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Quetelet, dans ce rapprochement, voit une identite;

No documento CARNEGIE INSTITUTE OF TECHNOLOGY (páginas 49-54)

nos

tailles inegales sont

pour

lui leresultatdes

mesures

tres

mal

prises

par

lanature sur

un modele immuable,

qui, seul, revele tout son savoir. i

m

,75 est la taille

normale; pour

avoir

un peu

plus,

on

n'en est pas

moins homme, mais

ce

qui

manque ou

depasse

pour chacun

est erreur

de

nature et monstruosite.

Abailard, si habile a raisonner des choses, aurait reduit

XLI1 PREFACE.

Fargument

en forme,

mais on ne remue

plus

de

telles subti-lites.

M.

Quetelet, sur ce vieux

champ de

batailledes ecoles,

n'arencontreni defenseurs ni adversaires.

La

these a

cependant

plus d'un inconvenient.

L'homme

ideal, dit-on, represente en toute chosela

moyenne

de

1'hu-manite. Cela paralt tres simpleet tres clair,

mais

ces details, defmis

par

regie et par

compas, comment

s'ajustent-ils?

La hauteur de

la tete, par

exemple,

pourra,

pour Phomme

moyen,

se calculer par

deux methodes

:

on peut prendre

la

moyenne

des longueurs, ou,

pour chaque

individu, le rap-port cle la tete a la

hauteur du

corps, puis la

moyenne de

ces rapports.

Les

resultats sont differenls :

comment

les accorder?

Grave

difficulte etinevitable ecueil!

Pour

le

montrer avec

evidence,

cherchons

entre

deux

spheres la sphere

moyenne;

Tune

a

pour rayon

i;

nous

choisirons les unites de

maniere

a representer

egaiement

la surface et le

volume par

i.

La seconde

sphere a,

je suppose,

pour rayon

3,

pour

surface

9

ct

pour volume

27; ces chiffres sont forces.

Les moyennes

2, 5 et 14 sont incompatihles;

une

sphere

de rayon

2 aurait

pour

surface

4

et

pour volume

8 tres

exactement; aucune

concession n'est possible, nulle sphere n'est difforme.

Un homme malheureusement

pentTetre, et

M.

Quetelet

en

pro-jSte; en associant le poids

moyen de aoooo

consents aleur

hauteur moyenne, on

fera

I'homme

type ridiculement gros et?

quoi

qu'en ait pense

Reynolds, un mauvais modele pour un

peintre.

Get

artiste

eminent, dans

ses legons surles

Beaux-Arts, avait, avant Quetelet, signale

dans Thomme moyen

le type

de

la beauteparfaite. Si tel etaitle cas, a dit Sir

John

Herschel, la laideur serait

Texception. Je n'en apergois pas la raison.

Aucun

trait

de

la beaute parfaite

ne

serait rare; distribues sans

convenance,

ils seraient sans

LES LOIS DU H4S\RD. XLIII rite.

L'harmonie

fait la gr&ce.

Le hasard

appellerait sans

doutc peu

d'elus, et, n'en deplaisea Sir

John

Herschel,

dans

les

assemblages

incoherents, si la laideurformait 1'exception, le grotesque deviendrail la regie.

Dans

le corps

de I'homme moyen,

1'auteur beige place

une ame moyenne.

II faut,

pour resumer

les qualites

mo-rales, fondre vingt mille caracteres en

un

seul.

L'homme

type sera

done

sanspassions etsansvices, ni fou ni sage, ni ignorantni savant, souvent

assoupi : c'est la

moyenne

entre

laveille etle

sommeil; ne repondant

nioui ni

non; mediocre

en tout.

Apres

avoir

mange pendant

trenle-huit ansla ration

moyenne

d'un soldatbien portant, ilmourrait,

non

de vieil-lesse,

mais

d'une

maladie moyenne que

la Statistique reve-lerait

pour

lui.

L'applicalion

du

calcul

aux

decisions judiciaires est, dit Stuart Mill, le scandale des

Mathematiques.

L'accusationest injuste.

On

peut peser

du

cuivre et le

donner pour

or, la balance reste sans reproche.

Dans

leurs travaux surlatheorie des jugements,

Condorcet, Laplace

et Poisson n'ont pese

que du

cuivre.

La

reunion, quelle qu'eile soit, qui

peut juger

bien

ou

mal, est

remplacee dans

leurs etudes

par

des urnes oft

Ton

puise des boules blanches

ou

noires.

On

peut,

dans

plu-sieurs cas, a dit

Laplace, le plus

grand

des trois, le

moins imprudent,

et

incomparable aux deux

autres, resoudre

des questions qui ont

beaucoup

d'analogie avec lesquestions

qu'on

se propose, et

dont

les solutions

peuvent

tre regar-dees

comme

des

approximations

propres a

nous

guic|^ et ,

XLIV PREFACE.

a

nous

garantir des erreursetdes

dangers

auxquels les

mau-vais

raisonnements nous

exposent.

Une approximation

Lien conduite est toujours preferable

aux raisonnements

les plus specieux.

Rien

n'est plus sage : les

bonnes approximations

valent

mieux que

les

mauvais

raisonnements;

mais

iln'y a,

malgre

cela,

moyen

ni

apparence de

les reduire

en

acte

pour

rendre

la justice meilleure

que

les juges.

On peut assurement

sup-poser le

nombre

des boules noires egalacelui des

jugements mal

rendus, les

deux

problernes n'en restent pas

moins

fort differents et,

pour

tout dire, sans analogic.

Un

juge, supposons-le, se

trompe une

fois sur dix.

Con-dorcetet

Poisson

1'assimilent a

une urne contenant 9

boules blanches et i noire,

Le

sort des accuses resterait-il le

meme?

Sur 1000

epreuves, la boule noire sortira 100 fois, tout

comme,

sur

1000 jugements, 100

seront

mal

rendus.

Les nombres

se ressemblent, toutlereste differe.

Quand un juge

se

trompe,

c'est

que

le cas sans

doute

est

complexe

et ardu.

On condamne

&

coup

slirle

coupable

qui avoue,

on

acquitte

en

hesitant celui

que Ton

n'a

pu

convaincre; les 100 boules noires

de Turne

se

montreront

le

meme nombre

de fois,

mais

tout autrement.

Cpndorcet

repondrait peut-6tre

que pour

lasociete, quiseule Tinteresse, le

dommage

et

Talarme

resteraient les

mmes

et qu'ils

dependent du nombre

des crimes

impunis

et des innocents declares

coupables.

Mais une

autre

objection est sans replique :

Pindependance

des tirages est supposee; les urnes,

dans

les calculs,

echappent

a toute influence

commune. Les

juges,

au

contraire, s'eclai-rent les

uns

les autres, les

memes

faits les instruisent, les ru^rnes

t^moignages

les troublent, les

memes

sollicitations les

tourmentent,

la

m6me eloquence

les egare, c'est sur les

LES LOIS DU HASARD. \LV

memes

considerants qu'ils font reposerlaverite

ou

Perreur.

I/assimilation est

impossible.

Condorcet

a pris possession

de

Punivers

moral pour

le

soumettre au

calcul. C'est la

louange qu'on

lui a

donnee;

on

s'est

demande

si c'est

apres P avoir lu.

Dans

son

Livre

sur

La

probabilite

des jugemenlSj

il se

propose d'abord deux

problemes.

Premierement

:

Quel

est,

pour chaque jugement

et

pour chaque

juge, la probabiiite de rencontrer juste?

En

second

lieu : Quelle est la probabiiite d'erreur a laquelle la societe

peut

se resigner sans

alarmes?

La premiere

question lui

semble

facile.

Je suppose,dit

Condorcet, que Ton

ait choisi

un nombre d'hommes

veritablement eclaires et qu'ils

prononcent

sur la verite

ou

sur la faussete

de

la decision. Si,

parmi

les

deci-sions

de

ce tribunal

d'examen, on

n'a

egard

qu'a celles qui

ont obtenu une

certaine pluralite, il est aise

de

voir

qu'on

peut, sans erreur sensible, les

regarder comme

certaines.

C'est

un

concile infaillible, tout

simplement,

qu'il definit et

pretend convoquer. Sans

douter, il hesite;

non que

les

hommes

veritablement eclaires soient rares,

gardons-nous de

le croire,

mais

leur

temps

est precieux;

pour

Tepargner,

Condorcet propose une seconde methode dont

Poisson, plus tard, n'a pas

apergu

Tillusion.

La

probabiiite d'erreur etant

supposee pour un

jure,

on

peut,

en augmentant

leur

nombre,

la

diminuer

sans limite

pour Tensemble. L'instrument

est trouve,

on

n'a plus qu'a choisir, c<

Que

1'on

compte,

dit

Condorcet, combien

II perit

de paquebots

surle

nombre de ceux

qui

vont de

Calais a

Douvres,

et

qu'on

n'ait

egard

qu'k

ceux

qui sont partis

par un temps

regarde

comme bon par

les

hommes

instruits

dans

la navigation.

H

est clair

qu'on

aura,

par

ce

moyen,

la valeur d'un risque que,

pour

les autres

comme pour

sol,

on peut

negliger sans

imprudemce. k

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