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PARTE II DA PROBLEMÁTICA À METODOLOGIA

UNIDADE LOCAL DE SAÚDE DO ALTO MINHO, EPE

Comme nous l’avons mis en évidence dans la problématique, la pratique infirmière,

placée entre deux modèles de santé, se trouve en tension entre deux logiques et deux

orientations qui ne permettent pas de situer clairement ni ses caractéristiques, ni ses

orientations.

Une recherche sur l’activité des soignantes laïques au XVIIIe siècle (NADOT,1993)

propose une théorie de la pratique infirmière qui introduit, outre les soins liés à la vie

quotidienne auprès du malade, un second pôle de pratique centré sur le système de

santé.

Il présente ainsi une théorie de la pratique infirmière au travers d’un « service rendu »

par l’infirmière à trois ensembles culturels différents qui se rapportent à trois ordres

différents : institutionnel, médical et non médical

106

.

L’approche centrée sur la personne soignée, dans ce modèle, renvoie à l’un des deux

degrés d’intervention de la pratique soignante. En effet, ce modèle présente l’activité

professionnelle selon deux degrés d’intervention de nature et de complexité variables :

les « prestations de soins » et les « prestations soignantes dites médiologiques » qui sont

précisées comme suit :

• des « prestations de soins », définies comme « le soin en tant que relation à la

personne soignée (la médiation de santé) » ; ces prestations concernent l’ordre

non médical de son modèle et l’approche centrée sur la personne soignée,

• des « prestations soignantes dites médiologiques » définies comme un « service

rendu à trois ensembles culturels » par l’infirmière qui occupent ainsi une

« position d’intermédiaire culturelle ». Ces prestations renvoient aux trois ordres

nommés ci-dessus y compris l’ordre soignant non médical et constituent

l’approche centrée sur le système de santé.

105

NADOT, M. (1993). Des "médiologues" de santé à Fribourg? Histoire et épistémologie d'une science

soignante non médicale (1744-1944), thèse pour le doctorat de sciences de l’éducation. Lyon : Université

Lumière Lyon 2.

106

Notons en passant la terminologie choisie par Nadot qui situe l’ordre auquel les infirmières

appartiennent, « l’ordre non-médical », en référence au champ médical d’une part et par la négative

d’autre part. Ceci montre à notre sens la prégnance du modèle médical et la difficulté pour la profession

infirmière de s’en distinguer.

Figure 1 – Les deux degrés d’intervention de l’infirmière selon le modèle de

médiologie de la santé

107

.

De ce fait, ce modèle élargit la vision des prestations soignantes telles que souvent

présentées et décrites. Il formalise ainsi deux niveaux d’intervention de la pratique

infirmière : un centré sur le patient et l’autre sur l’organisation dans laquelle se situe le

patient.

« Mais soigner et porter son attention à l’expression des misères n’était pas la seule

compétence attendue chez les soignants. Au cœur d’une économie hospitalière déjà

complexe, ils devaient en assurer l’organisation, la gestion et toute la logistique. Ils

occupent alors, au cœur du système, une place vitale d’intermédiaire culturel consistant

à mettre incontestablement en rapport divers interlocuteurs qui, sans eux, n’en auraient

pas. »

108

.

107

NADOT, M. (2002a). Médiologie de la santé. De la tradition soignante à l'identité de la discipline.

Perspective soignante, n° 13. Paris: Seli Arslan, p. 54.

Le système culturel (SC1) rend service à l’institution de soins (organisation, contrôle).

Le système culturel (SC2) rend service au corps médical (recueils de données, application prescription

médicale).

Le système culturel (SC3) rend service à la personne soignée (relation, soutien, éducation).

108

Autrement dit, Nadot introduit dans la pratique infirmière l’environnement et le

contexte dans lesquels se déroule la pratique auprès du patient comme un des pôles de la

pratique infirmière. Ce faisant, il fait droit à une réalité vécue dans les pratiques de soins

des infirmières. Il présente ces deux niveaux d’intervention comme la base de la

« matrice disciplinaire »

109

des sciences infirmières, soit en référence à Kuhn, cité par

Develay (1992), le principe d’intelligibilité de la discipline ou son cadre de référence.

Cependant, Nadot précise encore que :

« la médiologue de santé (infirmière) développe des compétences complexes au service

de trois ensembles bénéficiaires qui ont chacun leur finalités propres » et il ajoute que

ces « trois ensembles en question ne sont pas forcément en synergie ».

De cette manière, il reconnaît implicitement la tension mise en évidence dans de

nombreux ouvrages entre des prestations centrées sur la personne et des prestations

centrées sur l’organisation et présente un modèle qui tente d’intégrer des pratiques

différentes voire divergentes là où plusieurs auteurs interrogent voire dénoncent

l’incompatibilité et l’impossible posture (ABDELMALEK, A. A., GERARD, J-L.,

1995; AIACH, P., FASSIN, D., 1994; DUBET, F., 2002; PETITAT, A., 1994).

Ce faisant, il précise que l’infirmière peut situer son activité sur un continuum allant

d’activités entièrement centrées vers ce premier degré d’intervention à des activités

entièrement centrées vers le second degré d’intervention et ceci en fonction de sa [de

l’infirmière] propre conception du rôle professionnel (culture et personnalité) » et il

ajoute :

« Confrontée à la fréquence des actions réclamées par les systèmes culturels

bénéficiaires et au traitement particulier des informations reçues, il s’agira d’essayer de

dominer l’incertitude liée à la complexité de la situation professionnelle, car toute

situation de soins (parce qu’humaine) est complexe. »

110

.

Le schéma qui accompagne le commentaire de Nadot montre par ailleurs que plus il y a

de l’un et moins il y a de l’autre.

109

NADOT, M. (2002a). Médiologie de la santé. De la tradition soignante à l'identité de la discipline.

Perspective soignante, n° 13. Paris: Seli Arslan, p. 54.

110

Figure 2 - "Les différentes modalités d'application du rôle professionnel"

111

Autrement dit, l’orientation « santé » des soins donnés repose sur l’infirmière et sur sa

capacité à leur faire place dans le contexte de contraintes dans lesquels ils se déroulent.

Elle relève d’une capacité à se positionner face aux autres acteurs de la santé, (et non à

se situer dans l’ « entre ») et renvoie ainsi à l’autonomie telle que nous venons de la

présenter.