CHATEAUBRIAND
Œuvres
romanesques
et voyages
i
TEXTE ÉTABLI, PRÉSENTÉ ET ANNOTÉ
PAR MAURICE REGARD
GALLIMARD
Tous droits de traduction, de reproduftion et d'adaptation réservés pour tous les pays.
© Éditions Gallimard, ip6<
L'AVENTURE AMÉRICAINE
Atala
Si l'on se à la préface, Chateaubriand <r~~ rapporté
Atala d'Amérique. ~r/7 en 7/~7<<-j-o~ les huttes des .~M-
~M il aurait fait partie de cet ensemble qui comprenait des notes de ~o)' /y~ des ~yo~ des ébauches romanesques d'où <M/ sortir non seulement Atala, mais René, Les Natchez (qui en ~~? le morceau MJ'?' le Voyage en Amérique et tant de pages qui devaient prendre place dans le Génie du christianisme ou ~r.M/r~ faute de
~M~~ sous forme de Fragments dans l'édition Pourrat des
Œuvres complètes XXX~~) en .r~.
Lorsqu'il revint en Europe, il probable que /'<M~w /~M~ la ~)/~ grande partie de ces manuscrits dans sa y~
en Bretagne, n'emportant dans ses bagages de soldat au service des princes que quelques ~/FM plus ~~M. Atala, dont il aurait lu dès ~7~-2 quelques /orfM«~' à Af. Malesherbes, était de ce ?0~~ Je relisais et corrigeais une ~~r~)~o~
de yor~ un ~)<Mj'~ d'Atala, dans les ~c/~yM d'un nM!M~. ?P~a/M/! t/'E~~Chateaubriand nous <M~~ même dans les Mémoires d'outre-tombe qu'au siège de T~c~M'Z~ le ~M'f~7 lui aurait sauvé la vie en
arrêtant une ~F~
Cet Atala, qui ne devait être t!/cy'j' qu'un ~)MC~ un récit dans un M~ roman canadien, beaucoup par /'M/M- /M~ celui que nous pouvons lire ~'M~ AM~
~M~ ~AM philosophique, tout informe ~~r~, très proche de Zaïre, il /< ~M~ ~c~?~~ nourri du xviii~ ~< Il j&~ raison de douter que ce premier
Atala ait ~x~ au moins <«~.
i. Af~o/~f d'outre-tombe, Ire partie, IX,c) (Bibl. de la Pieiade,t.I,p.~i7).
2.Qp.M7.,p.
Atala
Dans l'exil anglais, Chateaubriand reprend ce qui a survécu au <M.<?n' dont il parle dans /'Essai sur les révolutions~.
Il complète ce qui. lui r~~ de ses notes, refond ses anciens pro- jets, bref réorganise Atala. Religieusement il n'a pas encore changé ~<M publie /'Ess~i sur les révolutions,
dans lequel il ~fe~fe l'Église et prévoit même l'avènement
d'un monde sans C~'j?. L'année suivante, dans une lettreà Fontanes du 7/f août T/ il donne une nouvelle divùion de son roman indien, dont une partie doit désormaù s'appeler les Livres du récit. Albert Chinard a supposé, très vraùem- blablement, qu'Atala et René devaient y trouver place2.
Ainsi s'achève le premier moment, philosophique et roma- nesque, de cette genèse dans laquelle Atala n'eft pas séparable
des Natchez.
Un ~f tard, en effet, le récit refoit une autre deflination.
Entre temps, l'auteur, qui fréquente les milieux monarchiens,
~? rallié au catholicisme. Une lettre3 en date du .r~ août montre qu'il se propose d'inclure désormais dans son ouvrage de ~o pages M-<f~ intitulé: De la religion chrétienne par rapport à la morale et aux beaux-arts, « un grand
nombre des meilleurs morceaux des Natchez ». Ces morceaux seront autant d'exemples qui prouveront la valeur morale et la beauté poétique dont le <<?M/M/~ peut être la source.
L'écrivain en cite quelques-uns qui se trouveront soit dans
René, soit dans Atala « Le morceau sur les cloches, le tombeau dans l'arbre, le coucher de soleil en pleine mer, le couvent au bord d'une grève, et quelques autresencore [.] » Quoique désormaisà une oeuvre ~û/<ige-
tique, Atala ne J'XM complètement détaché de sa premièreM~M~. Mourant d'un !'<:« dont M'f r~<M.M~,
/<<' rf~~ comme le remarquait ~<i'WM/ y/f Lemaître, une M~M'/f /<7/M/'M~ Il f~ trop tard lorsqu'elleapprend que le f/'r~M~n~~ offre ~M~or/~M~ humaines.
i. BibL de la Pléiade, p. n. D. « Le manuscrit de ces voyages [.]apéfi, avec le reste de ma fortune, dans la
révolution.»
z. Les Natchez, Paris, Droz, 1932, p. 16. Pour plus de précisions, voir infra, p. 131.
3. Lettre à Fontanes (voir Génie du <-Ar<~MKM~~ p. 1666 et n., et Corr~. générale, t. I, p. 93 et n. 6).
4. Chateaubriand, Calmann-Lévy, p. 94.
7y?/ro~f/<w
Au moment de la mort, elle regrette, comme fera Af~~
Mortsauf, d'être ~~M vertueuse. Du moins, le ~j' du père ~< que l'auteur aurait remanié en une nuit sur les conseils de jFc~<M*a~ le même rôle ici que le sermon du père ~'c~7 à la fin de René. Il offreà cette hifloire plus pas-
j'y'M~ que morale, en dépit <& l'héroïne, une
conclusion édifiante, agréable au public et au gouvernementà la veille du Concordat. Ce même public regardait avec ~)'/i!?-pathie les intentions coloniales de T~f)' et de Bonaparte,
que l'état des Indiens/<c/~ égard ~y~~y.E~ 7/ La Rochefoucauld-Liancourt notait également
son Voyage dans les États-Unis d'Amérique,à propos
des ~y~j' « Les ~4wg/~M /M traitent bien les Américains
les vexent et les trichent. [.]A~M la /~<?M~ circonflance favorable [.]/M~7~Â~/M/Â. [.]La France (?j? donc ~Mj' la situation la plus favorable pour obtenir de /'E~~gw cession de la L.oy<MMM~ D~ fait, en 0~0~
~<i'oo~ cette puissance s'engagera par le traité de San Ildefonso à ~o/<f la rendre'. D'autre part, le Premier consul caressait
le projet de reconquérir le Canada avec l'aide des États-Unis.
En intéressant le letteur Nouveau M<M~& My~ cam- pagne pour les colonies perdues, Atala ~M~ sur ce point encore les bonnes intentions de l'auteur. Rien dans son fO/~Cy- /M/ ni dans sa pensée ne pouvait former <'& à son
retour d'exil.
Telle est la genèse d'Atala, liée non seulementà René, mais aux Natchez, au Génie du christianisme, ensuiteà la politique du nouveau maître, aux ambitions légitimes d'un
écrivain désireux, après tant de w/ d'obtenir emploi.
i. Voir AfeMO/rM d'outre-tombe, t. I, p. 444. Le libertin Fontanes sentait alors souffler le vent chrétien.
2. T. IV, p. 201-202.
3. La cession effective eut lieu en 1802. En janvier i8o3, Bonaparte enverra le général Victor et une équipe de fonctionnaires pour organiser l'administration française;
mais, changeant d'avis, le Premier Consul vendra cette immense province, beaucoup plus vaste que l'état actuel, aux États-Unis. L'intention première de la France avait été de réunir le Louisiane à notre Canada à travers les territoires traversés par le Mississipi, l'Ohio et le Missouri.
Atala
Le /~?~r d'aujourd'hui eft /c~ intéressé que celui de cette époque par les problèmes dont le récit eff /'c~<M/a~. MûM ne pensons guèreà revendiquer la Nouvelle-France, /!û~f nom préoccupons moins de savoir si les f~.x' sont inviolables et si la religion doit l'emporter sur les passions de /r. Cepen- dant certains des <j' qui arsurèrent le succès de conservent leur prix. Chateaubriand voulait donner une pein- ture de la vie indienne, des coutumes, la révélation d'un pays immense. Sur ce point, Atala n'a pas vieilli. Sans doute l'au- teur ~<M découvert l'Amérique du Nord. Dans Cleveland, il était qtteffion des Appalaches et des Sauvages .~M/
bert avait écrit des contes américains et Chénier rêvait d'un
poème sur l'Amérique. S'ans doute ~o/~ j~M~ ~J'
y~ dans ces paysages floridiens que le voyageur de n'a pas vus, où l'imitation de Bernardin de Saint-Pierre et des voyageurs minutieusement dépouillés ftK~, 0/< les ours ~oy- sinent avec les crocodiles et les flamants roses. Ce folklore indien ressemble parfois singulièrementà la Bible,à Homère, età nos vieilles chansons. Ici, comme dans Les Natchez, Chateaubriand eff M'< et disciple du père Lafitau ces bons différents de la réalité, ont des grâces niques et un /<g~ conforme au goût de l'époque. Il était nécessaire qu'il en fût ainsi pour les premiers /'i'?~r~ pour
l'écrivain lui-même et pour Fontanes, qui ne concevaient que
<i' la belle nature
M~M au cours de cette marche organisée entre les deux ~'<M.f éblouissantes du Af~ et du Niagara, que de ~C/<- vertes C~f?~f prisonnier attendant sa condamnation, la fête des morts, la visite de l'amant, la cérémonie du mariage, la danse, le départ pour la chasse, la fû~~r~'ox canot et la descente de l'Ohio qu'accompagne le chant de la jeune ~~M~
bien d'autres scènes encore, des nourritures exotiques impos- sibles dans les Florides, comme le suc d'érable et le jambon
~'M<y~ font d'Atala un parfait documentaire en trompe- /~7. Dans une époque où l'Amérique pittoresque étaità peu près inconnue, grâceà ses Z?~rM l'auteur offrait le dépayse-
ment d'un voyage < les Indiens.
Il faudrait ajouter la !'MZ~ au village de la MM~O~
un commentaire du Génie du christianisme. Nc~j' voyons
ce que le M~o/~M/~ apporter à la vie sauvage lorsqu'il
prend la relève de la philosophie La~ régnait le mélange le7M/~ot&<o~
plus touchant de la vie sociale et de la vie de la nature.o Marmontel, dans ses Incas, s'était expriméà peu près dans les mêmes termes. Les Indiens accourent, ~MMif la robe du prêtre. Le père Aubry, dont la foi r~ celle du Vicaire
j~~f< s'informe, conseille, réprimande, baptise. On défriche, on délimite les ~'ro/'y~f les forges r~M/on
on bâtit, on prie «~ célèbre, dans un paysage qui eft un retour au ~W< le saint Mfr~ En ~O~f proposant de belles lefons morales et chrétiennes, la peinture d'une <i' société~M/yg~ laborieuse, le documentaire s'achève en
<' M~ » moralisateur. Chateaubriand a oublié la letlure
de son cher Raynal qui montrait les méfaits d'une théocratie religieuse sur les bons ~j.
Dans ceM' les souvenirs littéraires et jtt/M sont nombreux. Comme dans La Nouvelle Héloïse, les orages du f~~r éclatent en même temps que ceux du ciel. Af~M le créateur nous laisse entendre qu'il emprunte également à sa propre exiflence. D'après les Mémoires d'outre-tombe, Atala serait née de l'une des deux Floridiennes, « deux jeunes filles peintes que l'auteur aurait rencontrées sur une île de l'Ohio ou du M~ <i' Ces deux Floridiennes, cousines du côté paternel, m'ont 'servi de modèles, l'une pour Atala, l'autre pour Céluta2 [.]. » Cousines, M~comme l'étaient
Claire d'Orbe et Julie ~Az/~MM. R~o~ Lebègue a
montré que leur «~ tardive fut imposée par ceux quiavaient l'indélicatesse de mettre en doute le voyage vers le
Suda. Inventées après coup, avatars de la .fy~~ elles n'eurent de réalité que dans l'imagination de l'auteur, désireuxde prouver l'authenticité de la fille de L< de la femme
de René. L'une d'elles, la fière, celle qui priait souvent et~w~.M// demi-chrétienne, tendaità nous convaincre qu'Atala
offrait ~)/&j' de fc/M-i~/M qu'une simple créature romanesque.
L'auteur ajoute que ces ~?~ cousines ressemblaientà« des
créoles de Saint-Domingue ». La fo/MM mérite
i. Chateaubriand s'e~t inspiré des L~/r<j édifiantes et de l'Hiffoire du Paraguay par le Père Charlevoix, dont il fait bon usage dans les chapitres consacrés aux missions (Génie du
~r/M/K~<M, éd. cit., notes des pages <)8~-t)<)6).
2. Af~e/r~ d'outre-tombe, t. I, p. 260.
3. Article cité dans la Bibliographie, cf. p. 1160.
Atala
d'être rc/ car elle explique les f~ff/y~' /o/r <
qui, ~M'M/, r6~/M//M/~tH' à une /M~ d'une Indienne et d'un E~<!g~o/. Ceux de Charlotte 7~~ la petite Anglaise qu'avait aimée Chateaubriand&
A. Le Br~ en s'appuyant sur les Mémoires,a voulu voir un modèle, sont inutilisablespuisqu'ils étaient noirs. P/~y~
ment, A. Ga~/y identifie la fille des déserts avec une créole à l'éblouissante chevelure blonde, originaire juffement de Saint-Domingue, la vicomtesse de BfFa)'. Elle était bien, selon Afo/~ « la femme la mieux faite pour M?'r~ Chateau-
~7<M~ Liée à Malouët, pieuse, elle rM/~ /o/e/ sinon taujours,à l'Enchanteur, lui opposant, paraît-il, commeà C~f'~tf Atala « le.r perpétuelles contradiélions de l'amour et de la religion Cette passion, qui ~o~i' a été révélée par
la découverte des Mémoires du comte Afo/~ au château de
C~<y~X en 7~ A. Gavoty la lit habilement en à travers le récit, avec un peu trop d'insiffance cependant.
Car il convient de ne pas oublier que ce poème du souvenir et du rêve tient par sa technique au roman noir et se rattache, par les larmes ~yj' coulent, aux ~yo<&c~ à la mode.
Les accessoires habituels y sont utilisés, même la croix de la mère, M~J'~Z* à la reconnaissance finale. La confession d'Atalaa lieu pendant un orage effroyable, sous l'effet du tonnerre et de M forêt en feu. Sans patrie véritable, sans traditions, sans race authentique, Atala la fille du magnanime Simaghan, comme ~«f /M6/~ cru, mais d'un E~~o/Z? bienfaiteur de Chattas. Cette Sauvage en réalité une chrétienne. ~r~ reconnaissances et des aveux Comme roman noir ou un mélodrame, la M~~ sauvée au moment même où elle allait succomber. Le sauveteur survient jc~ les traits d'un saint ermite qui sauve
l'âme, sinon le corps de l'amante. Car il trop tard Atala
s'eft empoisonnée d'un poison qui ne pardonne pas, préservant du moins, héroïne de mélodrame, sa pureté. Thèmes roma-«M~j' d'origines et d'époques diverses, qui pourraient aboutir au pire. Mais l'Enchanteur a naturellement fondu les
~/M~M~M et d'un poème dont les sono-
rités, les rythmes et la couleur forment l'inoubliable et Mj'M- tielle enveloppe.
SOURCES
Pour le décor, les paysages, Chateaubriand, qui n'est pas allé en Floride, utilise surtout des récits de voyageurs comme Charlevoix, Bartram, Lafitau, Carver, Lahontan, ou plus simplement l'J-Mo/n? des 1 ~t:~ de l'abbé Prévost, que nous retrouverons à propos des Natchez.
L'américanisme d'autre part était à la mode, et les travaux de G. Chinard ont montré qu'une passion dans le désert entre Européens et sauvagesses était au xvm° siècle un thème plus fréquent qu'on ne le suppose, aussi bien en France qu'en Angleterre. En dehors des Incas de Marmontel, où l'on voit les amours d'une jeune Péruvienne et d'un Espagnol, en dehors de La Chaumière indienne de Bernar- din de Saint-Pierre, on a pu citer un petit récit paru sans nom d'auteur dans la Bibliothèque britannique, à Genève, intitulé ~4~~M et Célario, que F. Baldensperger etJ.-M. Carré n'ont pas craint d'attribuer à Chateaubriand lui-même~. Mais D. Mornet a prouvé qu'il s'agit d'une nouvelle française publiée en 176; par La Dixmerie dans ses CoM/ajo- phiques et moraux.
Il faut plus sérieusement signaler un court roman, ano- nyme également, qu'on trouve dans un recueil en trois volumes intitulé ]~M/M°.f américaines, dont la seconde édition, la seule qui soit connue, date de 1796. Au lendemain d'Atala, en 1801, il fut réimprimé isolément, toujours sans nom d'auteur, sous le titre de
Odérahi, hifloire américaine, contenant une peinture fidèle des habitants de l'intérieur de l'Amérique septentrionale,
i. TA* Modern Language Review, ic)i; « La première histoire indienne de Chateaubriand et sa source améri- caine.»
Atala
et au-dessous
Odérahi ~j? la ~</r a/NM d'Atala.
A Par~ chez
B<M~, M~/)rM~Kr, rue HaK/c-/<M~ n° 27~
Pichard, Libraire, quai Voltaire, /<i'j Desenne, Libraire, P~/aa Tribunat, gale- rie de pierre.
Selon Paul Hazard', l'auteur serait le naturaliste voyageur Palisot de Beauvois (iy;2-i82o).
Les ressemblances entre les deux livres sont en effet nom- breuses. Le héros, comme René, a été adopté par les Indiens
« Tous les deux, écrit Chinard, inspirent des passions vio- lentes à de jeunes Indiennes qu'ils ne peuvent aimer et, cependant, tous les deux finissent par les épouser. Comme plus tard Chadas avec Atala et René avec Céluta ou Mila, Ontérée erre dans la forêt américaine et rêve au bord des fleuves. Quant à Odérahi, qui sauve la vie au guerrier blanc, se fait son institutrice et lui apprend la langue des Sauvages, danse et chante devant le feu de campement, elle est la sœur aînée non seulement d'Atala, mais des autres héroïnes indiennes de Chateaubriand". ?» Enfin les deux héroïnes
meurent empoisonnées. Bien des scènes se retrouvent dans l'un et l'autre récit, mais si le ton de part et d'autre est assez voisin, il y a plus de réalisme, plus de détails physiologiques dans Odérahi.
Un article non signé publié dans Le Moniteur du 27 ther- midor an IX (i5 août 1801), c'est-à-dife au lendemain de la publication d'Atala, soulignait l'étrange parenté des deux ouvrages et donnait la première place à Odérahi
« Voilà l'histoire ou le roman d'Atala, voilà celle d'Odérahi.
Il est possible que l'une n'ait pas servi de modèle à l'autre;
mais il faut croire que les deux auteurs ont puisé dans une
source commune.» Les choses en restèrent là Chateau-
briand, qui certainement connut cet article, ne répondit pas.
Sur Odérahi et la polémique qui s'ensuivit, sur ses ressem- blances avec Atala, René et Les ~Va/f~, on consultera le livre de G. Chinard .L'Exo/<MM américain dans /'SM'r<
de Chateaubriand, chap. v « Les sœurs aînées des héroïnes de Chateaubriand.» G. Chinard déclare que cette œuvre étrange et maladroite « présente tant d'analogies avec le roman américain de Chateaubriand, que nous pour-
i. Revue de littérature co/~ar~ juillet-septembre 194;.
2. Une j'N'K/' aînée d'Atala, Odérahi, hifloire américaine, Paris, R. Clavreuil, 1930, p. 31.
Sources
rions nous croire en présence d'une contrefaçon éhontée d'Atala, si nous ne savions pas de façon certaine qu'0~
a été publiée pour la première fois en 1798. [.]Un instant j'ai cru me trouver en présence d'une première version d'Atala. »
Chinard se montrera moins tranchant dans l'introduction
qu'il écrira pour son édition du texte. Donnant corps à l'hypothèse du Moniteur, il indique que les deux auteurs ont puisé dans la relation de Jonathan Carver, qui lui-même utilisait des récits antérieurs, comme ceux de Lafitau et de Charlevoix. Le critique insiste désormais, avec raison, sur la supériorité d'Atala.
ACCUEIL DE LA CRITIQUE
Son ami Fontanes, désormais bien en cour, avait annoncé l'ouvrage dans le Af~f«~ de France dont il venait d'être nommé directeur, les 26 juin et 22 novembre 1800. Après la mise en vente, il lui consacre un long article encore dans cette revue, le 6 avril 1801 « Tout en est neuf, le site, les personnages et les couleurs. » L'article avait d'ailleurs été préparé par Chênedollé. Le 31 mars, Chateaubriand écrit en effet à Fontanes « A midi, vous aurez Atala complète. Vous aurez en outre un exposé de Chênedollé. » Le 17avril, le Jo/~AM/ débats (Dussault) et Le Publicifle louent le roman.
Suard, auteur de l'article du P«Mf/A~ souligne l'imagina- tion brillante et poétique, mais regrette de trouver « quel- quefois aussi des images dont les parties ne sont pas bien d'accord ». Le caractère de Chactas également prête à reproche « le même homme ne peut tour à tour raisonner comme un Européen, et sentir comme un Sauvage ».
D'autre part, les idées chrétiennes sont rendues d'une manière particulièrement heureuse, de sorte que « l'effet général de l'ouvrage est un sentiment de plaisir [.]et les défauts sont des exceptions ». D'après les Af~o/~j' d'outre- tombe, Byron, qui avait alors quinze ans, aurait écrit de Cambridge à l'auteurl. Le Journal des débats du 2;septembre 1802, parlant d'un ouvrage sans intérêt, l'oppose à Atala qui « veut prouver que le christianisme peut épurer la flamme de l'amour sans en altérer l'énergie ». Plus curieuse- ment, l'auteur de l'article, qui est l'abbé Guillon, que Cha- teaubriand va rencontrer à Rome en 1803, découvre le modèle du père Aubry et la source dont l'auteur est parti, sans en tirer malheureusement toutes les conséquences
« tous ces détails se retrouvent dans le premier volume de l'Hifloire de la JVo/<yf~ France, par le P. Charlevoix, à l'article
I..F~.t7/t.I,p.IOt)0.
Accueil de la critique
du P. Jorgucs; il n'y a de changé que le nom et le style ?'.
11 convient également de citer un article très élogieux de
l'abbé de Vauxelles dans La Gazette <&f~/«'~(iiavril !8oi), et un autre par E. Toulongeon, de l'Institut, dans la Biblio- /M°~~Hf Pougens de mai i8oi.
Mais les oppositions furent violentes et durables. On critiquait les caractères, surtout on reprochait aux descrip- tions leur fantaisie. En 1816, aux États-Unis, un journal religieux français, .L'~t~/Fc américaine2, mettra sérieusement en doute, sous la signature de Logny l'existence du voyage (article retrouvé et reproduit par B. Fadeau dans Modern Language .No/~). Un article de décembre 1827 dans l'Ameri- M~ j~M~r/y Review sera de la même inspiration. En France, la thèse sera reprise par René de Mersenne. Il faut citer enfin l'article d'Eugène Ney, fils du maréchal, dans la
Revue </e«.x' mondes'.
Les philosophes surtout et leur organe, La Décade philo- jo~ s'en prirent à l'inspiration de l'oeuvre. Guinguené, qui signe Y, reproche à l'auteur, dans le n° du 3o avril 1801, d'avoir voulu par esprit de système « forcer les événements, se jeter dans un monde mystique, et décrire des scènes étrangères, extravagantes [.]». La même Décade ne sera pas moins dure dans son n° du 3o mai. Mais le plus virulent adversaire sera sans contredit l'abbé Morellet (Observations critiques sur le roman intitulé ~4/a/tf'~ qui avait vécu dans le groupe des Encyclopédistes. Morellet attaque l'orthodoxie, le style « où abondent les expressions étranges », la vrai- semblance. Parmi les expressions qu'il blâme à notre sur- prise, il faut retenir la lumière de la lune flottant <f sur la cime indéterminée des forêts» et « le ~ra~ secret de mélancolie que la lune raconte aux chênes L'auteur fut mortifié. Mais il tiendra
compte de ces remarques vétilleuses pour ses corrections et, plus tard, rendra loyalement justice à la perspicacité de ce critique' dont l'opinion, on l'oublie trop, n'était pas entière- i. V. Giraud est le premier à avoir souligné l'intérêt de ce compte rendu (journal des débats, février 1906).
z. Numéro du 16mars.
3. Décembre 193;, p. 492-497.
4. Voir les articles cités dans la &'M'og~/w du Voyage M Amérique, infra, p. 12;
5. Paris, Denné jeune, an IX. Le Journal des débats répondra aux critiques de Morellet dans son n° du 17avril 1801.
6. Article nécrologique, du 21 janvier 1819, Œw~~
f<M<)/<M'~ Ladvocat, t. XXVI, p. 108.
Table
Indications bibliographiques,
notes et variantes
Atala
Indications bibliographiques 1157
Notes et variantes Il6o
Fragments du Génie du christianisme ~)n~<7<<~7~
pour Atala n8t)
René
/M<M&C~&!M'<g~J' 1196
Notes et variantes IH)8
Fragments du Génie du chti~tianisme primitif utilisés
pour René 1212z
Les JV~f~
/~My/o~ogr~j' 1214
Notes et variantes 121<;
Fragments du Génie du christianisme primitif uti-
/~<M'~j'LesNatchez. 1248
Voyage en Amérique
Indications bibliographiques 12;~3
Notes et variantes 1254
Vie de Rancé
Indications bibliographiques 1364
Notes et variantes 1366
Cartes. 1409