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1. INTRODUÇÃO

3.3 MODELOS DE AVALIAÇÃO DO LEAN MANUFACTURING

L’état de stress quotidien dans lequel étaient les migrants n’était pas seulement dû aux échecs répétés sur le port de commerce, il s’installait de façon continue au travers des pressions diverses exercées par les «passeurs». Pour autant, le rapport de force n’était pas celui d’un groupe (les

«passeurs») sur un autre (les «clandestins»). Il s’installait davantage de façon descendante depuis la

«tête» de l’organisation vers les migrants situés à la base de l’échelle (Fig. 1.3.19).

Fig. 1.3.19. ; L’organisation hiérarchique du réseau de «passeurs» à Cherbourg d’après des observations de terrain réalisées entre janvier et juin 2008. OT, 31.03.11

Lors des premiers mois d’enquête à Cherbourg, et jusqu’à «l’opération Bagdad» en juin 2008 et l’arrestation par la Direction Centrale de la Police

«hiérarchique» au sein du groupe de migrants «clandestins». Plusieurs niveaux qui semblaient structurer l’organisation du réseau et les relations entre ses membres, ont pu être différenciés. De façon schématique, il était possible de repérer trois niveaux visibles sur Cherbourg et un niveau

«invisible», hors de l’agglomération.

Extrait du journal de terrain, 28 février 2008, Cherbourg

«Un des «passeurs» les plus importants est là. C’est celui qui a un bras en moins. Il porte une prothèse. «Il habite à Octeville», me dit Claire. (...) Sa réputation en tant que «passeur» ne semble plus à faire...».

Les «grands chefs», tels que les appelaient certains membres d’Itinérance, étaient installés à Cherbourg ou à Paris. Ils étaient en situation régulière pour certains, en cours de demande d’asile pour d’autres ou en situation irrégulière et vivaient en appartement, le plus souvent en concubinage.

Ces personnes ne venaient que de façon très occasionnelle au moment du petit déjeuner. Elles étaient reconnues des bénévoles parce que certaines d’entre elles avaient été des candidats au passage sur le squat de Cherbourg plusieurs années auparavant. Les «grands chefs» étaient aussi reconnaissables par leur tenue vestimentaire (sportswear neuf et de marque), leurs bijoux, leur téléphone portable... Ils avaient des visages reposés, et les «passeurs» de Cherbourg faisaient preuve de beaucoup de respect à leur égard. Ils appartenaient à ce que j’ai appelé «la tête» du réseau. Ce sont aussi probablement eux qui disposaient de contacts à l’étranger, depuis l’Irak jusqu’en Angleterre.

Les «passeurs» étaient quant à eux installés sur le squat à Cherbourg même s’il arrivait qu’ils partent quelques jours. Ils étaient plusieurs et ne laissaient jamais (ou très rarement) un groupe de migrants arriver sans eux dans les locaux des associations humanitaires ou à l’Association Coordination Accueil Urgence (ACAU), un accueil de jour pour SDF. Ils surveillaient les migrants et s’efforçaient de contrôler les relations qu’ils pouvaient développer avec les bénévoles. En dehors du temps passé sur le port de commerce, leur travail semblait consister à tenir les migrants à l’écart de la société locale.

Pour les aider dans cette tâche, certains des migrants n’ayant plus les moyens financiers de rester sur le squat avaient la possibilité d’être «recrutés» pour devenir ce que les bénévoles de l’association appelaient les «petits chefs».

Extrait du journal de terrain, 13 mars 2008, Cherbourg

«Pendant les 45 premières minutes, ce sont les «petits-chefs» qui surveillent. Les passeurs vont arriver vers la fin du petit-déjeuner».

Leur travail consistait à surveiller les autres migrants en l’absence des passeurs et à dénoncer ceux qui cachaient de l’argent ou qui avaient discuté avec des bénévoles. D’autres encore pouvaient changer progressivement de statut en se rapprochant des passeurs ; ce mouvement s’accentuant à mesure que les échecs se multipliaient.

Extrait du journal de terrain, 27 février 2008, Cherbourg

«C. (un réfugié) est fatigué. Il me disait la semaine dernière qu’il s’était fait prendre trois fois à Poole. Il «traine» de plus en plus avec les passeurs. Claire pense qu’il est en train de changer de statut, c’est-à-dire du réfugié à «l’apprenti-passeur» ».

Dans tous les cas, les «petits chefs» disposaient en retour de leurs services rendus aux «passeurs», d’avantages tels que des paquets de tabacs ou encore un accès facilité aux douches (trois fois par semaine contre une seule fois pour les autres migrants).

Cette présentation de l’organisation hiérarchique se base sur un travail d’observation ainsi que sur des discussions avec les bénévoles et avec les migrants. La structuration en niveau que je propose ne vaut que pour le cas de Cherbourg et pour la période au cours de laquelle j’ai effectué la première enquête de terrain entre janvier et août 2008. Les formes d’organisation qui prévalent pour le passage au niveau du littoral de la Manche sont extrêmement différenciées en fonction des squats et des nationalités. Par ailleurs, elles peuvent se trouver considérablement bouleversées ou même disparaître à la suite d’arrestations effectuées par les services de police comme se fut le cas à Cherbourg en juin 2008.

Depuis l’hiver 2010-2011, le passage vers l’Irlande depuis Cherbourg serait à nouveau organisé et concernerait essentiellement des migrants originaires d'Afghanistan.