Data da descrição: 2007 a
(SR): DOCUMENTOS INERENTES AO EXERCÍCIO DE CARGOS
Échappé d’un lieu mortel, il arrive – dans la sixième station – dans un nouvel
environnement, « À la dernière porte », qu’il décrit à l’aide de références qui
évoquent l’arbre de la croix et celui de la vie (cf. Jn 19,1 et Ap 22,2). Il s’agit d’une
295 Pour l’original, STRINDBERG, Samlade Verk 62, p. 278.
296 Le Ps 38 fait référence aux amis qui s’écartent et même « posent des pièges, parlent de crimes » (v. 18). Et le psalmiste de confesser : « Mon offense, oui je la confesse, je suis anxieux de ma faute. » (v. 21) et, face à la foule qui l’attaque, il crie vers Dieu pour qu’il le sauve : « vite, viens à mon aide, Seigneur, mon salut ! » (v. 23).
vague allusion au paradis perdu et retrouvé, de la Genèse à l’Apocalypse, pour
évoquer son jardin d’enfance (GR, p. 494). Cette référence, déjà maintes fois reprise,
dessine un parcours qui conduit de l’Éden à la Jérusalem Nouvelle au cœur de
laquelle se trouve l’arbre de vie (cf. Ap 22,2), dont le chemin sera à nouveau
accessible
297.
Dans la septième et dernière station, le Chasseur, fatigué, arrive seul dans « une
forêt sombre ». Ici, à la fin de son chemin et pour la première fois, le protagoniste
associe son destin à celui de certains personnages bibliques, dans la tentative de
définir sa propre identité, en particulier Élie (cf. 1 R 19,4) et Ismaël associé à
Jacob-Israël (cf. Gn 32,22-32). Entre ces deux identifications, l’affrontement avec le
Tentateur ajoutera un élément christique au personnage.
Voyons tout d’abord le lien avec Élie. Épuisé, le Chasseur demande la mort,
faisant siennes les paroles d’Élie (cf. 1 R 19,4) :
« Élie alla s’asseoir sous un genêt. Il souhaita de mourir et dit : “C’est assez !
Maintenant, Éternel, prends ma vie.” » (GR, p. 496).
Ce type de citation, marquée par les guillemets et par un préambule qui indique
le texte source, n’apparaît qu’ici dans l’ensemble de La Grand-route. Elle apparaît au
moment précis où le Chasseur avoue qu’il est perdu, seul, dans la nuit (GR, p. 496),
entre deux dialogues dans lesquels deux thèmes aux résonnances bibliques sont
repris : l’échec de la mission, qui fait penser aux prophètes rejetés par leurs
contemporains (GR, pp. 491.497) et celui du bouc émissaire
298(GR, pp. 486, 498, cf.
Lv 16,7-10). Comme Élie, le Chasseur fuit, cherchant à échapper à la violence qu’il a
lui-même déclenchée et qui se retourne contre lui
299. Il se sent égaré dans la nuit.
Personne n’a voulu l’écouter (GR, p. 496). Mais son impression peut être fausse. En
297 On rappelle ici l’analyse faite au chapitre précédent, où on a vu que cette image appartient à la mémoire du personnage principal.
298 Ces deux thèmes peuvent être lus comme préfigurations christiques : le prophète souffrant parce que rejeté et le bouc émissaire qui se charge des péchés de toute la communauté. Du reste, le Chasseur fait lui-même le rapprochement, en particulier lorsqu’il dit avoir non seulement souffert pour ses propres fautes, mais aussi pour celles des autres : « Les miennes et les autres », dit-il, cf. GR, p. 498.
299 Dans son étude sur Élie, WENIN André,Élie et son Dieu (Horizons de la foi 50), Bruxelles, 1992, montre à quel point le prophète s’est trompé sur sa mission et sur l’identité du Dieu qu’il doit annoncer. Au lieu de se faire le porte-parole d’un Dieu de vie, proche des humbles et des pauvres, il entre dans une logique de confrontation et force Dieu de se manifester comme plus fort que Baal. Cette logique ouvre la voie à une violence dont Élie sera lui-même victime et le poussera à fuir au désert. Il est difficile de savoir si Strindberg a compris de la sorte 1 R 17–19. Il n’en demeure pas moins qu’Élie et le Chasseur peuvent être rapprochés par la violence qu’ils déclenchent chez les autres et par leur fuite au désert. Les deux sont coupables de fautes dont ils accusent les autres.
effet, il est en cela démenti par la Femme aveugle rencontrée juste après avoir
exprimé son désir de mourir. Elle renvoie le Chasseur à lui-même en suggérant que
c’est lui qui s’est lassé de sa mission de proclamation de l’Évangile, se faisant
uniquement l’accusateur des ses contemporains (GR, p. 497).
Le Chasseur se dispute avec la Femme et la repousse en utilisant une citation en
latin, la troisième du genre. Il s’agit d’une affirmation néotestamentaire entrée dans le
langage courant et utilisée pour rejeter quelque chose d’inacceptable : « Vade retro,
Satanas ! » (GR, p. 497, cf. Mc 8,33 ; Mt 16,23). Le contexte évangélique de cette
expression exacte se retrouve en Mc 8,33, avec une version similaire en Mt 16,23,
quand Jésus demande à Pierre de passer derrière lui. Cette insertion en latin crée un
effet de symétrie avec la première station, et répond ainsi, à distance, au dialogue
entre l’Ermite et le Chasseur (GR, p. 451, cf. Jn 13,36). Dans les deux cas, la situation
évoquée dépeint l’incompréhension et même le refus de Pierre de suivre Jésus sur le
chemin de la croix (GR,p. 497 cf. Mt 16,23 ou Mc. 8,33 et GR, p. 451, cf. Jn 13,36 et
Actes de Pierre XXXV).
Dans sa dispute avec la Femme, le Chasseur veut l’accuser, mais celle-ci le
renvoie, à nouveau, vers lui-même et le pousse à faire un examen de conscience. Le
protagoniste se défend : tout en se déclarant coupable, il rejette sur les autres la faute
de son échec (GR, p.106), les accusant d’avoir fait de lui un bouc émissaire (GR, p.
107, cf. Lv 16,10). Il est convaincu d’avoir souffert pour ses péchés, mais aussi pour
ceux des autres (GR, p. 107). Surtout, il ressent le manque de compassion envers lui,
refusant d’aimer sans avoir été aimé. Il conclut en reprenant le leitmotiv du drame
strindbergien Le songe : un jeu de rêve
300, et dit :
« J’ai de la peine pour l’humanité ! » (GR, p. 108 ; SL, p. 108)
C’est à la suite de cette réplique que l’interlocuteur change de manière subite et
inattendue : à la place de la Femme aveugle apparaît le Tentateur. Le nom du
personnage est très probablement repris à l’évangile selon Matthieu (Mt 4,3), où Jésus
– après avoir passé 40 jours au désert sans manger – rencontre le Tentateur. Se fiant
au Père, Jésus refuse à trois reprises les propositions qui lui sont faites : avoir
300 Dans Le songe : un jeu de rêve, drame écrit comme un mélange de souvenirs et de rêves, sans logique apparente, la fille d’Indra descend sur la terre pour mieux connaître les hommes. A chaque épreuve qu’elle traverse, elle est de plus en plus déçue et affirme, comme un leitmotif : « J’ai de la peine pour l’humanité ! » (en original : « Det är synd om människorna ! »). Voir STRINDBERG
August, Ett drömspel (Samlade Verk 46. Nationalupplaga), OLLEN Gunnar (éd.) Norstedts, Stockholm, 1988, pp. 18.20.35.36.48.65.73.122.