représentations, pour les lier ou les séparer, et élaborer ainsi la matière brute des
impressions sensibles en une connaissance d’objet, qui s’appelle expérience”. Notons
le mouvement de l’activité décrite par Kant : nous comparons, lions et séparons des
représentations données et ainsi, nous élaborons une connaissance d’objet que nous
appelons ensuite expérience. Comme en A, Kant part de l’obtention métaphysique du
concept de l’expérience, comme produit de l’entendement, et c’est ce concept
métaphysique comme produit de notre activité, que nous appelons par le mot
“expérience”. Nous sommes donc toujours déjà dans l’expérience de notre pensée
empirique, ce que Kant indique clairement ; “selon le temps aucune connaissance ne
précède donc en nous l’expérience, et toutes commencent avec elle”.
Cette petite phrase paraît insignifiante, elle ne l’est pas. Les deux premières
sections de l’Introduction de B commencent dans la perspective du temps empirique
et se terminent par la position du concept de l’espace abstrait. Nous sommes
immémorialement dans la pensée empirique postulée dont nous ne pouvons nous
abstraire, mais que nous devons réfléchir. Nous devons donc à présent exposer le
principe de cette réflexion.
L’expérience est l’élaboration, par notre pouvoir de connaître, de la matière
brute de la sensation. La saisie de cette matière dans l’appréhension ne doit pas être
confondue avec la saisie d’une indétermination sous un concept de la réflexion qui
n’est pas constitutif Ce sont les représentations de cette matière qui sont comparées,
liées ou séparées. Or, du simple fait de la primauté de l’expérience nous pouvons être
assuré d’une différence entre celle-ci et une activité de dénomination. Aussi, si “toute
notre connaissance commence avec {mit) l’expérience, elle ne résulte pas toute de
{aus) l’expérience”. Cela signifie qu’elle ne résulte pas toute de l’activité constitutive
de l’expérience, à savoir comparer, lier ou séparer. L’acte de dénomination, quant à
lui, est l’indice d’une activité autre que la constitution de l’expérience, qui a
néanmoins lieu en elle. Si nous réfléchissons anagogiquement cet acte de
dénomination, nous postulons certes l’ensemble des conditions de la pensée empirique
en général, mais nous pouvons aussi abstraire le concept d’une activité rapportée à
une source autre que la donation d’un objet des sens dans la sensibilité. Donc, bien
que la dénomination soit elle-même empirique, elle est le témoin concret d’une source
a priori que nous pouvons seulement abstraire. Toute notre connaissance commence
avec l’expérience de la pensée empirique, mais est toujours déjà présent et caché ce
dont elle est le résultat comparé, lié et séparé. Nous voyons, dans le mouvement
temporel entre commencer et résulter - même si de fado il y a immédiateté empirique
entre l’affection des sens et ce dont la connaissance résulte - que “joue” une
différenciation transcendantale entre “ce que nous recevons par des impressions et [...]
ce que notre propre pouvoir de connaître (à l’occasion simplement des impressions
sensibles) produit de lui-même”. Cette mise en mouvement temporelle de notre
pouvoir de connaître est certes immémorialement empirique - de tout temps - mais de
plus elle est originairement temporelle - dans le temps. Commençons donc par
distinguer dans la connaissance d’expérience sa temporalité empirique ou son
“histoire” et sa temporalité originaire constitutive. Celle-ci est saisissable seulement
dans un concept empirique et auto-référentiel, c’est-à-dire dans le concept de
l’activité de la pensée dont la dénotation est identifiable empiriquement par
comparaison, liaison et séparation. L’expérience désigne un concept empirique et
nous savons qu’elle “contient” autre chose que ce que les impressions d’objets
produisent d’elles-mêmes. Les impressions sont les représentations de la matière
élémentaire. L’activité de séparation philosophique de cette matière nous donnera
comme reste ce qu’elle n’est pas. Pour le moment, nous avons pu mettre en évidence
trois aspects de cet autre chose, l’activité du pouvoir de connaître, le temps originaire
de cette activité, et la dénomination empirique de son résultat. Or seul un “long
exercice” peut nous rendre “attentifs à ce qui est ainsi ajouté et habiles à le séparer”.
Exercice (Übung), attention (aufmerksam), séparer (absondeni) ; autant de
termes qui appartiennent à l’activité qu’est la critique de la raison pure. Que ceci
doive effectivement attirer notre attention est effectivement remarquable. En effet la
question “de savoir s’il y a une telle connaissance indépendante de l’expérience et
même de toutes les impressions des sens”, ne peut être posée que par une distinction
depuis le site de nos connaissances empiriques, “qui ont leur source a posteriori dans
l’expérience”. Cette recherche doit nous permettre de lever la première apparence de
l’impossibilité d’une telle connaissance. Il importe de noter la dissymétrie entre la
position du nom “connaissances a priori" et ce que ce nom signifie, d’une part, et les
connaissances qui ont leur source dans l’expérience, d’autre part. Appartient donc
encore à l’expérience empirique l’acte de dénomination de la connaissance a priori,
puisque la notion d’expérience, comme celle de connaissance, et ce qu’elles désignent,
appartiennent à la pensée empirique a posteriori. On peut savoir a priori que saper les
fondements d’une maison entraînera son écroulement, sans devoir attendre
l’écroulement réel, mais ce savoir a priori résulte ou dérive de l’expérience. Cet
exemple de Kant est, comme toujours, particulièrement bien choisi : on voit que la
question centrale est celle de la source de la connaissance a priori. Or si l’on ne peut
que la nommer pour le moment, cette dénomination appartient nécessairement à
l’empirie. Dès lors, isoler la source absolument a priori est la tâche que nous devons
accomplir. L’exemple dit que nous savons a priori que saper les fondements de la
maison entraîne son effondrement. Nous le savons a priori parce que c’est en fait une
proposition analytique, mais dérivée de l’expérience. En d’autres termes, nous
pouvons, dans le temps empirique inépuisable de l’expérience, avoir à partir de
connaissances empiriques des connaissances analytiques a priori. Mais cette
possibilité n’est que la marque de l’évolution de notre connaissance selon les règles de
la logique générale analytique, et 1a question est ici transcendantale : celle des sources
absolument a priori de cette connaissance. Ceci est très important, parce que le noeud
de la distinction entre jugement analytique et jugement synthétique n’est absolument
pas logique général, mais réflexif et transcendantal. Montrer logiquement la
contradiction formelle de l’édifice discursif de la métaphysique classique dogmatique
est en fait inutile parce que ce serait retomber dans les conflits rationnels. Encore une
fois, la Critique est le lieu de son auto-effectuation, et il faut d’abord produire la
métaphysique dogmatique pour, ensuite, montrer qu’elle est illusoire. A défaut de ce
point, il n’y aurait aucune raison de produire l’antithétique de la raison pure.
Ne restent dès lors que l’activité du pouvoir de connaître et le temps originaire
de cette activité. Or ce reste ne nous est absolument pas immédiatement donné. En
effet Kant dit que nous entendons par a priori les connaissances “qui sont absolument
indépendantes de toute expérience”. Il est donc nécessaire que des connaissances a
priori doivent être saisies par des jugements a posteriori et ce, bien que ces jugements
puissent être a priori. Nous comprenons ainsi que peuvent seulement être appelées
pures les connaissances même a priori mais auxquelles rien d’empirique n’est
mélangé. Est donc comprise comme pure, la connaissance qui ne peut même pas être
exprimée dans une proposition, même si elle est a priori, puisque toute proposition
est composée de concepts désignés par des mots et relève de facto de la pensée
empirique (par exemple la proposition “Tout changement a sa cause”). Il convient
donc de distinguer la question de l’origine des connaissances de la question de la
nature de ce qui les rend objectives, car la première apparence que doit combattre la
Critique est cette confusion métaphysique. La question de l’origine de la connaissance
deviendrait celle de la genèse des connaissances, ce qui implique la confusion entre
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O caminho percorrido
(páginas 45-51)