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CAPÍTULO I – ENQUADRAMENTO TEÓRICO E CONCEPTUAL

3. Envelhecimento Bem-Sucedido: Conceito, Modelos e Evidências Empíricas

3.2. Modelos Teóricos de Envelhecimento Bem-Sucedido

3.2.2. Envelhecimento Bem-Sucedido de Baltes e Baltes (1990)

par le contact avec un ou une adultère. Sans doute ces données à propos des

jeunes enfants bemba sont-elles valables aussi pour les enfants à naître chez

les Luba.

2. Les interdits alimentaires bizila

La femme (et parfois son mari) s’abstient de certains

aliments durant la gestation. A Makwidi, dès le kutela dimi, les deux conjoints

s’abstiennent de manger les animaux suivants: la chèvre, le singe

cercopithèque à diadème {nkima), la civette (dyobo), l’antilope céphalophe à

dos jaune (ntundu), le hibou {kitungu), la chouette {fwifwf), les chauve-souris

mudima et membe, le cochon. On dit que ces animaux sont kizila ("interdits")

pour le couple; ce terme est employé dans les contextes les plus divers, aussi

bien dans la vie profane que dans les rituels royaux et familiaux, pour

marquer qu’il faut éviter telle ou telle chose. Loin d’être typiques aux Luba,

les interdits kizila forment une catégorie de phénomènes diffusée dans tout le

monde bantou, depuis le Gabon jusqu’au Transvaal, depuis le Kenya jusqu’à

la Namibie, et dans des contextes très divers. Pierre Smith a bien montré que

dans toute cette aire, les interdits rituels sont désignés par un terme

{umu-ziro, gimi-siru, m-{umu-ziro, ki-zila, osi-dila, man-gili...) remontant à une vieille

racine proto-bantoue’. Sur base du cas rwandais, il envisage ces interdits

comme des allergies "qui invitent les Rwandais, à tout moment et dans les

contextes les plus anodins, à s’éveiller aux prolongements symboliques de leurs

façons d’agir et de parler". En montrant les incompatibilités entre certains

faits dans certaines contextes, les interdits créent un monde quasi-poétique,

où les choses acquièrent toutes un sens dépassant leurs caractéristiques

premières. Souvent, l’interdit repose sur le principe qu’une chose "provoque

ce qu’elle évoque". Tel est le cas des kizila de la grossesse chez les Luba: on

évite tout ce qui évoque une tare potentielle de l’enfant ou un accident de la

grossesse.

-Le cercopithèque à diadème est interdit car il risquerait de provoquer la toux

de l’enfant (Makwidi): sans doute cela tient-il à l’habitude qu’ont les mâles de

cette espèce de donner l’alerte par une toux rauque^ Les singes de toutes

espèces sont d’ailleurs interdits à Kabongo, où l’on craint que leur

consommation rende l’enfant capricieux.

1. Smith 1979b:6/7, 25, 45 et passim.

2. Haltenorth et Diller 1985:275

-Consommer la civette risquerait de faire naître un enfant qui a du pus dans

les oreilles (Makwidi, Kabongo): ne serait-ce pas en rapport avec la poche à

musc dont est pourvu cet animal?

-Consommer de la chèvre provoque des abcès sur l’enfant (Makwidi);

consommer le céphalophe à dos jaune risque de provoquer de fortes

hémorragies à la naissance (Makwidi); à Ngoy Mani et Masangu, on dit que

l’enfant naîtrait avec des abcès sur la tête si l’on mange de cet animal. Ici,

la logique du système est plus difficile à établir: Je ferai l’hypothèse que

l’interdiction tient à ce que ces animaux ont des cornes qui servent de

ventouses pour effectuer des saignées, ce qui explique les références aux

hémorragies et aux abcès pareils aux ecchymoses provoqués par la ventouses

A Ngoy Mani, consommer de la chèvre ferait tousser le nouveau-né; ce n’est

plus ici la corne de l’animal qui a retenu l’attention de la pensée symbolique,

mais le cri caractéristique que la chèvre émet parfois, à la façon d’un

éternuement.

-Diverses sortes d’oiseaux nocturnes ou de chauves-souris ne peuvent être

consommées (Makwidi): le hibou kitungu, qui est laid et dont la consommation

rendrait l’enfant somnolent; la chouette fwifw'r, les espèces de chauves-souris

mudima et membe (manger la première donnerait une grande bouche à

l’enfant).

-les oeufs sont kizila durant la grossesse à Ngoy Mani et Kabongo: ils

rendraient l’enfant chauve

-La littérature mentionne encore que l’on s’abstient d’ingurgiter des boissons

tirées de plantes amères (réputées abortives) ainsi que de manger des animaux

Jugés répugnants ou tués par des carnassiers. On évite aussi d’ingérer la

chair d’un animal tombé dans un trou, car l’enfant risquerait alors de se

retrouver dans la tombe^.

-Manger du poisson kingono donnerait à l’enfant un rythme cardiaque trop

élevé (Ngoy Mani). Cela tient sans doute à une caractéristique respiratoire de

1. On ne possède pas de renseignements sur la nature précise des

cornes-ventouses {lusumo) chez les Luba. Chez les Ndembu, on se sert de

cornes de chèvre (Turner 1972:184); sans doute en va-t-il de même chez les

Luba, qui utilisent peut-être aussi celles du céphalophe à dos Jaune, dont mes

informateurs disent qu’il est en tout point pareil à la chèvre.

ce poisson\

-Un autre kizila concerne tout ce qui est visqueux, glissant ou lisse, et qui

risquerait de faire "glisser" le fruit^. La femme doit en effet rester "fermée"

dans les mois qui précèdent la naissance. Certaines traditions rapportent que

lors de sa première grossesse, la femme portant son lukuka est tenue à un

silence relatif: c’est maintenant l’ouverture de la bouche qui est prohibée.

Cette logique de l’ouverture et de la fermeture se

retrouve aussi, mais inversée, lors de l’accouchement. En effet, les jours qui

le précèdent, à Kabongo, on évitera de manger les haricots lukunde qui

constipent (la maladie porte le même nom que les haricots) ainsi que les

grosses bananes mbudi pour la même raison, ou encore la chair du rat de

Gambie {nkumbi) qui risque de "boucher le trou", le trou étant ici le vagin.

Tout ceci est kizila.

Bref, on se défend toute nourriture censée bloquer

les orifices (anus et vagin) et retarder l’accouchement. L’inverse était de mise

durant les mois précédents, où on interdisait tout ce qui risque de faire

glisser l’enfant hors de la matrice'. La femme enceinte se définit donc comme

un être qui doit rester fermé durant la grossesse mais qui doit au contraire

s’ouvrir pour la naissance. Il est intéressant de constater que si le vagin est

le premier concerné dans cette problématique, il n’est pas la seule ouverture

corporelle visée.

1. Sendwe (1955:72) parle d’un poisson monga interdit aux femmes

enceintes pour la même raison. Or, ku-monga signifie "respirer par saccades

répétées" (Van Avermaet 1954).

Je n’ai pas pu découvrir la logique de certains kizila de la grossesse.

Ainsi, le cochon qui est toujours interdit aux femmes l’est aussi aux hommes,

à Makwidi; en consommer provoque l’avortement, dit-on à Kabongo. Les

arachides sont kizila durant la grossesse à Ngoy Mani; en manger rendrait

l’enfant sale.

2. Theuws 1960:124

3. Makonga (1951:49) parle d’une femme stérile comme d’un être

accouchant des silures {mulombe), poissons glissants par excellence. On se

souviendra pourtant qu’à Kabongo, le silure est connoté positivement en

regard de la maternité puisque lors du kuputa, la jeune femme est priée d’en

manger plusieurs. La contradiction s’estompe si l’on se souvient que cette

manducation est faite en rapport avec l’accouchement et non avec la grossesse:

en mangeant des silures non pliés, la jeune femme est, selon mes informateurs

assurée d’obtenir une délivrance rapide et aisée. On retrouve la même

contradiction chez les Ndembu: lors de l’annonce de la grossesse, on fait sortir

précipitamment la jeune fille de sa chambre, afin que l’enfant "sorte

rapidement" lors de l’accouchement; mais durant toute la grossesse d’une

femme qui s’est pliée au rituel nkula, on lui interdit de manger des silures,

de peur que l’enfant ne "glisse" de la matrice (Turner 1972:93, 259).

Pourquoi le rat de Gambie est-il censé "boucher le

trou"? Notons tout d’abord que ce rat se trouve associé à l’oryctérope

(mpumpà) comme grand interdit alimentaire de la société secrète des tupoyo,

spécialisée dans l’exhumation de cadavres dont ils neutralisent l’esprit

malveillant'. Une fois de plus, l’animal apparaît en relation avec le monde de

la fosse (celle de la tombe, à présent). Le trait le plus pertinent du rat de

Gambie et de l’oryctérope est que l’un et l’autre sont de grands creuseurs de

terriers^ On retrouve ces deux animaux dans un rituel ndembu, Visoma, qui

vise à rendre la fécondité à une femme poursuivie par un esprit affligeant^

Pour ce faire, les officiants creusent un tunnel reliant deux trous à proximité

d’un terrier de "rat géant" ou de "fourmilier", animaux réputés boucher avec

de la terre le passage de leur antre^ Les guérisseurs se chargeront d’ouvrir

symboliquement le passage obstrué afin de rendre la fécondité à celle qui en

est privée. La femme fera à plusieurs reprises l’aller-retour dans un tunnel,

accompagnée de son mari, manifestant ainsi sa fécondité retrouvée.

Dans les trois cas, donc, le rat de Gambie renvoie à