PARTE IV – Conclusões e recomendações
16. Síntese conclusiva
Caroline Herschel, dont nous avons évoqué les découvertes dans la première partie, poursuit
son méticuleux travail d’observatrice et obtient la reconnaissance officielle de la Royal
Astronomical Society dont elle devient membre honoraire en 1835. Le même privilège est
réservé à Mary Fairfax Somerville dont nous allons dire quelques mots. Née en Ecosse en
1780, Mary Fairfax apprend la broderie à l’école et le latin par ses propres moyens. Le cousin
qu’elle épouse en 1804 partage le sentiment de la famille de Mary sur l’inutilité des études et
de la lecture pour les femmes. Devenue veuve en 1807, elle peut s’adonner à sa passion des
sciences, lire les Principia de Newton et les œuvres de James Ferguson. Son second mari, M.
Somerville, à l’opposé du premier, encourage son épouse et lui fait rencontrer W. et J.
Herschel, puis, lors d’un voyage en France, Laplace et Arago. C’est en 1831 qu’elle
entreprend de traduire et de mettre à la portée d’un public élargi le Traité de mécanique
céleste de Laplace. Dès sa parution, The mechanism of the Heavens rencontre le succès. Il en
est de même du second ouvrage de Mary Somerville, On the connexion of the physical
sciences, paru en 1834, dans lequel John Couch Adams, le second découvreur de Neptune, dit
avoir puisé l’idée de sa recherche. Nous n’étudierons pas The mechanism of the Heavens ici
car, bien qu’il s’agisse d’une version simplifiée de l’œuvre maîtresse de Laplace, le livre
demeure savant et n’entre pas dans la catégorie des ouvrages de vulgarisation.
Outre Atlantique, une autre femme astronome acquiert la célébrité en découvrant une comète
en 1847. Il s’agit de Maria Mitchell, née en 1818 et rapidement devenue l’assistante de son
père dans ses observations. Grâce à sa comète, Maria est élue en 1848 à l’American Academy
of Arts and Science et se voit proposer un emploi de calculatrice au US Nautical Almanac
Office. Leur carrière se poursuivant dans la deuxième moitié du siècle, nous reparlerons de
Mary Somerville et de Maria Mitchell dans la troisième partie.
Les Françaises, qui s’étaient illustrées au siècle précédent, brillent par leur absence. Après une
participation active à la Révolution qui leur laissait espérer l’accès à de nouveaux droits, le
retour de bâton a été sévère. Alors que les garçons se voient dotés, en ce premier XIX
esiècle,
d’un réel enseignement secondaire régi par des textes officiels, les filles demeurent les laissées
pour compte du système scolaire. Voici comment Talleyrand envisage leur bonheur, devant
l’Assemblée nationale, au nom du Comité de Constitution :
« Il nous semble incontestable que le bonheur commun, surtout celui des femmes,
demande qu’elles n’aspirent point à l’exercice des droits et des fonctions
politiques (...) Développons leurs facultés sans les dénaturer ; et que
l’apprentissage de la vie soit à la fois pour elles une école de bonheur et de vertu
(...) La maison paternelle vaut mieux à l’éducation des femmes (...) Que toutes vos
institutions tendent donc à concentrer l’éducation des femmes dans cet asile
domestique : il n’en est pas qui convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de
plus douces habitudes. »
233Selon le vœu de Talleyrand, l’éducation en famille demeure le mode dominant. Cependant, à
côté des couvents qui connaissent un regain de faveur à la Restauration, s’ouvrent de
nombreux pensionnats de jeunes filles, dans lesquels l’enseignement diffère peu de celui des
couvents : instruction religieuse et morale prédominante, rudiments de grammaire et
d’arithmétique, travaux d’aiguilles. Comme au siècle précédent, quelques notions de
cosmographie sont les bienvenues dans le bagage de la jeune fille car elle puise dans le
spectacle de l’Univers des raisons supplémentaires de louer le Créateur ; mais la seule
discipline scientifique obligatoire au brevet supérieur, diplôme de plus haut niveau de
l’instruction féminine, est l’arithmétique, la cosmographie figurant comme matière
facultative.
La loi Guizot sur l’enseignement primaire (1833), dont nous avons souligné l’impact
considérable sur le développement de l’alphabétisation des garçons, tarde à apporter le même
bénéfice aux filles. D’autant que la loi Falloux (1851), en restaurant la primauté des
congrégations, met un frein aux tentatives progressistes. Christophe Charle n’hésite pas à
écrire que « c’est elle la responsable du retard prolongé de l’alphabétisation des filles (39%
des épouses ne savent pas écrire en 1866 contre 26% des époux). »
234Le rôle social des femmes dans la vie scientifique française s’est considérablement réduit.
Mme du Châtelet n’a pas fait d’émule : aucune femme astronome n’assure sa succession. Les
salons en vue sont essentiellement littéraires. Les arguments que nous avons développés pour
justifier la naissance d’une littérature de vulgarisation de l’astronomie spécifiquement
destinée aux dames sont donc caducs. Pourtant la production reste importante puisque, sur les
seize Astronomies des dames recensées entre 1686 et 1880, neuf voient le jour entre 1793 et
1853. Mais ainsi que nous allons le voir dans l’étude qui suit, cette production est due à des
auteurs mineurs et supporte mal la comparaison avec les Entretiens de Fontenelle ou même
l’Astronomie des dames de Lalande.
a) Margaret Bryan, A compendious system of
astronomy, 1797
Le premier auteur rencontré est donc une Anglaise qu’il conviendrait peut-être mieux de
rattacher à la période précédente. Elle reçoit chez elle des jeunes filles afin d’en assurer
l’éducation et son livre rend compte des leçons qu’elle dispense à ses élèves. Dans sa préface,
elle s’élève contre le préjugé commun de l’incapacité congénitale des femmes à pénétrer les
subtilités de l’astronomie. En revanche, comme Mme Leprince de Beaumont, elle met en
garde ses lectrices contre la fâcheuse tendance à faire montre d’un trop grand savoir
mathématique :
« The study of mathematics would be a misapplication of your time, which might
be justly attributed to vanity and ostentation, and be considered unbecoming your
character as females, by employing that time which is more usefully occupied in
pursuits adapted to your situation in society, and as the validity of astronomical
computation may be proved by those instruments I have provided, aided by your
reason. »
235Voici, en français, un résumé de la table des matières des dix leçons.
234 C. Charle, Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Paris, Seuil, 1991 (p. 127).
Lecture Thème Page
I Optique 5
II Histoire de l’astronomie - Mesure du temps 31
III Figure de la Terre - Repérage 68
IV Système de Copernic - Planètes - Comètes 109
V Détermination des distances et dimensions 141
VI Etoiles 172
VII Gravitation universelle 198
VIII Utilisation d’un planétaire 227
IX Obliquité de l’axe de la Terre - Saisons 259
X Lune - Eclipses - Marées 301
Annexes Eléments et problèmes de trigonométrie - Principe du globe - Utilisation des éphémérides - Table des planètes et catalogue de constellations - Lexique.
325 à 415
En réalité, le plan est plus confus que ce résumé ne le laisse supposer. La gravitation
intervient, par exemple, à trois reprises, dans les chapitres I, VI et VII. L’étude des planètes
s’étend sur les leçons IV, VII et VIII. Ainsi qu’on peut le constater à la lecture de cette table,
et notamment des annexes, l’ouvrage n’est pas aussi élémentaire que le public auquel il est
destiné pourrait le laisser penser. L’actualité astronomique est présente dans le chapitre IV où
l’auteur rend compte de la découverte de la nouvelle planète « Georgium Sidus » (Uranus) par
Herschel et dans le chapitre V où elle fait référence aux passages de Vénus. Les astronomes
les plus couramment cités sont Newton, bien sûr, mais aussi Halley, Flamsteed et Herschel.
M. Bryan reconnaît faire quelques emprunts à Ferguson dans la manière de présenter certaines
questions :
« I shall illustrate this part of the subject of Astronomy in the manner of Ferguson,
who has familiarly explained the mode by which those grand objects of the size
and distance of the Sun have been ascertained. » (p. 156)
En revanche, on cherchera en vain la mention d’astronomes continentaux contemporains. Pour
M. Bryan, l’astronomie est uniquement anglaise.
Dieu est omniprésent dans le livre, M. Bryan ne manquant pas une occasion de louer ses
bienfaits. Par ailleurs, elle parsème son texte de poèmes, mais sans excès et sa manière de
s’adresser fréquemment au lecteur rend l’ouvrage assez vivant. Toutefois, en raison de la
confusion du plan et des considérations morales et religieuses, l’ensemble ne dégage pas
véritablement une impression de clarté.
R.M. Gascoigne nous signale trois éditions de l’ouvrage, en 1797, 1799 et 1805.
b) Louis Aimé Martin, Lettres à Sophie sur la
physique, la chimie et l’histoire naturelle, 1811
Nous ne sommes pas ici en présence d’un livre de vulgarisation de la seule astronomie, mais
ces Lettres méritent qu’on s’y arrête car elles sont représentatives de ce qu’on écrit pour les
dames en ce début de siècle. L’auteur a vingt-neuf ans, l’âge de Fontenelle quand il publie les
Entretiens. Il est professeur de Belles Lettres à l’Ecole polytechnique. Dans leur étude, N. et J.
Dhombres le rangent dans la catégorie des « rousseauistes » au côté de Bernardin de
Saint-Pierre, d’où sans doute le choix du prénom Sophie. Pourtant, Louis Aimé Martin se démarque
de ce chef de file dans son introduction, après avoir avoué qu’il constitue la lecture favorite de
Sophie :
« Cependant l’ouvrage de Bernardin de Saint-Pierre, en la transportant au milieu
d’une nature enchantée, lui avait donné des idées fausses sur plusieurs grands
phénomènes de la Nature »
236L’auteur ne cache pas son objectif ni sa méthode :
« Mon but n’est pas de dévoiler les secrets de la Nature, mais d’inspirer le goût de
son étude » (p. xv) « Il fallut songer à rendre amusantes des expériences et des
découvertes souvent abstraites. » (p. xj)
L’ouvrage est organisé en quatre livres portant les titres suivants : « De quelques lois
générales de la nature », « De l’air », « De la lumière et du calorique - Du feu » et « De l’eau ».
Trois lettres retiendront notre attention. La lettre V du livre I est intitulée « De l’attraction ».
L’auteur n’y renonce pas au traditionnel cliché :
« Si Newton ne se fût pas couché sous un pommier, et si une pomme ne fût pas
tombée, peut-être serions-nous encore dans l’ignorance sur la cause des
mouvements célestes » (p. 64)
Mais c’est à la forme poétique que s’adonne le plus volontiers L. Aimé Martin :
« Dans les cieux, aimable Sophie,
Allons ensemble de ce pas.
Prenons le globe, le compas
Et l’astrolabe d’Uranie.
Bientôt sur la rive fleurie
Nous viendrons chercher le repos,
Nous chanterons l’astronomie,
Et la gloire de ce génie
237Dont vous admirez les travaux. » (p. 58)
Il en use largement dans le livre III, lettre XXII, « les tourbillons de Descartes », et lettre
XXIII, « réflexions sur les tourbillons. Système de Newton ». Mais avant de nous gratifier de
ses vers à la gloire de Descartes, il introduit les tourbillons par un voyage onirique :
« Je me trouvai tout à coup emporté au milieu d’un tourbillon formé de
corpuscules égaux entre eux, à peu près de la forme d’un cube. » (p. 301)
Vient ensuite le poème dédié à l’inventeur des tourbillons :
236 L. Aimé Martin, Lettres à Sophie sur la physique, la chimie et l’histoire naturelle, 11ème édition, Paris, Ledentu, 1833 (p. ix).
« Ah ! mes tourbillons sont charmants,
Puisqu’ils ont fait votre conquête.
René vous a tourné la tête.
Vous aimez ses enchantements,
Et vous amusez vos moments
Des jolis tours de sa baguette.
René fut un profond penseur.
Il faut admirer son génie ;
Mais ne faites pas la folie
De le prendre pour conducteur. » (p. 308)
L’auteur expose, dans sa préface, les procédés littéraires utilisés :
« J’ai souvent changé la forme de mes lettres ; tantôt c’est une promenade, tantôt
un entretien, un rêve, une fable, un voyage ; quelquefois une fiction. » (p. xvj)
On nous pardonnera de ne pas donner un exemple de chacun des artifices déployés par Louis
Aimé Martin pour rendre sa science amusante. Les échantillons fournis permettent assurément
de se faire une idée du contenu de l’ouvrage. Il est heureux que l’auteur ne se soit pas fixé
pour objectif de « dévoiler les secrets de la Nature ». Nous craignons qu’il n’y fût pas parvenu.
Quant à « inspirer le goût de son étude », quelques doutes subsistent sur la réussite de
l’entreprise.
Le livre est certainement au goût du public puisqu’il connaît douze éditions en trente ans,
certaines rééditions amenant l’auteur à sacrifier des centaines de ses vers pour en proposer des
centaines de nouveaux. Ainsi, dans la 11
èmeédition consultée, quinze cents sont ajoutés pour
compenser la suppression de huit cents.
c) Charles Liskenne, Lettres à Palmyre sur
l’astronomie, 1825
Si ce troisième ouvrage est composé, comme le précédent, de lettres écrites par un non
spécialiste à destination d’une dame, il présente la différence majeure d’être uniquement
consacré à l’astronomie comme son titre l’indique. L’auteur est un Nantais de trente ans qui,
après une carrière d’officier dans les dernières campagnes napoléoniennes, est devenu
journaliste d’opposition. Lors de l’étude des Entretiens, nous avons longuement cité la préface
de ces Lettres à Palmyre, dans laquelle l’auteur expose son souhait de bâtir un livre
philosophique, à l’exemple de Fontenelle, mais dans le goût du XIX
esiècle qui a, selon lui,
rendu désuet le style des Entretiens. Les sept lettres n’occupent que la moitié des quatre cents
pages du livre, le reste étant essentiellement consacré à des notes permettant à Liskenne de
faire montre de son érudition. Quelques définitions mathématiques sont également fournies
dans les dernières pages. Donnons maintenant quelques éléments sur le contenu des sept
lettres.
La première lettre expose le prétexte de la correspondance. Elle trouve son origine dans la
polémique soulevée par l’arrivée à Paris du zodiaque de Dendérah (voir annexe). Liskenne en
profite pour présenter à Palmyre le zodiaque, ses constellations et les planètes, et pour dire
quelques mots de la précession des équinoxes qui devrait permettre de dater le zodiaque de
Dendérah. Notre Nantais lui assigne une antiquité de cinq millénaires. La pluralité des mondes
et les comètes constituent les sujets de la deuxième lettre, dans laquelle l’auteur fait référence
aux statistiques de Lambert. Dans la troisième, l’objet central est le Soleil et les saisons.
L’aspect « philosophique » de l’ouvrage est essentiellement développé dans la quatrième lettre
consacrée aux tourbillons de Descartes et à la théorie de Newton. Les éclipses forment le
thème de la cinquième lettre. La sixième aborde des notions plus complexes (parallaxes,
calculs de distances) mais effectue aussi des retours sur l’histoire des systèmes (Copernic,
Galilée), avec cette opinion singulière sur l’auteur du De Revolutionibus :
« Copernic n’était pas si maladroit, quand il s’avisa de mourir le jour même où il
reçut le premier exemplaire de son ouvrage. » (p. 166)
Enfin la dernière s’intéresse à notre planète Terre.
Les références fréquentes laissent supposer que Liskenne a beaucoup lu ses devanciers. Il cite
Fontenelle, Huyghens, Lambert, Laplace et Francœur, et fait état de la consultation des
mémoires des Académies des sciences de Paris et Berlin, ainsi que des articles d’astronomie
de l’Encyclopédie. Malheureusement, il ne mentionne pas sa source quand il affirme dans la
lettre cinquième :
« Un fait fort singulier, que je ne puis passer sous silence, Palmyre, c’est que la
carte dressée pour cette éclipse fut l’ouvrage de trois femmes. Ce serait le cas,
sans doute, de vous faire ma cour, en vous détaillant tous les services rendus à
l’astronomie par un sexe qui possède le privilège exclusif d’embellir ce qu’il
touche. » (p. 137)
238Nous serions fort intéressée par l’identité de ces trois femmes. S’agissant ici de l’éclipse du 1
eravril 1764, nous n’avons connaissance que de l’élaboration de la carte de totalité par
Nicole-Reine Lepaute.
Liskenne oppose la sobriété de son style propre au « cours de galanterie » de Fontenelle.
Pourtant, son ouvrage est truffé d’anecdotes déjà maintes fois rencontrées, celle de
l’hypothétique satellite de Vénus auquel Frédéric de Prusse voulait donner le nom de son
astronome favori d’Alembert, et celle des Lapons de Maupertuis
239, par exemple. Les clichés
sur les femmes ne sont pas non plus absents (« par un petit mouvement de curiosité, héritage
de notre bonne mère Eve », p. 35). Liskenne nous gratifie également de nombreuses citations
des Anciens et d’échantillons de ses vers. Finalement, ce style pédant et ampoulé nous fait
regretter le plaisir pris à la lecture des Entretiens. Une fois de plus, un contempteur de
Fontenelle se révèle totalement incapable d’inventer un style personnel.
Les Lettres à Palmyre connaissent cependant trois éditions, 1824, 1825 et 1856, dont la
dernière fera les délices de Flammarion adolescent :
238 C. Liskenne, Lettres à Palmyre sur l’astronomie, Paris, Brianchon, 1825.
239
Il s’agit en réalité de deux Lapones, Christine et Ingueborde Plaiscom, natives de Tornea, que Maupertuis laisse à Stockholm après l’expédition géodésique. Leur venue à Paris quelques mois après le retour des
Académiciens du Nord provoque le scandale. Voir E. Badinter, Les passions intellectuelles I, Paris, Fayard, 1999 (p. 132 et suivantes).