CAPÍTULO III – CAMINHOS PARA O DISCIPULADO EM MARCOS
2. Perfil do discípulo a partir de Mc 14,32-42
2.1. Oração
* *
Le fait que l'esprit humain n'est pas auto-constitutif, c'est-à-dire n'a pas en lui sa raison
d'être, suffit sans nul doute à faire douter de l'autonomie de la nécessité interne du mythe
dont nous venons de parler. D'autant que l'ignorance, qui aurait généré le mythe comme
type d'explication des phénomènes inconnus, n'apparaît plus que comme le problème
même que vient pour ainsi dire résoudre le mythe dans le contexte de chaque culture qui
l'accueille. Cette thèse inversée de celle de Fontenelle nous est inspirée des réflexions de
E. Bréhier, mais surout de F. W. Schelling, et elle se dégage même des travaux de C.
Lévi-Strauss ou de B. Malinowski. Considérons prioritairement la pensée de F. W.
Schelling.
Inversion dialectique, telle est l'expression par laquelle on pourrait résumer la
démarche intellectuelle de ce philosophe. Car il conçoit que dans la relation causale qu'il
peut y avoir eu entre la poésie et la philosophie, d une part, et la mythologie (grecque),
d'autre part, ce ne sont pas les premières qui auraient généré la seconde, mais, au
contraire, celle-ci qui a trouvé moyen de s'exprimer par celles-là. Poésie et philosophie
sont, dit-il, «des produits d'invention libre et intentionnelle», tandis que la mythologie est
«le produit d'activités libres en soi, mais s'exerçant d'une façon non libre, tout comme les
objets organiques, qui sont à la fois libres et nécessaires; ils sont... les produits d'une
invention à la fois intentionnelle et non intentionnelle qui, d'une part, répugnerait à tout ce
qui est fabriqué et artificiel et, d'autre part, nous interdirait de voir dans le sens profond et
les rapports réels de ces produits un simple effet de hasard.»^^. Ainsi, la mythologie est
«une production non seulement naturelle, mais organique»^®; son «principe
générateur... exerce une action identique à celle de la philosophie et de la poésie réunies,
sans être lui-même ni l'une ni l'autre...»^*. Ce principe ne peut être qu'extérieur, an-
historique, car, s'il était historique, au contraire, il se rapporterait nécessairement à un
individu ou à un peuple auquel serait alors attribuée l'origine de la mythologie. Or «les
origines [de celle-ci] remontent à une époque où il n'y avait place ni pour l'invention, soit
individuelle, soit collective, ni pour des rapports artistiques et des malentendus»^^,
c'est-à-dire bien avant toute culture et toute civilisation, en d'autres termes depuis
toujours. C'est pourquoi le principe générateur de la mythologie ne peut être que
religieux, à la fois immanent et transcendant.
Ce que F. W. Schelling récuse vigoureusement, on vient de le voir, c'est la thèse
même de l'invention purement humaine, et comme accidentelle, de la mythologie par la
poésie ou par la philosophie. Au problème de l'origine de la mythologie, qui s'avère alors
être un problème mal posé, il substitue celui de sa nécessité et de sa vérité : «La
mythologie est le produit d'un processus nécessaire (par rapport à la conscience), d'un
processus dont les origines se perdent dans le supra-historique et lui restent cachées, d'un
processus auquel la conscience est peut-être à même de s'opposer à de certains moments,
mais qui, dans l'ensemble, est irrésistible et plus encore irréversible.»^^
C'est donc la conscience qui est le lieu et le principe générateur des représentations
mythologiques. Or, cette conscience est une création des «puissances théogoniques
réelles»^^. La genèse de la mythologie dans et par la conscience est donc avant tout un
processus théogonique, c'est-à-dire une initiative externe à cette conscience, ou une
réponse à une injonction des volontés extra-humaines, bref un processus à la fois imposé
à la conscience et accepté par elle. Autrement dit, dans une certaine mesure, la mythologie
est universellement obligatoire pour la conscience.Ct\\Q-c\ en reçoit l'injonction
Op. cit. : 64.
Op. cit. : 63.
Op. cit. : 64.
Op. cit. : 79.
Op. cit. : 235.
Op. cit. : 250
c'est de postuler la transcendance et l'objectivité de cette source, comme le fait F.W.
Schelling :
Les représentations mythologiques n'ont été ni inventées, ni librement acceptées. Produits d'un
processus indépendant de la pensée et de la volonté, elles étaient pour la conscience qui les subissait
d'une réalité incontestable et irréfutable. Peuples et individus ne sont que des instruments de ce processus
qui dépasse leur horizon et qu'ils servent sans le comprendre. Il ne dépend pas d'eu.x de se soustraire à ces
représentations, de les accepter ou de ne pas les accepter ; elles leur arrivent du dehors, elles résident en
eux, sans qu'ils sachent comment ni pourquoi, car elles viennent des tréfonds de la conscience à laquelle
elles s'imposent avec une nécessité qui ne laisse aucun doute quant à leur vérité?^
Comme la conscience ne peut choisir ou inventer ni les représentations, ni leur mode
d'expression, la mythologie naît d'emblée telle qu'elle est. et n'a pas d'autres sens que celui qu'elle
exprime?^
L'on peut considérer ces deux textes comme constituant l'essentiel de la conception
de la mythologie de F. W. Schelling. La mythologie est donc nécessaire, objective et
vraie. Ce qui, naturellement, balaie toute idée de «fantaisie» ou de «fausseté», en un mot
de fable qui lui a été souvent appliquée. Sa nécessité est d'abord externe. Parvenu à ce
point de notre réflexion, sous l'égide de F.W. Schelling, nous nous apercevons, afin de
bien clarifier les choses, qu'il est nécessaire de distinguer le mythe de la mythologie ;
celle-ci correspondant au travail de la conscience humaine, celui-là à la source d'initiative
transcendante qui éveille le besoin de réponse, c'est-à-dire celui de ce travail. L'écho de
cette thèse se retrouve, comme nous l'avons dit, chez C. Lévi-Strauss. Car, de même que
F. W. Schelling a posé, comme impliqués l'un par l'autre, le problème de la genèse et
celui de la vérité de la mythologie, impliquant celui de son tautégorisme, de même C.
Lévi-Strauss, plus tard, posera, comme nécessairement liés entre eux, le problème de
l'origine et celui de l'efficacité du mythe, ce dernier n'étant qu'une forme pratique du
problème de la vérité.
S'il est relativement facile de constater que F. W. Schelling use presque
exclusivement du terme mythologie, en référence explicite à la théogonie grecque, il est,
par contre, difficile de découvrir dans l'œuvre de C. Lévi-Strauss, à travers leurs
multiples emplois, quelle différence il maintient entre mythologie et mythe, et si cette
différence reste la même partout. Mais, quelquefois, on a l'impression qu'il emploie
indifféremment l’un pour l'autre; la convergence de sens supposé par une telle pratique ne
saurait être justifiée que dans la mesure où c'est elle, primitivement et paradoxalement, qui
commande le choix des termes ainsi employés. Vérité de la mythologie et efficacité du
mythe impliquent déjà un choix délibéré d.;.ns l’accouplement des termes. Sans nous
arrêter à cette considération, constatons, ainsi que les auteurs eux-mêmes nous donnent à
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Op. cit. : 235 - 6.
le faire, que l’une et l'autre sont liées à l'origine de leurs déterminatifs respectifs ; la
vérité, à celle de la mythologie, l'efficacité, à celle du mythe. On ne saurait donc s'étonner
qu'à cet égard, et contrairement aux apparences, le discours de F. W. Schelling et celui de
C. Lévi-Strauss, au sujet du rapport entre vérité et mythologie, d'une part, et efficacité et
mythe, d'autre part, se révèlent superposables, quasiment identiques en leurs termes
mêmes.
En effet, pour le premier, les représentations mythologiques «viennent du tréfonds
de la conscience»^^, et, apparemment, celle-ci n'est pas libre de les accueillir ou non. Par
conséquent, la nécessité avec laquelle les mythologies s'imposent à la conscience,
individuelle ou collective, sans lui laisser jamais l'occasion de choisir ni d’inventer leur
expression, fonde leur réalité, et donc leur vérité. Pour le second, les mythes sont «un
discours venu du fond des âges, issu du tréfonds de l'esprit...»^^. Les individus autant
que les collectivités s'en sont servi au cours du temps pour résoudre leurs problèmes. Ils
n'y auraient point recouru si cela ne portait, avec l'expérience, la garantie de l’efficacité
qu'on ne saurait attribuer purement et simplement à un hasard. Vérité (de la mythologie)
ou efficacité (du mythe), ne sont-ce pas deux manières de s’exprimer, sur deux plans
différents — théorique et pratique — à propos d'un rapport fondamentalement identique :
celui de l'Inconnu à la conscience ? Du point de vue scientifique, l'on distingue
l'invention de la découverte. F. W. Schelling récuse l'hypothèse de l’invention de la
mythologie. De même, l'efficacité du mythe ne saurait être une invention de l’homme,
mais simplement une découverte. Ainsi, vérité de la mythologie et efficacité du mythe
seraient une seule et même découverte, mais à des plans différents. Chaque conscience,
individuelle ou collective, est appelée à faire un jour, d'une façon ou d'une autre, la
découverte de la vérité (théorique) ou de l'efficacité (pratique) du rapport unique et
fondamental entre ce que F. W. Schelling nomme Dieu, et que C. Lévi-Strauss appelle la
pensée universelle, avec la conscience. L'existence des mythologies et des mythes, ou
leur universalité de principe, peut-elle se justifier autrement que par la chance de, leur
découverte que chaque conscience, chaque esprit porte virtuellement en elle ou en lui
comme une nécessité ? Car au niveau de la relation entre chaque esprit et ce dont il reçoit
la preuve d'existence en lui par les mythologies, toute contingence semble exclue, voire
impensable, à moins de supposer, de démontrer ou d'accepter au préalable l'hypothèse
d'une responsabilité de l'autre terme de la relation par rapport à la conscience.
Nous ne pouvons cautionner purement et simplement la thèse de F. W. Schelling
sans relever ce qui nous paraît être quelques-uns de ses points qui donnent à penser et à
prolonger la réflexion au-delà. On vient de voir que, pour ce philosophe, la conscience est
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Op.cit. : 236.
et destinée à reconnaître Dieu, la conscience est, dans son origine, comme dans sa finalité,
une réalité essentiellement d'ordre divin, et la mythologie, qui a lieu en elle et par elle, a
nécessairement une signification religieuse. Dans la mesure où les puissances
théogoniques en question créent la conscience et participent ainsi à la genèse de la
mythologie, celle-ci n'a pas seulement une signification religieuse, ni purement
subjective, elle est en outre, dit F. W. Schelling, objectivement religieuse. Ainsi F. W.
Schelling arrache la mythologie à la pure subjectivité et établit son caractère objectif.
Le processus mythogénétque est en soi, dit-il, un «processus de reconstitution de
l'unité disparue»^^, et la conscience humaine, celle d'un être de nature censé occuper au
sein de la création une place au sommet, est donc, elle aussi, quelque chose de cette
nature. Malheureusement, le refus de cet homme de demeurer à sa place originelle, qui lui
aurait permis de respecter ainsi l'unité intentionnelle du Créateur, a provoqué son divorce
d'avec cette création et d'avec Dieu. Or, tout en étant désormais loin du centre de la
création, l'homme n'aspire pas moins à récupérer sa place. La mythologie, si elle ne
contribue pas au rétablissement de l'ordre primitif voulu par le Créateur, est précisément,
pense F. W. Schelling, le processus de ce rétablissement. Comment, dès lors, ce
processus pourrait-il être lié exclusivement à tel ou tel peuple historique, à telle ou telle
conscience historique, puisqu'il est primitif, c'est-à-dire anté-historique ou anhistorique ?
À ce titre, donc, il est général, absolu. Une telle réalité ne saurait être mieux étudiée que
par une science appropriée. Voilà pourquoi F. W. Schelling préconise pour elle la