nos
tailles inegales sontpour
lui leresultatdesmesures
tresmal
prisespar
lanature surun modele immuable,
qui, seul, revele tout son savoir. im
,75 est la taille
normale; pour
avoirun peu
plus,on
n'en est pasmoins homme, mais
cequi
manque ou
depassepour chacun
est erreurde
nature et monstruosite.Abailard, si habile a raisonner des choses, aurait reduit
XLI1 PREFACE.
Fargument
en forme,mais on ne remue
plusde
telles subti-lites.M.
Quetelet, sur ce vieuxchamp de
batailledes ecoles,n'arencontreni defenseurs ni adversaires.
La
these acependant
plus d'un inconvenient.L'homme
ideal, dit-on, represente en toute chosela
moyenne
de1'hu-manite. Cela paralt tres simpleet tres clair,
mais
ces details, defmispar
regie et parcompas, comment
s'ajustent-ils?La hauteur de
la tete, parexemple,
pourra,pour Phomme
moyen,
se calculer pardeux methodes
:on peut prendre
lamoyenne
des longueurs, ou,pour chaque
individu, le rap-port cle la tete a lahauteur du
corps, puis lamoyenne de
ces rapports.
Les
resultats sont differenls :comment
les accorder?Grave
difficulte etinevitable ecueil!Pour
lemontrer avec
evidence,cherchons
entredeux
spheres la spheremoyenne;
Tune
apour rayon
i;nous
choisirons les unites demaniere
a representeregaiement
la surface et levolume par
i.La seconde
sphere a,je suppose,
pour rayon
3,pour
surface9
ct
pour volume
27; ces chiffres sont forces.Les moyennes
2, 5 et 14 sont incompatihles;
une
spherede rayon
2 auraitpour
surface4
etpour volume
8 tresexactement; aucune
concession n'est possible, nulle sphere n'est difforme.Un homme malheureusement
pentTetre, etM.
Queteleten
pro-jSte; en associant le poids
moyen de aoooo
consents aleurhauteur moyenne, on
feraI'homme
type ridiculement gros et?quoi
qu'en ait penseReynolds, un mauvais modele pour un
peintre.Get
artisteeminent, dans
ses legons surlesBeaux-Arts, avait, avant Quetelet, signale
dans Thomme moyen
le typede
la beauteparfaite. Si tel etaitle cas, a dit SirJohn
Herschel, la laideur seraitTexception. Je n'en apergois pas la raison.
Aucun
traitde
la beaute parfaitene
serait rare; distribues sans
convenance,
ils seraient sansLES LOIS DU H4S\RD. XLIII rite.
L'harmonie
fait la gr&ce.Le hasard
appellerait sansdoutc peu
d'elus, et, n'en deplaisea SirJohn
Herschel,dans
les
assemblages
incoherents, si la laideurformait 1'exception, le grotesque deviendrail la regie.Dans
le corpsde I'homme moyen,
1'auteur beige placeune ame moyenne.
II faut,pour resumer
les qualitesmo-rales, fondre vingt mille caracteres en
un
seul.L'homme
type sera
done
sanspassions etsansvices, ni fou ni sage, ni ignorantni savant, souventassoupi : c'est la
moyenne
entrelaveille etle
sommeil; ne repondant
nioui ninon; mediocre
en tout.Apres
avoirmange pendant
trenle-huit ansla rationmoyenne
d'un soldatbien portant, ilmourrait,non
de vieil-lesse,mais
d'unemaladie moyenne que
la Statistique reve-leraitpour
lui.L'applicalion
du
calculaux
decisions judiciaires est, dit Stuart Mill, le scandale desMathematiques.
L'accusationest injuste.On
peut peserdu
cuivre et ledonner pour
or, la balance reste sans reproche.Dans
leurs travaux surlatheorie des jugements,Condorcet, Laplace
et Poisson n'ont peseque du
cuivre.La
reunion, quelle qu'eile soit, quipeut juger
bienou
mal, estremplacee dans
leurs etudespar
des urnes oftTon
puise des boules blanches
ou
noires.On
peut,dans
plu-sieurs cas, a ditLaplace, le plus
grand
des trois, lemoins imprudent,
etincomparable aux deux
autres, resoudredes questions qui ont
beaucoup
d'analogie avec lesquestionsqu'on
se propose, etdont
les solutionspeuvent
tre regar-deescomme
desapproximations
propres anous
guic|^ et ,XLIV PREFACE.
a
nous
garantir des erreursetdesdangers
auxquels lesmau-vais
raisonnements nous
exposent.Une approximation
Lien conduite est toujours preferableaux raisonnements
les plus specieux.Rien
n'est plus sage : lesbonnes approximations
valentmieux que
lesmauvais
raisonnements;mais
iln'y a,malgre
cela,
moyen
niapparence de
les reduireen
actepour
rendrela justice meilleure
que
les juges.On peut assurement
sup-poser lenombre
des boules noires egalacelui desjugements mal
rendus, lesdeux
problernes n'en restent pasmoins
fort differents et,pour
tout dire, sans analogic.Un
juge, supposons-le, setrompe une
fois sur dix. Con-dorcetetPoisson
1'assimilent aune urne contenant 9
boules blanches et i noire,Le
sort des accuses resterait-il lememe?
Sur 1000
epreuves, la boule noire sortira 100 fois, toutcomme,
sur1000 jugements, 100
serontmal
rendus.Les nombres
se ressemblent, toutlereste differe.Quand un juge
se
trompe,
c'estque
le cas sansdoute
estcomplexe
et ardu.On condamne
&coup
slirlecoupable
qui avoue,on
acquitteen
hesitant celuique Ton
n'apu
convaincre; les 100 boules noiresde Turne
semontreront
lememe nombre
de fois,mais
tout autrement.Cpndorcet
repondrait peut-6treque pour
lasociete, quiseule Tinteresse, ledommage
etTalarme
resteraient les
mmes
et qu'ilsdependent du nombre
des crimesimpunis
et des innocents declarescoupables.
Mais une
autreobjection est sans replique :
Pindependance
des tirages est supposee; les urnes,dans
les calculs,echappent
a toute influencecommune. Les
juges,
au
contraire, s'eclai-rent lesuns
les autres, lesmemes
faits les instruisent, les ru^rnest^moignages
les troublent, lesmemes
sollicitations lestourmentent,
lam6me eloquence
les egare, c'est sur lesLES LOIS DU HASARD. \LV
memes
considerants qu'ils font reposerlaveriteou
Perreur.I/assimilation est
impossible.
Condorcet
a pris possessionde
Puniversmoral pour
lesoumettre au
calcul. C'est lalouange qu'on
lui adonnee;
on
s'estdemande
si c'estapres P avoir lu.
Dans
sonLivre
surLa
probabilitedes jugemenlSj
il sepropose d'abord deux
problemes.Premierement
:Quel
est,pour chaque jugement
et
pour chaque
juge, la probabiiite de rencontrer juste?En
second
lieu : Quelle est la probabiiite d'erreur a laquelle la societepeut
se resigner sansalarmes?
La premiere
question luisemble
facile.Je suppose,dit
Condorcet, que Ton
ait choisiun nombre d'hommes
veritablement eclaires et qu'ilsprononcent
sur la veriteou
sur la faussetede
la decision. Si,parmi
lesdeci-sions
de
ce tribunald'examen, on
n'aegard
qu'a celles quiont obtenu une
certaine pluralite, il est aisede
voirqu'on
peut, sans erreur sensible, lesregarder comme
certaines.C'est
un
concile infaillible, toutsimplement,
qu'il definit etpretend convoquer. Sans
douter, il hesite;non que
leshommes
veritablement eclaires soient rares,gardons-nous de
le croire,mais
leurtemps
est precieux;pour
Tepargner,Condorcet propose une seconde methode dont
Poisson, plus tard, n'a pasapergu
Tillusion.La
probabiiite d'erreur etantsupposee pour un
jure,on
peut,en augmentant
leurnombre,
la
diminuer
sans limitepour Tensemble. L'instrument
est trouve,on
n'a plus qu'a choisir, c<Que
1'oncompte,
ditCondorcet, combien
II peritde paquebots
surlenombre de ceux
quivont de
Calais aDouvres,
etqu'on
n'aitegard
qu'kceux
qui sont partispar un temps
regardecomme bon par
les