PROCESSO DE INTERNACIONALIZAÇÃO: UMA ANÁLISE SOBRE A EVOLUÇÃO DO MO-
2.2 NEGÓCIOS INTERNACIONAIS
2.2.2 Modelo de Uppsala
Nous avons vu que, dans un premier temps, il a fallu découvrir à tout prix les signes de l’homme dans les couches diluviennes afin de prouver son existence à ces lointaines époques. Les travaux
S.A. SEMIONOV, Pervobytnaia tekhnika, 1957 (Matérialy i isslédovania po arkhéologuii SSSR, n° 54). S. A. SEMIONOV, Technologie préhistorique, Grenoble, Jérôme Millon, 1994 (traduction française par Marie-Christine et Marc Grœnen).
52 G.S. MASLOVA, Problèmes et méthodes de l’étude de la culture matérielle (expérience des savants soviétiques) (en russe), in Tème Congrès international des Sciences anthropologiques et ethnologiques, Moscou, 03.08.1964 au 10.08.1964, 1970, V, p. 7.
alors sont faits par des terrassiers qui ramassent - lorsqu’ils les voient - les objets susceptibles d’intéresser les amateurs, collectionneurs ou scientifiques qui les convoitent. On cherche le bel objet, la collection est le but. Mais une fois l’existence de l’homme antédiluvien assurée, il a fallu préciser les époques pendant lesquelles il avait vécu et établir une chronologie de référence. L’objet archéologique a conservé sa valeur référentielle. On fouille à présent en s’appuyant sur l’analyse stratigraphique, et les vestiges sont considérés en fonction de la couche dans laquelle ils gisent.
Toutefois, depuis le manuel de fouilles édité par la Société préhistorique de France, les techniques d’investigation se sont améliorées. En 1928, Marthe et Saint-Just Péquart présentent, sur ce sujet, une contribution de premier plan dont on retrouvera les échos quelque vingt deux ans plus tard dans un petit manuel de Leroi-Gourhan consacré aux fouilles préhistoriques. Le texte est explicitement consacré à la technique des fouilles préhistoriques ; il n’a aucune portée théorique, mais vise, au contraire, à grouper en les exposant aussi clmrement que possible, les différents procédés d'investigation et les méthodes qu ’il convient d'appliquerd’une manière générale, à toute entreprise archéologique. D’emblée, l’attention est attirée sur le danger que représente pour la science préhistorique la convoitise de la belle trouvaille recherchée pour le seul désir d’enrichir la collection que l’on possède. Il importe absolument d’accorder à tous les vestiges une importance égale et de noter le contexte archéologique dans lequel ils ont été trouvés. Il apparaît donc comme essentiel que l’archéologue fouille lui-même : si l’acte de la fouille se doit d’être un acte scientifique, la fouille ne pourra évidemment être menée que par une personne ayant reçu une formation scientifique. L’esprit scientifique commande de ne retenir que des faits positifs, et il sera de première nécessité d’accompagner chacune des trouvailles d’un grand nombre de faits qui devront servir à leur compréhension. C’est dire que la fouille est une pratique qui réclame du temps, et les auteurs s’insurgent très justement contre les fouilles trop rapides et superficielles. Pour les vastes chantiers, Marthe et Saint-Just Péquart prônent d’ailleurs la collaboration. Enfin, si l’archéologue doit pouvoir disposer des compétences théoriques et bibilographiques propres à sa discipline, il doit aussi maîtriser parfaitement les gestes techniques qui lui permettront de mener son travail à bien, car c’est précisément l’heureuse combinaison de la connaissance théorique et de la méthode
^ M. «& S.-J. PEQUART, Techniques de fouilles préhistoriques, in Revue des Musées et Collections archéologiques, 111, 1928, n 14, p. 50.
appliquée qui réalise, d’une manière absolue, le type de l’archéologue le plus accomplF. Au plan technique, la fouille par sondages ou par tranchées, si fréquemment pratiquée, est bannie par les auteurs. Le sondage ne doit plus être utilisé que pour délimiter l’aire à fouiller. Le creusement étroit ne permet pas une bonne lecture stratigraphique, et les inévitables éboulements des parois entraînent des mélanges d’éléments provenant de couches différentes. Les auteurs préconisent donc l’emploi systématique du dégagement par enlèvements successifs de couches horizontales de 20 à 30 centimètres d’épaisseur. Les déblais doivent être tamisés et des témoins ménagés. Les objets, et particulièrement les pierres brutes, ne peuvent pas être retirés du sol avant d’avoir été dégagés sur leur pourtour ; un objet non aménagé ne fournit aucun renseignement en lui-même, mais peut donner de précieuses informations si on le considère en fonction de son emplacement et de sa situation par rapport à d’autres vestiges. Une fois dégagés, les objets doivent tous être recueillis. En effet, un objet apparemment dépourvu d’intérêt peut acquérir de l’importance s’il a été trouvé en plusieurs exemplaires, la particularité formelle ou technique d’un outil primitif peut être le point de départ d’une évolution, l’apparition isolée d’un vestige dans un niveau où il ne se trouve pas habituellement peut remettre en cause des idées insuffisanunent contrôlées. Quant aux objets trop encombrants ou déclarés inutiles après triage, les auteurs préconisent de les abandonner dans des caches aménagées sur le terrain de la fouille afin de les conserver pour les chercheurs futurs.
Si l’objet reste essentiellement porteur d’une information qu’il va s’agir de retrouver, l’importance accordée à sa situation par rapport aux autres vestiges, à sa fréquence ou au contraire à sa rareté, constitue un bon indice de la valeur que prend la notion de relation. Progressivement, en effet, l’attention se déplace de l’objet vers la relation qui articule les objets entre eux. En réalité, cette façon d’opérer sur le terrain avait déjà été pratiquée par Emile Rivière ; mais ce qui le distingue dans sa démarche par rapport à Marthe et à Saint-Just Péquart, c’est la manière de gérer l’information dont il dispose. Alors que Rivière enregistre des résultats, Marthe et Saint-Just Péquart accumulent des données ponctuelles au départ desquelles ils pourront ensuite formuler des
questions.
Mais ces travaux novateurs n’ont pas eu, dans la pratique, l’audience qu’ils auraient dû recevoir.
A vrai dire, les renseignements théoriques donnés par Rivière restaient trop lacunaires pour fournir une ligne de conduite applicable. Quant à la contribution de Marthe et Saint-Just Péquart, elle reste lettre morte pour bien des fouilleurs. L’archéologie en Europe occidentale demeure donc finalement assez stationnaire durant plusieurs décennies, et le Manuel de la technique des fouilles archéologiques de 1939, n’apporte, de ce point de vue, aucun changement marquant*. On ne peut guère citer, pour les fouilles d’habitat, que les travaux d’Ernst Neeb réalisés à Mayence de 1921 à 1922 - mais dans lesquels la notion de structure reste absente^ - et ceux d’A. Rust à Pinnberg près d’Arensbourg, effectués de 1937 à 1938*. Il est intéressant de constater, à cet égard, à quel point les fouilles néolithiques ou protohistoriques ont pu se démarquer des fouilles paléolithiques du point de vue de la méthode”. Toutefois, l’importance de plus en plus grande accordée à la notation de l’information archéologique réclame une intégration de l’espace de fouille dans un système rigoureusement codifié. Dès 1930, Louis Méroc ejqîérimente le principe du carroyage (fig. 4) - à vrai dire, déjà utilisé par Pengelly à Kent’s Cavem, de 1865 à 1880®, et par Piette - lors de ses fouilles dans la vallée du Voip en Ariège, mais le système appliqué reste toutefois sommaire. En 1949, Laplace-Jauretche publie le gisement azilien de Lurbe en faisant figurer sur le plan qu’il en donne l’emplacement de toutes les pièces recueillies. La méthode va être perfectionnée avec la collaboration de François Bordes et sera testée par de nombreux chercheurs sur des sites très variés. Elle consiste en un quadrillage intégral - horizontal et vertical - de l’espace de fouille en carrés d’un mètre de côté, permettant de définir la position de tous les objets découverts. Chacun des objets rigoureusement définis dans l’espace grâce à un système de coordonnées cartésiennes (x, y, z) (fig. 5) peut ainsi être localisé précisément et reporté sur un plan de fouille. Plus qu’un simple système servant au repérage des pièces, cette méthode offre donc un
Manuel de la technique des fouilles archéologiques, Paris, Office international des Musées, 1939, 231 p.
« E. NEEB, Fine palaolitische Freilandstation bei Mainz, in Prahistorische Zeitschrift, XV, 1924, pp. 1-8 et E. NEEB & O. SCHMIDTGEN, Fine altsteinzeitliche Freilandraststelle ouf dem Linsenberg bei Mainz, in Mainzer Zeitschrift, XVII-XIX, 1921-1924, pp. 108-112. « A. RUST, Die Funde vom Pinnberg, Neumünster, 1958, 83 p., 52 pl.
5» P.-P. BONENFANT, L’émergence de méthodologies spécifiques sur les chantiers pré- et protohistoriques, in "Fx oriente lux". Mélanges offerts en hommage au Professeur Jean BUmkoffà l’occasion de ses soixante ans, Bruxelles, 1991, 1, pp. 65-92.
«0 J. CAMPBELL, in A. LEROI-GOURHAN, Dictionnaire de la préhistoire, Paris, P.U.F., 1988, p. 555, s.v.
instrument pratique d’analyse et de compréhension graphiques d’une couche archéologique et de ses rapports avec la stratigraphie'. Il s’agit donc d’un véritable instrument de travail dont la visée est à la fois interprétative et prospective. En effet, les relations établies entre les différents vestiges dans le plan horizontal peuvent favoriser la découverte possible de faits ethnographiques, tandis que dans l’axe vertical, elles peuvent rendre possible / 'étude de l'évolution d'une industrie au sein d'une même couche archéologique^. Enfin, dans la mesure où cette méthode de travail permet de cibler des problèmes non perçus lors de la fouille, elle appelle de nouvelles questions et oriente vers d’autres champs d’investigation.
En réalité, cette importance accordée à la répartition des vestiges est significative d’une nouvelle manière de penser la préhistoire. Jusqu’alors, l’objet n’a de valeur qu’en tant qu’il permet de rattacher le contenu d’une couche archéologique à une époque déterminée ; mais à partir des armées
cinquante, il va progressivement perdre sa valeur référentielle au profit des relations qu’entretieiment entre eux les éléments quels qu’ils soient - matériaux bruts, artefacts lithiques ou osseux, présence de matières colorantes, mais aussi absence de vestiges ... - dont le terrain conserve une trace. Il ne constitue donc plus seulement un point de repère dans l’échelle du temps, il matérialise à présent, par les relations qu’il lie avec les vestiges environnants, un espace dans lequel l’homme paléolithique va bientôt pouvoir se déployer.
Dès 1950, André Leroi-Gourhan livre au public un petit manuel sur les fouilles préhistoriques (fig. 6) qui consacre une expérience commencée avec les fouilles menées à la grotte des Furtins, puis avec celles, plus substantielles, d’Arcy-sur-Cure. Leroi-Gourhan, il faut le souligner, est venu à l’archéologie par le biais de l’ethnologie, et il est essentiel de comprendre que sa méthode de fouille, dont l’évolution conduit des grottes d’Arcy-sur-Cure au gisement de plein air de Pincevent en passant par l’hypogée des Moumouards, est balisée par les cadres de cette discipline. C’est que pour Leroi-Gourhan, préhistoire et ethnologie ne constituent qu 'une seule science dont le but est
d'établir une histoire de l’humanité qui embrasse les formes extrêmes, du primitif au plus évolué,
«' G. LAPLACE-JAURETCHE & L. MEROC, Application des coordonnées cartésiennes à la fouille d’un gisement, in B.S.P.F., Ll, 1954, p. 59.
dans une vision totale - on pourrait dire une anthropologie globale. Leroi-Gourhan sera donc, plus que tout autre, sensible à la compréhension spatiale des vestiges. L’auteur est catégorique : si l’on fouille pour les objets, il vaut mieux se consacrer à autre choses. Or, cela exige un travail de
longue haleine ; le sol doit être décapé jusqu’au niveau archéologique, chacun des objets répertorié et positionné. L’acte de fouille est, il ne faut pas l’oublier, un acte irrémédiablement destructeur, il est donc de première nécessité de ne rien perdre d’une information que le temps a déjà rendue lacunaire. Comme le dit François Bordes au même moment. Les archives du Quaternaire se détruisent en se feuilletant, et ne peuvent être lues qu ’une fois. Mieux vaut de laisser le livre fermé que de le lire négligemment^. On le comprend, le problème principal de l’archéologue sera de pouvoir accéder aux données après l’enlèvement du sol. Ainsi, la fouille idéale serait celle où vingt
ans après on pourrait remettre à leur place le moindre objet, la moindre esquille d’os et le plus petit grain de sable^.
La fouille n’a décidément plus aucun rapport avec les travaux de terrassement d’autrefois, elle devient un acte précis qui appelle toute l’attention de l’archéologue ; le sol est devenu un corps à disséquer minutieusement. Du point de vue technique, la fouille va d’emblée connaître des changements significatifs. Elle doit désormais s’organiser en un chantier auquel des spécialistes de diverses orientations - géologues, pédologues, palynologues, paléontologues, chimistes, physiciens, etc. - vont prêter leur concours*”. Tout est commandé par l’homme dont il va s’agir d’approcher au mieux la vie quotidienne par le biais des éléments qui subsistent. Le décapage horizontal est de rigueur, il doit viser à dénuder la paléosurface sur laquelle gisent les vestiges. Ceux-ci ne peuvent d’ailleurs être ôtés qu’au dernier moment. Entre la mise à nu des vestiges et leur enlèvement qui précède le dégagement de la couche suivante, il y a tout le travail d’eiu'egistrement des données. Tout doit être mesuré, répertorié, photographié, placé sur plan, décrit. Le travail ne s’arrête
“ A. LEROI-GOURHAN, L’histoire sans texte. Ethnologie et préhistoire, in C. SAMARAN,
L’histoire et ses méthodes, Paris, Gallimard, 1961, p. 217.
« A. LEROI-GOURHAN, Les fouilles préhistoriques, technique et méthodes, Paris, A. &. J. Picard, 1950, p. 3.
« F. BORDES, L’évolution buissonnante des industries en Europe occidentale. Considérations théoriques sur le Paléolithique ancien et moyen, L ’Anthropologie, LIV, 1950, p. 419, note 3. “ A. LEROI-GOURHAN, o.c., 1950, p. 4.
« A. LAMING dir., La découverte du passé. Progrès récents et techniques nouvelles en préhistoire et eh archéologie, Paris, A. & J. Picard, 1952, 363 p., 45 fig., XVI pl.
d’ailleurs pas là : un pilier témoin taillé dans la meilleure coupe doit être retiré, tandis que des échantillons doivent systématiquement être prélevés afin que les techniques de laboratoire complètent encore les données déjà disponibles. Tous les ossements doivent faire l’objet d’une détermination générique et spécifique, les pollens conservés dans les sédiments seront étudiés ; l’analyse de la faune et de.la flore s’avérera inestimable pour reconstituer les conditions climatiques du moment. Enfin, le prélèvement de matières organiques telles que charbon de bois, os ou bois d’animaux apporte depuis peu l’espoir d’une datation absolue de la couche dans laquelle ces témoins ont été prélevés. Dès 1947, Libby met au point une méthode de datation absolue qui va permettre de déterminer l’âge d’un échantillon osseux ou ligneux. La méthode demande de pouvoir calculer la quantité - que l’on sait constante dans les corps vivants - de carbone 14 présente dans l’échantillon, et permet, sur la base d’une valeur de 5568 ans pour la demi-vie, de calculer la date à laquelle tout échange atmosphérique a cessé. Dès ce moment, tout échantillon carboné de moins de 40.000 ans - date limite de la méthode - peut recevoir une date absolue qui le localise, lui et tout ce qui se trouve dans la même couche archéologique, assez précisément dans le temps“.
Comme on peut le constater, et même s’il a lui-même souligné le rapprochement entre les deux systèmes®, la proximité de sa démarche avec celle des archéologues soviétiques n’est que très relative. En réalité, ces deux systèmes sont restés distincts. Leroi-Gourhan, qui avait immédiatement accès aux publications des archéologues soviétiques™, n’est finalement parvenu aux décapages de grandes surfaces qu’après trois décennies de pratique archéologique (des Furtins à Pincevent). Durant ce temps, sa méthode a évolué et s’est progressivement mise au point sur la base des exigences théoriques qui étaient les siennes. C’est précisément à ce niveau que se signalaient les divergences ; Leroi-Gourhan ne cherchait pas la même chose que les archéologues soviétiques. Il a été sans équivoque à ce sujet : [les Marxistes] m’ont reconnu alors que je ne les
« W.F. LIBBY, E.C. ANDERSON & J.R. ARNOLD, Age Détermination by Radiocarbon Content : World-Wide Assay of Natural Radiocarbon, in Science, CIX, n 2827, 1949, pp. 227-228 et W.F. LIBBY, Radiocarbon Dating, Chicago, The Chicago University Press, 1952,
170 p.
» F. AUDOUZE & A. LEROI-GOURHAN, France : a continental insularity, in World Archaeology, XIII, 2, 1981, p. 172.
^0 II était licencié en russe et possédait suffisamment 1a langue pour lire les auteurs soviétiques dans le texte original. Voir ; A. LEROI-GOURHAN, Les racines du monde. Entretiens avec Claude-Henri Rocquet, Paris, Belfond, 1982, pp. 106-110.
reconnaissais pas^\ On l’admettra sans peine : Leroi-Gourhan laisse parler le sol et les vestiges, il cherche à retrouver la dynamique du groupe humain, le savoir-faire, les besoins et, ultimement, la pensée des êtres humains. Face à une recherche qui reste commandée par les impératifs de son ethnologie préhistorique, les archéologues soviétiques interrogent les documents - et non pas les relations entre les vestiges, comme le fait Leroi-Gourhan - pour retrouver les grandes phases d’une évolution historique dont Marx a jeté les fondements : les archéologues soviétiques ont renoncé aux schémas formalistes des sociologues bourgeois et cherchent à étudier l ’évolution sociale dans ses manifestations concrètes. Ils considèrent comme leur première tâche l ’étude de l ’histoire des masses travailleuses, productrices directes de tous les biens matériels^^. Il reste que deux systèmes de pensée différents ont entraîné chacun, par une voie spécifique, un type de fouilles similaire.
Quoi qu’il en soit, la technique préconisée par Leroi-Gourhan reste, jusque dans le courant des années soixante, assez classique, et, comme le note P. Courbin, son manuel de 1950préconise une sorte de méthode Wheeler avant la lettre^^. Cette méthode de fouille, proposée au début des années cinquante par son inventeur. Sir Mortimer Wheeler’*, a été mise au point pour arrêter la destruction de sites archéologiques du Proche et du Moyen Orient. Elle consiste en la fouille, couche par couche, de carrés de 4 x 4 m, en laissant intacte, entre chacun de ces carrés, une berme de 1 m. Les bermes offrent la référence stratigraphique qui rend sûr le décapage du sol et conservent des témoins non fouillés. Enfin, le terrain n’est fouillé qu’à 64 %, et un gain substantiel en travaux de terrassement est donc réalisé (fig. 7). Cette technique de fouille est caractéristique d’une attitude qui souhaite à la fois ne rien perdre comme informations d’une lecture verticale - stratigraphique - du site, et tout apprendre d’une analyse horizontale - ethnographique. Elle a été, pour toutes ces raisons, très largement appliquée, non sans avoir subi quelques modifications.
Mais, si la technique de fouille de Leroi-Gourhan ne se démarque donc pas fondamentalement de celle qui est alors pratiquée - en tout cas de celle qui est proposée -, certaines qualités la distinguent
A. LEROI-GOURHAN, o.c., 1982, p. 229.
« A. MONGAIT, L’archéologie en U.R.S.S., Moscou, Ed. en langues étrangères, 1959, p. 46. P. COUK^W, André Leroi-Gourhan et la technique des fouilles, ïnB.S.P.F., LXXXIV, 1987, p. 328.
M. WHEELER, Archaeology from the Earth, Oxford, Clarendon Press, 1954, 221 p., 21 fig., XXIIl pl.
cependant des méthodes utilisées : la minutie du travail, la rigueur dans la démarche et l’exhaustivité des informations consignées (fig. 8). Surtout, l’apport novateur se marque au niveau théorique. Un concept nouveau révèle les motivations implicites de sa recherche ; celui de structure. Il ne s’agit plus seulement ici de récolter les objets - ceux-ci ne comptent pas tant que par ce qu’ils dévoilent de l’homme qui les a abandonnés là -, mais de s’attacher à comprendre, au départ des indices restants, l’organisation humaine de l’espace que l’on fouille. C’est pourquoi il est essentiel de noter également les vestiges fugaces (traces ocreuses ou charbonneuses), les différences de coloration, les amas charbonneux, la présence de blocs de pierres, de dalles ... Mais les objets prennent alors un sens nouveau : tandis qu’on les déconsidère pour la dimension exemplative dont ils étaient chargés auparavant, on s’en sert à présent pour établir des réseaux de relations qui permettront de reconstituer les éléments disparus (fig. 9). Il faut noter l’importance de cet apport, dont on avait vu se dégager les prémices avec Rivière, qui introduit un véritable décalage épistémologique dans la recherche archéologique. L’objet isolé de son contexte est désormais insignifiant, seules comptent les relations qui l’unissent aux éléments disparus dont elles