PARTE I: BASES TEÓRICAS
CAPÍTULO 2. QUADRO DE REFERÊNCIA DAS POLÍTICAS DE GOVERNAÇÃO DOS OCEANOS
2.5. O Quadro Marinho Europeu
2.5.2. A política marítima integrada
On pourra alors penser qu’analyser en chercheur ce que me fait la réflexivité du clown conduit à une espèce de double réflexivité un peu vertigineuse : la réflexivité du clown en situation d’improvisation doublée de la réflexivité du chercheur qui prend pour terrain la pratique du clown, et qui ont « tous les deux » un regard sur ce qui est en train de se passer et de se vivre. Qu’il s’agisse de la même personne facilite bien sûr les choses. Mais en plus je pense qu’il s’agit en fait de la même réflexivité, en pratique. Le chercheur l’exprimera peut-être avec des mots là où le clown essayera de l’incarner dans son jeu, mais au départ il y a la même compréhension et perception. D’ailleurs le clown peut aussi revenir sur son jeu, analyser et parler de ce qui se joue ou s’est joué, au même titre que le chercheur. Le point est important : cela signifierait qu’il n’y a pas une réflexivité scientifique et une réflexivité « artistique ». Du moins c’est ce que j’expérimente pour l’instant. Si ce point est vrai, alors le travail de la réflexivité en art peut nous aider à explorer la réflexivité sur le terrain, la
réflexivité par rapport à la pratique de la recherche… et en particulier peut
nous aider à comprendre la place du corps du chercheur sur le terrain. Je laisse ici de côté les questions relatives à la scientificité de la démarche, à la valeur épistémique du propos du chercheur et la valeur de témoignage uniquement du propos du clown. Bien entendu, les choses sont plus complexes que cela. Le chercheur revendique une volonté de faire science, comme le dit Baudoin Jurdant (1999) après Isabelle Stengers, là où le clown n’en a que faire.
La réflexivité dans le jeu du clown, dans le jeu scénique de façon générale, passe par le corps : c’est à travers lui que nous sentons, percevons, faisons percevoir. Le corps introduit un ensemble de médiations qui fait qu’il n’y a jamais de communication transparente d’une intention vers un public. C’est donc le corps le vecteur d’expression premier (si on y ajoute la voix, la parole). Cette place laissée au corps, non pas au sens d’une opposition corps/esprit, mais au sens d’une opacité, d’un non-savoir, d’une place donnée au silence, à l’immobilité, au présent, à la faille, permet de dévoiler une vitalité d’être confrontée au doute, au plaisir, à la jouissance, à l’intimité, et à la mort comme limite fondamentale. Ce jeu du clown, et de l’art de manière plus générale, qui invite l’imaginaire, nous connecte à nos êtres intimes et se situe à l’opposé de tendances de nos sociétés de moins en moins tolérantes à l’arrêt, la faille, l’improvisation, l’intimité, la mort ou la maladie. L’art et le clown sont ici une ressource pour ne pas oublier cette part incarnée des humains.
Ce qui paraît ici essentiel pour la pratique artistique le devient beaucoup moins pour la recherche de terrain. Oui le chercheur a un corps qui véhicule un certain nombre d’intentions et de doutes lorsqu’il interagit, et il peut induire des dispositions, tout comme il peut sentir et percevoir des dispositions corporelles des « acteurs » du terrain. Cependant, ce corps percevant, dans toutes les limites que cela suppose, est rarement pris en compte dans l’écriture du terrain. Autrement dit, le chercheur en tant que sujet de connaissance est rarement vu comme étant également l’être incarné avec ses doutes, ses failles, ses limites, son imaginaire, sa part d’improvisation, et à qui une part, peut-être importante, de ce qui se joue sur le terrain échappe s’il reste pris dans une volonté de maîtrise.
Si le clown fait preuve de réflexivité en se laissant traverser par ses émotions et tout ce qu’il perçoit en situation, s’il est comme un livre ouvert sur scène où les spectateurs peuvent lire ce qui l’anime – ou le paralyse – le
chercheur ne fait-il pas également preuve de réflexivité s’il s’ouvre à tout ce qui le dépasse, tout ce qu’il perçoit mais ne comprend pas forcément et qu’il se contente de vivre, de partager, dans une rencontre participante au-delà de l’observation.
En effet, l’enquête de terrain, en anthropologie et ethnologie, est une situation (de communication) où il s’agit non seulement de comprendre ce que vos interlocuteurs vous disent, mais également de vous imprégner d’une situation de vie. C’est ce que l’on appelle l’observation participante, mais qui est aussi souvent une participation observante, et implique donc le chercheur dans son corps, son vécu, son existence. Il y a donc plus que les paroles des autres qui vous aident à comprendre le monde auquel vous vous confrontez et dans lequel vous avez choisi de passer du temps, voire même d’y vivre. C’est donc tout ce que vous percevez, sentez, vivez, qui donne une certaine couleur, une certaine tonalité à votre expérience de terrain, et qui participe de la compréhension de celle-ci. Dans le meilleur des cas, cette expérience sera retraduite dans une écriture (est-ce que l’on peut alors parler d’écriture réflexive?) ou tout du moins pourra permettre au chercheur témoigner d’une expérience en séminaire, colloque, dans les discussions informelles avec ses collègues (d’où l’importance du partage de la parole dans les communautés de recherche…).