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CARVALHO, 2003: 828 54 BARBOSA & PRIETO, 2011.

CONSIDERAÇÕES FINAIS

53 CARVALHO, 2003: 828 54 BARBOSA & PRIETO, 2011.

Des manuscrits syriaques, datés de 567 à 569, qui répertorient près de 80 monastères monophysites ont aussi été exploités à plusieurs reprises par les études de topographie historique71. Il s’agit d’une correspondance entre des archimandrites monophysites, principalement ruraux, et le clergé monophysite établi à Constantinople (Jacques Baradée notamment). Le nom des archimandrites signataires est cité en regard du couvent dont ils ont la charge. Les toponymes cités concernent essentiellement le Massif calcaire, mais quelques monastères peuvent aussi être localisés en Syrie centrale.

Les études de topographie historique se sont attachées d’une part à fixer la localisation des toponymes antiques et à définir le tracé du réseau routier antique, et d’autre part, à résoudre certains des problèmes que pose la géographie administrative et ecclésiastique72

(limites du territoire des cités et, par extension, de certains provinces73).

3. Les premières études régionales

L’archéologie a connu ses premiers développements dans la région dès la fin du

XIXe siècle, en même temps que l’épigraphie, grâce aux premiers inventaires à caractère systématique.

a) Les premiers inventaires et prospections

La première expédition, à la fois archéologique et épigraphique, est celle conduite par H. C. Butler, architecte à l’université de Princeton en 1899 et 1900 74. Il lui manque le caractère systématique des inventaires qui suivront mais la documentation rassemblée pour le Jabal Hass et le Jabal Shbayt est considérable – bien qu’elle se limite à quatre sites, parmi les plus importants de ce secteur75. Elle fait intervenir de nombreuses photographies, des relevés de détails d’architecture et les premiers vrais plans des bâtiments de la région – essentiellement des églises. La publication de cette expédition s’apparente à un catalogue architectural des sites, répartis chronologiquement du IVe au VIIe siècle par régions, d’où une partie consacrée à la Syrie du Nord (Massif calcaire), une seconde au Jabal Hass et au Jabal Shbayt et une troisième au Hauran.

La seconde expédition américaine, menée en 1904-1905 et 1909, ressemble davantage à une prospection systématique (cartes 4 et 5). Elle se concentre sur deux régions : le Jabal al-‘Ala (18 sites) – avec un détour vers l’est jusqu’à Al-Andarin via Qasr Ibn Wardan 1 – et le piémont du Jabal Zawiyah (21 sites), chaînon calcaire qui se rattache au Massif calcaire à l’ouest de Ma‘arat al-Nu‘man76. H. C. Butler identifie la forme de l’habitat (habitat groupé ou isolé), isole les bâtiments les mieux conservés (souvent les églises) et décrit les

71 HONIGMANN 1922 ; LITTMANN 1922 ; HONIGMANN 1951 ; CAQUOT 1958, p. 62-85.

72 Par exemple les limites du territoire administratif des cités et l’extension de certaines provinces. Voir par exemple GATIER 2001a et ci-dessous 1. La délimitation des provinces : une question ouverte, p. 143.

73 Voir GATIER 2001a.

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AAES 2.

75 Khanasir, Zabad 1, Mu‘allaq et Al-Tuba 1.

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techniques architecturales en accompagnant sa description de plans, de relevés de détails et de photographies.

En 1935, J. Lassus réalise un nouvel inventaire dans la zone déjà parcourue par l’expédition américaine. Le détour des Américains par Qasr Ibn Wardan 1 et Al-Andarin les a empêchés de s’intéresser à la partie centrale du plateau du Jabal al-‘Ala et à la plaine qui s’étend entre le piémont du Jabal Zawiyah et l’Oronte au sud, or c’est précisément dans ce secteur que J. Lassus concentre son exploration. Il considère également que le rayon d’action de l’équipe américaine est resté trop restreint et se propose d’y apporter des compléments en réalisant un inventaire exhaustif des sites77. Ainsi, tout en complétant la documentation rassemblée par H. C. Butler sur une trentaine de sites, il recense quelque 92 localités quasiment inconnues jusque-là78. L’inventaire de J. Lassus rassemble, pour les sites les plus importants (comme par exemple pour ’Umm al-Khalakhil), des photographies, des copies d’inscriptions, des plans et des relevés de détails architecturaux.

Dès 1925, l’aviateur A. Poidebard est chargé par la Société de Géographie de France d’établir une cartographie des points d’eau et des voies de communication de la Haute-Jazirah. Le succès de sa mission incite l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres à en financer d’autres79 et notamment, l’exploration des confins de la Syrie steppique qui comprend la Syrie centrale. A. Poidebard y entreprend l’étude de la frontière romaine. De 1929 à 1932, il étudie la partie orientale de la région comprise entre Sukhnah au sud et Suriya au nord et publie les résultats de ces travaux en 1934 dans La trace de Rome dans le désert de Syrie80. Sa méthode de travail, fondée sur l’observation aérienne et complétée par une exploration, est exposée dans le premier chapitre de cet ouvrage81 : « Toutes les fois qu’il sera possible, le contrôle au sol suivra l’observation aérienne […]. L’observation à terre, la mensuration et le sondage doivent suivre l’observation aérienne. […] Instruments de mesure et pioches pour le sondage rapide devront donc toujours être emportés dans l’avion »82. En se fondant sur les études de topographie historique, sur les sources antiques (Table de Peutinger) et sur les milliaires, A. Poidebard analyse plusieurs sections de ce qu’il considère comme un limes83. Entre Sukhnah et Suriya 1, il relève la présence de différents types de postes, qu’il date indifféremment de la période romaine et dont il étudie les dispositifs défensifs : fossés, observatoires, tours et enceintes… Il replace aussi les sites dans leur environnement. Dans le contexte d’une voie destinée à faciliter le déplacement des armées, les points d’eau (puits, sources, conduites souterraines, citernes, barrages…) revêtent

77 « Au cours de leur expédition, ils [les Américains] étudiaient une étendue d’une dizaine de kilomètres de largeur, de part et d’autre de leur axe de marche » ; « tous les sites, modernes ou antiques, sauf quelques rares omissions dont je m’excuse, ont été visités et sont catalogués ici » (LASSUS 1935, p. viii).

78 C. F. T. Drake et A. Musil en avait déjà signalé certaines (BURTON et DRAKE 1872, MUSIL 1928a). Ces localités ne sont pas systématiquement associées à un site archéologique (voir ci-dessous b) Site et datation, p. 59). Les vestiges se limitent parfois à quelques remplois sans trace de construction antique.

79 NORDIGUIAN 2000, p. 37-38.

80 POIDEBARD 1934.

81 POIDEBARD 1934, p. 1-16. T. Bauzou a proposé une approche critique de cette méthode (BAUZOU 2000b).

82 POIDEBARD 1934, p. 9.

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une importance stratégique. Mais il n’omet pas de signaler les vestiges d’une mise en valeur antique. A. Poidebard aboutit ainsi à une cartographie du système défensif de la Syrie et conclut à l’existence d’un limes extérieur et d’un limes intérieur.

C’est la question de ce limes intérieur qu’il choisit d’approfondir de 1934 à 1942, en associant l’épigraphiste R. Mouterde à ses travaux dans une zone comprise entre Qinasrin, à l’ouest, l’Euphrate, à l’est, le nord du massif des Palmyrénides au sud et le glacis d’Al-Bab au nord. Ils publient, en 1945, Le limes de Chalcis84. La quasi-totalité des plans et des relevés au sol est confiée à J. Lauffray, architecte du Service des Antiquités, auquel on doit également de brèves notices architecturales pour les sites les plus importants ou les mieux conservés. S. Mazloum, directeur du Service Hydraulique de Syrie du Nord apporte également sa contribution à l’étude des aménagements hydrauliques – et notamment des

qanats85 de Qdaym 1 et 2 et de ‘Amsaraddi. À l’est du Jabal al-‘Ala et au sud du Jabal Hass et du Jabal Shbayt, ces travaux révèlent l’existence de nombreux sites de taille et d’importance variées dans une région où l’Itinéraire Antonin et la Table de Peutinger ne mentionnaient que quelques forts et les principales agglomérations. Datés principalement de la période romaine, ces sites sont presque exclusivement interprétés comme des installations militaires : ils font partie intégrante d’un réseau défensif de routes et de rocades reliant entre eux des postes fortifiés. Des voies romaines, grossièrement parallèles selon un axe nord-est sud-est, sont raccordées entre elles par des routes d’avance perpendiculaires qui permettaient aux troupes de se déplacer rapidement. Ce réseau routier, jalonné de places fortes, établi à l’est de Qinasrin-Chalcis et commandé par cette ville, aurait été mis en place entre le IIe et le

IVe siècle et constituerait, en avant d’Antioche et en arrière de la « frontière de l’Euphrate », une seconde ligne de défense destinée à entraver l’avancée des armées perses86. Dans l’intervalle se déploie, lorsque les conditions le permettent, une mise en valeur agricole qu’ont bien perçue A. Poidebard et R. Mouterde, même si son importance est minorée par rapport à celle du système défensif.

Leurs travaux marquent un tournant dans la recherche archéologique. En sortant du cadre strict de l’inventaire, A. Poidebard et R. Mouterde cherchent à comprendre le mode de fonctionnement de l’ensemble d’une région, à une période donnée. Même si les chercheurs ont par la suite fortement nuancé leur propos – et plus précisément l’ampleur de la mise en défense87 –, le Limes de Chalcis jette d’une certaine manière les bases des études régionales modernes.

Contemporaines des travaux de R. Mouterde et A. Poidebard, les recherches menées par D. Schlumberger de 1933 à 1935 témoignent elles aussi de cette tendance qui ne vise plus seulement à inventorier mais à replacer le peuplement d’une région donnée dans son contexte géographique – en tenant compte des possibilités qu’offre le milieu – et historique. Publiés en 1951, ses travaux portent sur l’arrière-pays palmyrénien, constitué des chaînons

84 MOUTERDE et POIDEBARD 1945.

85 Sur le fonctionnement de ces galeries drainantes souterraines, voir ci-dessous (d) Les qanats, p. 656.

86 Voir ci-dessous a) Un « limes » ou une frontière ouverte ?, p. 160.

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montagneux qui bordent l’oasis de Palmyre au nord88. Au cours de trois campagnes, D. Schlumberger réalise un inventaire archéologique de cette région menacée par les fouilles sauvages. Il procède à des fouilles et à des sondages sur une vingtaine de sites et fournit quelques plans d’agglomération – ils sont rares (7 sites), mais ce sont les premiers dont on dispose dans la région. Il faudra attendre les relevés du programme « Marges arides de la Syrie du Nord » pour que de nouveaux plans d’agglomération soient publiés. Pour D. Schlumberger, l’occupation dans la zone qu’il a étudiée est liée au développement de Palmyre. Aucun site ne serait antérieur à la période romaine et l’occupation, à de rares exceptions près, ne semble pas se prolonger après cette période. Dans une zone où la culture est extrêmement aléatoire et se limite nécessairement à des micromilieux privilégiés – fonds d’oueds essentiellement –, l’occupation reposerait entièrement sur l’élevage de chevaux. Ce secteur montagneux constituerait un terrain de pâture privilégié et fourniraient un fourrage de qualité qui aurait permis le développement de « haras » et de « ranches » auprès desquels la cavalerie palmyrénienne du IIIe siècle aurait pu s’approvisionner89.

Les objectifs de la prospection réalisée par R. Maxwell Hyslop en 1939 (carte 5) sont bien différents de ceux de R. Mouterde, A. Poidebard et D. Schlumberger. Il s’agit cette fois d’un inventaire multipériode réalisé sur le glacis d’Al-Bab et le piémont du Taurus90. R. Maxwell Hyslop fournit une stricte recension des sites avec une description très lapidaire et des éléments de datation. La documentation graphique est inexistante et l’on regrette aussi que l’auteur n’ait pas tenté de reconstituer les dynamiques de peuplement pour les différentes périodes.

Ce sont bien souvent ces travaux, réalisés de la fin du XIXe siècle au début des années 1950, malgré leurs lacunes et leurs imperfections, qui servent de socle aux études qui vont suivre. Ils fournissent la base d’une connaissance de la région qui n’évoluera guère jusqu’à la mise en place du programme « Marges arides de la Syrie du Nord ».

b) Une documentation graphique fondamentale

Les recherches récentes sur la vie rurale en Syrie en général n’ont cessé de saluer la masse documentaire que les auteurs des premiers inventaires archéologiques ont portée à la connaissance des chercheurs. Leur valeur tient aujourd’hui beaucoup à la documentation graphique qu’ils ont rassemblée.

Des changements importants sont intervenus dans la région, entre le milieu du

XIXe siècle et aujourd’hui. Abandonnée – ou presque – depuis les invasions mongoles du

XIVe siècle, la zone située à l’est de l’axe Homs-Alep regroupait des sites quasiment restés en l’état après le reflux de l’occupation byzantine91. Mais depuis le milieu du XIXe siècle, les

88 SCHLUMBERGER 1951. Seule la moitié nord du secteur qu’il étudie fait partie de la Syrie centrale..

89 SCHLUMBERGER 1951, p. 132-133.

90 MAXWELL HYSLOP et al. 1942. Les datations des sites reposent sur une étude du matériel céramique dont la validité est aujourd’hui discutable. Voir ci-dessous, p. 180.

91 Ce propos doit être nuancé. Voir ci-dessous 1. L’occupation byzantine dans l’histoire de la Syrie centrale, p. 179.

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autorités ottomanes ont mis en place une politique de sédentarisation des tribus nomades et déplacé certaines minorités ethniques ou confessionnelles en conflit avec d’autres dans la région qu’elles occupaient jusqu’alors. Après avoir vécu dans l’arrière-pays de Tartus, une partie de la communauté ismaélienne a ainsi été réimplantée en 1849 dans la région de Salamiya, d’où elle avait été chassée par les invasions mongoles92. À partir de ce « village-mère », la communauté a ensuite essaimé vers l’est et s’est appropriée progressivement des territoires jusqu’à Shaikh Hilal et ‘Aqirbat. Les communautés tcherkesses et alaouites ont été réimplantées dans le même secteur et la sédentarisation des populations bédouines s’est ajoutée à ce mouvement de recolonisation.

À l’ouest et au nord, le repeuplement semble être intervenu assez tôt mais à l’est, la phase principale de recolonisation et de sédentarisation des populations nomades paraît avoir eu lieu dans la première moitié du XXe siècle93. L’implantation des communautés ethniques ou religieuses est intervenue plus précisément entre 1925 et 1930 94. Khanasir, au nord, a été réoccupée dès 1907 par une colonie de réfugiés tcherkesses95. Dans ce secteur, le repeuplement semble avoir été plus lent, ce qui est probablement dû au fait qu’une partie du couloir de Munbatah et le Jabal Shbayt faisaient partie des terres du shaikh de la tribu des Feda’an96.

Le processus de recolonisation et de sédentarisation est allé en s’intensifiant. Dans les secteurs arides particulièrement, les points d’eau des sites antiques (puits, citernes), constituaient des facteurs de fixation du peuplement. Certains sites offraient également la possibilité de réutiliser des aménagements antiques agricoles – comme les trous forés dans les secteurs à dalle calcaire, qui favorisent l’arboriculture – et/ou hydrauliques – qanats ou canaux à ciel ouvert. Les sites antiques ont aussi servi de carrière pour de nouvelles constructions : les éléments architecturaux comme les linteaux, les piédroits, les auges et les bassins sont les premiers remployés. Dans les secteurs à architecture en terre, les buttes de brique crue fondue ont été recreusées pour façonner de nouvelles briques. La réoccupation moderne a contribué et contribue encore à démanteler, souvent rapidement, les sites antiques. Pour toutes ces raisons, la documentation graphique des premiers inventaires archéologiques est particulièrement précieuse. Les photographies et les plans publiés pour le Jabal al-‘Ala notamment sont aujourd’hui d’une grande aide, car la réoccupation, dans ce secteur parmi les plus fertiles et les mieux arrosés de la région, est particulièrement dense. Les maisons antiques, déjà réoccupées à la période ayyubide97, ont été réinvesties, les matériaux de construction remployés et il est bien difficile de se faire aujourd’hui une idée

92 AL-DBIYAT et JAUBERT 2006, p. 72-73.

93 LEWIS 1993, p. 46. Certains voyageurs, ont, dès le début du XXe siècle, été les témoins de la sédentarisation des tribus. G. L. Bell a observé à Kafr Abid, par exemple, à l’ouest du Jabal Hass, et à Karatin al-Kbir, des villages de nomades récemment sédentarisés (BELL 1907, p. 256 et 260).

94 AL-DBIYAT et JAUBERT 2006, fig. 1, p. 74.

95 LEWIS 1984, p. 122.

96 AL-DBIYAT et JAUBERT 2006, p. 77-78.

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de l’aspect originel des villages qui ont servi de carrière. Les photographies et les plans de H. C. Butler permettent alors de faire abstraction des modifications les plus récentes.

Dans les régions où l’emploi de la brique crue est généralisé, ce sont surtout les bâtiments en pierre qui ont été démantelés. Or, ces constructions sont particulièrement importantes pour comprendre l’organisation villageoise car ce sont généralement des édifices communautaires, non des habitations. Les exemples de Zabad 1 et d’Al-Tuba 1, dans le Jabal Shbayt, sont particulièrement significatifs. Au moment où R. Mouterde et A. Poidebard les ont étudiés, ces sites étaient déserts. L’édifice en basalte d’Al-Tuba 1, un entrepôt98, était alors conservé sur un niveau99. Aujourd’hui, les murs périmétraux ont été entièrement démantelés, il ne subsiste plus que l’arc transversal portant la couverture. Sur les photographies du « grand bâtiment » de Zabad 1 prises par R. Mouterde et A. Poidebard, on peut compter au minimum quinze assises de moellons de basalte, formant un coffrage de part et d’autre d’un mur en brique crue (figure 104)100. La porte nord était parfaitement conservée101. À l’heure actuelle, il ne reste pas de trace du coffrage en basalte et l’édifice semble n’avoir jamais été construit qu’en brique crue. Les portes ne se signalent que par la déclivité marquée des buttes de terre crue qui dessinent les contours de l’édifice.

L’église est de Zabad 1, avec son élévation en basalte, a été photographiée par H. C. Butler en 1899-1900 102. Son mur sud était alors conservé sur plus de 4 m (figure 27). À l’intérieur, on pouvait observer la naissance de l’arc triomphal et l’arcade qui ouvre depuis le collatéral sud sur la chambre flanquant l’abside était entièrement préservée103. L’église est à présent complètement arasée – elle devait déjà l’être en grande partie dans les années 1940 si l’on en juge d’après les photographies d’A. Poidebard104.

On comprend donc l’importance de la documentation ancienne. Bien qu’on dispose aujourd’hui d’images satellitaires avec une résolution satisfaisante, les photographies aériennes de la première moitié du XXe siècle restent incontournables. Elles sont d’une qualité et d’une définition telles qu’elles apportent souvent davantage d’informations que l’imagerie satellitaire. On peut par exemple suivre sur certaines d’entre elles le tracé des passages entre les habitations et le réseau des rues, sur des sites où la brique crue fondue tend souvent à empâter les contours des édifices105.

La Syrie centrale, dans la première moitié du XXe siècle, ne tient cependant qu’une place secondaire dans les publications. L’architecture de brique crue, qui est de loin la plus

98 Voir ci-dessous 3. Les entrepôts, p. 584.

99 MOUTERDE et POIDEBARD 1945, 2, pl. 109, 4.

100 MOUTERDE et POIDEBARD 1945, 2, pl. 91. Sur ces « grands bâtiment », fréquents dans les villages, voir ci-dessous b) Les « grands bâtiments » en terre : des constructions à caractère défensif dans les villages ?, p. 548 et a) Les « grands bâtiments » sans caractéristique militaire, p. 587.

101 MOUTERDE et POIDEBARD 1945, 2, pl. 91, 4.

102 BUTLER 1929, fig. 83, p. 79.

103

AAES 2, p. 304.

104 MOUTERDE et POIDEBARD 1945, 2, pl. 48.

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répandue dans la région, a été éclipsée par les vestiges de bâtiments entièrement en pierre de Syrie du Nord et de Syrie du Sud.

Déjà repérées par R. Pococke puis par J. L. Burckhardt, pour ne citer que les principaux, les principales ruines du Massif calcaire et du Hauran ont été publiées entre 1865 et 1877 par M. de Vogüé sous le nom de « Syrie centrale »106. S’associant l’architecte E. Duthoit, M. de Vogüé rassemble un important catalogue de planches : relevés de détails architecturaux, plans d’habitations, de temples et d’églises, coupes et restitutions d’architecture domestique, funéraire et religieuse. La connaissance des vestiges de la Syrie du Nord et de la Syrie du Sud précède donc de trois décennies celle de la région que j’étudie, et elle a été considérablement augmentée dès le tournant du siècle par les prospections à caractère systématique de H. C. Butler.

B. Les avancées de l’archéologie depuis 1960

1. Les fouilles et sondages ponctuels

Avant les années 1970 et la construction du barrage de Tabqa, les fouilles archéologiques qui présentent un intérêt pour mon sujet sont ponctuelles et dispersées géographiquement. Elles se concentrent sur les sites qui ont le plus favorablement impressionné les archéologues. On peut citer le début de la mission de Halabiyya, sur l’Euphrate, entre 1944 et 1945 107, et les premiers travaux réalisés à Resafa, dans les années 1950, par J. Kollwitz108. La mission de fouille de Qasr al-Hayr al-Sharqi, commencée en