapport aux autres afin de mettre en exergue leurs
particularistés mais aussi leurs convergences et in fine d’élaborer un schéma de
comphrénsion de ces multiples figures. Le choix d’une approche systémique
163n’est pas
159 A. JEAMMAUD, « Droit du travail 1988 : des retournements plus qu’une crise », Dr. Soc. 1988, pp. 583-595.
160 J. CHEVALLIER, L’ordre juridique, in C.U.R.A.P.P : Le Droit en procès, PUF, 1983, p.8, cité dans D. de BECHILLON, L’ordre juridique est-il complexe ?, inLes défis de la complexité, vers un nouveau paradigme de la connaissance ?, pp. 33-59, spéc. p. 34.
161 D. CORRIGNAN-CARSIN, note préc.
162 D. CORRIGNAN-CARSIN, note préc.
163 F. OST, M. VAN DE KERCHOVE, Le système juridique entre ordre et désordre, Paris, PUF, Les voies de droit, 1988, pp. 22-25 ; J.-L. BERGEL, Méthodologie juridique, Paris, PUF, Coll. Thémis, 2ième Éd., 2016, n°9, pp. 14-15. V. aussi : D. DURAND, La systémique, Paris, PUF, Coll. Que sais-je ?, 12ième Éd., 2013.
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anodin car cela revient à se placer à un niveau général pour définir une nouvelle
cohérence
164. L’avantage de cette approche est de mettre au centre de l’analyse, non pas
une partie, mais un ensemble organisé, qui considère « à la fois le local et le global »
165.
Retenir une approche systémique des périmètres peut surprendre et suscirter de
nombreuses interrogations, tout d’abord, sur de possibles origines communes aux
multiples périmètres. Comment et pour quelles raisons ces derniers se sont multipliés au
sein du droit du travail ? Est-ce que, à l’instar de l’UES, les périmètres ont été institués
pour lutter contre des situations de fraude de l’employeur ? Quels sont les éléments qui
justifient l’introduction de périmètres aussi atypiques que le bassin d’emploi mais aussi
celui du secteur d’activité? Quels ont été les acteurs de leur consécration ? Une nouvelle
question émerge : qu’est-ce qui justifie leur nombre ? Par exemple, l’établissement
distinct se décline sous plusieurs acceptions, or, quel est le sens de cette évolution ?
Établir une systémique des périmètres pourra tracer tant leurs contours que leurs places
les uns vis-à-vis des autres mais aussi leurs fonctions dans le champ du droit du travail.
Au-delà d’une recherche portant sur les motifs de leur institutionnalisation, d’autres
questions peuvent être formulées, notamment, il semble impératif de cerner les contours
respectifs de périmètre. Quels ont été - et quels sont encore aujourd’hui - leurs critères
d’identification ? C’est une opération de caractérisation qui s’avère nécessaire pour
comprendre les lignes de chacun. Une fois l’entreprise réalisée, les caractères mis en
exergue semblent offrir les perspectives de possibles recoupements. Est-ce que les
périmètres, au regard de leurs caractères communs, peuvent se regrouper, se catégoriser,
s’organiser ? Plus généralement, c’est la question suivante qui s’impose : à quoi servent
tous ces périmètres ? L’analyse met en exergue leur présence prépondérante au sein des
relations professionnelles et, plus particulièrement, de la représentation du personnel et de
la négociation collective. Or, en ces domaines, leurs fonctions se confondent-elles ou
tendent-elles au contraire à se singulariser ? La même question est transposable au
domaine du licenciement pour motif économique où les périmètres sont également très
nombreux. La formulation de fonctions communes permettrait un décloisonnement des
périmètres, ceux-ci étant souvent ancrés dans le domaine où ils contribuent aux
mécanismes juridiques. Il ne serait plus question de périmètres de représentation, de
164 F. GÉA, Contribution à la théorie de l’interprétation jurisprudentielle, droit du travail et théorie du droit dans la perspective du dialogisme, Paris, Fondation Varenne, Coll. Des thèses, Tome 24, 2009, p. 1732.
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négociation ou de plan de sauvegarde de l’emploi mais, pourquoi pas, de périmètres
répondant à certaines fonctions qui seraient nécessaires d’identifier et d’expliciter. C’est
donc vers une nouvelle perspective, une approche globale que s’engage notre étude sur la
systémique des périmètres.
Loin d’être un ensemble statique, les périmètres se caractérisent aussi par une forte
dynamique. Cet aspect ne peut être occulté tant les périmètres évoluent. L’on pourrait
même affirmer que la dynamique est un marqueur des périmètres. Leur foisonnement,
toujours actuel
166, en témoigne.Pour autant, leur multiplicité induit-elle des interactions
entre eux ? Des rapprochements peuvent être effectués pour comprendre leur pluralisme.
Existe-il des points communs entre eux ? Au-delà du regroupement de plusieurs
entreprises, qu’est-ce qui peut rapprocher le groupe, l’UES, le réseau d’entreprises, le
groupe de reclassement? Est-il possible de réduire leur nombre après avoir établi qu’ils
possédaient des points communs ? Des interactions sont-elles possibles ? Pourquoi
certaines tensions existent ? Par exemple, pourquoi le groupe et l’UES sont-ils déclarés
incompatibles ? Est-ce que l’établissement de fonctions communes à ces périmètres
permettrait de dépasser ces situations de blocage ? Est-il possible d’envisager de
nouvelles articulations entre les périmètres ?
Ce premier afflux de questionnements n’est qu’un aspect de leur dynamique. En effet,
d’autres problèmes surgissent. Comment se transforment les contours des périmètres ?
Quels événements peuvent conduire à leur reconfiguration, voire à leur disparition ? Est-il
possible de maîtriser l’évolution des périmètres. ? L’employeur peut-il décider seul de
leur modulation ? La négociation collective peut ou doit-elle intervenir ? Les
questionnements sur ces évolutions sont essentiels car « toucher à un périmètre, le
redéfinir n’est nullement une opération anodine. À travers la modification d’un
périmètre, ce sont des droits et/ ou prérogatives qui se reconfigurent »
167. C’est donc à
toutes ces questions à laquelle doit répondre l’analyse de la dynamique des périmètres
(Seconde partie).
166 Par exemple, la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (JO 9 août 2016) a précisé l’espace de l’interentreprises, la loi n°2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (JO 7 août 2015, p. 13537) a institué la zone d’emploi au sein de l’article L. 1233-5 C. trav.
167 F. GÉA, « Le périmètre de l’ordre des licenciements à l’épreuve du projet de loi Macron. Projet de loi pour la croissance et l’activité, n°2447, déposé à l’Assemblée nationale le 11 décembre 2014 », RDT 2015, pp. 115-118, spéc. p. 115.
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Une méthode. La démarche proposée se présente comme particulièrement
ardue car l’établissement des périmètres comme objet d’étude nécessite de penser des
multiples éléments qui apparaissent totalement différents, d’un premier abord. L’étude
doit s’engager dans une méthodologie précise. L’étude des périmètres s’impose par le
constat de leur foisonnement et du caractère parcellaire des études présentes. C’est donc
par une observation du champ du droit du travail que débute un raisonnement inductif
168.
La présente étude cherche à appréhender un ensemble d’énoncés, de situations juridiques
sans autre jugement de valeur pour établir une explication, un concept, une notion
pertinente
169. Bien entendu, la réalisation de cette méthode n’interdit pas en retour de
« déduire de nouveaux cas implicites d’usages et d’effets comparables »
170. Aussi,
l’établissement de la systémique des périmètres se nourrit d’une influence philosophique
qui peut constituer un matériau de réflexion pour saisir les périmètres en tant qu’objet.
Une influence de la pensée complexe. La philosophie de la pensée
complexe peut constituer une source d’inspiration pour saisir les périmètres au-delà de
leurs différences et de leur complexité. La pensée complexe notamment présentée par le
philosophe Edgard Morin
171affirme que « toute réalité connue depuis l’atome jusqu’à la
galaxie, en passant par la molécule, la cellule, l’organisme et la société peut être conçue
comme système, c’est-à-dire association combinatoire d’éléments différents »
172. Par
référence à l’étymologie du mot « complexe »
173, cette pensée exprime une idée acceptant
les imbrications de chaque domaine de la réflexion et les problèmes de la
transdisciplinarité. Elle instaure un dialogue entre l’ordre et le désordre en portant son
attention sur les relations entre les composantes de l’unité et celles qui relient l’unité à ces
dernières
174. Aussi, la pensée complexe prend en considération les évolutions puisque les
168 J.-L. BERGEL, op. cit., n°84, p. 147. : « Cette méthode est utilisée par les sciences naturelles ou expérimentales qui vérifient les conséquences des principes induits par l’expérimentation, pour confirmer ou infirmer ces principes ».
169 V. également sur cette méthode : X. BIOY, Le concept de personne humaine en droit public : recherche sur le sujet des droits fondamentaux, Paris, Dalloz, Nouvelle bibliothèque des thèses, Tome 22, 2003, n°38 ; E. PESKINE, thèse préc. n°23, p. 11 ; J. DIRRINGER, Les sources de la représentation des salariés : contribution à l’étude des sources du droit, Paris, LGDJ, Bibliothèque de droit social, Tome 65, 2015, n°48, pp. 24-25.
170 X. BIOY, thèse préc. n°38.
171 E.MORIN, Introduction à la pensée complexe, Paris, ESF, 1990, du même auteur La méthode, Paris Éd. Du seuil, 2008; R. FORTIN, Penser avec Edgar Morin. Lire La Méthode, Québec-Lyon, PUL, 2008.
172 E. MORIN, Introduction à la pensée complexe, op. cit., p. 28
173 E. MORIN. op. cit., p.113 : « Ce qui est tissé ensemble » dans un enchevêtrement d’entrelacements (plexus). Selon Edgar Morin, les constituants d’un système sont différents.
174 Edgar Morin développe l’idée de dialogique qui se veut être « une relation fondamentalement complexe, c’est-à-dire à la fois complémentaire, concurrente, antagoniste et incertaine entre ces deux notions », E. MORIN, op. cit., p. 10. La pensée complexe fait état de la multiplicité (F.ZOURABICHVILI, Le
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interactions dans une multiplicité appellent l’idée de variation. Dans un dialogue avec
Alain Badiou, Gilles Deleuze s’est efforcé de démontrer qu’une « multiplicité n’est pas
numérique, ni composée d’un multiple, mais qu’elle est une variation, une façon
d’associer des espaces dont Descartes crée une nouvelle dramatisation, mais sans
toutefois se rendre compte qu’on pourra diviser encore davantage les dimensions, les
effeuiller entre-elles»
175. Les enseignements decette philisophie ont ins piré les réflexions
sans pour autant faire application directe de ces éléments.
Plan. Ainsi, il convient pour analyser les périmètres en tant qu’objet, de
caractériser, dans un premier temps, la systémique des périmètres. Une fois, les
périmètres appréhender dans leur ensemble, c’est à la question de leur dynamique qu’il
convient d’aborder, dans un second temps.
PREMIÈRE PARTIE – LA SYSTÉMIQUE DES PÉRIMÈTRES
SECONDE PARTIE – LA DYNAMIQUE DES PÉRIMÈTRES
vocabulaire de Deleuze, Collection Vocabulaire de …, Ellipses, 2003, p. 52-53 ; R SASSO, A. VILLANI (dir.), Le vocabulaire de Gilles Deleuze, Paris, Les cahiers de Noesis, Centre de rechercher d’histoire des idées, 2003, p. 260). Selon le philosophe français Gilles Deleuze : « la multiplicité ne doit pas désigner une combinaison de multiple et d’un, mais au contraire une organisation propre au multiple en tant que telle, qui n’a nullement besoin de l’unité pour former un système ». F. ZOURABICHVILI, op. cit., p. 51
175Entretien retranscrit dans J. CLET-MARTIN, Préface à la Philosophie de Gilles Deleuze, http://jeancletmartin.blog.fr/2009/02/10/deleuze-et-badiou-5543676/ (dernière consultation le 04/10/2016).
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