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XXXVIII, 512, 513

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CHAPITRE VIII CHAPITRE VIII

1. XXXVIII, 512, 513

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elle peut étre améliorée. .Comment? par le travail, mais par le travail social, par reffort en commun oíi chacuntrouve son compte. Raisonnersurla métaphy- sique ne sert à rien : Taction pratique doit se substi- tueràla creuse spéculation.// faut culiiver notrejardin.

Voilà Ia conclusion, modérée, courageuse et claire, qui se prepare tout le long du conte, et qui est mise en lumière par les derniers épisodes, par Ia rencontre du bon Turc, par Ia réunion finale des principaux personnages dans Ia petite métairie des bords du Bospliore, oíi même le moine devient utile à Ia communauté.

Candide n'est ni dcsolant, ni desole, ni purement négatif et critique : c'est Ia parabole essentielle de Ia philosophie voltairienne qui tend toute à Taug- mentalion du bien-être.

Pas un chapitre, pas un cpisode, pas une silhouette qui ne découvre Tillusion ou le raensonge de Toptimisme, et, à mesure que le dónouement approchc, Tutilité de raction sociale. Les faits sont circonstancics si clairement qu'ils font eux-mèmes saillir ridée dont ils sont le symbole. Leur puissance démonstrative est en raison directe de leur netteté pittoresque ou comique.

Cest un lieu commun de dire qu'il n'y a pas de psychologie dans Voltaire. On a raison, si, par psy- chologie, on cntend Tinvention de Racine ou de Marivaux. Voltaire, comme Lesage, est moraliste plus que psychologue. II utilise Ia psychologie faite pour construire les bonshommes composés de sen- timents moyens ou possédés de manies intenses • dont ses thèses ont besoin.

L ART DE VOLTAIUE. 153 II est artiste plus que psychologue, et c'est par là justement qu'il enrichit Ia psychologie. II n'analyse pas des caracteres, il dessine des silhouettes.

Chacun des fantoches qui vont à Ia chasse au bonheur est saisi en son altitude expressive, qui revele le ressort dont il est mu. Chacun a le pli, Taccent de son état ou de sa nation. Leurs noms révèlent leurs races : Ia marquise de Parolignac, Vanderdendur, le baron de Thunder-ten-tronckh, don Fernando d'Ibaraa y Figueroa y Mascarenes y Lainpourdo y Souza, etc. Toutes les idées que Vol- tairc se fait de Ia société et des parties qui Ia com- posent, des gouvernements, de Ia religion et des moeurs des divers pays, s'inscrivent dans Ics croquis dont il remplit ses contes, déterminent le choix des actes et des propôs qui expriment ses personnages.

II distingue TAnglais, Fltalien, TAllemand, le Fran- çais, le Turc, comme Tanabaptiste et le calviniste, le jésuite et le capucin, rofficier et le négociant.

La psychologie des professions et Ia psychologie ethnique sont três observées et precises chez lui.

Les actions, comme les caracteres, ne seprésentent pas dans des formes abstraites et générales. EUes se réalisent en particularités locales. Nous savons les menus des repas que fait Candide dans tous les pays de Tancien et du nouveau continent, du pain avec de Ia bière en Ilollande, au Paraguay du jambon et du chocolat, en Italie des macaronis, des perdrix de Lombardie, des oeufs d'esturgeon, arrosés de Montepulciano et de Lacryma-Christi, en Turquie des sorbets, du kaimak pique d'écorce de cédrat conüt, des oranges, des citrons, des limons,

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des ananas, des dattes, des pistaches, et du café de Moka : sans parler des perroquets et des singes rôtis qu'on deguste en Eldorado.

Les bonshommes de Voltaire payent, selon les lieux, en écus, en louis, en sequins, en piastres, en inaravedis, en pistoles, en moyadors, en livres sterling.

Leur voiture est tirée en Espagne par des mules attelúes de cordes; en Angleterre, ils courcnt en chaise de poste; ils vont de Paris à Versailles enpot de chambre. Les caractéristiques des pays sont rapi- dement indiquées, le morcellement fcodal de TAlIe- rnagne, Ia désolation fiévreuse de Ia campagne romaine.

Mais le réalisme pittoresque de Voltaire n'est que Ia transposition du sensualisme dans Tart : sa lin est de procurer des idées justes. II est souinis à Ia pensée philosophique qui crée Toeuvre, et demeure ainsi profondément syrnbolique. Tous ces petits traits, ces circonstances dessinent Ia chose et, avec Ia chose, le jugement de Ia « raison » sur Ia chose.

Ils Ia déforment pour mettre dans son image Ia réac- tion de Tesprit de Tauteur ou le rapport à Ia thèse.

Ces légers croquis sont des charges. La pitié raême et rindignation sé traduisent en sarcasmes, en bouf- fonneries. L'art mondain de donner des ridicules est mis au service de Ia philosophie. Toutes les misères de rhomme et du monde sont traduites devant Tintelligence et appàraissent en sottises : súre tactique pour révolter des esprits clairs centre les causes de Ia souíTrance sociale. Les romans de Voltaire sont des démonstrations du progrès par Tabsurde.

L ART DE VOLTAIRE. 155 Le dialogue et Ia facétie entrent dans Toeuvre de Voltaire vers 1750. Cest en juin 1751 qu'il discute les mérites de Fontenelle et de Lucien : il veut que le dialogue soit naif, vrai, utile'. II ne se borne pas aux dialogues des morts. II Jait revenir les morts parmi les vivants, et Tullia, filie de Cicéron, se pre- sente à Ia toilette de Mrae de Pompadour. II fait converser des gens de tout état et de toute nation, même une fois des animaux, le chapon et lapoularde.

La facétie est un monologue, une lettre, ou un dialogue, ou une série de monologues, lettres ou dialogues, qui s'encadre dans une fiction fantaisiste ou bouflbnne. La critique littéraire, Ia satire person- nelle, et Ia satire des mcEurs avaient mis à Ia niode ces formes libres : après Saint-Hyacinthe, Desfon- taines, La Mettrie, etc, Montesquieu avait consacré cette bagatelle par sa Três Itumble remontrance d'une jeunejuive de dix-liuit ans aux inquisileurs d'Espagne

et de Portugal.

Addison et Swift avaient été maítres dans ce genre d'inventions humoristiques. Voltaire les avait bien lus; et vers 1759 il se reprit à aimer Rabelais que jadis il avait un peu méprisé^. Mais il demeura original : cette partie de son ceuvre ne ressemble qu'à lui.

II multiplia avec une intarissable gaieté, avec une jeunesse étonnante d'imagination, ces rogatons, ces petits pâtés, qui faisaient digérer ses idées aux esprits les plus dégoútés et les plus frivoles. Ce sont des lettres, des discours, des sermons, des

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