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La discussion ouverte par Samuel Rosenman à San Francisco est poursuivie à Londres où les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique sont invités à partager leur position.

Le juge Robert H. Jackson est désigné par le président Truman pour négocier à Londres le protocole d’un nouveau tribunal international pour les grands criminels de guerre nazis. Le choix de Robert H. Jackson n’est pas un hasard. Cet ancien procureur général au sein de l’administration de Roosevelt et juge associé à la Cour Suprême américaine est un défenseur reconnu du crime d’agression. La présence de Jackson lors de la conférence de Londres constitue

227 La Courneuve, AMAE, Asie-Océanie, Dossiers Généraux, vol. 162, Note sur la constitution des tribunaux militaires américains en matière de crime de guerre, non daté.

111 une avancée décisive pour Truman qui souhaite voir se concrétiser la politique américaine en matière de répression des crimes de guerre.

Robert Jackson et son équipe arrivent à Londres, le 20 juin 1945, pour négocier un accord permettant l’institution du procès des grands criminels de guerre nazis et pour préparer le matériel documentaire nécessaire à la tenue du tribunal. Dès son arrivée, la délégation américaine rencontre la délégation britannique afin d’établir les règles de procédure du tribunal.

Les délégations françaises et soviétiques n’arrivent à Londres que les 24 et 25 juin. Arrivant cinq jours plus tard, Français et Soviétiques soupçonnent les Américains et les Britanniques de vouloir prendre les devants. La France est représentée par le magistrat français Robert Falco, assisté par André Gros. Jules Basdevant a refusé de poursuivre les négociations autour du futur procès dans la mesure où il considère que ses fondements sont

juridiquement contestables228. Robert Falco est démuni de tout,

commente Annette Wieviorka. Il ne dispose ni d’interprète, ni de secrétariat 229. L’Union soviétique choisit Aron Trainin et le général Iona Nikitchenko comme délégués.

Le 26 juin, la conférence de Londres est ouverte. D’emblée, Robert Jackson suggère d’inscrire le crime d’agression dans le protocole de Londres pour juger les criminels de guerre. Mais les délégations françaises et soviétiques ne sont pas d’accord. André Gros récuse cette nouvelle notion. Il redoute qu’elle ne fragilise les fondements du tribunal international. En effet, alors que pour le magistrat américain, le tribunal poursuit l’objectif de justifier le

228 La Courneuve, AMAE, Nations unies – Organisations internationales, vol. 86, Note du secrétariat des Conférences, 28 décembre 1945.

229 Annette WIEVIORKA, « La France au procès de Nuremberg », dans

112 caractère criminel de la guerre d’agression au regard du droit international, pour André Gros, le but du tribunal est « d’instituer une procédure internationale de châtiment des grands criminels qui

réponde aux aspirations des peuples230 ».

Pour les délégations françaises et soviétiques, qui représentent des peuples qui ont souffert de l’occupation de l’Allemagne nazie, le jugement des crimes de guerre doit constituer la priorité des grands procès. Les débats entre les différentes délégations montrent bien l’importance de cette définition.

Le 8 août 1945, un accord est trouvé par les quatre délégations. La situation s’est débloquée grâce à la conférence de Potsdam, où Staline annonce officiellement son soutien aux États-Unis dans la guerre contre le Japon. Après quelques semaines de négociations, Jackson réussit à faire accepter l’idée que les criminels de guerre allemands doivent être poursuivis pour le crime d’agression, à la condition que ce crime ne soit appliqué qu’aux puissances de l’Axe. Désigné comme « crime contre la paix », le crime d’agression devient ainsi un crime pour lequel tout grand criminel de guerre de l’Axe peut être poursuivi, jugé et puni devant un tribunal international231. Ce principe novateur contribue à faire de Nuremberg un procès déterminant pour l’évolution du droit pénal international.

Dans son discours inaugural prononcé à Nuremberg le 21 novembre 1945, Robert H. Jackson souligne l’importance historique du jugement des grands criminels de guerre nazis :

Le privilège d’inaugurer dans l’histoire le premier procès pour ces crimes contre la paix du monde impose de graves responsabilités. [...] Que quatre grandes nations exaltées

230 Pierrefitte, AN, AN/382/126, Observations de la délégation française sur le projet américain, non daté.

113 par la victoire, profondément blessées, arrêtent les mains vengeresses et livrent volontairement leurs ennemis captifs au jugement de la loi est l’un des plus grands tributs que la Force [sic] paya à la raison232.

Alors conseiller du procureur américain à Nuremberg, Telford Taylor affirme, à la suite du procès qui s’achève le 1er octobre 1946, que « Nuremberg fut révolutionnaire en ce sens que ceux qui le firent

adoptèrent plusieurs principes pénaux entièrement nouveaux233 ». Ce

procès rencontre un accueil favorable par la population allemande, dont 55 % estime que ce procès est juste. Marie-Bénédicte Vincent souligne que Nuremberg constitue comme un lieu de mémoire

allemand et qu’il fonde l’identité allemande.234 En effet, ces principes

connaissent un retentissement international et sont repris au procès de Tokyo.

La France est pourtant en désaccord avec les principes défendus par les Américains. Ce désaccord est prégnant, non seulement, lors du procès de Nuremberg, mais aussi lors de la préparation du Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient. Mais la France n’a pas le choix : si elle souhaite participer à ces tribunaux, elle doit accepter de se confronter à la conception américaine de la justice.

232 Service d’information des crimes de guerre, Le Procès de Nuremberg,

Exposés introductifs, Paris, Office français d’édition, 1946.

233 TAYLOR, Procureur à Nuremberg, p. 640.

234 VINCENT, « Punir et rééduquer », dans VINCENT (dir.), La dénazification,

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III. LES TRACTATIONS EN EXTREME-ORIENT

La préparation du procès de Nuremberg permet à la France d’exprimer son point de vue et de le défendre devant l’URSS, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Cela représente une victoire politique, car le GPRF est le seul gouvernement en exil à avoir été invité à négocier le tribunal de Nuremberg. En Extrême-Orient, ce sont les États-Unis qui mettent en place les fondements du procès de Tokyo. Ils ne consultent que très peu leurs alliés.

1. LA FEUILLE DE ROUTE AMERICAINE

Le Comité de coordination américain des secrétariats d’État, de

la marine et de la guerre (en anglais : U.S. State-War-Navy

Coordinating Committee)235 a pris l’initiative de préparer le projet de poursuivre devant la justice les grands criminels de guerre japonais. Du 9 août au début du mois de septembre 1945, ce comité définit les fondements du procès de Tokyo qu’il présente à la mi-octobre aux autres puissances alliées236.

Intitulé « Politique des États-Unis concernant l’Arrestation et

la Punition des Criminels de Guerre en Extrême-Orient237 », ce

235 Ce comité a été créé, à la fin de l’année 1944, par les secrétaires des ministères d’État, de la Guerre et de la Marine afin d’améliorer les communications interministérielles et la conduite de la guerre. Ce comité est chargé de préparer le traitement d’après-guerre du Japon, et, dans ce cadre précis, les fondations des tribunaux de guerre au Japon.

236 Washington D.C., National Records and Records Administration (NARA) RG 353 / T1205 (microfilm), « State-War-Navy Coordinating Subcommitte for the Far East, The Apprehension and Punishment of War Criminals », 5 mars et 9 août 1945.

237 FRUS, « Report by the State-War-Navy Coordinating Subcommittee for the Far East » (12 septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 926-936.

115 document détermine une feuille de route pour la poursuite de criminels de guerre, « grands » et « petits », devant des tribunaux de guerre alliés nationaux et internationaux en Extrême-Orient. Les crimes poursuivis reprennent les trois catégories de crimes définis dans les Accords de Londres, c’est-à-dire les crimes contre la paix, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité.

Ce document ne donne toutefois pas d’instructions sur l’organisation générale ou sur la procédure à suivre dans la poursuite des criminels de guerre devant les tribunaux de guerre alliés, dans la mesure où chaque tribunal militaire relève de la procédure pénale appliquée à l’échelle nationale. Néanmoins, ce document indique que les « procédures et les politiques considérées ou déjà appliquées en Europe relatives aux procès ou à la punition des crimes de guerre

[seront] généralement applicables en Extrême-Orient238 ». Ainsi, la

Grande-Bretagne et les Pays-Bas, déjà engagés en Europe dans la poursuite des crimes de guerre allemands, sont-ils autorisés à poursuivre les criminels de guerre japonais sur la même base légale que celle qu’ils ont établie en Europe.

Dans la feuille de route américaine, il est prévu que le procès des grands criminels de guerre à Tokyo s’inscrive dans le cadre d’une série de tribunaux d’envergure internationale. Parmi l’ensemble des propositions de tribunaux internationaux, le procès de Tokyo a été conçu exclusivement pour juger tous les suspects accusés de crimes contre la paix239. L’insistance des États-Unis sur le fait que les charges de crime d’agression doivent constituer l’accusation centrale de l’un des tribunaux militaires américains souligne la continuité de

238 FRUS, « Report by the State-War-Navy Coordinating Subcommittee for the Far East » (12 septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 926.

116 la position américaine depuis la Conférence de Londres : les violateurs du Pacte Briand-Kellogg doivent être jugés au sein d’un tribunal international.

Les responsables de la politique d’État américaine mentionnent les japonais suspects de crimes contre la paix comme

« criminels de guerre de rang A240 ». Cette référence a pour origine la

définition des crimes de paix qui apparaît dans la première section du paragraphe A du document concernant la politique américaine relative à l’arrestation et la punition des criminels de guerre en

Extrême-Orient241. Cette désignation se répand alors et devient d’un

usage courant parmi tous les acteurs impliqués dans la poursuite des criminels de guerre japonais en Extrême-Orient, qu’ils soient américains ou non. Les Japonais, qui ne sont pas accusés de crimes contre la paix, sont désignés comme « criminels de guerre de rang B et C ». Les lettres B et C sont utilisées en référence aux paragraphes B et C de la première section de la feuille de route américaine définissant deux autres types d’infraction : les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

L’objectif principal de la feuille de route américaine est de définir les mesures administratives à instituer afin d’établir une Cour de justice internationale. Ce document indique que le général MacArthur pourra assumer la responsabilité de la majorité du travail préparatoire en établissant les tribunaux internationaux, en désignant les juges, en ordonnant les lois et les règles de procédure en

240 TOTANI, The Tokyo War Crimes Trial, p. 22.

241 FRUS, « Report by the State-War-Navy Coordinating Subcommittee for the Far East » (12 septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 933-934.

117 suivant le modèle de Nuremberg et en créant une agence spéciale

sous sa responsabilité, chargée d’enquêter sur les crimes de guerre242.

Le général Douglas MacArthur (1880-1964) est très connu en Asie, à la fin de la guerre du Pacifique. Il a été le chef d'État-major de l'armée américaine durant les années 1930 et a joué un rôle prépondérant dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui vaut une médaille durant la campagne des Philippines. Il fait partie des cinq personnes ayant atteint le grade de général dans l'armée américaine et le seul à avoir été maréchal de camp de l'armée des Philippines. En avril 1945, il devient commandant en chef des forces armées américaines du Pacifique en charge de toutes les unités terrestres et aériennes. Puis, quelques mois plus tard, il est désigné pour représenter les Alliés et reçoit, le 2 septembre 1945, la capitulation formelle du Japon à bord du cuirassé USS Missouri.

La feuille de route américaine indique que MacArthur devrait être au Japon le représentant allié de plus haut rang. Ainsi, au début du mois de septembre 1945, Truman élève-t-il MacArthur au rang de

commandant suprême des puissances alliées (Supreme Commander

for the Allied Powers, SCAP)243. Les recommandations de cette feuille de route permettent d’institutionnaliser une cohésion structurelle des efforts internationaux pour juger les criminels de guerre.

Le Comité de coordination américain des départements d’État, de la marine et de la guerre souhaite utiliser le commandement suprême des puissances alliées pour éviter les difficultés rencontrées

242 FRUS, « Report by the State-War-Navy Coordinating Subcommittee for the Far East » (12 septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 930-936.

243 FRUS, « President Truman to General of the Army Douglas MacArthur » (14 Août 1945),U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 922.

118 par les Américains lors de la préparation du procès de Nuremberg à Londres. Robert Jackson doit, en effet, mener des négociations très serrées avec les trois autres délégations pour définir le statut du

Tribunal militaire international de Nuremberg244.

John J. McCloy, assistant au secrétariat de la guerre et membre du comité interministériel, informe le secrétaire d’État, Dean Acheson, que les membres des ministères de la Guerre et de la Marine préfèreraient que Mac Arthur ait à lui seul l’unique responsabilité de préparer la poursuite des criminels de guerre de rang A. D’après John J. McCloy, cela permettrait à MacArthur d’éviter d’accuser beaucoup de retard dans les négociations et de connaître les difficultés rencontrées par Robert Jackson lors des préparatifs de Nuremberg pour établir avec d’autres nations un accord concernant les principes, les procédures et les définitions du tribunal.

Jackson recommande au gouvernement américain que le général MacArthur soit le seul à être en charge de la préparation du procès 245. De plus, il préconise l’unité et de la solidarité entre les procureurs internationaux opérant tous, selon un ensemble unique

d’instructions, pour préparer et présenter les actes d’accusation246. Ce

commentaire révèle le scepticisme de Jackson concernant une structure multipartite de procureurs internationaux. À la lumière des avis de Jackson, le Comité de coordination américain des départements d’État, de la marine et de la guerre s’accorde autour

244 TAYLOR, Procureur à Nuremberg, p. 56-77.

245 FRUS, « The Assistant Secretary of War (Mc CLOY) to the Acting Secretary of State (ACHESON) » (7 Septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 922.

246 FRUS, « The Under Secretary of State (ACHESON) to the Director of the Office of Far Eastern Affairs (BALLANTINE) » (6 Septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 921.

119 d’une cohésion organisationnelle dans la poursuite des criminels de guerre japonais sous le commandement de MacArthur.

La feuille de route américaine intitulée « Politique des États-Unis concernant l’Arrestation et la Punition des Criminels de Guerre en Extrême-Orient » limite, néanmoins, le pouvoir du général MacArthur. Il doit obtenir une autorisation spéciale de ses supérieurs de Washington, afin d’établir un tribunal international pour juger les

criminels de guerre de classe A247. Cette mesure permet au

gouvernement américain de gagner un peu de temps pour s’assurer du soutien de ses alliés dans la préparation d’un procès international. Il était prévu que MacArthur soit autorisé à agir de manière indépendante, une fois l’appui des alliés obtenu.

Lorsque MacArthur reçoit ces instructions de Washington, il manifeste son mécontentement. En effet, il craint que cette mesure ne retarde le début des procès internationaux contre les criminels de guerre en Extrême-Orient et ne compromette leur fonction éducative. Il s’oppose tout particulièrement à ce que le procès du cabinet de Pearl Harbor, le cabinet ministériel qui est à l’origine de la décision d’attaquer par surprise Pearl Harbor, ne soit retardé. D’après lui, le procès des membres de ce cabinet représente le procès le plus important en Extrême-Orient et « l’une des erreurs psychologiques les plus graves serait de ne pas autoriser le procès immédiat » de ce cabinet248.

247 FRUS, « Report by the State-War-Navy Coordinating Subcommittee for the Far East » (12 Septembre 1945), U.S. Government Printing Office, 1945, vol. 6, p. 934.

248 Washington, NARA, RG 107/ Entry 180 / Box 2, Commander in Chief Army Forces Pacific Advance, Tokyo, Japan, (MacArthur), to the War Department, 31 octobre 1945.

120 MacArthur insiste pour débuter le procès des grands criminels de guerre le plus rapidement possible. Il recommande au gouvernement américain à Washington d’approcher de manière flexible la question de la culpabilité des membres de ce cabinet qui pourraient être jugés devant une commission militaire constituée uniquement par du personnel américain, dans la mesure où l’infraction commise par ce cabinet visait principalement les États-Unis.

MacArthur argue que l’infraction principale de ce cabinet pourrait relever des crimes de guerre et non des crimes contre la paix. Selon lui, ceux-ci représentent :

Les Crimes contre la paix, c'est-à-dire la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d'une guerre d'agression, ou d'une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour l'accomplissement

de l'un quelconque des actes qui précèdent249.

Les noms des membres du cabinet de Pearl Harbor pourraient être, ainsi, enlevés de la liste des criminels de guerre à juger au Tribunal

international de Tokyo250. Ce procès pourrait débuter immédiatement

sous la juridiction unique des États-Unis.

Si la proposition de MacArthur est réalisable, elle ne convainc pas Washington. La position du gouvernement de Truman, à cet égard, lui est présentée dans une lettre de McCloy :

Le département d’État et le Président […] désirent, si aucun retard injustifié n’est pris, poursuivre [les membres du cabinet de Pearl Harbor] sur des bases plus ou moins similaires de celles établies au procès de Nuremberg. Selon

249 Washington, NARA, RG 107/ Entry 180 / Box 2, Commander in Chief Army Forces Pacific Advance, Tokyo, Japan, (MacArthur), to the War Department, 31 octobre 1945.

121 la politique gouvernementale, nous avons établi une voie pour établir la responsabilité internationale pour le type de complot qui a pour résultat les agressions de l’Allemagne contre la Pologne, du Japon à Pearl Harbor et en Malaisie251.

Ce message souligne que la poursuite des crimes contre la paix devant une Cour de justice internationale constitue l’une des priorités majeures du gouvernement américain en Europe et en Extrême-Orient. Comme l’explique Mc Cloy, Truman considère qu’il est très important d’établir des règles pour que la guerre d’agression constitue un crime selon le droit international.

Le mémorandum relatif à la politique des États-Unis au sujet de l’arrestation et du châtiment des criminels de guerre de l’Extrême-Orient s’inspire très clairement de la politique européenne alliée pour juger les criminels de guerre allemands, affirme le professeur André Gros. Ainsi la qualification des crimes de guerre adoptée par le gouvernement américain est-elle inspirée de l’accord du 8 août 1945 sur le châtiment des criminels de guerre. De plus, le système préconisé consiste essentiellement à « transposer pour le châtiment des grands criminels japonais, le principe adopté par la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Union soviétique pour le

châtiment des grands criminels de guerre européens » 252.

C’est une disposition « s’inspirant uniquement du droit américain qui reconnaît au Commandant suprême le pouvoir de constituer des tribunaux militaires spéciaux et de fixer les règles de

251 Washington, NARA, RG 107/ Entry 180 / Box 2, John J. MACCLOY to

MACARTHUR, 19 novembre 1945.

252 La Courneuve, AMAE, Asie-Océanie, Dossiers Généraux, vol. 162, Note sur la constitution des tribunaux militaires américains en matière de crime de guerre, non daté.

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procédure que ces tribunaux appliqueront »253. Pour le professeur

Gros, cette disposition n’est pas « très claire » pour trois raisons254. Tout d’abord, on ne sait pas si la loi à appliquer est une loi nationale des États représentés au tribunal militaire international, ou de la loi nationale de tous les États membres des Nations unies. Puis, la