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4. Estudo Empírico

4.5 Análise de resultados

4.5.3 Modelo 3 e Modelo 4

Ce dispositif a pour but d’étudier l’importance relative attribuée par les professionnels de la GI à une liste d’attributs et de critères utiles au jugement de qualité de sources en ligne. 11 n’y a pas dans cette enquête de chiffres ou de mesures absolues. La méthode proposée, et inspirée par les précédents de la littérature en la matière, se fonde sur des processus cognitifs, dans un contexte de travail spécifique. Elle consiste donc plus en une approche du terrain à l’aide de quelques "outils chiffrés" qu’en une méthode quantitative, dont l’échantillon serait représentatif d’une population quelconque. En combinant la phase 1 avec une seconde vague de collecte, ce dispositif ambi­ tionne de saisir un panorama général et aussi satisfaisant que possible de l’éventuel changement des stratégies de construction de jugement de qualité de l’information en ligne. De ce point de vue, il peut être considéré comme "qualitatif" au sens où comme le dit Strati : it seeks to collect the interprétations given by organizational actors to aspects oforganizational life, emphasizing the nuance that emerge front them [268].

4.3.1 La phase 1 en détails

Construite sur base de la description proposée ci-dessus, la phase 1 a pu être menée entre les mois de novembre 2007 et de mars 2008. Chaque administration du questionnaire a été précédée par une prise de contact pour identifier les répondants potentiels et l’adéquation entre leur profil et celui des sujets étudiés. ® Chaque contact a été suivi par l’envoi d’un récapitulatif'de l’ëtïTdërL'ë' document de présentation reprenait le cadre académique de la recherche, les noms et les cordon­ nées du chercheur et de son directeur. Le déroulement général de l’étude était indiqué ainsi que la durée estimée de l’administration du questionnaire.® En outre, la phase 2 était déjà annoncée, laissant la possibilité au participant d’accepter ou non d’être recontacté. Une attention forte a été portée dans cette démarche aux clauses de confidentialité et d’anonymat. Ainsi, chaque répon­ dant était assuré de l’utilisation purement académique des données collectées. Il lui a été précisé que ni son nom, ni celui de son entreprise ne seraient mentionnés dans le compte-rendu des ré­ sultats, tant dans la présente dissertation que dans tout type de publication. De même, toute in­ formation précise à propos de son travail ou de son entreprise sont gardées confidentielles. Seul les aspects liés au dispositif lui-même sont rapportés et ce sans aucune identification possible. Cette politique stricte de confidentialité est justifiée par la nécessité d’augmenter les chances

d’ac-5. Plus de détails à ce sujets sont proposés dans la section 4.4.

6. Elle était prévue entre 60 et 90 minutes, mais l’expérience a montré qu’à l’exception de rares cas, la durée s’est étalée entre 45 et 60 minutes.

4.3 Sur le terrain : collecter les données

cès aux répondants. Enfin, préalablement à l’administration du questionnaire, la compréhension et la connaissance des participants au sujet des genres étudiés a été vérifiée et un complément d’information a été fourni en cas de nécessité. Toutes ces indications ont été systématiquement rappelées aux participants au moment de la collecte effective de la phase 1. En plus de ces dispo­ sitions générales, le questionnaire était précédé d’une mise en contexte à garder à l’esprit tout au long du questionnaire et qui s’applique à chaque question. Ce contexte est reproduit in extenso ci-dessous ;

Dans le cours normal de votre travailni spécialement calme, ni en plein coeur d’une crise vous surfez sur le web. Au détour d'un clic, vous arrivez sur une page que vous ne connaissez pas et que vous découvrez pour le première fois. Dessus, vous remarquez une information qui attire votre attention et qui semble importante pour votre travail ou votre entreprise. Avant de la relayer vers vos supérieurs ou vos collègues, vous devez juger sa crédibilité et sa qualité. La liste de critères que Je vais vous soumettre reprend un ensemble de questions que vous pourriez vous poser pour évaluer cette crédibilité et cette qualité.

Suite à cette mise en contexte, la liste d’attributs et de critères était soumise aux participants. L’administration est menée atour d’une paire de questions, où seuls changent le critère et le genre. 1. Dans le contexte qui est décrit, quel niveau d'importance accordez-vous au critère a ’f Ce

niveau d’importance n’était pas codé, mais servait de référence pour la deuxième question. 2. A partir de ce niveau d’importance, diriez-vous que le critère "a" change d'importance dès lors que l'information n’est plus proposée par une source web classique mais ce trouve un genre "b " En cas de changement, s'agit-il d’une hausse ou d’une baisse d’importance d’im­ portance ?

Le caractère un peu "fastidieux” de cette paire de questions peut sembler problématique. Ce­ pendant, en pratique, elle n’a pas été utlisée pour les 360 variables. Elle est surtout utile pour les premiers critères puis, assez vite, les répondants passaient au critère suivant sans avoir besoin de la répéter. Bien entendu, je prenais soin de la réintroduire de temps à autre pour m’assurer que le participant continue à focaliser son attention sur elle. De plus, il peut ainsi être rappelé que grâce à cette paire de question, il a été possible de centrer la discussion sur une évaluation relative de l'importance des critères et non pas sur un degré absolu. C’est sans doute cette nuance qu’il a fallu le plus garder à l’oeil pour assurer la pertinence des réponses collectées. Par souci d’efficacité, de cohérence et pour permette à l’interlocuteur de mettre les genres en perspective lors de l’admi­ nistration des questions, les critères sont chaque fois traité pour l’ensemble des cinq genres à la suite. Cela a permis de ne devoir clarifier les critères qu’une seule fois, si cela s'avérait nécessaire. Lors de l’administration des questions, il était également possible de revenir sur une réponse ou l’autre si l’interlocuteur le désiraient.

Pour rappel, la liste de Cooke comme cadre de référence des indicateurs de qualité de l’infor­ mation est composée de neuf attributs plus généraux — objectifs, couverture, autorité, précision, mise à jour, accessibilité, présentation, facilité d’utilisation et comparaison^ — dont les critères sont déclinés sous formes de questions simples à se poser face à une information en ligne. Au total, 72 questions sont soumises aux participants et sont croisées avec les cinq genres typiques du Web 2.0 — blogs, wikis, podcasts, plate-formes de partage de fichiers et sites de réseaux so­ ciaux. La phase 1 rassemble 360 variables pour chaque répondant, dans un tableau croisé re­ produit intégralement en annexe (p. 263). Le tableau ci-dessous en donne un exemple simplifié. Les réponses sont directement encodées dans un tableur, prêtes à être traitées pour une analyse

7. Où "a" est remplacé par chaque critères de la liste de Cooke.

8. Où le genre " b" correspond à un des genres typiques du Web 2.0 ?

9. Ces attributs sont étiquetés de manière normalisée dans la suite d’étude : OBJ. COV. AUT, ACC, CUR, ACCESS. PRES. EASE, COMR Par ailleurs, à des fins d’analyse, ces attributs sont aussi numérotés des 1 à 9 pour faciliter leur identification dans la structure des variables, détaillée au chapitre suivant.

CHAPITRE 4, Conception du dispositif d’enquête

préliminaire des données. Ce fichier contient le tableau croisé ainsi que des formules et des com­ mandes de graphiques préalablement construites pour permettre une utilisation immédiate des données. Pour chaque répondant, un classeur unique reprenant ce tableau et les graphiques a été créé ; et ce à partir d’un classeur modèle, dupliqué autant de fois que de répondants. En n’inté­ grant pas une feuille pour chaque répondant dans un classeur unique, il a été possible d’éviter toute modification accidentelle des données. En voici un exemple simplifié.

BLOG wna POD FS SN

OBJ

OBJ - critère 1 > = - > =

OBJ - critère 2 < < = = <

OBJ - critère 3 etc.

OBJ - critère 4 cov COV - critère 1 COV-critère 2 COV - critère 3 etc.

Ce tableau peut alors être rempli en indiquant pour chaque critère si son importance change ou non lorsqu’il est appliqué aux genres cités successivement. Comme expliqué plus haut, un cri­ tère dont l’importance ne change pas est codé "1" et correspond dans ce compte-rendu au signe "=". A l’inverse en cas de changement, il a semblé judicieux d’indiquer si le répondant perçoit une perte ou un gain d’importance un fois le critère appliqué à un genre typique du Web 2.0. Dès lors, ce changement sera codé "2", mis pour le signe "<" ou "4" pour le signe >. Les variables sont donc ordinales et mutuellement exclusives. Ne pas répondre à une question n’a pas été permis. J’entends par là répondre à une caractéristique des variables qualitatives, à savoir qu’une observa­ tion doit appartenir à une et une seule classe |36, p.l5j. Or introduire une modalité "sans réponse" par exemple, aurait dénaturé l’échelle ordinale envisagée ici.

Pour concrétiser la phase 1 du dispositif, il a faUu décider du mode d’administration du ques­ tionnaire. En raison de la complexité et de la subjectivité qui entrent en jeu dans le processus d’évaluation, le questionnaire de la phase 1 a été administré par mes soins. De cette manière, il a été possible de s’assurer qu’aucune confusion ne s’installe et qu’en cas de doute, la clarifica­ tion apportée sur un critère ou sur un genre soit identique pour tous les participants. Le nombre important de variables à encoder (360) aurait pu freiner la volonté des participants à consacrer du temps à répondre au questionnaire. Comme je l’expliquerai dans la section suivante, l’objec- tif de la phase de recrutement consistait à rassemblërië~plïis“dë“"câs" possible”poür cette'phase de l’enquête. Dès lors, le nombre atteint aurait probablement été limité si j’avais dû rencontrer tous les répondants en personne, en raison du temps de déplacement sur le lieu de travail. Du reste, puisque les données pouvaient être encodées directement au cours de l’entretien, il a sem­ blé qu’administrer le questionnaire par téléphone était un compromis satisfaisant entre le besoin d’être en contact direct avec le participant et les contraintes matérielles. Chaque répondant a donc été contacté sur une ligne de téléphone fixe de son entreprise, à un moment de son choix, ce qui a permis une grande flexibilité pour administrer le questionnaire. Lors de cette phase de

11. Le choix du codage est arbitraire. C'est la valeur numérique qui a été effectivement utilisée pour l'encodage des tableaux de données, à des fins d’analyses. Mais il aurait pu tout aussi bien consister en une série de lettres—A, B, C — par exemple. Dans le déroulement du questionnaire, les participants ont formulé leurs réponses verbalement, souvent

sous forme de "plus important", " moins important", etc. C'est au fil de l’encodage des réponses que je les transformais

en utilisant les conventions de codage chiffrées.

12. Au-delà du temps et des ressources "épargnés" par ce chobt, un autre argument a pu être avancé pour convaincre les répondants potentiels. En effet, il est beaucoup plus facile de respecter la limite de temps annoncée par un coup de téléphone que lors d'une rencontre en face à face.

4.3 Sur le terrain : collecter les données

l’étude, les entretiens n’ont pas été enregistrés.

En fin de questionnaire, un bref récapitulatif était proposé, sur base des résultats obtenus par les graphiques construits automatiquement dans le tableur. Cette lecture rapide et générale avait pour objectif de faire une première vérification de l’adéquation entre les réponses et le sentiment généra] du répondant sur ses stratégies d’évaluation. Au cours de cette discussion, quelques élé­ ments explicatifs ont parfois été avancés et notés en remarques, à des fins d’exploration unique­ ment. Enfin, la dernière question posée consistait à demander au répondant s’il acceptait d’être recontacté pour la phase 2, désormais en connaissance de cause. La plupart des répondants ont accepté.

4.3.2 La phase 2 en détails

Comme je l’ai indiqué plus haut, le questionnaire de la phase 1 est conçu de manière à ap­ porter une réponse à la question de l’existence ou non d’un changement perçu dans les stratégies de construction de sens à propos de la qualité de l’information. En outre, des détails supplémen­ taires pourraient être mis en évidence sur ce changement perçu en agrégeant les données par répondant, par attribut et par genre. Pour autant, le questionnaire ne permet pas de saisir les élé­ ments explicatifs qui motivent les répondants à changer ou non leurs stratégies. La phase 1 a pour objectif de répondre à ce manque, afin que la réponse à la question de recherche soit enrichie par une compréhension plus fine de l’objet étudié.

La phase 2 a donc consisté en une série d’entretiens semi-dirigés avec les répondants de la phase 1, au cours desquels les données de leur questionnaire leur étaient soumises afin d’une part de les valider ou de les corriger et d’autre pan d’identifier ces éléments explicatifs qui faisaient défaut. L’objectif qui a motivé ce choix visait à assurer une certaine uniformité dans la structure des entretiens. Le guide d’entretien a été construit en reprenant une base commune de questions adaptée en fonction des réponses à la phase 1. Par exemple, une des questions du guide consistait à soumettre la distribution des trois modalités (”<”, ”=”, ">”) dans l’ensemble des 360 réponses. Ici, chaque entretien demandait une adaptation des chiffres concrets, mais la question gardait le même objectif ; savoir si cette proportion correspondait à leur perception du processus et pour­ quoi. Ainsi, que le répondant ait indiqué principalement que les critères ”ne changent pas" lors­ qu’ils sont appliqués au Web 2.0 en comparaison des genres classiques ou qu’au contraire il ait noté de nombreux changements, cette question du guide d’entretien a permis de cibler la discus­ sion sur le même domaine de questionnement. Au-delà de la direction prise par la réponse, son degré de détails et les champs d’explications abordés ont dépendu de chaque répondant. L’ob­ jectif consistait bien à ”’laisser parler" les participants. Le guide d’entretien n’est qu’une structure commune et une base de discussion. 11 a été structuré en trois parties distinctes afin de répondre aux objectifs de la phase 2. Il est reproduit intégralement en annexe, à la page 268 :

- L’introduction avait pour objectif de rassembler des détails plus précis au sujet du travail et du contexte quotidien du répondant. En posant des questions sur sa formation initiale ou sur son ancienneté dans l’entreprise et dans le métier, il a été possible de se faire une idée plus claire sur son expérience et la façon dont la GI se concrétise pour lui. Ces détails ont pu ensuite être mobilisés dans la suite de la discussion. En outre, ces questions introduc­ tives ont eu le mérite de laisser le répondant prendre ses marques et se sentir à l’aise avec l’entretien, sans entrer froidement dans le vif du sujet.

- Le coeur de l’entretien a été constitué par des questions au sujet des résultats de la phase 1. C’est la part la plus importance du guide. Cette partie était précédée d’un rappel qui insistait sur le fait que pour les observations de ses réponses, le répondant était invité d’une part à indiquer si elles lui semblaient correctes et d’autre part à préciser les raisons qui ont motivé ces réponses. Il lui était aussi rappelé qu’il ne faudrait voir dans cette démarche aucun type

CHAPITRE 4. Conception du dispositif d'enquête

de justification ou d’évaluation et que ses réponses ne seraient donc pas "jugées".

Cette partie du guide a repris les principaux axes d’agrégation des données déployés dans l’analyse de la phase 1 : les résultats pour l’ensemble des variables, ceux agrégés par genres et ceux agrégés par attributs. Dans ce cheminement du général au particulier, le coeur du guide d’entretien s’achève par la proposition de critères tirés in extenso du questionnaire. Concrè­ tement, une liste de critères ayant reçus 3, 4 ou 5 fois la modalité était proposée pour don­ ner l’occasion de discuter de rntmière encore plus détaillée des éléments explicatifs abordés dans les niveaux précédents d’agrégation. Le guide d’entretien est reproduit en annexe à la page 268.

- La conclusion de l’entretien s’est articulée autour de questions plus générales sur le sujet de la recherche. En posant directement la question de la façon dont sont considérés les genres Web 2.0 par les répondants, il a été possible de mettre cette perception en perspective avec des résultats et des éléments explicatifs. Jusque-là, je n’ai jamais introduit d’éléments expli­ catifs dans la discussion, que ce soit par le biais de mes opinions ou en relayant les carac­ téristiques issues de la morphologie du Web 2.0. Il a semblé judicieux de proposer une liste de ces caractéristiques afin de laisser le répondant lui-même se positionner par rapport à elles. Cette question a permis d’une part de faire le point sur les éléments explicatifs effec­ tivement et spontanément abordés au cours de l’entretien, mais aussi d’éclaircir les autres en lui donnant la possibilité d’indiquer ceux qu’il ne prend pas en compte. Mais ceci, n’a eu lieu qu’en fin d’entretien, pour ne pas influencer les réponses. En outre, une possibilité a été laissée au répondant de suggérer des critères de jugement qui n’ont pas été abordés dans la liste de référence de Cooke et qui lui semblent importants. Enfin, l’entretien s’est achevé sur une discussion à propos de l’avenir que les participants anticipent à propos des genres Web 2.0 et de leur évaluation.

Les entretiens se sont déroulés entre juin et juillet 2008, sur le lieu de travail des répondants sélectionnés. A priori, le nombre de répondants rencontrés en phase 2 n’était pas déterminé. Au­ cun objectif chiffré n’a été formulé et ils ont été réalisés jusqu’à ce que soit atteinte la saturation des données. Je reviendrai sur ce point dans le chapitre suivant. Les entretiens ont duré entre 60 et 90 minutes. Chaque entretien a été enregistré au moyen d’un micro et avec le consentement des répondants, et retranscrits à des fins d’analyse.

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