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Nous traiterons dans cette section deux études de cas concernant les villes de Jeddah et de Bruxelles. Ces études nous permettent de mettre en évidence le recours à l’analyse syntaxique dans un cadre des opérations d’aménagement et de planification. Étudier ces deux exemples, c’est également se poser la question du recours à la syntaxe spatiale pour des études visant à appréhender les phénomènes urbains et de planification durable de la cité. Nous avons fait le choix de la ville de Jeddah, une ville musulmane qui dispose d’un noyau médial

semblable à celui de notre cas d’étude. L’objectif étant de mieux intégrer ce noyau à l’ensemble de l’ossature urbaine, ce qui rappelle en quelque sorte la problématique paysagère de la ville de Monastir (Rejeb Bouzgarrou, 2013). Le deuxième exemple a été choisi dans la mesure où il aborde la question de la durabilité du paysage urbain de Bruxelles et cherche à aborder certaines conceptions du disfonctionnement entre les anciennes et nouvelles parties de la ville, et ce, à travers un diagnostic articulé autour de la notion d’intention paysagère.

II.2.2.1Les zones non planifiées de Jeddah

L'un des principaux objectifs du cadre de planification stratégique de Jeddah, achevé en avril 2006 par le laboratoire de recherche de la syntaxe spatiale, était de développer une approche stratégique pour l'amélioration de l’ensemble

des zones non planifiées de Jeddah. Ces zones ont subi une période de croissance

accélérée entre 1950 et 1960, ce qui explique l’émergence d’un espace urbain ‘déséquilibré’, Leur état actuel présente des problèmes d’ordre physique et social qui s’aggravent au fur et à mesure que la ville continue de croître.

Figure 37: Exemple des études de la syntaxe spatiale : (a) les zones non planifiés à

Djeddah ; (b) Analyse d’accessibilité locale de Jeddah ; (c) : Analyses d’intégration spatiale

La connectivité entre les noyaux internes et le réseau urbain environnant parait faible

dans l’ensemble du système urbain. Ce modèle affaiblit l’émergence des éléments porteurs de centralités tels que les équipements et les commerces dans ces zones et exacerbe le cycle de surpeuplement, et au final la ségrégation sociale. Les problèmes résultants sont les suivants : détérioration socio-économique et des conditions environnementales, mauvaise corrélation inexistante entre les infrastructures et l’environnement au sens large.

Afin d'aborder la question des zones centrales imprévues, une analyse syntaxique de diagnostic spatial a été développée. Cette méthodologie visait à montrer les itinéraires les plus importants dans chaque arrondissement. Dans un premier temps, l'intensification et l'isolement du noyau de chaque arrondissement ont été caractérisés par l'analyse de l'accessibilité locale. Sur la base de cette analyse, une stratégie a été décidée pour réaligner et relier les différents fragments à la structure principale des itinéraires urbains. Le résultat consiste à reconnecter ainsi ces arrondissements à la ville-centre tout en préservant leur caractère unique et leur sens du lieu. Le noyau historique de la vieille ville est un environnement historique unique. Cependant, il est isolé du centre-ville. Une planification a été faite afin de le réintégrer à l’ensemble de la structure urbaine.

Ce projet a identifié en premier lieu les contraintes physiques qui s’opposent

à la régénération sociale et économique de la vieille ville. Le diagnostic était basé sur une analyse de l'évolution historique du centre, de ses états actuel en matière d'activité économique et ses patrons de connectivité locale et du choix. Ce diagnostic a relevé que la vieille ville a une disposition interne simple et cohérente mais elle est en grande partie impénétrable de l'extérieur du à la présence du mur d’enceinte, caractéristique des médinas arabo-musulmane. Ainsi, une nouvelle route qui constitue une continuité physique et visuelle entre

l’ensemble médina et les arrondissements environnants a été mise en place afin de résoudre ce problème. La solution a été testée tout d'abord sur les piétons et les résultats d’enquêtes ont montré qu'elle est susceptible d'apporter des améliorations. Le chemin de la vieille ville est devenu le ‘déclencheur urbain’

du plan de régénération global.

Le diagnostic et les différents niveaux d’analyses exploitées dans ce projet ont aidé à la mise en place d’un connecteur qui vise à intégrer la médina, auparavant

Figure 38: Proposition d’une échelle d’intervention spatiale dans le contexte d’un

aménagement urbain durable (Karimi, 2006)

II.2.2.2Etude sur la morphologie spatiale du quartier européen en région Bruxelloise

La région de Bruxelles capitale a effectué un diagnostic et des propositions de planification urbaine à partir de la syntaxe spatiale. Cette étude se présente

comme un accompagnement à l’élaboration du schéma directeur relatif à un territoire urbanisé et en cours de transformation dont l’objectif est d’orienter

sur des bases objectives les décisions qui seront prises quant aux formes du tissu urbain et sa structure spatiale (Space syntax, 2006).

L’étude syntaxique élaborée a permis d’identifier les espaces structurants de chacun des quartiers situés dans le périmètre de l’étude. Elle a permis l’identification

de la structure spatiale de l’ensemble des quartiers concernés par ce territoire.

L’ambition étant donc d’éviter que le développement de nouveaux espaces ne porte

Figure 39: Etude de la structure et de la composition spatiale des quartiers européens de Bruxelles : Analyse des quartiers, (Space syntax, 2006)

Les résultats de l’analyse des différents quartiers de la ville ont montré les limites fondamentales du système de transport de la région. Les rues ségréguées de la zone ont été expliquées par l’absence d’utilisateurs journaliers et que ces utilisateurs étaient présents seulement à certains moments de la journée. Ceci contrarie le concept de « co-presence » indicateur de la durabilité des lieux. Cela a entrainé une économie de mouvement relativement faible et un quasi absence des équipements et des commerces.

A la suite de cette étude, il était prévu d’intégrer le mieux possible les entités de la ville au sein des quartiers. En effet, l’étude syntaxique a permis d’évaluer l’interaction entre les différents espaces, et l’interaction de ces espaces avec leur environnement, et au final d’aborder la problématique de centralité.

Le recours à la syntaxe spatiale dans cette étude a permis de rechercher une meilleure cohérence entre les entités structurantes et leur distribution spatiale, et à établir une reconfiguration entre les compositions spatiales du périmètre, les habitants et leur dynamique, et les équipements.

Figure 40: Etude de la structure et de la composition spatiale des quartiers européens de Bruxelles : Comparaison des périmètres entre les quartiers, (Space syntax, 2006)

Conclusion partielle

La syntaxe spatiale a montré que les études basées sur ses principes disposent

d’outils expérimentaux performants et directement utilisables pour l’analyse

de structures urbaines et une meilleure compréhension entre les fonctions et les relations qui émergent dans la ville. La syntaxe spatiale propose une nouvelle approche structurale et quantitative pour mieux comprendre les structures spatiales de la ville. Elle constitue une « approche générative » et expérimentale d’analyse

de la forme urbaine qui combine la rigueur formelle avec une prise en compte des interactions fonctionnelles et des conséquences sociales. Le développement de méthodes syntaxiques d’analyse basées sur de telles représentations a permis de dégager notamment en quoi les villes arabes sont différentes des villes européennes, et les villes françaises des villes anglaises, en termes morphologique (Hillier, et al., 1987).

Hillier décrit la morphologie urbaine comme une étude de la forme physique et spatiale de l’objet urbain, ce qui entraine la nécessité de mettre en place une approche d’analyse des formes urbaines pour mieux orienter les démarches de gestion et de planification. L’apport de cette approche spatiale, au niveau du paysage et de l’aménagement des territoires urbains, constitue une avancée

méthodologique remarquable dans des domaines généralement explorées par les méthodes d’enquêtes et d’entretiens. La syntaxe spatiale nous a permis

de proposer une analyse de la structure globale de la ville, sans pour autant perdre ses particularités locales.

Néanmoins, en raison d'un certain nombre de paradoxes qui surgissent certaines configurations géométriques, la fiabilité mathématique de la syntaxe spatiale a récemment subi des critiques. Ces paradoxes ont été soulignés par Ratti (2004). Il prouve que des incohérences apparaissant dans deux niveaux d’analyse.

Dans un premier niveau, l'analyse de textures urbaines régulièrement maillées (comme Manhattan) révèle la difficulté d'accepter le fait que la syntaxe spatiale permette la modélisation des choix de mouvement des piétons. Dans des cas plus complexes, la singularité de deux textures idéales produit une discontinuité topologique, dont l’analyse n’est pas possible dans la mesure où une seule configuration urbaine peut produire deux résultats contradictoires lorsqu'il est analysé à l’aide des outils de la syntaxe spatiale (Ratti 2004). Selon Ratti, "les villes sont des systèmes clairement plus complexes que structurés. Leur géométrie est variable et irrégulière." (Ratti 2004). Une représentation purement topologique risque également d’oublier des informations urbaines primordiales dans l’analyse, ce qui nous impose de garder un regard objectivement

critique sur les conclusions à tirer des analyses de la syntaxe spatiale. En prenant en compte ce nécessaire recul, la combinaison de techniques de syntaxe spatiale avec les outils de la géomatique ou issus des SIG joue un rôle incontournable dans le développement et la mise en œuvre de techniques d’analyse de structures

urbaines. Les SIG peuvent en effet permettre d’opérationnaliser la génération

d’indicateurs spatiaux tout en intégrant des données géographiques et socio-économiques complémentaires pour mieux étudier leur relation avec les variables utilisées et générées par la syntaxe spatiale (Sanders, 2001).