2. Propostas de concretização da catequese de adultos
2.1. Catequese intergeracional
2.1.2. Importância de uma catequese intergeracional
5.2.1. « L’acting féministe »
Cosey Fanni Tutti, artiste et militante féministe, a travaillé deux ans durant, sur le projet
Prostitution (fig. 17). L’artiste s’est présentée en tant que modèle aux réalisateurs de films pornographiques sans ne rien laisser transparaître de son projet initial. Les images en résultant sont
exposées à l’Institute of Contemporary Arts de Londres en 1976. Parmi les objets de l’exposition,
on comptait des tampons usagés soigneusement collectionnés par l’artiste elle-même. Cette transgression des normes esthétiques provoqua des réactions ahuries du côté des médias appartenant à la commission de la censure. Les photographies noir et blanc étaient accrochées au format des pages des magazines pornographiques dans lesquels elles ont été éditées. Lors de sa déclaration durant l’exposition, elle affirme et ce, selon ses constats personnels que :
« Ceux qui produisent pensent qu’ils utilisent le public, mais d’une façon qu’ils ignorent, ou qu’ils ne pensent pas et n’admettront jamais connaître. Fondamentalement, tout est moyen pour eux d’explorer leur fantasme sexuel, en « utilisant » les modèles, qu’ils croient trop limités intellectuellement pour comprendre ce qu’elles font. Je me projette entièrement dans le rôle du modèle, mais je sais parfaitement ce qui se passe et ce qui m’attend. La seule chose qui me différencie, de façon insoupçonnable, est ma propre perception des choses. » (Reckitt, Phelan, 2005 : 103).
Puis, elle ajoute :
« […] Mes projets sont présentés non retouchés, d’une façon très clinique, comme tous ceux de COUM. La seule différence, c’est que, dans mes travaux, il y a le rituel très émotionnel de l’amour physique. Pour faire une chose, je dois sentir que cette chose est moi-même et personne d’autre, pas un personnage imagé pour amuser le public » (Reckitt, Phelan, 2005 : 103).
Fig. 17 :Cosey Fanni Tutti, Untitled (detail),
1976, photographie en noir et blanc, présentée dans le magazine, « Prostitution »
Cosey Fanni Tutti est en définitive à la fois une artiste et une actrice de films X militant pour les droits des prostituées et le droit à la libération sexuelle. Elle prône la création d’une pornographie subversive, et dénonce évidemment la vision masculine visant à assujettir les femmes jugées comme intellectuellement déficientes, et qui plus est, en besoin d’argent.
Depuis les années 1970, Annie Sprinkle, elle aussi s’engage et milite pour la libération sexuelle. Elle traite le sexe comme n’importe quelle autre activité humaine, en lui faisant emprunter sous
n’importe quelle forme, le statut d’œuvre d’art40. Prostituée, puis actrice de films X, l’artiste
accomplit des performances dérangeantes mais également très ludiques.
Durant le courant des années 1990, s’inspirant de l’Art aléatoire de John Cage, elle décide de poser
ses fesses sur une machine à écrire, et de ce geste performatif, l’artiste donne naissance à Poem by
my Ass, texte qu’elle s’est empressée d’éditer (Ardenne, 2001 : 263) :
« 9hfdsal iijkvb.xcaa
dsofjido zxasdl ; x ».
Elle créa également les Sex soup, recettes de cuisine qu’elle recommande, à base d’organes ou de
sécrétions sexuelles. Ou encore, elle dresse un diagramme s’intitulant total des bites que j’ai sucées,
relatant un graphique où l’histogramme démontre que le total des fellations que l’artiste a faites
dans sa propre existence, dépasse en hauteur l’Empire State Building.
Elle révolutionne la pratique du fist-fucking, en le présentant comme une pratique éducative et
positive pour l’excitation du point G.
Annie Sprinkle fait partie de ces artistes militantes (elle a combattu pour les droits des prostituées et contre la discrimination sexuelle), qui ont tiré leur célébrité de leur sexualité. L’américaine, de son vrai nom Ellen Steinberg, mêle son travail artistique à sa carrière professionnelle. Elle annonce
dans une interview publiée dans Les inrockuptibles en août 2000 (Nicklaus) :
« Mon but c’est de raconter des histoires qui n’occultent pas le sexe. Je pense que nous avons tous besoin d’une éducation sexuelle, que le sexe est un formidable sujet pour l’Art. Je respecte infiniment tous les travailleurs du sexe, des prostituées aux acteurs pornos. Pour moi, ils jouent un rôle dans notre société. Je suis lesbienne, je suis féministe je veux promouvoir et renforcer la connaissance de la sexualité féminine. Il faut éveiller les consciences ».
Après avoir fait les premières de couvertures des magazines pornographiques, en 1989, elle fait
enfin la première de couverture d’un magazine d’art : The Drama Review (celui-ci est publié par
l’Université de New-York). Soutenue dans sa démarche par l’artiste Willem de Ridder, et compte-tenu de la diversité de ses productions artistiques, elle déclare finalement faire du « porn-body-art ».
Le porn-body-art, dont se réclame Annie Sprinkle est issu du body-art, qui inonde la sphère
artistique depuis le XXème siècle par le biais de manifestations et d’œuvres de plus en plus obscènes,
mettant le corps à nu face à des expérimentations de plus en plus élaborées. Le corps réel, jugé trop matériel hier dans le domaine artistique prend possession de l’art contemporain.
« Art ou pornographie, sexe ou érotisme, obscénité et originalité, ces tentatives de distinction et de détermination se mélangent trop pour qu’une clarification objective soit possible » (Döpp, 2006 : 88). Ainsi, le porn-art, dit le porno-Art, est l’Art de mettre en scène d’un point de vue esthétique et artistique, différentes sortes de sexualités et de positions avec ou sans sentiments, et sortant pour la plupart des carcans sociaux et donc visuels. Il est à l’instar de l’érotisme et de la pornographie, très controversé de nos jours, en effet, celui-ci se veut tantôt érotique, tantôt pornographique. À l’image de la pornographie, nous pouvons y incorporer une classification : nous pouvons recenser le « porn-art », le « porn-soft porn-art », ou encore le « porn-hard porn-art ».
Cependant, la véritable valeur du porn-art est controversée par la culture capitaliste et l’utilisation des nouveaux médias, afin de répondre surtout aux attentes de la masse en respectant les codes sociaux en vigueur. Le porn-art aurait en d’autres termes deux aspects des plus contraires : l’un répond aux attentes de la masse, quant à l’autre, il est justement l’alternative à cette pornographie commerciale, en ce sens, nous parlerons plus de « post-porn art ».
Le porn-art est donc un mouvement chaotique, épars et très hétéroclite du fait qu’il puisse appartenir à une multitude de mouvements artistiques, que ces mouvements soient institutionnalisés ou non. C’est d’ailleurs à partir de cette acceptation que le porn-art peut être défini parfois comme « érotico-pornographique », il mêle thèmes artistiques et obscénité. Ce terme qu’est l’érotico-pornographie est inventé par le l’esthéticien Bernard Lafargue afin d’illustrer cette cohésion entre l’érotisme et la pornographie dans le milieu artistique.
« Cette "revisitation" revigorante de l’histoire de l’art opère des mélanges de catégories nobles et viles, que la tradition esthétique séparait et met en évidence la nature remarquablement opératoire de nouveaux concepts esthétiques notamment celui d’"éroticopornographie" » (Lafargue, 1999 : 10). Pour Annie Sprinkle la représentation du corps pornographié passe inéluctablement par le caractère performatif de la sexualité et des rapports de pouvoir.
L’artiste explique que :
« La pornographie n’est que le miroir de la société. Ce que nous y voyons n’est pas toujours joli. Notre monde est misogyne, de ce fait, tout ce qui a trait au féminisme ne peut qu’être une bonne chose, la pornographie y compris. Si nous féministes, n’apprécions pas le porno existant, à nous de créer quelque chose que nous apprécions. Il est facile de combattre la
pornographie, plus difficile en revanche de réaliser du porno féministe. Le processus est en marche » (Courbet, 2012 : 215).
En fait, pour Annie Sprinkle, « la réponse au mauvais porno, ce n’est pas la fin du porno, mais au contraire plus de porno » (Courbet, 2012 : 119).
L’un de ses plus grands chefs d’œuvres correspond de façon plus ou moins officielle au manifeste du post-porn. Il s’agit de sa performance intitulée The Woman show post-modernist, pièce présentée pour la première fois au théâtre Burlesque de New-York en 1990. Annie Sprinkle emprunte le principe de la volonté de savoir de Michel Foucault, qui, par le biais des dispositifs médiatiques,
scientifisent et maximalisent le corps féminin. Cette pièce qui tourne donc en dérision la scienta
sexualis comprend deux actes.
Le premier, The Public Cervix Announcement, dans lequel l’artiste va amener de façon comique
l’exhibition de son sexe et s’y insérer un spéculum, le tout sur une table gynécologique devant un public de spectateurs largement ébahis. Dans le deuxième acte, sous des aspects beaucoup plus
solennels, elle va reprendre et conter le récit de The legend of the sacred prostitute dans une
lumière tamisée, et commence à se masturber. Ci-dessous, deux photographies de la performance
d’Annie Sprinkle The Woman show post-modernist prises en 1992 lors de son show à New-York
(fig. 18).
Le dévoilement des mystères (externes et internes) d’Annie Sprinkle suscite selon Marc Bruimaud (2002 : 91) : [Une] volonté aporétique de semer le trouble pour déclencher la tempête, méthode de subversion que tout vrai performer se doit d’étendre à sa propre existence ».
Comme nous le disions antérieurement, Annie Sprinkle possède une pratique artistique très variée, faisant du sexe, sous n’importe quelle forme, une œuvre d’art.
Si le déclic de la pensée post-porn est amenée en France par Marie-Hélène/Sam Bourcier dès 2001,
elle est en pleine effervescence aux États-Unis.
Fig. 18 :Annie Sprinkle
The woman show post-modernist, 1992, New-York
5.3. L’importation du mouvement pro-sexe en France : émergence du