2.2 La religion musulmane
2.2.2 La Sunna
guide pour sa vie de tous les jours. L’accès aux enseignements du Coran est facilité par les imams dans les mosquées et à travers de nombreuses conférences religieuses pendant le mois de Ramadan ou pendant d’autres circonstances ou évènements religieux musulmans. Le Coran l’accompagne dans toutes les circonstances de la vie : économiques, politiques, sociales.
La Sunna est donc cet ensemble des paroles et pratiques qui expliquent en détail les lois du Coran (cf. S. 16, 44). De tels comportements peuvent servir d’exemple au musulman qui va chercher à imiter le prophète. À travers la Sunna, le prophète Mohamed explique ainsi en détail la révélation du Coran. À travers ces dispositions pratiques, il indique comment vivre cette nouvelle religion : par exemple, c’est dans la sunna qu’il va expliquer en détail la forme de réaliser les cinq prières quotidiennes, ou encore, c’est à travers elle qu’il explique ce qui est licite ou ce qui ne l’est pas33. C’est dans la sunna que nous retrouvons ce que le prophète a vécu, un exemple à suivre par le musulman : « En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle à suivre, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment » (S. 33, 21). Pour le musulman, la foi en Dieu est accompagnée par des actes. La sunna constitue un moyen pratique pour vivre cette foi, un moyen d’appliquer les commandements de Dieu inscrits dans le Coran.
Le Coran et la Sunna constituent par conséquent les deux sources fondamentales de l’islam. Une mauvaise lecture ou interprétation de l’un d’entre eux peut constituer une source de division dans la communauté islamique. Et c’est ce que va vivre malheureusement la communauté naissante. En effet, pour une question de légitimité et d’authenticité, suite à une interprétation de la succession du prophète Mohamed, la communauté primitive va connaître une division en son sein. Après la mort du prophète Mohamed en 632, s’est ainsi posé une question de succession : qui, entre Ali, gendre et fils spirituel du prophète et Abou Bakr, compagnon du prophète, est le successeur le plus légitime ? De cette guerre de succession naîtra la grande division dans l’islam entre les Chiites d’une part, qui sont favorables à Ali au nom des liens de sang et d’autre part les Sunnites qui sont favorables à Abou Bakr au nom du retour aux traditions tribales. Cette division va affecter jusqu’à nos jours la communauté islamique mondiale. Les Sunnites, majoritaires aujourd’hui (85% de la communauté musulmane mondiale) considèrent le Coran comme une œuvre divine, acceptant que les autorités religieuse et politique soient fondues dans la personne de l’imam, tandis que les Chiites considèrent l’imam comme un guide de la communauté et prônent la séparation:
Les sunnites considèrent le Coran comme une œuvre divine : l’imam est un pasteur nommé par d’autres hommes, faisant office de guide entre le croyant et Allah pour la prière ; dans certaines situations, il peut s’autoproclamer. Les chiites considèrent l’imam, descendant de la famille de Mohamed, comme un
33 ISBELLE, Sami Armed. Islam: a sua crença e a sua pratica. Rio de Janeiro: Qualitymark , 2003, p. 9.
guide indispensable de la communauté, tirant directement son autorité de Dieu34.
Le monde est victime de cette séparation regardant seulement le mouvement chiite conduit par l’Iran et son guide religieux, se radicalisant face au monde occidental. C’est ce courant proportionnellement minoritaire en Islam qui s’est radicalisé contre les Sunnites majoritaires et le monde occidental en particulier. Plusieurs actes terroristes leurs sont attribués, de nombreux attentats en Europe et plus particulièrement ce triste attentat du 11 septembre 2001 à New York (USA). Cette radicalisation du chiisme constitue d’abord un blocage pour le dialogue dans la communauté musulmane d’abord, puis dans le monde non musulman ensuite. Faisant preuve de peu d’ouverture, ce radicalisme est un vrai obstacle à la paix dans le monde, considérant l’Islam comme l’unique modèle pour toutes les sociétés. Dans un monde pluri religieux, le langage radicaliste n’a pas de place. Il est un vrai obstacle à tout équilibre social. Le véritable musulman ne se reconnaît pas dans ce discours radicaliste, excluant toute ouverture au dialogue avec les autres religions et cultures. Le vrai musulman s’inscrit dans la ligne du prophète Mohamed, copiant son comportement, avec la certitude qu’il suit le chemin de sa sanctification complétant les recommandations inscrites dans le Coran.
Au Sénégal nous retrouvons la présence des deux branches. Sunnites et chiites se partagent l’espace religieux sénégalais. Mais l’islam sénégalais qui est confrérique est majoritairement sunnite :
C’est un islam extraordinairement riche et composite, une véritable mosaïque où se retrouvent la plus pure orthodoxie, un mysticisme riche qui a profondément transformé la configuration religieuse et socio-politique du pays, toutes les variantes du réformisme auxquelles s’ajoutent aujourd’hui quelques particules du chiisme. La norme collective de référence reste toutefois l’islam sunnite de rite malekite et tous les analystes reconnaissent que l’islam est parvenu à imprimer un cachet indélébile à la société sénégalaise35.
Cet islam confrérique est très ouvert car il accueille des musulmans de toute race et de toute culture. Ce qui explique l’adhésion dans ces confréries des hommes et des femmes venant du monde entier, comme nous le verrons plus haut dans ce chapitre en parlant de la religion musulmane au Sénégal. C’est un gage d’ouverture, une disposition à dialoguer avec toutes les races et toutes les cultures. En accueillant des musulmans de
34VAUDANO, Maxime. Quelles sont les différences entre sunnites et chiites ? Disponível em :
<https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/06/20/au-fait-quelle-difference-entre-sunnites-et- chiites_4442319_4355770.html>. Acesso em: 03 jun. 2019
35 Observatoire africain du religieux (LASPAD-UGB). Le péril jihadiste à l’épreuve de l’islam au Sénégal.
Disponível em : < https://www.sciencespo.fr/enjeumondial/en/odr/le-peril-jihadiste-l-epreuve-de-l-islam- senegalais>. Acesso em: 29 ago. 2019.
tout horizon, africains, européens, américains, etc, les confréries musulmanes sénégalaises contribuent au dialogue des cultures et au raffermissement des liens entre des peuples. La mission de la confrérie va au-delà même des questions religieuses. Elle devient un espace de dialogue pour les nombreux fidèles qui se rencontrent régulièrement.
Ce qui fait dire à Charles Senghor que : « Au Sénégal, les nombreuses confréries ne s’occupent pas seulement de religions. Elles sont également le ciment de la stabilité du pays »36. Ce pays, rappelons-le, est multi ethnique et multi religieux. Ce sont alors les citoyens, musulmans, chrétiens et adeptes des religions traditionnelles qui contribuent ensemble à réaliser la paix sociale.
Les cinq piliers de l’Islam que nous allons étudier à présent sont la forme pratique pour un musulman de s’identifier à l’Islam, de pratiquer sa religion. Les accomplir, c’est trouver un moyen de communion avec Dieu et de vivre en communion avec son semblable et la nature.