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Data da descrição: 2007 a

(SR): RECEITAS MÉDICAS

et il accomplit ce que Dieu lui demande. En cela, Jérémie est le sujet actantiel. Mais

ce n’est pas en son pouvoir de détruire Jérusalem, ni de changer le cœur des hommes.

Son geste rend visible une action de Dieu, qui est en train de s’accomplir. Il brise le

vase comme Dieu brisera la ville. Dans cette situation, le concept de sujet référentiel

aide à rendre visible la distance entre le sujet actantiel – le prophète qui brise le vase,

– et Dieu, le sujet référentiel qu’il indique par son action. En même temps, c’est la

parole que Jérémie porte qui détruit la ville. Car la parole qu’il annonce est le

jugement de Dieu, déjà prononcé.

Au théâtre aussi, on découvre une distance entre le sujet actantiel – qui est un

acteur – et le sujet référentiel, vers lequel il renvoie. L’acteur joue un personnage,

avec lequel il ne s’identifie pas, tout en n’étant plus lui-même pour la durée du

spectacle.

Ce modèle reste à préciser pour le récit de Jr, mais surtout, l’identification des

actants doit se faire pour La Grand-route, ou tout est à découvrir. Y a-t-il un rapport

similaire entre prophète et peuple, d’une part, et le Chasseur et ses auditeurs ? Qui est

celui qui envoie le Chasseur ? Quelle sorte de message doit-il porter ? Qui s’oppose à

lui ? Qui l’aide ? Si on découvre des similitudes, ainsi que des différences, les deux

situations aident à définir comment se précise le modèle actantiel dans un drame

prophétique.

Ce qu’on perçoit toujours dans un texte, ce sont les personnages en devenir,

leurs actions, leurs déplacements d’un lieu à l’autre. Dans l’épisode à Tophet de La

Grand-route, on a le Chasseur et le Japonais comme personnages. Qui est le sujet de

l’action ? Quel rôle joue chacun ? Si l’un ou l’autre est le sujet actantiel, qui est son

opposant, son adjuvant, qui est le destinateur et qui est le destinataire ? Quel est

l’objet-message ? Qu’est-ce que le sujet veut obtenir ? Quel est l’espace de la

performance ? Les mêmes questions se posent pour Le Livre de Jérémie, où on ose

dire que Jérémie et Dieu sont les personnages principaux. Mais la structure

91

du livre

biblique, ainsi que les sources et sa composition

92

sont encore sujettes à des grands

91 Une des solutions d’organiser l’ensemble du texte est celle proposée par Elena Di Pede, qui a analysé les évènements des chapitres 32–45 selon une intrigue de type thématique, centrée sur l’écoute de la parole. Cette démarche permet de trouver la logique des micro-récits de type évènementiels, présentés dans un ordre qui défie la chronologie. DI PEDE, Au delà du récit : l’espoir, p. 239, affirme : « En effet, c’est l’écoute ou non de la parole qui détermine le cours des évènements, ainsi que l’option prise par le maître des évènements en réaction à la réponse du peuple. »

92 Le livre prophétique est un amalgame de récits, d’oracles et de poèmes, ayant des sources différentes et organisés selon une logique non-chronologique. La première théorie de la critique textuelle de Jr a été proposée par Bernhard Duhm en 1901 et affinée par Sigmund Mowinckel en 1914. Les éxegètes ont identifiés quatre sources littéraires : une source A, qui contient les oracles en vers, présentés aux chapitres 1–25 ; la source B, les sermons sur Jérémie, présents dans les chapitres 26–45, composés par son « biographe » ; la source C, les sermons en prose, écrits plus tard et qui reflètent les vues théologiques des Juifs en exil, ainsi que la source D, les oracles du salut des chapitres 30–31. Voir ARNOLD Bill T., « Recent trends in the study of Jeremiah », Ashland Theological Journal 25 (1993),

pp. 75-92, Article disponible en ligne à l’adresse :

www.academia.edu/2701443/Recent_Trends_in_the_Study_of_Jeremiah (consulté le 20.09.2016.) Il cite DUHM Bernard, Das Buch Jeremia, Mohr, Tübingen, 1901 ; MOWINKEL Sigmund, Zur Komposition des Buches Jeremia, J. Dybwad, Kristiania, 1914. Selon l’analyse de Westermann on peut identifier trois sources : les paroles prophétiques, l’histoire de la prédication de Jérémie – très probablement écrite par le scribe Baruch, à qui il dicte un rouleau (Jr 36) et une reprise des mots prophétiques, qui a été retravaillée après l’exil et qui a été attribuée aux rédacteurs deutéronomiques. Les oracles de salut sont inclus par Westermann dans la source A. WESTERMANN Claus, Abriss der Bibelkunde, Calwer Verlag, Stuttgart, 1991, p. 86. Les quatre sources identifiés par Mowinkel et Duhm, ou la théorie simplifiée, soutenue par Claus Westermann sont des propositions sujettes encore à des débats. ARNOLD, « Recent trends in the study of Jeremiah », pp. 76-78, discute les différents thèses. Les positions extrêmes selon lui sont tenues par William Holladay, qui rejette la structure de Duhm-Mowinkel globalement, considérant, à partir de l’analyse du vocabulaire, qu’il existe une voix authentique de Jérémie, qui peut être reconnue dans toutes les sources identifiées par Duhm-Mowinckel. Il se base sur le fait, consigné dans le livre du prophète, que Jérémie a dicté un premier rouleau à Baruch, et que ce dernier (et ensuite d’autres scribes) a assumé plus tard un rôle éditorial

débats parmi les exégètes. En plus, il existe deux versions du texte et on doit faire un

choix parmi la Septante et le texte massorétique

93

. Pour la recherche présente, le texte

massorétique sera la référence, sachant que c’est la version à laquelle Strindberg

pouvait avoir accès autant directement, qu’à travers les Bibles qu’il utilisait

94

.

Les règles de la grammaire de surface, posées par Greimas, nous permettent de

définir les rôles et les fonctions des actants

95

. Ce type d’analyse identifie une

structure, là où elle n’est pas aisément perçue. Comme aucun des deux textes ne suit

la loi de l’unité de lieu, de temps et d’action et qu’en plus, ils mélangent prose et

poésie, dans un récit qui apparemment ne respecte aucune règle, la tâche n’est pas

simple. Il convient donc, comme le propose Greimas, de « définir le mode d’existence

des contenus au niveau des structures superficielles, et, une fois leur statut logique

décrit, établir le calcul de leur combinaisons »

96

.

Dans les arts performatifs, la première donnée est le lieu où agissent les

personnages ; ensuite, on arrive à définir le héros, l’anti-héros ou leurs aides, par la

somme de leurs actions et de leurs relations. On se tourne ainsi vers le lieu du Tophet

et nous analysons ce qui s’y déroule, tant chez Strindberg, que dans la Bible.

1.5.4.1 Tophet, lieu de la performance dans La Grand-route et dans Jr 19

Les récits de La Grand-route et de Jr se ressemblent si on les résume à

l’essentiel, mais chacun contient des éléments spécifiques

97

. Par la forme, autant que

final. A l’autre extrême, Caroll contrairement à Holladay, croit que rien ne peut être dit sur un Jérémie historique et qu’aucune parole ne lui appartient, que ce soit la prose, ou les vers. Selon lui, le livre est une structure créée à partir de nombreuses sources, finalisé par des deutéronomistes, après l’exil pour soutenir un point de vue théologique. Voir CARROLL Robert P., From Chaos to Covenant : Prophecy in the Book of Jeremiah, Crossroad, New York, 1981.

93 La traduction grecque de la Septante (LXX) et le Texte Massorétique (MT) présentent des énormes différences. Non seulement les chapitres sont structurés autrement – un exemple est la position des oracles contre les nations, qui se trouvent au centre du texte de la Septante, mais à la fin du Texte Massorétique – mais les versions diffèrent en longueur. Quel est l’original ? Chaque texte, au-delà d’un ordre différent, exprime également une théologie différente. Les analyses sur Jr doivent spécifier quel est le texte source auquel elles se rapportent (LXX ou TM).

94 Voir CEDERGREN, L’Écriture biblique de Strindberg, p. 46. L’auteur cite comme source première sur les bibles de Strindberg, l’étude sur les livres de Strindberg faite par LINDSTRÖM Hans, Strindberg och böckerna — Biblioteken 1883, 1892 och 1912 : förteckningar och kommentarer, Svenska litteratursällskapet, Uppsala, 1977.

95 GREIMAS Algirdas Julien, Du sens, essais sémiotiques, Ed. du Seuil, Paris, 1970, p. 168. 96 GREIMAS, Du sens, essais sémiotiques, p. 154.

97 On rappelle le résumé : un prophète arrive à la porte de la ville, à Tophet, où il reçoit ou achète un objet-message chez un marchand, à chaque fois un vase, qui devient le signe de jugement pour les habitants de la ville. Le lieu biblique qui sera détruit, ainsi que l’homme qui se donne la mort, chez Strindberg, changent de nom. Ce résumé extrêmement simplifié met en exergue les éléments qui rapprochent les deux textes et qui donnent les raisons de la comparaison.

par le contenu, il y a des différences significatives. Pour réaliser une analyse en

profondeur on va procéder texte par texte, avec une attention particulière accordée au

drame de Strindberg. Le Livre de Jérémie reste, en tant que texte prophétique, la

référence qui permet d’observer ce que l’auteur moderne a repris et ce qu’il a modifié

au modèle du drame prophétique. Et une fois que la structure narrative sera identifiée,

on peut déduire les énoncés profonds qui se manifestent. Car, si :

« toute opération de la grammaire fondamentale peut être convertie en un énoncé

narratif dont la forme canonique minimale est F(A) »

98

,

où F est la fonction ou l’agir d’un sujet, on peut aussi faire l’opération inverse.

À partir de la structure narrative, on peut identifier la structure profonde, régie par les

connexions logiques décrites à travers le carré sémiotique.

1.5.5 La structure profonde, les signes au théâtre et le carré

sémiotique

Ce qu’on prend maintenant comme supposé, et c’est ce qu’on développera au