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un récit rapide, dégagé, vivant, d'une couleur ele- gante et line, qui avait Tintérêt d'un roman. Tout le monde le sentit et les critiques de s'écrier que ce n'était qu'un roman •. Nous savons aujourd'hui que c'était mieux. Admirableraent informe pour le teraps, ayant consulte tous les documents et tous les témoins, Voltaire a cherché Ia vérité avec une impartiale liberte.
S'il a tire de Ia vie de Charles XII un enseignement philosophique, pour condamnerdans un roi Tamour de Ia guerre, des conquètes et de Ia gloire, c'ctait Ia leçon qui sortait naturellement des faits : il n'y avait pas besoin de les fausser pour Vy trouver. Les rec- tifications partielles de La Motraye, dé Nordiierg, ou de Tex-grenadier Popinet^ mettent en lumière, plutôt qu'ellcs ne Tinfirment, Ia solidité générale de Touvrage. Seuls les historiens du xix" siècle à qui les archives de Suède ont été ouvertes, ont pu apporter au récit de Voltaire des correclions ou des compléments d'importance. Par Ia forme exquise et légère, ce bon travail d'histoire s'assortissait bien à Ia nuance des chefs-d'oeuvre du moment, Zaire et Manon Lescaut.
Le Siècle de Louis XIV A plus de portée. Medite dès 1732, et peut-êtrc dès 1729, commencé en 1734, fort avance en 1738, suspendu devant rhostilité du gouvernement, repris en 1750, termine et publié en 1751 à Berlin, retouchó en 1756 et parvenu seule- ment en 1768 à un état définitif, le Siècle de Louis XIV est une grande oeuvre historique qui garde une
1. Voliairomanie, p. 6. — Poéme en prose, disait Tabbé de Parthenay [ílisloire de Ia Pologne sous Augaste II, préface),
2, JV/ercure, j anvler 1746.
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valeur même aujourd'hui, et dont les historiens pren- nent encore Ia peine de discuter les assertions.
Un protestant français, homme d'esprit, mais aventurier, peu scrupuleux, assoiffé de bruit et d'argent, Angliviel de La Beaumelle, s'empara de Touvrage en 1753 et le fit réimprimer avec dos remarques parfois judicieuses et utiles, pour Ia plu- part satiriques et injurieuses. Voltaire, outré d'être à Ia fois volé et diíTamé, riposta par un Supplément au Siècle de Louis XIV. Ce l"ut le commejicoment de ses dcmêlés avec La Beaumelle, oü, comme toujours, il passa Ia mesuro, et donna lieu au public d'oublier que les premiers torts étaient du côté de son adver- saire.
La Beaumelle, qui avait de Tesprit et du savoir, n'a fait que de menues retouches au Siècle de Louis XIV. Hénault n'a pas pu davantage. L'ouvrage était solide : personne au xviii" siècle n'était de force à rcntamer. Voltaire avait été três bien pre- pare à récrire. II avait vécu sa jeunesse parmi les survivants du grand rògne, au Temple, à Saint-Ange, à Sully, à Sceaux, à Vaux-Villars, à Ia Source. En Angleterre, il avait vu des acteurs de Ia guerre de Ia succession d'Espagnc, lord Peterborough, lord Methuen, Ia veuve du duo de Marlborough, sans parler de Bolingbroke. II eút pu, de toutes les con- fidences recueillies, faire de três intcressants Mémoires des autres sur Louis XIV. II voulut faire une histoire.
II reprit méthodiquement ses interrogations, sui- vant toutes les pistes, frappant à toutes les portes, allantdela duchesse de Saint-Pierre, soeur deTorcy,
VOLTAinE. HISTOniEN. 113 au cárdinal Fleury. II lut tout ce qui s'ctait piiblié d'liistoires et de mémoires, 200 volumes, nous dit-il.
!1 íit Ia chasse à Tinédit, et il eut les mciBoires de Torcy, de Dangeau, de Villars, les papiefs de Lou- veis, Colbert et Desmarets. II eut même accès aux archives, et dans le dépôt du Louvre trouva de curicux documents sur raíTaire de Ia succession d'Espagne.
Après sa première édition, il resta à Taflüt de loul ce qui paraissait; il obtint du duc de Noailles les manusorits de Louis XIV. II se corrigea ou se com- pleta, et même, si fort que pussent le blesser les cri- tiques, il en proüta quand elles lui seml)laicnt justes.
II a fait ainsi une ccuvre de premier ordre, aussi solide et exacte qu'il élait possible de Ia faire alors, d'une méthode qui, si elle ne satisfait pas à toutes les exigences de Ia science d'aujourd'hui, marquait un progrès véritable sur celle de ses devanciers.
Cest à peu près Ia méthode du Port-Roynl et des Landis de Sainte-Beuve : une curiositc inlassable et fureteuse, et Ia finesse littéraire appliquée au dis- cernement des vérités historiques.
Rien de plus faux dans Tensemble que les cri- tiques du président Hónault. Voltaire, dit-il, ne voií que Ia superfície des choses. Voltaire n'a pas le ton sérieux de rhistoire. Voltaire diíTame sa patrie, il
en veut aux grands hommes de Ia France'.
, Voltaire a mis três intelligemment en lumière les grands problèmes de son sujct : Ia succession d'Espagne, Ia révocation de Tédit de Nautes, les
1. Lion, le Président IlénaiUt, p. 67 et suiv.
G. LANSOX. — Voltaire.
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caracteres et les roles des grands acteurs, Colbert, Mme de Maintenon, le roi. II les a étudiés sérieuse- ment. Les épigrammes dii style ne doivent pas nous dérober Ia modération sérieuse des jugements. Si Ton excepte les aífaires religieuses, c'est par opti- misme plutôt que par satire que Voltaire, une fois en sa vie, a péché. S'il n'a pas cru au désintéres- sement de Turenne dans sa conversion, est-ce malignité, ou vérité? Indulgent aux maítresses et aux favoris du roi, il lui a fait, tout pese, Ia part plutôt belle dans les splendeurs de sen règne. II a le prê- mier vu Mme de Maintenon dans son vrai caractère, et marque Timportance de Colbert qui n'était pas en faveur auprès de ses contemporains. II a été modéré sur Ia Révocation jusqu'à mécontenter les protestants, indiquant Tinjustice, Ia cruauté, les désastreuses conséquences de cette mesure intole- rante, mais condamnant Ia revolte des Cévennes au nom de Fordre public et par dégoút des illuminés.
Três librement pense, tout son livre n"est pour- tant quune glorification de Tesprit français, de Ia civilisation française du xvii° siècle, et du roi qui en a été Ia splendide expression : le philosophe qui hait Ia guerre a bien de Ia peine à ne pas se laisser parfois éblouir par Ia grandeur militaire et les con- quêtes de Ia France polie.
Depuis Gibbon, pas un critique n'a omis de blâmer le plan du livre, qui morcelle le sujet, et détruit Ia liaison des faits. On lit Malplaquet et les derniers jours sombres du vieuxroi avant d'avoir assiste aux PlahirsdeVileenchantée. On entre dans Ia guerre de Hollaude avant d'avoir su les tarifs de Colbert, et
VOLTAIRB HISTOniEN. 115 Ton voit le pape ligue avec les puissances protes- tantes avant d'avoir entendu parler de Ia regale. Mais ce morcellement correspond à Ia forme analytique de Tesprit voltairien, et à Tenchaínement de ses idées.
Tandis que vers 1730 ropinion n'était pas favo- rable à Louis XIV, contre lequel se réunissaient les rancunes des grands écartés du pouvoir et Jes anti- pathies des philosophes revoltes du despotisme, Voltaire, homme d'esprit et poete alors avant tout, voyait dana ce long règne le prodigieux développe- ment de rintelligence, les chefs-d'oeuvre des arts et des lettres, Ia France manquant, il est vrai, Ia monar- chie universelle, mais établissant sur toute TEurope ladomination de salangue, de sa politesse, de sa cul- tura, de ses grands écrivains. De là, Tentliousiasme dont sortit le premier dessein, tout français et clas- sique, du Siècle de Louis XIV. II s'y joignit une arrière-pensée : quel contraste entre Ia cour oíi Ton voyait à Ia fois Conde, Colbert et Racine ', et celle oü il n'y a plus de Conde, ni de Colbert, et oü Voltaire n'est pas! Une leçon au gouvernement de Louis XV devait sortir de rhistoire de Louis XIV.
Elle s'étagea en plans successifs : après le portique grandioso des victoires et des conquêtes. Ia per- sonne du roi, les moeurs et Ia vie de cour, Ia poli- tesse noble, puis le gouvernement intérieur et les institutions utiles, puis les affaires ecclésiastiques, enfin au fond de Ia scène le merveilleux décor des arts, des lettres et des sciences, caractéristique