CAPÍTULO 5. RESULTADOS E DISCUSSÃO
5.2 MICROSCOPIA ÓPTICA
Les résultats des analyses descriptives et multivariées de la sensibilité interculturelle ayant été présentés et discutés, il s’agit maintenant d’aborder les profils interculturels des participants réalisés au moyen du logiciel IDIXP 2-3 (Hammer, 2002). La présentation de ces profils est divisée en deux sections : les profils des participants à l’enquête par questionnaire et ceux des participants aux volets quantitatif et qualitatif. A leur tour, ces sections sont divisées en deux parties : une première qui porte sur la sensibilité perçue (i.e. la perception que l’individu a de sa sensibilité interculturelle) et la sensibilité développementale (i.e. les perceptions et réactions les plus probables que l’individu va adopter face à la différence culturelle) des participants ainsi que sur leur différence, et une deuxième relative aux résultats spécifiques des cinq échelles.
1.2.1 Les profils interculturels des participants à l’enquête par questionnaire
Cette section aborde les profils interculturels des 90 participants à l’enquête par questionnaire.
1.2.1.1 La sensibilité perçue et la sensibilité développementale
Le Tableau 20 présente la sensibilité perçue (SP) et la sensibilité développementale (SD) des éducateurs sociaux selon les résultats de l’IDI. La liste complète des scores de sensibilité perçue et de sensibilité développementale des 90 participants ainsi que leur différence (Delta = SP - SD) se trouve dans l’Annexe 12.
Tableau 20 : Scores globaux de sensibilité perçue etde sensibilité développementale (N = 90) Stade Déni Polarisation Minimisation Acceptation Adaptation Scores 55-69.99 70-84.99 85-114.99 115-129.99 130-145 Sensibilité perçue n % 1 1.1% 75 83.3% 14 15.6% Sensibilité développementale n % 7 7.8% 68 75.6% 11 12.2% 4 4.4%
Les scores de sensibilité perçue (SP) mettent en lumière que la quasi-totalité des participants perçoivent leur sensibilité interculturelle aux stades d’acceptation (respect des différences au niveau des valeurs et du comportement) (83.3%) et d’adaptation (empathie, ajustement des modes de communication et comportement en fonction du contexte culturel) (15.6%), alors qu’une seule personne la perçoit en minimisation (banalisation des différences).
Cependant, leur position réelle sur le DMIS telle que mesurée par l’IDI est considérablement différente. En effet, les scores de sensibilité développementale (SD) individuels indiquent que 75.6% des participants se situent au stade de minimisation et 7.8% au stade de polarisation (dénigrement ou valorisation de la culture de l’autre). A l’opposé, 12.2% des participants se situent au stade d’acceptation et 4.4% au stade d’adaptation.
Ces résultats mettent en lumière que les éducateurs sociaux se perçoivent comme étant plus sensibles aux différences culturelles (SP) qu’ils le sont réellement (SD) (étendue du delta : 1.91- 39.74). Comme on peut le constater (Annexe 12), cette surestimation est plus importante chez les personnes résistantes à la différence culturelle (polarisation : delta = 32.67-39.74 ; minimisation : delta = 12.09-34.17), que chez celles faisant preuve d’ouverture et de respect (acceptation : delta = 8.28-13.59 ; adaptation : delta = 1.91-4.47). Cela signifie que les personnes qui se situent aux stades de polarisation ou de minimisation ont une vision moins réaliste de leur degré de sensibilité interculturelle, comparativement aux personnes se situant aux stades d’acceptation ou d’adaptation.
1.2.1.2 Atouts et obstacles dans le rapport à la différence culturelle
Finalement, les profils individuels identifient les éléments spécifiques mesurés par les 5 échelles et leurs sous-échelles qui constituent un atout ou, au contraire, un obstacle au développement de la sensibilité interculturelle de l’individu.
Le Tableau 21 présente les résultats des éducateurs sociaux sur les échelles Déni/Défense (DD), Renversement (R), Minimisation (M), Acceptation/ Adaptation (AA) et Marginalité encapsulée (ME). La liste complète des scores obtenus par les 90 participants sur les échelles peut être consultée dans l’Annexe 13.
Tableau 21 : Scores des échelles de l’IDI (N = 90) Echelles Score moyen Non résolu Résolu
DD m = 4.39 n % 4 4.4% 86 95.6% R m = 4.02 n % 15 27.8% 65 72.2% M m = 3.01 n % 76 84.4% 14 15.6% AA m = 3.35 n % 62 68.9% 28 31.1% ME m = 4.16 n % 21 23.3% 69 76.7%
Note. La distribution de l’échelle varie de 1 à 5 : des scores inférieurs à 3.66 sont indicatifs d’un manque de
« résolution », alors que des scores au-dessus ou égal à 3.66 révèlent une « résolution » positive.
Les résultats de l’échelle DD indiquent que la plupart des participants (95.6%) ont « résolu » cet aspect ethnocentrique (m = 4.39). D’une part, ils font preuve d’intérêt et curiosité face aux différences culturelles et n’évitent pas le contact avec des personnes aux références culturelles diverses (sous-échelle Déni), d’autre part, ils perçoivent la différence culturelle comme une alternative à leur vision de la réalité, qui n’est pas combattue au moyen de stratégies de dénigrement ou de supériorité (sous-échelle Défense). Seules 4 personnes n’ont pas encore « résolu » ce degré de sensibilité interculturelle.
Les questions spécifiques mesurées par l’échelle R ont également été « résolues » (m = 4.02) par près de trois-quarts des participants (72.2%) : ils n’affichent pas une pensée polarisée, ni ne romancent les autres cultures aux dépends de leur propre culture. Par contre, les profils des autres participants montrent une tendance à valoriser la culture de l’autre et à dénigrer leurs propres références culturelles.
S’agissant du profil de l’échelle M, on constate que la minimisation pose les enjeux les plus problématiques pour les participants à cette recherche (m = 3.01). En effet, la plupart des participants (84.4%) pensent que les besoins et comportements fondamentaux sont identiques à tous les êtres humains (sous-échelle Similarité) et/ou imposent leur vision du monde aux autres, en croyant qu’elle est valable pour toutes les cultures (sous-échelle Universalisme). Par contre, 15.6% des participants ont « résolu » les questions liées à la similarité culturelle et à l’universalisme des valeurs mesurés par cette échelle.
Les résultats de l’échelle AA (m = 3.35) font ressortir que près d’un participant sur sept (67.8%) est en train de se confronter aux enjeux concernant l’acceptation ou l’adaptation aux différences culturelles. Par contre, 31.1% des participants sont en mesure de reconnaitre et respecter les différences culturelles et/ou de changer de perspective ou comportement en fonction du contexte culturel dans lequel ils évoluent.
Finalement, 76.7% des participants ont résolu les questions liées à leur identité culturelle telles que mesurées par l’échelle ME (m = 4.16). Les autres participants (23.3%) éprouvent, de manière plus ou moins prononcée, un malaise identitaire pouvant s’exprimer par un sentiment d’aliénation par rapport à leur appartenance culturelle.
1.2.2 Les profils des participants aux enquêtes quantitative et qualitative51
Cette section présente les profils interculturels des 24 participants aux volets quantitatif et qualitatif de la recherche. Pour rappel, les profils des éducateurs sociaux retenus pour l’enquête par entretiens représentaient dans leur ensemble la palette de perceptions et attitudes face à la différence culturelle observées auprès des participants à l’enquête par questionnaire (polarisation : n = 2, minimisation : n = 13, acceptation : n = 5, adaptation : n = 4).
1.2.2.1 La sensibilité perçue et la sensibilité développementale
Dans le Tableau 22, la sensibilité perçue (SP) et la sensibilité développementale (SD) des 24 participants aux deux enquêtes ainsi que leur différence (Delta = SP - SD) sont présentées.
Tableau 22 : Sensibilité perçue et sensibilité développementale des participants (N = 24)
Personne Score SP SP Score SD SD Delta
ES1 116.32 Acceptation 79.83 Polarisation 36.45 ES2 115.46 Acceptation 81.61 Polarisation 33.85 ES3 118.80 Acceptation 87.48 Minimisation 31.32 ES4 121.00 Acceptation 87.63 Minimisation 33.37 ES5 115.88 Acceptation 87.64 Minimisation 28.24 ES6 121.80 Acceptation 92.13 Minimisation 29.67 ES7 119.11 Acceptation 92.62 Minimisation 26.49
51 Les résultats présentés ici ont fait l’objet d’une publication : Gulfi, A. (2014). L’expérience des éducateurs sociaux œuvrant en contexte multiculturel. Une approche méthodologique mixte des perceptions et attitudes face à la différence culturelle. Formation et pratiques d’enseignement en questions, 17, 109-128. Une partie des propos ont été repris tels quels de l’article.
Personne Score SP SP Score SD SD Delta ES8 121.29 Acceptation 92.65 Minimisation 28.64 ES9 121.10 Acceptation 93.85 Minimisation 27.25 ES10 122.40 Acceptation 96.32 Minimisation 26.08 ES11 123.80 Acceptation 96.99 Minimisation 26.81 ES12 127.27 Acceptation 107.60 Minimisation 19.67 ES13 126.97 Acceptation 111.18 Minimisation 15.79 ES14 128.62 Acceptation 113.42 Minimisation 15.20 ES15 129.03 Acceptation 113.83 Minimisation 15.20 ES16 129.60 Acceptation 116.01 Acceptation 13.59 ES17 129.18 Acceptation 116.33 Acceptation 12.85 ES18 130.36 Adaptation 117.61 Acceptation 12.75 ES19 132.56 Adaptation 121.83 Acceptation 10.73 ES20 134.47 Adaptation 126.19 Acceptation 8.28 ES21 138.72 Adaptation 134.25 Adaptation 4.47 ES22 136.67 Adaptation 134.76 Adaptation 1.91 ES23 139.25 Adaptation 136.39 Adaptation 2.86 ES24 142.01 Adaptation 139.63 Adaptation 2.38
Note. Le tableau est ordonné par ordre croissant de sensibilité interculturelle réelle (SD). Les scores SD et SP vont de
55 à 145 points : un score global inférieur à 70 indique déni, un score entre 70-84.99 indique polarisation, un score entre 85-114.99 indique minimisation, un score entre 115-129.99 indique acceptation et un score supérieur à 130 indique adaptation.
D’après les profils interculturels, les éducateurs sociaux se perçoivent tous comme étant plus sensibles aux différences culturelles qu’ils ne le sont réellement. D’une part, les scores de sensibilité perçue (SP) des participants indiquent que 17 d’entre eux perçoivent leur sensibilité interculturelle au stade d’acceptation et 7 au stade d’adaptation. D’autre part, les scores de sensibilité développementale (SD) soulignent que 2 participants se situent au stade de polarisation et plus de la moitié (n = 13) au stade de minimisation. A l’opposé, 5 participants se positionnent au stade d’acceptation et 4 au stade d’adaptation. Cette tendance à surestimer la sensibilité interculturelle varie en fonction du rapport des éducateurs sociaux aux différences culturelles : plus le degré de sensibilité interculturelle est élevé (acceptation, adaptation), moins la différence entre les scores SP et SD est importante.
Le Tableau 23 présente les scores des échelles Déni/Défense (DD), Renversement (R), Minimisation (M), Acceptation/Adaptation (AA) et Marginalité encapsulée (ME) des 24 participants aux volets quantitatif et qualitatif.
Tableau 23 : Profils de sensibilité interculturelle des participants (N=24)
Personne Stade SD DD R M AA ME ES1 Polarisation 3.08 3.89 2.56 3.29 4.60 ES2 Polarisation 4.38 3.11 2.11 3.00 3.40 ES3 Minimisation 4.85 2.89 2.22 3.43 3.00 ES4 Minimisation 4.38 3.00 2.44 4.07 5.00 ES5 Minimisation 4.54 3.67 2.00 2.50 4.20 ES6 Minimisation 4.54 3.67 1.67 4.21 2.80 ES7 Minimisation 4.08 4.00 2.67 2.71 4.20 ES8 Minimisation 3.77 4.22 2.33 3.64 3.40 ES9 Minimisation 4.15 3.78 2.78 3.21 4.20 ES10 Minimisation 3.85 4.56 2.11 3.71 2.40 ES11 Minimisation 4.54 3.22 3.22 3.57 4.40 ES12 Minimisation 4.54 4.22 2.89 3.71 4.60 ES13 Minimisation 4.77 4.11 3.56 2.86 5.00 ES14 Minimisation 4.62 4.44 3.33 3.29 4.00 ES15 Minimisation 4.62 4.78 2.67 3.71 2.20 ES16 Acceptation 4.69 4.44 3.56 3.21 4.60 ES17 Acceptation 5.00 4.33 3.33 3.14 4.40 ES18 Acceptation 4.85 4.67 3.00 3.57 4.60 ES19 Acceptation 4.69 4.78 3.56 3.57 4.20 ES20 Acceptation 4.92 4.89 3.44 3.79 1.80 ES21 Adaptation 4.92 5.00 4.11 4.00 3.00 ES22 Adaptation 5.00 5.00 4.56 3.00 5.00 ES23 Adaptation 5.00 4.89 4.56 3.71 4.00 ES24 Adaptation 5.00 5.00 4.44 4.36 5.00
Note. Le tableau est ordonné par ordre croissant de sensibilité interculturelle réelle (SD). Les scores des échelles DD,
R, M, AA et ME vont de 1 à 5 : des scores inférieurs à 3.66 sont indicatifs d’un manque de « résolution », alors que des scores au-dessus ou égal à 3.66 révèlent une « résolution » positive. Un score de 5 indique une parfaite résolution des questions liées au stade de sensibilité interculturelle mesuré par l’échelle.
Les résultats de l’échelle DD indiquent que les participants aux deux volets de l’enquête ont dans l’ensemble « résolu » cet aspect ethnocentrique (n = 23), à l’exception d’une éducatrice sociale. En effet, tout en n’affichant pas une attitude de supériorité à l’égard des autres cultures (sous- échelle Déni), cette professionnelle a tendance à n’éprouver aucun intérêt pour les différences
culturelles, voire à éviter les interactions avec les personnes se référant à d’autres cultures (sous- échelle Défense). Ces perceptions et réactions se retrouvent le plus souvent chez les personnes qui n’ont aucun contact ou des contacts très réduits avec des personnes aux références culturelles différentes, ce qui est son cas.
Les questions spécifiques au développement de la sensibilité interculturelle mesurées par l’échelle R ont également été « résolues » par la plupart des personnes interviewées (n = 20). Par contre, les profils de 4 participants se situant au stade de polarisation et de minimisation soulignent une tendance à valoriser la culture de l’autre et à dénigrer leurs propres références culturelles. Cette stratégie, qui donne l’impression d’une grande sensibilité interculturelle, n’est en fait que le remplacement du centre de son ethnocentrisme par un autre. L’exotisme est une attitude souvent constatée chez les personnes ayant séjourné longtemps dans un autre pays. Dans les cas présentés ici, aucun des participants n’a jamais vécu une expérience prolongée dans une autre région linguistique de Suisse ou à l’étranger, à l’exception d’un éducateur social qui a fait plusieurs longs séjours en Suisse alémanique, en France et au Burkina Faso.
S’agissant du profil de l’échelle M, on constate que seules 4 personnes se situant au stade d’adaptation ont « résolu » les questions liées à la similarité culturelle et à l’universalisme des valeurs mesurées par cette échelle. Chez la plupart des participants (n = 20), les similitudes culturelles sont mises en avant comme l’emportant de loin sur les différences, ce qui revient à banaliser la différence. Ainsi, persuadés d’adopter une ouverture dans leur vision des différences culturelles, ces professionnels risquent dans les faits d’ignorer le cadre de référence des autres, ce qui peut provoquer un impact négatif sur leur pratique. Au niveau développemental, ces personnes devraient en apprendre davantage au sujet de leur propre culture et éviter de projeter leur cadre de référence sur les autres.
L’analyse de l’échelle AA montre que la plupart des participants (n = 15) reconnaissent et respectent les différences culturelles (sous-échelle Acceptation), mais ne sont pas encore à même de changer de perspective ou de comportement en fonction du contexte culturel dans lequel ils évoluent (sous-échelle Adaptation). Ces résultats indiquent que ces éducateurs sociaux doivent faire davantage d’efforts pour adapter leurs modes de communication et comportement au contact avec des personnes aux références culturelles diverses.
Finalement pour l’échelle ME, 16 participants ont « résolu » les questions liées à leur identité culturelle et sont donc en mesure d’intégrer des identités culturelles multiples ou de gérer les différentes perspectives culturelles auxquelles ils sont confrontés. Par contre, les autres (n = 8) éprouvent un sentiment d’aliénation par rapport à leur appartenance culturelle.