REFLEXÕES APRESENTADAS
11 COSME, 2002 12 ALMEIDA, 2006.
a) Découpage administratif actuel
La zone étudiée est à cheval sur quatre provinces syriennes : les mohafazats d’Alep et de Hama, sont les principaux concernés. Dans la partie occidentale de la région, le mohafazat
d’Idlib recouvre un secteur encore bien arrosé. Le secteur est appartient, pour sa moitié nord, au mohafazat de Raqqa et pour sa moitié sud à celui de Homs, comme le Jabal Bil’as.
b) Reliefs et microreliefs
(a) Le plateau intérieur
La Syrie centrale appartient structurellement à un plateau calcaire rattaché au piémont du Taurus, doucement incliné vers l’est et dont la topographie s’abaisse du nord au sud de 500 à 200 m d’altitude (cartes 1 et 2)12. C’est ce plateau, qui se prolonge par la Jazirah jusqu’en Iraq du nord, qu’ont incisé l’Euphrate et le Tigre13. Sur le vaste plan incliné qui caractérise la « plateforme d’Alep »14, délimitée au sud par le massif des Palmyrénides et au nord par le glacis d’Al-Bab, contrefort du Taurus, le modelé général, dû à de faibles ondulations oscillant entre 250 et 310 m d’altitude, ne permet pas d’individualiser d’unités régionales15.
La tectogenèse, qui s’exerce surtout en bordure de cette plateforme, a cependant entraîné le soulèvement de reliefs périphériques16 et l’épanchement de coulées basaltiques intérieures17.
(b) Les répercussions du double alignement montagneux littoral sur le modelé de la Syrie centrale
Le plateau calcaire qui constitue le socle de la région, soumis à la tectonique des plaques (plaque arabique et africaine d’une part ; plaque arabique et plaque anatolienne et iranienne d’autre part18), présente des déformations liées à la présence à l’ouest d’une faille transformante de direction nord-sud (figure 4).
12 SANLAVILLE 2000, p. 101. 13 SANLAVILLE 2000, p. 101. 14 RIGOT 2003, 1, p. 56. 15 HAMIDÉ 1959, p. 60. 16 RIGOT 2003, 1, p. 56-57. 17 SANLAVILLE 2000, p. 20. 18 SANLAVILLE 2000, p. 16.
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L’arc que forme au nord du plateau la jonction du Taurus et du Zagros, lié au jeu de la zone de faille, est aussi à l’origine d’un double bourrelet montagneux qui ceinture toute la côte levantine et entre lequel s’intercale une longue dépression méridienne. Le premier alignement montagneux inclut du nord au sud l’Amanus (2 224 m), le Jabal Ansariyah (1 562 m), et le mont Liban (3 083 m) ; le second, toujours du nord au sud, comprend le Kurd Dagh (1 496 m), le « Massif calcaire » (939 m)19, l’Anti-Liban (2 629 m) et l’Hermon (2 814 m)20. Entre ces anticlinaux se succèdent plusieurs dépressions : les anciens marais du Ghab sur lesquels ouvrent les plaines d’Asharnah et du Ruj21, la Beqaa libanaise, et plus au sud, la plaine du lac Houlé (70 m), le lac de Tibériade (-210 m), la mer Morte (-410 m) et dans son prolongement, le golfe d’Aqaba22.
En plus de son rôle dans l’orogenèse des principaux massifs levantins, le jeu de la faille transformante a eu des conséquences importantes sur le relief de la Syrie centrale :
− le Jabal Zawiyah, qui appartient aux deux formations montagneuses levantines marque l’extrême limite ouest du secteur étudié, mais son piémont forme une avancée de plus d’une vingtaine de kilomètres dans la zone d’étude ;
− le massif montagneux qui barre obliquement la Syrie centrale au sud, que l’on désigne sous le terme de Palmyrénides, est lui aussi le produit de la confrontation et du mouvement de rotation des plaques continentales23. Cette chaîne comprend plusieurs massifs distincts qui se succèdent en direction du nord-est et sont relayés jusqu’aux abords de l’Euphrate par le Jabal Bishri (867 m, à hauteur de Dair al-Zor). Les Palmyrénides regroupent ainsi d’ouest en est les anticlinaux suivants, tous d’orientation sud-ouest-nord-est : Jabal Shumriyah (1 075 m), le Jabal Bil’as (1 098 m), le Jabal Shaffah, le Jabal Shaar (1 279 m), le Jabal Marah (1 274 m). À l’est du Jabal Marah, l’orientation du Jabal Abu Rijmen (1 390 m), est plus franchement ouest-est, comme celle du Jabal Abyad (1 327 m), situé immédiatement au nord-ouest de Palmyre24. Entre le Jabal Buwaida et le Jabal Bishri, se trouve la passe d’Al-Tayibah 1. Enfin, au nord, le Jabal ‘Itriya (590 m) se détache des Palmyrénides à la hauteur du Jabal Shaffah et s’avance vers le nord jusqu’à encadrer le site de ‘Itriya.
19 Le Massif calcaire est constitué du Jabal Zawiyah et du Jabal Riha au sud, du Jabal Wastani, du Jabal Barisha, et du Jabal al-‘Ala (à ne pas confondre avec le Jabal al-‘Ala basaltique de Syrie centrale) dans sa partie centrale, et au nord, du Jabal Sim‘an, du Jabal Halaqa et du Jabal Shaikh Barakat (TCHALENKO 1953-1958, 1, p. 57-60 et 3, pl. 25). C’est dans sa portion méridionale que le relief est le plus marqué, avec un sommet à 939 m (TCHALENKO 1953-1958, 1, p. 60).
20 WIRTH 1971, carte 1, p. 44-45.
21 Elles sont décrites par P. Sanlaville comme des plaines (SANLAVILLE 2000, p. 96) mais L. Dubertret et J. Weulersse les désignent respectivement comme un marais et une cuvette (DUBERTRET et WEULERSSE 1940). La transformation de la plaine du Ruj en marais est récente (1925) et due au colmatage d’un exutoire, situé sous le Jabal Wastani (HAMIDÉ 1959, p. 104). Voir aussi BESANÇON et GEYER 1995.
22 SANLAVILLE 2000, p. 19 et 91.
23 SANLAVILLE 2000, p. 19 et 91.
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− plusieurs coulées basaltiques résultent également de la présence de la faille transformante (figures 4 et 5)25 : elles correspondent aux secteurs où l’accident levantin change d’orientation et sont situées pour les plus importantes à l’ouest de Homs, à l’est et au nord-est de Hama (Jabal al-‘Ala) et au sud-est d’Alep (Jabal Hass et Jabal Shbayt)26. Ces coulées ont connu des évolutions différentes. Le Jabal Hass (altitude supérieure à 600 m) et le Jabal Shbayt (altitude inférieure à 500 m) ont évolué en mesas27 et sont flanqués par des buttes résiduelles de superficie plus restreinte, moins élevées : le Jabal ‘Ubaysan (342 m), le Hummat al-Khayl (354 m) respectivement au sud et au sud-ouest du Jabal Hass, les Jabal Jadu’iah et Jabal Farmahan (355 m) au sud de Abu al-Khanadiq et, au sud-est d’Andarin, une butte résiduelle calcaire peu élevée (331 m)28. Le Jabal al-‘Ala est resté une dorsale, une ligne de hautes terres peu élevée (350 m) séparant à hauteur de Hama la vallée de l’Oronte de l’arrière-pays29. Les Jabal Khuwaysa (476 m), Jabal Aiza (401 m) et Jabal Mawa (453 m) le prolongent en direction du nord-est30.
Le modelé de la région qui s’étend à l’est de ‘Itriya est assez mal documenté, car il sort du cadre de l’étude « Marges arides ». Une dorsale d’orientation sud-nord prolonge le bastion de ‘Itriya et marque ainsi la limite entre une région à l’hydrographie caractérisée par l’endoréisme à l’ouest, et une seconde, exoréique, orientée vers l’Euphrate à l’est. Cette dorsale est constituée des collines de Madaba qui continuent le Jabal ‘Itriya vers le nord, puis du plateau d’Al-‘Alanda, dont le réseau hydrographique est encore endoréique31. Au-delà, à l’est, se trouve le plateau désertique de Resafa. Au nord du Jabal Abu Rijmen, de la passe d’Al-Tayibah 1 et du Jabal Bishri s’étire une succession de reliefs irréguliers dont l’altitude avoisine les 500 m. Ils déterminent, à l’ouest du Jabal ‘Itriya et au sud du plateau de Resafa, un corridor qui s’abaisse d’ouest en est, gagne Resafa et rejoint l’Euphrate au nord.
(c) Les glacis : des surfaces d’érosion
Les principaux reliefs sont fréquemment relayés par des surfaces d’aplanissement (ou glacis) qui relèvent de deux types : les glacis d’érosion et les glacis d’accumulation. Les glacis d’érosion constituent la forme dominante32. Le secteur compris au nord d’Alep et de la
25 Les plus importantes sont situées en Syrie du Sud et comprennent le Jawlan, le Hauran, le Leja, le Safa et le Jabal al-‘Arab (SANLAVILLE 2000, carte 36, p. 90).
26 SANLAVILLE 2000, p. 20, 90-91.
27 BESANÇON et GEYER 2006, p. 17. Les mesas sont des coulées basaltiques mises en relief par l’érosion : celle-ci sape le substrat plus tendre (en l’occurrence, calcaire) sans parvenir à éroder la coulée elle-même qui prend la forme d’un plateau (GEORGE 2004, p. 259).
28 BESANÇON et GEYER 2006, fig. 4, p. 18. Le nom du dernier massif ne figure ni sur les cartes au 200 000e du Levant, ni sur les 200 000e et 50 000e arabes.
29 JAUBERT et al. 1999, p. 55 et GEORGE 2004, p. 155 pour la définition de « dorsale ».
30 JAUBERT et al. 1999, p. 55 et BESANÇON et GEYER 2006, fig. 4, p. 18.
31 JAUBERT et al. 1999, p. 55.
32 GEORGE 2004, p. 199 : « Pente douce et unie. Les glacis d’érosion sont de vastes étendues planes, légèrement inclinées (8 à 1 % en général), dûes au travail de l’érosion aréolaire [c’est-à-dire qui s’exerce latéralement], et dont les dimensions, en tous sens, sont comprises entre plusieurs hectomètres et plusieurs kilomètres ».
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sabkha Al-Jabbul33 appartient à un relief d’aplanissement rattaché au Taurus : il s’agit du glacis d’Al-Bab, relayé au sud-ouest par le glacis de Sfirah34, et à l’est de la sabkha par un autre glacis, qui borde le rebord du plateau de Resafa ou de Maskanah35. Toute la partie sud de la région, au nord des Palmyrénides, est occupée par des glacis étagés qui progressent vers le nord (figure 5)36. Le bastion de ‘Itriya (lui-même prolongé vers le nord par un glacis d’érosion : collines de Madaba) à l’est et le piémont du Jabal al-‘Ala à l’ouest délimitent l’extension latérale de ces glacis. Modelés par l’alternance de périodes d’érosion aréolaire (favorisant la pénéplanation, c’est-à-dire la formation d’une surface d’aplanissement37) et de périodes soutenant l’incision linéaire (c’est-à-dire l’encaissement des cours d’eau), ces glacis présentent des emboîtements successifs, façonnés au rythme de l’abaissement du niveau des cuvettes terminales, creusées par l’érosion éolienne38. Cet aplanissement disparaît au nord-ouest à la faveur de la courbe hypsométrique des 340 m, son profil de pente plongeant sous les limons de la grande fayda39 centrale sur laquelle s’est développée l’agglomération d’Al-Andarin.
Les mesas basaltiques et l’est du bastion de ‘Itriya sont aussi relayés par des glacis, mais leur nature est distincte de celle des grands glacis d’érosion. Il s’agit de glacis d’accumulation, qui doivent leur planéité à l’accumulation de dépôts alluviaux40. Aux
embayments41 qui pénètrent les vallées succèdent en aval des glacis de coalescence, qui résultent de la fusion et de l’aplanissement des différents cônes alluviaux42. À l’est du Jabal ‘Itriya, la surface d’aplanissement fonctionnant avec le plateau de Resafa, est au moins partiellement constituée par un embayment (Sahl ‘Itriya) et par un glacis de coalescence43. Dans le cas des mesas basaltiques, les glacis d’Al-‘Aliyya (à l’ouest du Hummat al-Khayl) et d’Al-Batrana (à l’ouest du Jabal Hass) présentent tous deux une surface quasi-plane à laquelle succèdent, à l’est du Hummat al-Khayl, les embayments et glacis de coalescence d’Al-Hanuta et de Ramlah. La retombée du Jabal Hass vers la sabkha Al-Jabbul au nord et à l’est se fait par l’intermédiaire d’un glacis de coalescence, plus court. Les versants nord et est du Jabal Shbayt sont bordés par un glacis identique qu’interrompent les sabkhas Al-Jabbul,
33 P. George donne pour sabkha la définition suivante : « fond d’une dépression fermée dépourvue de végétation caractérisé par des efflorescences salines en périodes sèches, et inondable par des eaux de crue ou des remontées d’eaux souterraines salées en saison pluvieuse […] » (GEORGE 2004, p. 382).
34 RIGOT 2003, 1, p. 21, 48 et 51-52.
35 JAUBERT et al. 1999, p. 55 ; BESANÇON et GEYER 2006, fig. 5, p. 19.
36 BESANÇON et GEYER 2006, p. 21.
37 SANLAVILLE 2000, p. 243.
38 BESANÇON et GEYER 2006, p. 21.
39 J. Besançon et B. Geyer définissent la fayda dans ces termes : « Les faydas (terminologie locale) sont des évasements des fonds de vallées profitant de sols d’apport, profonds et bien irrigués par les eaux de ruissellement, localisés soit à la confluence des oueds soit sur des replats structuraux ou autour des dépressions endoréiques » (BESANÇON et GEYER 2006, n. 10, p. 21).
40 RIGOT 2003, n. 51, p. 50.
41 Un embayment correspond à la partie supérieure d’un cône alluvial qui pénètre le plateau (RIGOT 2003, 1, p. 50 ; BESANÇON et GEYER 2006, n. 11, p. 22).
42 RIGOT 2003, 1, p. 50.
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Mragha et le plateau d’Al-‘Alanda à l’est. La partie sud de cette mesa est flanquée par le glacis étendu d’Al-Hammam qui correspond à un embayment44.
(d) Les tertres de sources
Le glacis d’Al-Hammam avoisine une formation qui détermine une ligne de partage des eaux entre la fayda centrale et la sabkha Mragha. Cette formation, dont l’altitude peu élevée avoisine les 380 m, est liée à la présence de sources artésiennes. Celles-ci ont progressivement édifié des tertres et des vasques de sources sur une plateforme commune de près de 80 km² de superficie (figures 5 et 7)45. Cette formation regroupe les plateformes de ‘Ayn al-Zarqa, de Tall Mragha, de Makman et Tabarat al-Sakhana. Une seconde plateforme de même origine – offre des ressources hydriques capitales dans ce secteur – est à signaler dans le voisinage d’Al-Kowm46. Elle est constituée du plateau de Qdayr (497 m), long d’une douzaine de kilomètres, et de la plateforme d’Al-Kowm, au sud-ouest47.
(e) Les cuvettes et dépressions fermées
L’origine de la cuvette d’Al-Kowm est structurale mais c’est un cas particulier : un bassin intramontagnard48. Les autres dépressions de Syrie centrale, liées à la présence de synclinaux, de grabens ou de failles contraires49, se trouvent à la jonction de plusieurs systèmes de glacis50. À de rares exceptions, ce sont des dépressions terminales dans lesquelles viennent mourir des organismes hydrographiques temporaires (figure 6). La dépression principale, occupée par la sabkha Al-Jabbul, est due à la présence d’un brachysynclinal51. Encadrée par le glacis d’Al-Bab au nord, par les mesas basaltiques à l’ouest et au sud, et par le plateau de Resafa ou de Maskanah à l’est, elle est rattachée au sud-est à la sabkha Rasm al-Ruwam. Le glacis d’Al-Batrana à l’ouest du Jabal Hass et les contreforts du Jabal al-‘Ala encadrent le bassin du Matakh. Au sud du Jabal Hass, les
sabkhas Al-Harayik et Al-‘Adami occupent le point le plus bas de la plaine d’épandage alluvial autour d’Al-Andarin. À l’est du Jabal Shbayt enfin, entre les plateformes gypseuses d’Ayn al-Zarqa et le plateau d’Al-‘Alanda, se trouve la dépression de Mragha. La cuvette de Salamiya, enfin, est rattachée à un réseau hydrographique exoréique et constitue à ce titre une exception52.
44 BESANÇON et GEYER 2006, fig. 5, p. 19.
45 BESANÇON et al. 2000, p. 10 ; BESANÇON et GEYER 2006, p. 36.
46 BESANÇON, MOULINS et WILLCOX 2000, p. 15.
47 BESANÇON et SANLAVILLE 1991, p. 29.
48 BESANÇON, MOULINS et WILLCOX 2000, p. 15.
49 BESANÇON et GEYER 2006, p. 29.
50 JAUBERT et al. 1999, p. 55.
51 RIGOT 2003, 1, p. 57. L’Encyclopædia Universalis donne pour « brachysynclinal » la définition suivante : « lorsque la longueur est comprise entre la largeur et le double de celle-ci, on désigne le pli par le terme
brachyanticlinal ou brachysynclinal ».
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c) Hydrographie
(a) Un réseau hydrographique en grande partie désorganisé
La formation de sabkhas, temporaires ou non, dans les basssins fermés témoigne de la désorganisation du réseau hydrographique, caractéristique de la plus grande partie de la région. La Syrie centrale est pourtant bordée à l’ouest et à l’est par de grands fleuves. Ceux de l’ouest sont liés à la présence du double alignement montagneux littoral (figure 4), qui concentre la plus grande partie des précipitations atmosphériques et fonctionne comme un château d’eau (rétention karstique). La façade levantine est parcourue par de nombreux cours d’eau. Le fossé d’effondrement médian déterminé le tracé de l’Oronte (Nahr al-Assi) et du Litani – qui rejoignent la Méditerranée –, du Jourdain – qui se jette dans la mer Morte – et du Barada qui, après avoir irrigué la ghuta de Damas, se termine en sabkha53. L’Euphrate, qui délimite à l’est la plateforme d’Alep et le hamad54, n’appartient pas géographiquement à la Syrie. Fleuve allogène, comme le Tigre, il appartient à l’Anatolie orientale et son alimentation dépend essentiellement des précipitations (pluies et neige) de la région du Taurus et du Zagros55.
Entre les montagnes levantines et le zor56, la Syrie centrale, avec ses cours d’eau temporaires et ses sabkhas terminales, est une région affectée par l’aridité climatique. La plupart des réseaux hydrographiques, entre les grands systèmes de glacis, n’échappent pas à l’endoréisme (figures 6-8). Les cours d’eau de la cuvette de Salamiya, reliés au bassin-versant de l’Oronte57, ceux du couloir de Resafa, rattachés à l’Euphrate, comme les oueds de l’oasis de Sukhnah58 sont périphériques par rapport à la région étudiée. Les autres réseaux sont endoréiques. Les oueds et nahrs du glacis d’Al-Bab convergent vers la sabkha Al-Jabbul, comme ceux descendant le versant oriental du Jabal Hass et le versant nord du Jabal Shbayt. Les sabkhas situées au sud des mesas (Al-Harayik, Al-‘Adami et Mragha) sont alimentées essentiellement par les oueds majeurs développés sur le glacis de piémont des Palmyrénides et par des organismes moins importants provenant des versants sud du Jabal Hass, du Jabal Shbayt et du Jabal al-‘Ala. Le Hummat al-Khayl définit la ligne de partage des eaux entre les sabkhas localisées au sud des plateaux basaltiques et le marais d’Al-Matakh à l’ouest, qui est aussi la cuvette terminale dans laquelle se perd le Nahr al-Quaiq. Les vallées du versant occidental du Jabal Hass canalisent également les crues des oueds vers cette dépression59.
53 SANLAVILLE 2000, p. 60.
54 La définition géographique du hamad ou hamada est la suivante : « plateau rocheux peu incliné, dans les régions désertiques, dont la surface correspond à l’affleurement d’un matériau résistant sans couverture de sols ou de débris fins » (GEORGE 2004, p. 209).
55 SANLAVILLE 2000, p. 68.
56 BIROT et DRESCH 1956, p. 274. Le zor est la plaine alluviale, inondable, de l’Euphrate.
57 BESANÇON et GEYER 2006, p. 29.
58 BESANÇON et SANLAVILLE, 1991, p. 12.
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(b) Les sources
Alors que les montagnes levantines rassemblent des sources abondantes issues de la résurgence karstique, la région située à l’est d’Alep en présente peu (figure 7)60. Au pied des Palmyrénides, on connaît quelques résurgences karstiques : notamment Bir Hsayah61, Bir ‘Ashika62, Khirbat Samrin63. Les mesas basaltiques, jugées sèches64, sont pourtant à l’origine du jaillissement de quelques sources de débordement, peu productives, au point de contact entre le basalte et le calcaire crayeux sous-jacent (Mu‘allaq et de Shallalah Srir 265)66. Certaines d’entre elles ont un fonctionnement saisonnier, et sont essentiellement alimentées l’hiver ou au début du printemps67. Pour la zone du Jabal al-‘Ala, les observations sont plus ponctuelles. Le secteur bénéficie généralement de sources infrabasaltiques plus nombreuses68 : Shaikh ‘Ali Qasun69 et Al-‘Anz au sud de la dorsale et Abu al-‘Alaj70 au nord.
La présence d’autres sources, aujourd’hui taries, est connue (Bghaidid71, Al-Tina). Cela concerne les sources de débordement (’Umm al-‘Amud Srir 172, Tall Shtab73) comme les sources artésiennes, très représentées dans la région. Généralement signalées par un tertre ou une vasque, la concentration des sources artésiennes, dans la partie centrale de la zone étudiée, a été à l’origine de l’édification de plateformes gypseuses. Seules cinq de ces sources demeurent actives sur la plateforme d’Ayn al-Zarqa, qui compte une vingtaine de tertres et de vasques. À une dizaine de kilomètres au nord, la source thermale d’Al-Hammam 1 reste active, mais aucune de celles du petit groupe de tertres du sud-est n’est plus productive74. J.-B. Rigot a également supposé l’existence de sources artésiennes, aujourd’hui taries, sur le pourtour de la sabkha Al-Jabbul. La différence de pression entre la nappe d’eau douce située sous les mesas basaltiques et la nappe salée, plus dense, de la sabkha, serait à l’origine de ces sources localisées (’Umm al-‘Amud Srir 1, où la présence d’une source est attestée par des « traces », sans doute des sols hydromorphes, et Jbain 2 et 3, ou leur existence reste conjecturale)75.
Au sud-est de la région, la passe d’Al-Tayibah 1, regroupe elle aussi plusieurs sources actives, artésiennes ou thermales, qui ont été recensées dans les années 1940 par A. de Boucheman76. Les études réalisées dans le cadre de la mission archéologique d’Al-Kowm
60 HAMIDÉ 1959, p. 107 ; BESANÇON et GEYER 2006, p. 41.
61 BIROT et DRESCH 1956, p. 271 ; BESANÇON et GEYER 2006, p. 41.
62 MUSIL 1928a, p. 61 ; MOUTERDE et POIDEBARD 1945, 1, p. 96.
63 SCHLUMBERGER 1951, p. 4.
64 HAMIDÉ 1959, p. 101.
65 RIGOT 2003, 1, p. 79 ; BESANÇON et GEYER 2006, p. 41.
66 RIGOT 2003, 1, p. 79. 67 RIGOT 2003, 1, p. 238. 68 GEYER et ROUSSET 2001, p. 115. 69 YEDID 1984, p. 35. 70 MUSIL 1928a, p. 210 et 214. 71 BESANÇON et GEYER 2006, p. 41. 72 RIGOT 2003, 1, p. 79-80. 73 BESANÇON et GEYER 2006, p. 41.
74 BESANÇON et GEYER 2006, fig. 10, p. 23.
75 RIGOT 2003, 1, p. 408 et 410.
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par des géomorphologues et des préhistoriens ont permis, dans les années 1980, de mieux connaître ce milieu. Il rassemble une trentaine de sources, dont une quinzaine de tertres. Une dizaine d’entre elles sont inactives et six fonctionnent de manière temporaire. Beaucoup sont tièdes et chargées en minéraux, ce qui leur donne une odeur nauséabonde77.
Pour les oasis de Sukhnah et d’Al-Tayibah 1, les données d’A. de Boucheman restent les plus complètes à ce jour. À Sukhnah, huit sources ou groupes de sources ont été identifiés ; certaines sont des sources thermales, chaudes, comme l’indique le toponyme arabe (sakhn). Trois étaient déjà taries dans les années 1940, les autres, légèrement salées, ne servaient qu’à l’irrigation. L’eau de boisson semble provenir de deux sources : la première est aménagée en fontaine et la seconde, à condition d’avoir été curée au préalable, fournit une eau fraîche et pure78. Les huit sources d’Al-Tayibah 1 mentionnées par A. de